L’économiste et le mensonge

Paul Krugman accuse la plupart des économistes de nous mentir par intérêt personnel.

À en croire le biologiste Robert Trivers (The Folly of Fools), Paul Krugman a tort. Pour bien mentir, il faut se mentir à soi-même. Par conséquent, ils ne sont pas totalement conscients de l’inconsistance de leur position.

À ceci s’ajoute probablement un phénomène que j’ai étudié dans un livre. Le cas Tartuffe.

Pourquoi, pris la main dans le sac, Tartuffe veut-il se venger ? Pour la même raison que l’on peut se faire insulter si l’on dit à un cycliste qu’il est passé au rouge. Parce qu’on attaque « l’identité » de la personne. C’est-à-dire la façon dont elle se voit. C’est pire que de l’assassiner.

Abeille et décision de groupe

Comment les abeilles parviennent-elles au consensus ?

Elles utiliseraient un double mécanisme. Une abeille qui a trouvé quelque chose d’intéressant (par exemple un emplacement pour une nouvelle ruche) se lance dans une sorte de danse, qui amène d’autres abeilles à faire comme elle. Jusqu’à ce que toutes fassent de même.
Mais plusieurs abeilles peuvent avoir des idées différentes. Pour éviter une scission, il semblerait que les partisans de chaque option aient le pouvoir de bloquer la danse des autres. Si je comprends bien, dès qu’une option a le moindre avantage numérique elle emporte l’adhésion collective.
Il semblerait aussi que ce phénomène soit celui que suit notre cerveau pour décider.
Est-ce aussi comme cela qu’une foule applaudit de la même façon ?

USA, argent et élections

Les grandes fortunes américaines ont trouvé le moyen de contourner les lois locales, pour donner des millions de dollars à leurs favoris. Ceux-ci emploient cet argent en publicités qui dénigrent leurs concurrents. Le plus curieux est que cette publicité destructrice est efficace. (The hands that prod, the wallets that feed)

La nature humaine est-elle aussi facilement manipulable ? Faut-il penser, comme les philosophes des Lumières et notre troisième République, que cela n’arriverait pas si la raison du peuple était correctement éduquée ? 

De l’avantage économique du sénior

Il y a peu, on nous disait que le jeune avait toutes les qualités. Depuis quelques temps, la tendance s’inverse.

Même la créativité ne lui semble plus réservée. Les groupes de rock ne retrouvent-ils pas une nouvelle jeunesse passés les 70 ans ? L’avenir de la création n’est-il pas au mélange de disciplines qui demandent des années pour être assimilées ?… (Enterprising oldies)

Argumentation (de The Economist) suspecte ? À l’époque où les entreprises voulaient réduire leurs effectifs elles prônaient le jeunisme, aujourd’hui elles enjoignent les (vieux) chômeurs à créer leur emploi ? Comme cela, plus besoin de cette coûteuse sécurité sociale dont « nous n’avons plus les moyens » ?  

La science économique sauvée par le blog ?

Réunion annuelle de l’American Economic Association. On semble y découvrir que les recommandations de l’économiste ne se préoccupent pas de la faisabilité des changements qu’elles sous-entendent (pour parler comme ce blog). La vie n’est pas une équation. De surcroît, « l’économie a internalisé les opinions de ses riches bienfaiteurs ».
Possible rédemption ? « La technologie, au moins, aide la profession à être plus honnête ». Le blog permet à des opinions discordantes de se faire entendre. (The Beltway constraint)

Démocratie et crise

Paul Krugman se désespère, à longueur de blog, de ce qu’on ne le comprend pas.

Mais, n’est-ce pas normal ? Pourquoi devrions-nous comprendre un prix Nobel d’économie qui occupe sa vie à étudier un sujet compliqué. Pouvons-nous lui faire confiance, alors que  les économistes, de leur propre aveu, ont été de grands coupables de la crise actuelle ?

Les crises posent à l’individu des problèmes complexes qu’il n’est pas préparé à résoudre. La psychologie dit que, dans ce cas, il prend de mauvaises décisions. (Pire : dans les périodes prospères, la société semble avoir l’obsession de transformer l’homme en consommateur décervelé, en un légume.)

La démocratie ne peut-elle que transformer les crises en désastres ?

Faut-il en revenir au projet des Lumières et de la troisième République : « émanciper » l’esprit du citoyen pour qu’il puisse décider judicieusement ?

Je doute de cette solution. La capacité de traitement de l’information d’un homme n’est rien par rapport à celle de la société. Il me semble donc plutôt qu’il faut reconstruire un édifice social digne de confiance, dans lequel les économistes, par exemple, se comportent comme des scientifiques. 

Média social et influence

Que nous réservent en 2012 les médias sociaux ? se demande un expert américain.

Les médias sociaux y apparaissent totalement instrumentalisés. Leur rôle est de nous faire consommer le plus possible, de coca et de pizzas, par une forme sophistiquée de manipulation. Exemple :

Le culte de l’influence. De la même manière que Google a créé un système qui récompense ceux qui produisent un contenu que l’on a envie de chercher, il y a actuellement une course au développement du système qui va récompenser ceux qui ont le plus d’influence sociale. 

Château en Allemagne ?

L’Allemagne, grande donneuse de leçons, cacherait des secrets honteux.

Une partie de sa dette serait comptabilisée à la manière Enron. Et pèserait sur sa tête l’épée de Damoclès du vieillissement (phénomène qui, à court terme, lui est favorable). (Et si l’Allemagne n’était pas si exemplaire… – LeMonde.fr)

L’Europe se querelle-t-elle par paresse intellectuelle, par incapacité à faire face à ses responsabilités ?

Compléments :

  • Confirmation (postérieure) venant d’Allemagne : Myth of German economic discipline | Presseurop (English). Rien de ce que l’Allemagne ne dit d’elle n’est juste. Elle a une dette supérieure à celle de l’Espagne, elle n’est pas économe, sa bonne santé vient de son économie, plus prospère que celle de ses collègues. Bref, sa santé vient de l’opposé de la rigueur qu’elle impose aux autres !

Notre cerveau nous abuse

Face à une décision difficile, notre cerveau choisit l’illusion (CultureLab: Our deluded minds are just trying to make us happy).
Cette observation est à l’origine de mes travaux sur le changement. Pourquoi est-ce que les organisations préfèrent s’enfoncer dans l’abîme alors qu’un renouveau triomphant ne demandait presque rien (« effet de levier ») ? Une réflexion de quelques heures ? Parce que réfléchir est effroyablement difficile.
Complément :