Illusoire gaz de schiste ?

Il semble y avoir de sacrés arguments contre le gaz de schiste.

Outre, la pollution qu’il engendre, il serait très cher à extraire, demanderait beaucoup d’eau, et, surtout, notre économie n’est pas armée pour fonctionner au gaz. D’ailleurs, le gaz, sous produit de l’extraction pétrolière, continue à être brûlé !
Si c’est le cas, comment expliquer que beaucoup de gens semblent croire qu’il va résoudre la crise énergétique ? à qui profite le crime ?
(Argumentation détaillée : Why Natural Gas isn’t Likely to be the World’s Energy Savior)

USA : pour qui voter ?

En deux numéros, The Economist a réalisé un test comparatif des candidats à l’élection américaine. J’en retiens :

  • Dans les deux cas, il n’y a pas de programme.
  • Une phrase résume Obama. « Obama avait promis d’écarter les querelles partisanes, de rendre l’espoir à ceux qui n’ont pas de travail, de lancer le processus qui sauvera la planète du réchauffement climatique, et de rendre sa fierté à l’Amérique. » Obama plus grand faussaire de tous les temps ?
  • Quant à Romney : « Dis, Mitt, que crois-tu vraiment ? ». Ce que dit Romney aujourd’hui condamne comme le pire des crimes ce qu’il a fait hier ! « La fin justifie les moyens » poussée à un degré jamais atteint ? Mais quelle est la fin qu’il poursuit ? La démagogieà son point culminant ? (On craint même qu’elle l’entraîne dans une guerre avec la Chine ! )

Tout ceci semble donner raison aux anciens Chinois. Ils disaient que ce qui caractérise les phases de chaos, transitions entre dynasties, est que personne n’est à sa place. A mon avis, c’est une question de règle du jeu.

Dans une phase d’harmonie sociale, la société sélectionne ses membres en fonction de leur capacité à accomplir un rôle (et les forme pour cela). Dans une phase, par nature libérale, de changement, l’individu doit s’emparer d’une position sociale, sans avoir besoin de savoir l’exercer, par son art de la manipulation des mécanismes sociaux encore en fonctionnement.

Le travail de la culture

J’écoute régulièrement France Culture. On y parle beaucoup d’artistes. Tous font un « travail ». Un, par exemple, envoyait des fax un peu partout. C’était un « travail sur l’espace ». Tout ce que fait l’artiste devient « travail ». Molière s’en serait moqué.

Mais, à la réflexion, c’est peut-être une tentative pour prouver que l’artiste mérite le respect comme toute autre profession.
Pour cela les hommes de culture ont utilisé un procédé de manipulation : plutôt que de s’en remettre à notre jugement, ils ont associé ce qu’ils trouvent bien (leur art), à ce que la société pense bien (le travail). Cela servira-t-il leur cause ? 

Petit traité de manipulation : l’injonction paradoxale

L’injonction paradoxale a connu une grande popularité récemment. En effet, elle est liée à la souffrance au travail. Et elle tue, par suicide.

L’injonction paradoxale, qui s’appelle double bind depuis qu’elle a été étudiée par Gregory Bateson, consiste à placer une personne entre deux obligations contradictoires, une consciente, l’autre non. Par exemple, un avocat m’a parlé d’un manager à qui l’on a demandé d’augmenter la rentabilité de son unité par réduction de ses coûts, ce qui était impossible. Mais impossible de refuser, sous peine (implicite) de perdre son emploi ou d’être mal noté. Épuisement à la tâche, et suicide.

La subtilité de l’art de l’injonction paradoxale est de la construire sur ce à quoi la personne tient le plus, par exemple son sens de l’honneur, l’amour qu’elle éprouve pour vous, le respect qu’elle doit à ses parents, sa peur de la mort…

Mais, l’injonction paradoxale peut aussi être involontaire, et c’est pourquoi elle est aussi dangereuse. Dans l’exemple précédent celui qui a donné l’ordre était peut-être ouvert à d’autres solutions qu’une réduction de coûts…

L’injonction paradoxale est d’autant plus effrayante que, comme l’Escherichia coli, elle est présente à l’état latent dans notre société. En effet, c’est une généralisation, par exemple, de la méthode qui consiste à obtenir ce que les parents désirent de leurs enfants « si tu ne fais pas, tu n’auras pas ». 

Petit traité de manipulation : le framing

Le « framing » est un procédé qui consiste à formuler (frame) une question en sous-entendant sa réponse. Par exemple ? 80% de nos produits n’intéressent pas le marché, ce qui sous-entend que l’opinion du marché est importante. Ou, quel taux de croissance peut faire baisser le chômage ? Ce qui sous-entend que chômage et croissance sont liés.

L’interlocuteur est obligé d’entrer dans la logique implicite de la question, sous peine de paraître idiot.
The Economist, ma lecture favorite, est un champion du framing. Dès qu’il y a un problème mondial, il sous entend que sa solution est économique.Ce qui n’a pourtant rien d’évident. Tout d’abord, les périodes de plein emploi et de prospérité n’ont pas été des périodes où l’économie régnait en maître, mais au contraire des temps de réglementation. À l’envers, dans les périodes de grande déréglementation l’humanité à eu recours à la charité (RSA, ONG…) pour nourrir son prochain. Ensuite, cette hypothèse conduit à asservir l’homme à l’économie, une chose. Il n’y a pas besoin de s’appeler Karl Marx pour penser que c’est inacceptable.
La technique du framing s’est déployée récemment à échelle industrielle. Nos partis politiques ont ainsi rebaptisé ce qui servait leurs intérêts de noms qui sous-entendaient l’approbation de la morale collective. La gauche est « de progrès », par exemple. Pour la droite, les riches sont les « créateurs de richesse », ou « travaillent dur », le loisir (du pauvre) est de « la paresse ». Aux USA elle est « pro life », favorable à la vie (i.e. anti IVG et contraceptif).
Compléments :

Robert Cialdini – Influence : science and practice

Robert Cialdini est un psychologue américain, qui a écrit un best seller sur « l’influence ». Livre remarquablement simple et agréable à lire, que je vous conseille.

Son sujet : jouer avec les mécanismes de l’inconscient de son prochain pour en obtenir ce que l’on en désire. Chez l’homme, 6 tendances de fond amènent une réponse positive à une sollicitation. Principes et quelques applications :
  1. Rendre ce que l’on a reçu. Faire un cadeau à quelqu’un à qui l’on veut vendre quelque chose (« l’obliger ») ; faire une concession ; faire une offre élevée puis revenir à une offre plus raisonnable…
  2. Être consistant dans ses décisions. Faire s’engager (publiquement) une personne, pour pouvoir ensuite la contraindre par cette décision initiale. Un vendeur de voiture vous attirera par une promotion, mais vous amènera à lui ajouter des options…
  3. Validation sociale : une décision est guidée par ce que font ou ont fait « les autres ». Jouer sur l’effet mouton de panurge (« n°1 mondial »).
  4. Attirance. Certaines personnes attirent naturellement les autres. On veut leur plaire. Elles le font soit par leur être même (elles sont belles, prestigieuses…), soit par les liens qu’elles tissent. Bref, soyez beau, ayez des diplômes prestigieux, trouvez des points communs avec votre interlocuteur, faites lui des compliments, devenez son allié… et vous en ferez ce que vous en voudrez.
  5. Autorité. L’opinion d’une personne respectée a une influence forte sur nos actions
  6. Rareté. Ce qui est rare est désirable, la rareté rend fou. Avantage unique, offre limitée dans le temps, source d’information exclusive…
Ces techniques se retrouvent partout dans notre vie. Par exemple, un vendeur de double-vitrages m’en a récemment fait une démonstration complète. J’en suis arrivé à me demander si elles n’étaient pas enseignées aux artisans.
Compléments :
  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.

Petit traité de manipulation : le sophisme

Lorsque Tony Blair a été accusé d’avoir manipulé l’opinion britannique pour la précipiter dans la guerre d’Iraq, il a répondu que c’était une guerre juste. Autrement dit la faute était vénielle, car la fin justifiait les moyens.

Le sophisme est une perversion de la rationalité. Il fait passer pour un raisonnement rigoureux ce qui ne l’est pas. Le procédé consiste essentiellement à justifier une conclusion prédéfinie par ce qui semble aller dans son sens, sans prendre en compte ce qui la contredit.
The Economist, ma lecture favorite, donne des exemples de sophismes à longueur de pages. Tout ce qui sert sa cause (le libre échange et la gloire de la Grande Bretagne éternelle) est vu positivement, au contraire de tout ce qui la dessert (la France, la zone euro, la main visible de l’État).
Comme M.Blair, le sophiste pense qu’il a raison, et que la fin, l’instrumentalisation de la raison, justifie les moyens.
Cette croyance s’associe naturellement au protestantisme. En effet, certaines de ses formes estiment que Dieu couronne ses élus de leur vivant, en leur accordant un talent, une vocation. Autrement dit, si vous êtes particulièrement doué pour quelque chose (faire des affaires, être un bon élève…), c’est probablement que vous avez été choisi par Dieu.
M.Blair est catholique. Il n’y a pas besoin d’être protestant pour s’estimer un surhomme. Le sophisme est une pathologie de la confiance en soi !

Petit traité de manipulation

Nous vivons dans une société où la manipulation est reine. C’est ce que disent les psychologues.

On peut donner un nom à ce mal : le sadisme. À condition de généraliser le cas de Sade. Le sadisme généralisé est, simplement, prendre l’autre comme une chose tout juste bonne à être exploitée.
De même que le crime est le pendant de l’innovation, le sadisme est une interprétation extrême, inattendue, de la liberté individuelle, des droits de l’homme. C’est l’individu contre la société. La manipulation est une pathologie d’une société fondée sur le principe de l’épanouissement de l’être humain. Les Lumières ont connu ce mal, de même que les pionniers grecs de l’individualisme, et c’est notre tour.
Qu’est-ce que la manipulation, au fait ? Nos comportements obéissent à deux mécanismes :
  • Notre raison, qui pèse le pour et le contre, mais qui le fait lentement et douloureusement.
  • Des processus inconscients, extrêmement rapides, qui suivent des formes d’heuristiques.
La manipulation consiste à jouer, chez l’autre, sur les seconds pour lui faire faire ce qu’il ne « veut » pas faire. Et cela afin d’obtenir un avantage personnel. Exemple : si tu ne te tais pas ceci, tu n’auras pas de dessert.
La manipulation entraîne une souffrance du manipulé. La « souffrance au travail », dont il a été question un peu partout dans le monde, en est un exemple. C’est pourquoi il est important de comprendre de quoi il s’agit.
Je m’engage dans une série de billets sur la question. Elle commence par l’exposé de quelques techniques que doit connaître l’honnête homme. Elle se finit (bien !) par ce qu’il faut faire pour éviter la manipulation.
  1. Le sophisme
  2. Les théories de l’influence de Robert Cialdini
  3. Le « framing » (faute d’un nom français)
  4. L’injonction paradoxale
  5. L’agression
  6. Le manipulateur est-il un malfaisant ?
  7. Comment ne pas se faire manipuler ? (et ne pas être un manipulateur…)

De l’influence de la société sur nos comportements

Une société organisée comme un « réseau en grappe », ou chaque personne a de multiples liens avec d’autres personnes semble être le dispositif le plus efficace pour transformer les comportements individuels. L’individu est soumis à des influences multiples. Plus curieux, de cette façon on éviterait le phénomène du téléphone arabe : les comportements désirables pourraient être transmis à une vaste population sans déformation.

Est-ce nous qui changeons d’avis, ou est-ce la société qui décide pour nous ? 

Que faire face à un manipulateur ?

Il y a de plus en plus de manipulateurs, y compris dans la cellule familiale. Apprendre à vivre avec ce type de comportement est une nécessité.

Qu’est-ce qu’un manipulateur ? sa « caractéristique est de vous provoquer, puis de vous faire croire que vous n’avez pas de raison de réagir – et, pour commencer, que c’est votre faute ».

Que faire ?  
  1. « Réduire les interactions au minimum »
  2. « La communication doit être basée sur des faits, avec un minimum de détails ».
  3. « Dirigez la conversation sur eux ».
  4. « Acceptez les tels qu’ils sont » (ne rêvez pas de les transformer)
  5. « évitez les sujets qui peuvent vous mettre en difficulté ».
  6. « n’essayez pas de leur faire comprendre votre point de vue ».
  7. « (détournez) leur attention »
L’article : The High Art of Handling Problem People | Psychology Today. Et, qui sait ?, un exercice d’application : Monsieur Sarkozy trouve son maître ?