Pourquoi les mots changent-ils de signification ?

Consultant = escroc, changement = idée de consultant… Les mots changent de sens sans arrêt. Puis prennent une connotation négative. Pourquoi ? Parce qu’ils sont utilisés par des vendeurs qui vendent ce qu’ils ne savent pas faire. Il est mieux, par exemple, pour un cadre, de dire qu’il est un consultant que de dire qu’il est au chômage. Mais dès que la pratique se répand, on constate qu’il y a eu manipulation. Et le mot change de sens. De positif il devient négatif.

Récemment, The Economist expliquait que tout le travail des politiques américains consistait à trouver la formulation qui ferait adhérer l’électeur à leurs idées. Nous vivons un moment thucydidien.

Que faire ? Je pense que l’on ne peut pas rivaliser avec les vendeurs. Il faut abandonner le territoire de la communication, qu’ils dominent et dont ils ont fait un désert, de toute manière. Il faut reconstruire un espace de confiance où les mots ont un sens partagé, fondés dans la réalité. Ce qui demande probablement de tisser des relations homme après homme, à chaque fois en créant un lien fort, par la démonstration de sa compétence. Ce qui ne peut demander que beaucoup de temps.

Du débat démocratique aux USA

Le « mariage pour tous » a été légalisé aux USA. La façon dont cela s’est fait semble en dire long sur l’Amérique.

On est loin de l’affaire Dreyfus, de ses intellectuels et de l’affrontement entre justice et intérêt supérieur de la nation. C’est le marketing qui aurait fait basculer l’opinion ! Il n’est pas question de raison dans ce débat « démocratique ». On cherche à déclencher un mouvement de masse. Pour cela, il faut faire croire que l’on a le nombre pour soi. Les leaders d’opinion (par exemple les sportifs) jouent un rôle décisif pour faire basculer le peuple. Susciter l’émotion populaire est critique. Il faut associer sa cause à des valeurs fondamentales. Et, peut-être plus encore, la faire paraître « cool ».

« une pression sociale positive poussait la cause des homosexuels ». « les marketers font croire que « tout le monde le fait » ». « les mouvements sociaux de l’ère numérique ont de mêmes tactiques qui les rendent populaires et les font ressembler à des « clubs » que les gens veulent rejoindre ».
« Les bons marketers choisissent des valeurs qu’il est difficile de contester (…) telles que les valeurs familiales, le respect du mariage, la liberté individuelle. » « il y avait moins de drapeaux arc en ciel et plus de drapeaux américains. »
« Il est devenu « uncool » (…) d’être anti-homosexuels »

Plus curieusement peut-être le monde des affaires est un acteur du débat démocratique. Les marques soutiennent des causes pour développer leurs ventes. « Je suis fière de porter des marques dont je partage les valeurs. »

Moment thucydidien et libéralisme

Thucydide, il y a 25 siècles, a décrit ce que nous vivons. Voici ce qu’en dit l’anthropologue Marshall Sahlins :

Cependant au fur et à mesure qu’avance la description par Thucydide du « désordre », non seulement les institutions sociales principales succombent à la nature humaine, mais le langage lui-même subit une dégénérescence similaire. L’iniquité morale s’accompagnait d’une hypocrisie égoïste à tel point que « les mots devaient changer leur signification ». Dans son travail remarquable sur Les mots représentatifs, Thomas Gustafson parle d’un archétypique « Moment thucydidien », lorsque la corruption des gens et des mots ne fit qu’un. (…) quand les mots étaient traduits dans la guerre à mort pour le pouvoir, injuste devint juste et juste, injuste. Comploter devint de « l’auto-défense », l’hésitation prudente fut condamnée comme « vile lâcheté », la violence frénétique était de la « virilité », être modéré, c’était en manquer. Les serments ne tenaient guère face à l’intérêt de les trahir. Le seul principe qui demeurait, remarque l’auteur classique W.Robert Conner, était « les calculs de l’intérêt personnel. Maintenant toutes les conventions de la vie grecque – les promesses, les serments, les supplications, les obligations vis-à-vis d’un parent ou d’un bienfaiteur, et même la convention ultime, le langage lui-même, cédèrent. C’est le bellum omnium contra omnes de Hobes. » 

Un exemple, fascinant. C’est au nom de la « liberté » que la soft power anglo-saxonne et ses lobbys nous imposent leurs intérêts.Vendre est un combat pour la liberté. Le sens même de libéralisme a été réinterprété.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Depuis 68, et la libération de l’homme, l’individualisme est déchaîné. Guerre de tous contre tous. Il s’agit d’avoir le dernier mot. On joue au lavage de cerveaux. Plus rien n’a de sens, sinon celui de justifier l’intérêt de quelqu’un. (Ce n’est pas pour autant qu’il faut condamner la liberté. Il faut chercher à mieux l’employer, me semble-t-il.)

Injonction paradoxale comme principe éducatif

L’injonction paradoxale est un best seller de ce blog. Inattendu ! Ce qui m’a fait réfléchir. Et si l’injonction paradoxale était devenue un principe de notre société ? Et si, au lieu de nous contenter d’utiliser les lois sociales existantes à des fins de manipulation, nous les créions pour cela ? Et si, par exemple, nous faisions aimer les desserts à nos enfants pour pouvoir les en priver, et donc les manipuler ? (Manipuler = obtenir un comportement désiré, sans passer par le libre arbitre.)

Rien ne neuf, me dira-t-on. Pour Chester Barnard, pionnier des études de l’organisation des entreprises, l’amour de l’argent avait été inculqué aux Américains pour les rendre facilement manipulables. Et les pères fondateurs des USA désiraient injecter l’impérialisme et le nationalisme dans la culture nationale de façon à la canaliser. Et que dire des régimes totalitaires ?… La nouveauté est l’usage familial de ces techniques. Ainsi, j’ai entendu Les pieds sur terrede France culture donner la parole aux souvenirs d’une Américaine. Les procédés utilisés par sa mère, une féministe militante, pour inculquer sa cause à son enfant m’ont étonné. Ils semblaient sortis de cours de psychologie de la manipulation (qu’elle n’avait pas lus).

Doit-on s’offusquer ? Un individu « libéré » utilise ce qu’il peut pour obtenir ce qu’il veut de son prochain. Et les mécanismes sociaux sont les moyens les plus puissants pour ce faire. D’ailleurs cela ne fonctionne pas parfaitement. Les travaux de Skinner montrent que même un animal n’est pas totalement programmable. Ce qui me fait me demander si cette lutte entre la société et l’homme n’est pas un rite de passage. En effet, c’est en se dégageant de la manipulation ambiante que l’individu parvient à penser pour son propre compte. C’est une naissance qui demande un deuil. (Les Sophistes nous montrent-ils la voie ?)

Question finale. Et si le « libéralisme », et la manipulation sociale qu’il entraîne, produisait des surhommes ? Ce qui ne tue pas renforce. 

Enfants et manifestations

J’entendais un commentateur de la radio s’émouvoir du grand nombre d’enfants dans les manifestations. C’est vrai, me suis-je dit. Beaucoup de manifestations tournent mal. N’y a-t-il pas un risque pour les enfants ? Et que se passerait-il s’il y avait une panique de stade de foot ? D’ailleurs, même sans cela, je trouve l’atmosphère d’une manifestation peu rassurante. J’ai rencontré plusieurs fois des CRS qui barraient la route de ma promenade. Ils étaient korrects, mais inquiétants, avec leur harnachement noir et leur air méfiant.

Pourquoi faire participer des enfants, en dépit de tout ceci ? Les imprégner des rites de la démocratie ? Le psychologue Robert Cialdini, le spécialiste de l’influence, a mieux à proposer. L’homme est cohérent dans ses actes. Par conséquent, il ne peut que trouver bien ce pour quoi il a souffert. C’est pour cela que les bizutages et autres rites d’intégration sont, à dessein, des traumatismes. Selon cette interprétation, les parents de jeunes manifestants pourraient chercher à programmer leurs enfants. Ce qui ne serait pas très démocratique. 

Le blog est fatal au cinéma

Je ne vais plus au cinéma. Pourtant, il n’y a pas encore longtemps, la chronique cinéma était la plus fournie de ce blog. C’est une question d’arbitrage, selon l’expression des financiers anglo-saxons : mon temps est rare. Mais ce n’est pas tout. Ce blog a enlevé au cinéma son mystère.

En recherchant les règles de nos comportements, il m’a montré que ce qui me plaisait dans les films était des sentiments bêtes, des questions immémoriales telles que les mystères de l’amitié ou du respect de ses convictions en environnement hostile. Mais, et c’est là où tout le beau du spectacle s’est évanoui, j’ai aussi compris qu’il est un moyen de manipulation de masse. Le réalisateur veut influencer nos comportements, nous dire ce qui est bien. 
L’artiste serait-il complexé ? Son art ne lui suffit plus ? En France, il n’y en a que pour l’intello, et il trouve son intellect un peu court ? C’est pourquoi, il a cherché à l’agrandir en empruntant des idées à d’autres ? Il n’a pas aimé ce qu’a dit de lui Oscar Wilde ? me suis-je demandé. En tout cas, l’artiste n’est pas un penseur de haute volée. C’est pourquoi je ne vais plus au cinéma. 

Manipulables américains ?

L’Amérique semble incroyablement susceptible aux balivernes. L’électeur républicain croit que Barack Obama n’est pas américain. La plupart de la population des USA estime qu’il y a désaccord entre scientifiques sur le réchauffement climatique.

Pourquoi ? Il semblerait que ce soit du fait de techniques à la Goebbels : les lobbys locaux sont passés maîtres dans le matraquage d’énormes bobards. A cela s’ajoute un phénomène étrange. Quand une personne croit à quelque chose, ce qui va contre la renforce dans ses certitudes ! Pour cela, il faudrait que la croyance en question soit devenue une partie intégrante de sa personnalité. (Cela se produirait notamment quand elle s’est engagée publiquement en sa faveur.) Ce qui paraît sous-entendre que les techniques de manipulation sont particulièrement sophistiquées.
Comment lutter ? Apparemment par la même méthode. En matraquant, mais avec des preuves. (C’est la technique que Paul Krugman semble adopter.)

Illusoire gaz de schiste ?

Il semble y avoir de sacrés arguments contre le gaz de schiste.

Outre, la pollution qu’il engendre, il serait très cher à extraire, demanderait beaucoup d’eau, et, surtout, notre économie n’est pas armée pour fonctionner au gaz. D’ailleurs, le gaz, sous produit de l’extraction pétrolière, continue à être brûlé !
Si c’est le cas, comment expliquer que beaucoup de gens semblent croire qu’il va résoudre la crise énergétique ? à qui profite le crime ?
(Argumentation détaillée : Why Natural Gas isn’t Likely to be the World’s Energy Savior)

USA : pour qui voter ?

En deux numéros, The Economist a réalisé un test comparatif des candidats à l’élection américaine. J’en retiens :

  • Dans les deux cas, il n’y a pas de programme.
  • Une phrase résume Obama. « Obama avait promis d’écarter les querelles partisanes, de rendre l’espoir à ceux qui n’ont pas de travail, de lancer le processus qui sauvera la planète du réchauffement climatique, et de rendre sa fierté à l’Amérique. » Obama plus grand faussaire de tous les temps ?
  • Quant à Romney : « Dis, Mitt, que crois-tu vraiment ? ». Ce que dit Romney aujourd’hui condamne comme le pire des crimes ce qu’il a fait hier ! « La fin justifie les moyens » poussée à un degré jamais atteint ? Mais quelle est la fin qu’il poursuit ? La démagogieà son point culminant ? (On craint même qu’elle l’entraîne dans une guerre avec la Chine ! )

Tout ceci semble donner raison aux anciens Chinois. Ils disaient que ce qui caractérise les phases de chaos, transitions entre dynasties, est que personne n’est à sa place. A mon avis, c’est une question de règle du jeu.

Dans une phase d’harmonie sociale, la société sélectionne ses membres en fonction de leur capacité à accomplir un rôle (et les forme pour cela). Dans une phase, par nature libérale, de changement, l’individu doit s’emparer d’une position sociale, sans avoir besoin de savoir l’exercer, par son art de la manipulation des mécanismes sociaux encore en fonctionnement.

Le travail de la culture

J’écoute régulièrement France Culture. On y parle beaucoup d’artistes. Tous font un « travail ». Un, par exemple, envoyait des fax un peu partout. C’était un « travail sur l’espace ». Tout ce que fait l’artiste devient « travail ». Molière s’en serait moqué.

Mais, à la réflexion, c’est peut-être une tentative pour prouver que l’artiste mérite le respect comme toute autre profession.
Pour cela les hommes de culture ont utilisé un procédé de manipulation : plutôt que de s’en remettre à notre jugement, ils ont associé ce qu’ils trouvent bien (leur art), à ce que la société pense bien (le travail). Cela servira-t-il leur cause ?