La résistance au changement

La résistance au changement est un cas de « framing ». Selon que l’on présente un fait d’une façon ou d’une autre, nous en tirons des conclusions différentes. On vous dit « résistance au changement », vous pensez volonté de nuire, arriération, refus du progrès, etc. Mais si l’on dit que les organisations, les entreprises en particulier, sont faites pour faire très bien toujours la même chose, donc résister au changement, cela vous paraîtra évident.
La résistance au changement est une propriété normale des organisations. Si on le comprend, on verra que c’est aussi un moyen de les faire changer. En effet, faire bouger une organisation est une question de motivation. Or, la résistance au changement est une motivation négative. Il suffit d’en comprendre la nature, pour la renverser. 

Tversky et Kahneman

Le plus vite vous découvrez que Tversky est plus intelligent que vous, le plus intelligent vous êtes. Voilà le test d’intelligence que l’on trouve à la page Tversky de wikipedia en anglais.
Les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman ont conçu une série d’expériences qui montrent que l’homme est irrationnel. Exemple ? La décision que je prends dépend de la formulation du problème que l’on me pose. (A quoi tient la peine de mort…) Ce faisant ils ont réalisé le Graal de la science : une théorie dont on peut tester les prévisions. C’est ce que les économistes, leurs ordinateurs et leurs mathématiques ne parviennent pas à faire. Et c’est pour cela que Daniel Kahneman a reçu le Nobel d’économie en 2002. (Tversky est mort en 96.) 
Mais leurs travaux n’ont pas eu les résultats escomptés. L’économie classique, celle qui guide les décisions de nos gouvernants, repose sur l’hypothèse que l’individu est rationnel. Elle aurait dû s’effondrer. Or, elle ne s’est jamais aussi bien portée. En revanche, une nouvelle branche de l’économie est née : l’économie comportementale. Grâce à elle il est possible d’influencer les populations (effet « nudge », par exemple) pour que leurs comportements satisfassent l’économie classique. Un peu de manipulation, cela vous rend une population rationnelle. Dans le test d’intelligence, remplacez « Tversky » par « gouvernant ». 

Désinformation

La désinformation fait-elle élire un président ? Particulièrement quand elle touche Internet, et est le fait d’espions russes ? Certains l’ont dit, pour l’élection de M.Trump. Mais cela ne semble pas prouvé. Ce qui pourrait avoir fait du mal à Mme Clinton, c’était ses emails cachés. Idem pour M.Fillon : ce qui l’endommage, c’est l’interprétation qui est faite de vraies informations.
Autrement dit, si vous êtes un espion russe qui veut couler un adversaire, le mieux n’est pas la désinformation, mais de trouver une information honteuse, que vous ne diffuserez pas sur Internet, mais que vous enverrez aux médias traditionnels, qui la vérifieront soigneusement, ce qui la rendra crédible. Méthode Snowden.
Et si c’était cela qui faisait peur à nos hommes politiques ?
(A noter que même l’information honteuse n’est pas fatale : tout dépend ce que l’on en fait. M.Trump l’a montré. En outre, beaucoup de candidats aimeraient que l’espion russe s’intéresse à eux : cela signifierait qu’ils comptent pour quelque-chose.)

Effet Macron

Ce matin, France Info interviewait des partisans de M.Fillon et de M.Valls. J’ai été surpris d’entendre « Macron » des deux côtés. Les premiers disant qu’ils auraient envisagé Macron, si M.Fillon ne s’était pas montré à la hauteur de l’attaque qu’il subit. Les seconds se demandaient si M.Macron n’est pas plus proche d’eux que l’idéologique Hamon. Comment quelqu’un qui n’était rien il y a quelques temps peut faire croire à autant de monde qu’il peut être un président crédible ? 
Une théorie traite de cette question. Il s’agit de « l’anchoring », l’ancrage. Un groupe de gens peut se mettre d’accord sur une même action, par exemple se retrouver en un même endroit, sans avoir besoin de se parler. C’est ainsi que l’on peut avoir l’impression de savoir ce que « les autres » pensent. Je ne suis pas sûr que l’on sache expliquer ce phénomène. En tout cas, il semble que l’on partage des sortes de stéréotypes culturels de ce que doit être la « bonne solution ». Par exemple certains endroits d’un bâtiment ou d’une campagne semblent de « bons endroits » pour se retrouver. M.Macron doit avoir de telles caractéristiques. 
(On pourrait peut-être les déterminer par « perceptual mapping« .)

Homme possédé

Le monde de Musset et de Mauriac était bien loin de la théorie du genre. Au moins dans le haute société, la femme était un objet de fantasme. L’homme rêvait de posséder son âme, bien plus que son corps. (En fait, l’un était lié à l’autre.) Mais, c’était parfois le contraire qui se produisait. Mauriac décrit, par exemple, une situation que les psychologues qualifieraient « d’emprise ». La femme a fait de l’homme un pantin. Sa raison a subi un court circuit, il ne s’appartient plus. A se demander si notre société n’a pas plus libéré l’homme que la femme…

Post truth

Depuis quelques temps, on parle de « post truth ». Pour M.Trump, et son électorat, la vérité des faits et des preuves ne compte pas. Post truth c’est anti raison.
Le procédé n’a rien de nouveau. C’est celui de la religion. C’est aussi un moyen de cohésion sociale. On dit ainsi que si la science chinoise n’a pas tiré les conséquences qui découlaient de ses travaux scientifiques, c’était pour ne pas ébranler son édifice social. Le jugement Galilée, c’est la même histoire. Lors de l’affaire Dreyfus, l’armée défendait un coupable au motif des intérêts supérieurs de la nation. Et il en est de même avec l’entreprise : son intérêt vaut bien quelques entorses à l’objectivité lorsqu’il s’agit de ses comptes ou des bénéfices de ses produits.

Récemment, le « post modernisme » est devenu la doctrine de la gauche, aux USA et en France. Le post modernisme s’oppose à la pensée des Lumières, à la science et au « progrès ». Il dit que le langage est une arme au service du bien. Le terme « post truth » illustre, d’ailleurs, cette idée. En effet, son efficacité vient non d’une démarche scientifique, puisque ceux qui la formulent sont eux-mêmes dans la « post truth » et refusent la science, mais de son sous-entendu désobligeant. Nous vivons désormais au delà de la raison. Et nous le devons, pour beaucoup, à nos intellectuels, qui ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis.

Artiste dégagé

Les artistes américains ont pris, comme un seul homme, fait et cause pour Mme Clinton, ce qui ne l’a pas sauvée. Dernièrement, les artistes français ont fait de même pour M.Hollande. Pas plus réussi. 
Le psychologue R. Cialdini dit que les gens qui ont une « aura », que nous admirons, ont une influence sur nous. Les artistes n’ont plus d’aura ?

Le parasitisme pour les nuls

Discussion avec un ami. Il me parle d’un logiciel qu’il a développé. Déformation professionnelle, trente ans d’obsession, je lui construit en deux mouvements un plan d’action. Mais ça ne l’intéresse pas. C’est un poète qui a horreur de la contrainte. C’est alors que j’ai compris comment il gagne son argent. Son comportement, ses diplômes, font croire qu’il est commercial. Il a constitué un réseau de spécialistes qui ont pensé qu’il allait vendre leurs services. Du coup, il s’est trouvé avec une offre exceptionnelle. Il la propose au hasard des rencontres qu’il fait. Cela lui permet de vivre, mais rapporte très peu au dit réseau. D’ailleurs, il a fini par vendre ses propres services ! A force d’écouter les autres, il sait laisser entendre qu’il est aussi compétent qu’eux.
Morale ? Comme ce fabriquant de polos turc, dont on raconte qu’il a découvert qu’ajouter un crocodile à ses produits les faisait vendre, nous constatons que certains comportements nous rapportent beaucoup, miraculeusement. Ils consistent, sans toujours que nous le sachions, à ne pas faire ce qu’exige, implicitement, de nous ces comportements. Étrangement, la dite société encourage une façon d’être qui la ruine.

Connais-toi toi-même

L’homme suit son intérêt, affirme la doctrine libérale. Mais quel est notre « intérêt » ? Pour Robert Cialdini, le psychologue de l’influence, c’est économiser notre cerveau. Nous choisissons de préférence ce qui nous évite de penser. Voilà pourquoi nous sommes faciles à manipuler.
Et si nous ne pouvions plus nous  laisser aller à notre naturel ? Le changement de notre temps ?

Double personnalité

Il a certaines choses que je n’aime pas faire. Sans qu’il y ait de raison évidente. Par exemple mes notes de frais. En revanche, si je programme un rappel qui me claironne mes devoirs, je les exécute. De même, je constate qu’Internet tend à me piéger. Par exemple, je suis fasciné par les statistiques de Google. Ce qui est idiot. Mais, je peux résister à la tentation si je me fixe un plan d’action. 
Deux constatations :
  • Il semblerait que j’obéisse à deux mécanismes séparés. Un regardant l’autre. Un peu comme s’il y avait un être « naturel » qui est sans défense face aux événements, sans recul, et qui a énormément de difficultés à changer, et une sorte de boucle de rétroaction qui tente de corriger le tir. Mais qui doit travailler de plus en plus.
  • Le monde agit sur le premier mécanisme par « l’emprise », comme si la règle du jeu était de trouver mes failles. Cela ressemble, sur un plan plus vaste, à ce que l’on dit de l’industrie alimentaire : elle ajoute du sucre et de la graisse aux aliments, parce que l’évolution nous y a rendu sensibles. La société contemporaine tendrait-elle à faire de nous des accro ?