Start up

Jeanne Bordeau écrit un article amusant sur le langage des Start up. Mais que cache ce discours séduisant ? On s’apitoie sur le sort des cyclistes de Deliveroo, et si « nous étions tous des livreurs de Deliveroo »? Et si la réalité du modèle économique de la Start up était non telle ou telle innovation mais notre crédulité ?

Après tout, cela a déjà été le cas durant la bulle Internet. Alors aussi ont promettait beaucoup, et surtout des conditions de travail idylliques. Mais tout a mal tourné. Et encore, cela aurait pu être bien pire, sans l’intervention des Etats. C’était un grand moment de spéculation.

Monteverdi

Monteverdi ? Un musicien important. Peut-être le lien entre Renaissance et Baroque. Quant-à ses oeuvres, qui les connaît ?… 
On entend souvent parler du « jugement de l’histoire ». Mais l’histoire n’a pas un jugement très stable. C’est ce que dit wikipedia. En effet, Monteverdi a connu des siècles d’effacement avant d’être redécouvert récemment. 
Comment l’histoire se fait-elle une opinion ? Qu’est-ce qui appartient à l’admiration ? Qu’est-ce qui vient d’autres considérations (par exemple, provoquer la génération de ses parents, trouver un débouché à ses talents de musicien hors d’un marché encombré, voire suivre la meute) ? Et si le « jugement de l’histoire » n’était qu’un sophisme de plus ayant pour objet de nous faire croire ce que l’on veut nous faire croire ? 

Assertivité

Dans ma jeunesse, on parlait d’assertivité. C’était un néologisme venu de l’anglais, qui signifiait défendre son point de vue face à la pression sociale. (Le mot existe en français, mais a un autre sens.) 
J’y ai repensé lors d’un passage à la gare Saint Lazare. A l’heure de pointe, un cycliste, casque sur la tête et vélo sur l’épaule empruntait les escaliers roulants, au milieu d’une foule compacte. Il était en chemise de travail, ce qui m’a fait penser qu’il se rendait peut-être ainsi chaque matin à son bureau. 
Mais le vélo est aussi devenu l’apanage du Bobo. (Et de ceux qui boivent ses idées.) Il affronte le beauf en voiture, et, plus curieusement, mais le Bobo est un tissu d’hypocrisies, le prolo piéton. Difficile d’échapper à la pression sociale ? 

Fake news

Depuis quelques temps, j’entends que Theresa May se plaint des manoeuvres de l’Europe, qui se coalise pour faire échouer son élection. Ce qui surprend les dirigeants européens, qui la préfèrent à ses concurrents. En fait, ils savent que c’est une tactique qui sert à Mme May à assurer sa victoire. (Une victoire qui pourrait bien être fatale aux travaillistes.) Alors ils sourient en silence. D’ailleurs, s’ils disaient que Mme May est leur candidate, cela ne serait pas bon pour elle. Et peut-être même qu’ils s’ont d’accord : une forte Mme May pourra faire des concessions impopulaires ?
Ce type de comportement n’est pas une nouveauté. Mais, dans ces conditions, qui a le droit de critiquer M.Trump et ses « fake news » ? N’y a-t-il pas des façons de se faire élire sans utiliser le mensonge ? En parlant à l’intelligence des gens ? 

Vendeur

Beethoven, Chopin et quelques autres génies de la musique ont vécu des cours qu’ils donnaient, ou de postes qu’ils devaient à des gens qui étaient, infiniment, moins compétents qu’eux. C’est le paradoxe de la relation client / fournisseur ! C’est le client qui choisit, mais c’est le fournisseur qui sait. 
Cela explique peut-être quelque chose de surprenant. J’ai noté que beaucoup d’artisans semblent avoir été formés aux travaux des psychologues de l’influence. Erreur. C’est le contraire. Je me suis souvenu que ces travaux ont été tirés de l’observation des commerciaux. Morale : il est probable que le manipulateur est plus convaincant que la personne compétente !
(Si nos génies de la musique ont réussi à survivre, c’est, probablement, parce que leurs clients pouvaient reconnaître leur talent. Chez les nobles, la culture était enseignée tôt, en particulier au futur roi. Cela explique peut-être pourquoi les parvenus ne transmettaient pas leur métier à leurs enfants, mais voulaient qu’ils aient la meilleure éducation. Cela a été vrai aux USA. Le riche donnait un mari européen à sa fille. L’inculture n’y est une vertu que depuis peu.)

Science

M.Trump, sauveur de la science ? 
Après la crise de 2007, les économistes se sont demandé : pourquoi avons-nous pu utiliser des théories erronées, et plonger le monde dans le chaos ? Une réponse fut : parce que la science est financée par ceux qui ont de l’argent, pour répondre à leurs besoins. 
Mais il y a eu M.Trump et ses « fake news ». Il a réussi là où même le djihadiste des réseaux sociaux a échoué : on se met à vérifier ce qui se dit. Or, c’est le principe même de la science, selon Karl Popper. Une société de nouveau rigoureuse va-t-elle être innovante ? Louons M.Trump ?

Rodin

Maison de retraite. On découvre un plâtre signé de Rodin. De croûte, le dit plâtre passe au statut d’oeuvre d’art valant au moins sept cent mille euros. Voilà ce que disait France Info, hier matin. 
A quoi tient la valeur ? Pas à ce que clament les prix Nobel d’économie. La valeur d’un bien ne correspond pas à sa valeur pour l’humanité. La valeur est un fait social. Nous subissons un lavage de cerveau qui nous dit Rodin = cher, eau = gratuit. Bien sûr, le mécanisme de valorisation n’est pas totalement manipulé. Mais il l’est de plus en plus. C’est le rôle de la publicité. Mais, c’est aussi celui de toute communication, si possible subliminale, qui vise à influencer notre inconscient. Une série télé raconte bien plus qu’une histoire, elle nous transmet la vision du monde, du bien et du mal, qu’a son réalisateur. 

Miroir aux alouettes

Que ne faut-il pas demander à une transformation numérique… qui pourrait ou devrait être assumé par le management sous d’autres bannières ? me demande-t-on.
Je viens de rencontrer quelqu’un, de très compétent dans son métier et de très estimable, qui veut simplifier l’accès au droit français que nos députés compliquent à loisir. Il pensait que l’intelligence de l’ordinateur allait se repérer dans les textes confus et changeants. Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Ses confrères étaient trop rétrogrades pour cela ? Etre « disrupteur » est une question d’état d’esprit, pas de compétence ?
Les vendeurs laissent croire que leur logiciel va gérer votre entreprise sans vous. Pour cela ils jouent sur des termes tels qu’intelligence artificielle ou machine learning. En fait, si le dirigeant ne définit pas bien le problème qu’il veut résoudre, et ne fait pas un travail sérieux pour comprendre un minimum du métier des informaticiens ou des mathématiciens dont il a besoin, il n’obtiendra rien. Voilà, en substance, ma réponse.
(L’anecdote ci-dessus explique peut-être beaucoup de choses. Notamment la façon dont nous sommes gouvernés. Le haut personnage, lorsqu’il rencontre un charlatan, se croit le seul à pouvoir le comprendre. C’est parce qu’il ne sait rien de la question, qu’il peut se laisser berner. Et c’est parce que nous nous y connaissons que nous nous indignons, ce qui le convainc que nous sommes des attardés. Mieux : et si beaucoup de gens pensaient que gouverner, c’était une question de miracles, pas de travail ?)

Entraide entre ennemis

J’entendais dire que M.Poutine mettait ses moyens d’influence au service de Mme Le Pen. Mais Mme Le Pen, comme M.Trump, est nationaliste. Elle rejette la globalisation qui masquerait les dissensions entre peuples, qui ont conduit à bien des guerres. 
Il en est de même avec le gouvernement turc. Il est bon pour lui, apparemment, de susciter l’hostilité européenne. En conséquence, il menace d’agiter ses ressortissants immigrés, de façon à ce que les nationalistes européens s’en émeuvent et que les gouvernements européens soient contraints de préserver l’ordre publique par quelque mesure que l’on puisse interpréter comme hostile…
Il y a alliance entre opposés. Probablement pour défendre une valeur commune : la guerre. Montesquieu disait que le principe de la démocratie était « la vertu ». Tant que l’on n’a pas un peu observé la société, cela peut sembler bien théorique…

Fact checking

Après « fake news », il y a « fact checking ». Le populisme se nourrit de nouvelles fausses, on va lui couper l’herbe sous le pied. 
Problème : Il paraîtrait qu’aux USA 89% des Républicains estiment que les journaux ne sont pas honnêtes (France Culture, lundi matin). Quelle efficacité pour le fact checking si l’on ne croit pas les « fact checkers » ?
Et pourquoi ? Peut-être parce que l’électeur du populiste a fait son propre « fact checking ». Il constate qu’il y a eu un écart entre ce qu’on lui a dit et ce qui lui est arrivé.