Effet Macron

Ce matin, France Info interviewait des partisans de M.Fillon et de M.Valls. J’ai été surpris d’entendre « Macron » des deux côtés. Les premiers disant qu’ils auraient envisagé Macron, si M.Fillon ne s’était pas montré à la hauteur de l’attaque qu’il subit. Les seconds se demandaient si M.Macron n’est pas plus proche d’eux que l’idéologique Hamon. Comment quelqu’un qui n’était rien il y a quelques temps peut faire croire à autant de monde qu’il peut être un président crédible ? 
Une théorie traite de cette question. Il s’agit de « l’anchoring », l’ancrage. Un groupe de gens peut se mettre d’accord sur une même action, par exemple se retrouver en un même endroit, sans avoir besoin de se parler. C’est ainsi que l’on peut avoir l’impression de savoir ce que « les autres » pensent. Je ne suis pas sûr que l’on sache expliquer ce phénomène. En tout cas, il semble que l’on partage des sortes de stéréotypes culturels de ce que doit être la « bonne solution ». Par exemple certains endroits d’un bâtiment ou d’une campagne semblent de « bons endroits » pour se retrouver. M.Macron doit avoir de telles caractéristiques. 
(On pourrait peut-être les déterminer par « perceptual mapping« .)

Homme possédé

Le monde de Musset et de Mauriac était bien loin de la théorie du genre. Au moins dans le haute société, la femme était un objet de fantasme. L’homme rêvait de posséder son âme, bien plus que son corps. (En fait, l’un était lié à l’autre.) Mais, c’était parfois le contraire qui se produisait. Mauriac décrit, par exemple, une situation que les psychologues qualifieraient « d’emprise ». La femme a fait de l’homme un pantin. Sa raison a subi un court circuit, il ne s’appartient plus. A se demander si notre société n’a pas plus libéré l’homme que la femme…

Post truth

Depuis quelques temps, on parle de « post truth ». Pour M.Trump, et son électorat, la vérité des faits et des preuves ne compte pas. Post truth c’est anti raison.
Le procédé n’a rien de nouveau. C’est celui de la religion. C’est aussi un moyen de cohésion sociale. On dit ainsi que si la science chinoise n’a pas tiré les conséquences qui découlaient de ses travaux scientifiques, c’était pour ne pas ébranler son édifice social. Le jugement Galilée, c’est la même histoire. Lors de l’affaire Dreyfus, l’armée défendait un coupable au motif des intérêts supérieurs de la nation. Et il en est de même avec l’entreprise : son intérêt vaut bien quelques entorses à l’objectivité lorsqu’il s’agit de ses comptes ou des bénéfices de ses produits.

Récemment, le « post modernisme » est devenu la doctrine de la gauche, aux USA et en France. Le post modernisme s’oppose à la pensée des Lumières, à la science et au « progrès ». Il dit que le langage est une arme au service du bien. Le terme « post truth » illustre, d’ailleurs, cette idée. En effet, son efficacité vient non d’une démarche scientifique, puisque ceux qui la formulent sont eux-mêmes dans la « post truth » et refusent la science, mais de son sous-entendu désobligeant. Nous vivons désormais au delà de la raison. Et nous le devons, pour beaucoup, à nos intellectuels, qui ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis.

Artiste dégagé

Les artistes américains ont pris, comme un seul homme, fait et cause pour Mme Clinton, ce qui ne l’a pas sauvée. Dernièrement, les artistes français ont fait de même pour M.Hollande. Pas plus réussi. 
Le psychologue R. Cialdini dit que les gens qui ont une « aura », que nous admirons, ont une influence sur nous. Les artistes n’ont plus d’aura ?

Le parasitisme pour les nuls

Discussion avec un ami. Il me parle d’un logiciel qu’il a développé. Déformation professionnelle, trente ans d’obsession, je lui construit en deux mouvements un plan d’action. Mais ça ne l’intéresse pas. C’est un poète qui a horreur de la contrainte. C’est alors que j’ai compris comment il gagne son argent. Son comportement, ses diplômes, font croire qu’il est commercial. Il a constitué un réseau de spécialistes qui ont pensé qu’il allait vendre leurs services. Du coup, il s’est trouvé avec une offre exceptionnelle. Il la propose au hasard des rencontres qu’il fait. Cela lui permet de vivre, mais rapporte très peu au dit réseau. D’ailleurs, il a fini par vendre ses propres services ! A force d’écouter les autres, il sait laisser entendre qu’il est aussi compétent qu’eux.
Morale ? Comme ce fabriquant de polos turc, dont on raconte qu’il a découvert qu’ajouter un crocodile à ses produits les faisait vendre, nous constatons que certains comportements nous rapportent beaucoup, miraculeusement. Ils consistent, sans toujours que nous le sachions, à ne pas faire ce qu’exige, implicitement, de nous ces comportements. Étrangement, la dite société encourage une façon d’être qui la ruine.

Connais-toi toi-même

L’homme suit son intérêt, affirme la doctrine libérale. Mais quel est notre « intérêt » ? Pour Robert Cialdini, le psychologue de l’influence, c’est économiser notre cerveau. Nous choisissons de préférence ce qui nous évite de penser. Voilà pourquoi nous sommes faciles à manipuler.
Et si nous ne pouvions plus nous  laisser aller à notre naturel ? Le changement de notre temps ?

Double personnalité

Il a certaines choses que je n’aime pas faire. Sans qu’il y ait de raison évidente. Par exemple mes notes de frais. En revanche, si je programme un rappel qui me claironne mes devoirs, je les exécute. De même, je constate qu’Internet tend à me piéger. Par exemple, je suis fasciné par les statistiques de Google. Ce qui est idiot. Mais, je peux résister à la tentation si je me fixe un plan d’action. 
Deux constatations :
  • Il semblerait que j’obéisse à deux mécanismes séparés. Un regardant l’autre. Un peu comme s’il y avait un être « naturel » qui est sans défense face aux événements, sans recul, et qui a énormément de difficultés à changer, et une sorte de boucle de rétroaction qui tente de corriger le tir. Mais qui doit travailler de plus en plus.
  • Le monde agit sur le premier mécanisme par « l’emprise », comme si la règle du jeu était de trouver mes failles. Cela ressemble, sur un plan plus vaste, à ce que l’on dit de l’industrie alimentaire : elle ajoute du sucre et de la graisse aux aliments, parce que l’évolution nous y a rendu sensibles. La société contemporaine tendrait-elle à faire de nous des accro ?

Framing

Il est plus difficile de recruter un général que mille soldats. Evident n’est-ce pas ? Surtout si l’on remplace général par président et soldat par citoyen.
Mais, si je vous dis : il est plus facile de recruter mille généraux qu’un soldat, c’est aussi évident. On se bat pour diriger une entreprise, alors qu’il est bien difficile de trouver un honnête homme qui fera correctement son travail, et qui compensera l’incurie managériale.
Voilà comment on peut manipuler les gens : en présentant les faits d’une certaine façon. (En anglais on parle de « framing ».) Et voici comment éviter de se faire manipuler : en les regardant sous différents angles.

Virtuoses de la parole

Vous avez vos questions, j’ai mes réponses, disait Georges Marchais. Grande sagesse. En effet, que faire fasse aux virtuoses de la parole qui nous emberlificotent dans des raisonnements qui ont pour seul objet de nous faire faire leurs caprices ?
On ne peut sortir du cadre convenu de la conversation convenue qu’avec des gens de confiance. Intellectuel, passe ton chemin.

CICE : jeu de dupes ?

on a financé le CICE en partie en augmentant la TVA [passée de 19,6 % à 20 % au 1er janvier 2014] et il aurait servi à baisser les prix de vente. C’est le serpent qui se mord la queue !

La réalité dépasse la fiction ??? Le gouvernement a fait croire qu’il donnait à l’entreprise de l’argent, alors qu’il le prélevait sur le consommateur, par une hausse de prix ! Si bien que les entreprises ont compensé la hausse grâce à l’argent reçu ! Et le gouvernement attendait de cette mesure la création de centaines de milliers d’emplois ?

(Le CICE est un « crédit d’impôt sur la masse salariale de 4 % au titre de 2013 et de 6 % ensuite« . Sur 2013 et 2014 seulement, il aurait coûté à l’État 28,7md€. On pensait créer 200.000 emplois. Mais, impossible d’en évaluer l’impact : ce serait une « usine à gaz » : on ne sait pas ce qui entre et ce qui sort. Les estimations vont de zéro à pas beaucoup, à la fois en termes d’emploi et de marge. Aurait-il été récupéré par les grandes entreprises et le consommateur, par des baisses de prix ? Si c’est le cas, cela serait dû à une manœuvre étonnante : le gouvernement nous a donné d’une main ce qu’il nous retirait de l’autre, et a pensé créer ainsi de la prospérité et de l’emploi ! Le Monde est ma référence.)