Darwin condamne l'intelligence artificielle

Toute mon expérience me disait de faire le contraire de ce que j’ai fait. Pourquoi ai-je pris cette décision ? Parce que j’ai jugé que j’étais devant une situation nouvelle.

Je ne sais pas si j’ai eu raison.  C’est l’avenir qui me le dira. Mais, en tout cas, cela montre une faille rédhibitoire de l’intelligence artificielle, et de tout ce qui s’y apparente. Non seulement l’IA décide en fonction du passé, mais, surtout, elle décide en fonction des données dont elle dispose. Or, la vie ne se modélise pas en trente ou cent variables… La caractéristique de l’homme est peut-être, justement, de pouvoir décider dans un environnement inconnu. Un animal féroce ou un virus d’une nouvelle espèce peut le faire passer de vie à trépas. Mais il réussit à se tirer d’affaires plus souvent qu’une machine qui, elle, a besoin « d’apprentissage ». Darwin élimine donc l’espèce des robots, mais pas celle des hommes.

(Voilà pourquoi il est idiot de dire que « parce que l’IA bat l’homme aux échecs, elle va le remplacer partout ». En effet, le jeu est justement une situation dans laquelle il ne peut jamais rien arriver de nouveau, tout est contenu dans ses règles. Il faudrait inventer un hashtag « halte aux sophismes ».)

Avec dents

Vidéo de la jeune Joan Baez. Je suis surpris par ses dents irrégulières. Aujourd’hui cela ne se ferait plus.

Nous vivons dans une société hyper individualiste, et pourtant la pression à la conformité n’a jamais été aussi forte. Elle va jusque à nous forcer à modifier notre physique (et surtout notre mental, à coups de chimie). Et ce sont les dentistes qui en tirent les ficelles ?

Chute de Trump

M.Trump sera assassiné, ou destitué, me disait-on. Et je pensais : vous prenez vos désirs pour des réalités. Regardez M.Clinton, rien n’a pu l’ébranler. Par nature l’Américain se rit des tempêtes. C’est même ce qui fait sa vie.

Eh bien, maintenant, je pense que M.Trump peut effectivement être abattu. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il est un peut trop américain. Il ne semble pouvoir vivre qu’à proximité du précipice. Ensuite parce que, pour le battre à la loyale, les démocrates devraient probablement changer radicalement. C’est à dire se préoccuper du sort de la population. Et le changement, c’est pire que tout. Or, les démocrates sont le parti de l’intellect, ils possèdent les esprits les plus brillants, et pervers, des USA.

Comment abattre M.Trump ? Le plus efficace est de l’attaquer pour quelque-chose dont il est innocent. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est évident a posteriori. En effet, innocent, on n’est pas préparé à se défendre. Pire : il n’est pas concevable que l’on aie à se défendre. Le temps que l’on réagisse (une autre histoire de changement), on se retrouve à casser des cailloux à Cayenne.

(C’est certainement pour cela qu’un Staline n’avait probablement pas d’amis, et procédait à des purges régulières.
En outre, ce que je dis, est la façon dont les procès, aux USA, sont décrits. Ce qui compte est d’abattre la partie adverse. Tous les coups sont permis.)

Américain crédule ?

Ce qui est surprenant, c’est à quel point la publicité est efficace aux USA. En particulier en politique. Si vous avez un gros budget publicitaire, vous êtes quasi certain de faire basculer l’opinion en votre faveur. C’est ce qu’on lit dans les journaux anglo-saxons. Et l’histoire de la NRA, qui a convaincu l’Américain qu’il était menacé et qu’il devait s’armer, ne fait que le rappeler.

Explication ? Peut-être que l’Américain considère la publicité comme de l’information ? Et qu’il a confiance en sa capacité de discernement ? Le phénomène n’est pas unique. L’histoire grecque ou romaine, ou celle de la Révolution ou de la troisième République, sont pleines de discours enflammés qui font tomber un régime et valser les têtes. Shakespeare en donne un exemple dans son Jules César. Les Lumières voulaient apprendre au citoyen à penser. Je ne sais pas si, aux USA, il y a eu un projet équivalent. Ou si l’on a jugé que c’était contraire aux lois du marché.

Statuts et statistiques

Comment bien employer les statistiques ? Mon billet sur l’usage qu’en fait le Monde pour traiter du débat sur le statut des cheminots pose cette question. Que sont les statistiques ? « Ensemble des techniques d’interprétation mathématique appliquées à des phénomènes pour lesquels une étude exhaustive de tous les facteurs est impossible » (Le Robert.) Que fait Le Monde ? La moyenne de toutes les données qui concernent les employés de la SNCF. Et il les compare à la moyenne française. C’est comme si la météo vous annonçait la température moyenne qu’il fait sur terre !

Le principe des statistiques est d’agréger ce qui se ressemble, et d’éloigner ce qui est différent. C’est la segmentation. On répartit le problème en morceaux. Peut-être, pour la SNCF, employés administratifs, conducteurs, informaticiens… Mais, généralement, les segmentations donnent des résultats plus subtils que cela. Et après ? L’évolution du découpage, lui-même, est intéressante. La population de la SNCF a dû beaucoup changer en peu d’années. Peut-être la SNCF ressemble-t-elle de moins en moins à une société de transport ? (Carlson Wagon-lits est devenu un éditeur de logiciel…) Aussi, on peut segmenter la SNCF au sein de la population française. S’il y a des segments propres à la SNCF, ils indiquent un métier qui lui est propre. Sinon qu’est-ce que cela signifie que tel type de métier de la SNCF soit avec tels autres métiers hors SNCF ? On peut, encore, avoir deux types de paramètres : des paramètres pour la segmentation, et d’autres pour la description.

Les statistiques permettent de comprendre en simplifiant. Une fois que l’on a compris, on peut agir. Mais il n’y a là-dedans rien de mécanique. On mène une enquête, on multiplie les techniques de statistiques, pour éclairer la question sous divers angles, et on décide en son âme et conscience. C’est pourquoi les statistiques sont trop importantes pour être laissées aux statisticiens, et aux journalistes.

ONG et gouvernements

Il y aurait 5 grandes ONG qui seraient aux prises avec des scandales. France Culture disait cela ce matin. Il semblerait aussi que les ONG anglo-saxonnes soient fortement financées par leur Etat d’origine (contrairement à MSF, par exemple).

Cela n’apporterait-il pas des munitions à M.Poutine, qui les voit comme des agents de propagande de l’ennemi ?

Vérités alternatives

Je n’avais par réfléchi à ce que signifiaient les « alternative facts » américains. Pierre Rosanvallon les explique ainsi, si j’ai bien compris : une partie de la population doute de ce qu’on lui dit. Elle pense donc qu’il doit y avoir d’autres faits que ceux qu’on lui présente.

Comme aurait dit Laurent Fabius, du FN, ce serait une mauvaise conclusion tirée d’un bon diagnostic. Il est certain que les grandes théories n’ont pas été suivies des effets escomptés. Il y avait donc erreurs de raisonnement. Pas besoin de parler de la guerre d’Irak pour le constater.

Au lieu de railler ceux qui ne savent pas manier la parole, les virtuoses du verbe feraient bien de s’interroger sur ce qui a fait dérailler leur pensée. Exercice professionnel sain. Et qui éviterait aux premiers de tomber dans les bras de charlatans.

Marketing de la mort

S’il y a autant de tueries de masse aux USA, c’est du fait de la facilité avec laquelle on s’y procure des armes. Le lobby des armes y est particulièrement efficace. Voilà ce que l’on croit.

On est loin de la réalité. Le dit lobby ne serait pas qu’un lobby. Il est parvenu à changer la façon dont les Américains pensent. Confronté à une baisse des ventes liées aux usages traditionnels des armes à feu (sport et chasse), il aurait convaincu l’Américain qu’il était menacé et qu’il devait s’armer ! Et il aurait fait passer des lois qui permettent de faire feu de manière préventive. La réussite de cette tactique est exceptionnelle. La profession a connu une croissance de start up. Entre 2006 et 2016, la production est passée de 3,6m à 10,6m d’armes. (Article.)

Et si l’industrie de l’armement était parvenue (involontairement ?) à créer un cercle vicieux : plus je me sens menacé, plus je tue, et plus il y a de morts violentes et plus je me sens menacé ? Voilà ce qui arrive lorsque l’on donne des armes au marché ?

Intelligence limitée

Pourquoi l’Intelligence Artificielle ne change-t-elle pas notre vie ? Après tout elle a défait les meilleurs aux jeux les plus compliqués ? (Article.)

Parce que l’homme n’est pas très bon au jeu ! Et parce que le jeu présente des conditions qui conviennent à l’ordinateur, contrairement à la vie. Curieusement, même la conduite autonome ne serait pas un problème aussi facile à régler par l’ordinateur qu’on le dit. En conséquence ce qui peut convenir à l’IA, ce sont des questions qui se rapprochent des jeux.

Voilà qui me plaît. Ne serait-ce que parce que cela reprend un argument développé par moi dans un article. Je soupçonne que l’IA est avant tout un gigantesque coup de pub.

(Un coup de pub qui masque tout ce qu’il y a de génial dans la recherche en mathématiques, et qui en détourne les meilleurs matheux.)

IA mode de management ?

L’IA va-t-il supprimer le travail ? A qui va profiter l’IA ?… Les articles sur l’IA se multiplient.
Il y a quelques années, The Economist écrivait qu’IBM allait mal et qu’il pariait sa chemise, pour se relancer, sur l’IA. Et si tout ce que nous disons de l’IA n’était que l’effet de la publicité d’IBM et de quelques autres ? Qui s’est donné la peine de vérifier que l’IA est ce qu’on en dit ?

Qui parle encore de Big Data ? me disait un ami. Le phénomène n’est pas nouveau. Aux USA, il porte un nom : « management fad ». A l’époque de la bulle Internet, il y avait une nouvelle « management fad » tous les quelques mois. Pourquoi ne sommes-nous pas vaccinés ? Seulement méfiants ? Possiblement parce que nous ne faisons que reproduire ce que dit la foule. Nos intellectuels, d’ailleurs, utilisent leur prestige pour se faire les hérauts de la nouveauté.

Les psychologues ont un nom pour ce phénomène : « validation sociale ».

(Le Gartner Group, qui a fourni un grand nombre de modes de management durant la bulle Internet, a monté un observatoire du phénomène : « hype curve ».)