Les avances de Monsieur Hulot

Avant même que l’on parle d’une affaire Hulot, j’étais au courant… Vu mon désintérêt pour l’information, cela signifie que les ficelles étaient grosses.

Il y a quelques temps, un sénateur républicain a bloqué le financement de l’Etat américain, au motif qu’il ne comprenait pas pourquoi on permettait un tel déficit à M.Trump, alors qu’on le refusait aux démocrates. Eh bien, cela s’appelle la politique. On balance des calomnies sur le gouvernement, en espérant que l’une d’entre elles provoquera l’émotion des électeurs. Or, il se trouve qu’en ce moment la parole de la femme se libère, et qu’elle condamne sans jugement…

Disjonction cognitive

Ma mère avait fait faire de moi deux photos. J’avais deux ans. Sur l’une je ressemblais à un chien battu. Sur l’autre au ravi de la crèche. Christophe qui rit, et Christophe qui pleure. A un âge où j’aurais pu être grand père, j’ai remarqué que le chien battu était devenu le fond d’écran de son téléphone. Je lui ai dit qu’il était curieux qu’un enfant aussi jeune semble aussi malheureux. Je croyais qu’elle ne m’avait pas entendu. Pourtant, la photo a été immédiatement remplacée par la riante. Et, alors qu’elle avait fait de nouveaux tirages d’un grand nombre de photos de sa jeunesse, en particulier de Jean qui rit, je n’ai trouvé aucune trace de Jean qui pleure, après sa mort.

C’est un exemple de disjonction cognitive. Il est insupportable de faire face à ses contradictions. Si on nous y expose, se produit une réaction violente. Elle vise non à les éliminer, mais à en supprimer la preuve. (Tartuffe de Molière en donne un exemple.) On utilise la disjonction cognitive comme technique de manipulation.

Mais mon histoire a connu un épisode que l’on ne trouve pas dans les traités de psychologie. Dans ses derniers temps, ma mère m’a rappelé des événements que j’avais oubliés. Mes enseignants de primaire s’étaient demandé si je n’étais pas suicidaire, ou si mon comportement ne s’expliquait pas par un manque d’affection. N’était-ce pas ridicule ? Ma mère avait mauvaise conscience. Comme quoi, on ne peut probablement jamais se séparer de ses contradictions par la force ou l’oubli. Il n’y a peut-être pas de cas désespérés. Le changement est toujours possible. Et, comme quoi, cela a du bon. Car ce souvenir m’a permis d’expliquer mon comportement, que l’on a longtemps trouvé paradoxal. Mais qui n’est pas suicidaire. Mais cela, c’est une autre histoire.

Détournement de but

Détournement de but (displacement of goal). Ce billet ne parle pas de foot mais du sociologue Robert Merton. Il avait observé ce phénomène chez les bureaucrates. Ils vénéraient le moyen, en perdant de vue la fin. Le règlement, c’est le règlement.

Exemples ? Le marché, divinisé par certains Anglo-saxons : par l’offre et la demande, le marché règle la société, sans besoin d’intervention humaine ; le prix qu’il fixe est le résultat d’un vote ; le marché est la démocratie. Il y a aussi l’intellectuel. Julien Benda disait que le rôle de l’intellectuel était de défendre des principes. Eh bien, l’intellectuel rend un culte aux dits principes, et obtient l’inverse de ce qu’il cherchait. C’est aussi le fameux phénomène du « silo », qui rend le changement impossible. Chacun est dans sa tranchée. Il est insensible à l’intérêt général.

Les Lumières l’avaient bien vu. C’était même probablement leur combat. La liberté, était celle de notre esprit, prisonnier de coutumes. Mais elles n’ont pas trouvé à ce mal de solution, puisqu’il nous assaille toujours. Etrange phénomène.

Le choix de Sophie

M.Trump est un grand manipulateur. Il a proposé aux démocrates « le choix de Sophie ». Vous votez le budget de ma grande muraille mexicaine, et je légalise vos enfants d’immigrés.

Les démocrates se sont indignés. Malheureusement, c’est eux qui avaient commencé ces tractations douteuses : vous légalisez mes enfants d’immigrés, ou je vous coupe la lumière. Quand on dîne avec le Diable…

Framing

A l’occasion de sa première année au pouvoir, M.Trump a accusé la presse d’être « à 90% hostile ». France Culture s’en faisait l’écho. En gros, elle disait qu’il était impossible de mesurer ces 90%.

France Culture a été victime d’une manipulation grossière, qui s’appelle « framing ». L’affirmation de M.Trump, qui pourrait être volontairement fausse, a orienté sa réponse. Non seulement elle l’a amenée à répercuter la déclaration de M.Trump, mais elle l’a placée sur la défensive : mais non, la presse ne dit pas un mal excessif de M.Trump.

Comment répondre à un framing ? En refusant les hypothèses sous jacentes. Par exemple : la presse juge par elle même, elle ne joue pas pour tel et tel camp. S’il se trouve qu’à 90% elle désapprouve une mesure de M.Trump, c’est que cette mesure est mauvaise.

Droits de l'homme

Lorsque M.Macron a rendu visite à la Chine, on lui a reproché de ne pas avoir parlé de « droits de l’homme ». Soudainement, quelque chose m’a frappé que je n’avais pas compris jusque-là. La définition de « droits de l’homme ». Il s’agissait de défendre trois opposants au régime, qui sont en prison. Des intellectuels.

Mais, sur une population qui compte plus d’un milliard de personnes, n’y a-t-il que trois personnes qui souffrent ? Des mineurs de fond ? Des paysans déplacés par millions ?… Cela m’a rappelé l’époque soviétique : on ne parlait au mieux que de Sakharov et de quelques autres ; on se fichait des conditions atroces dans lesquelles on vivait au Goulag. Quant à Mao, non seulement personne ne s’est préoccupé des résultats de ses révolutions culturelles, mais ceux qui auraient pu le faire étaient de son côté !

J’ai compris alors le bonheur d’être un intellectuel. Vous gagnez le paradis en échange de quelques manifestations bruyantes.

(Une illustration de mon billet traitant de « moral licensing ».)

L'art de la provocation

J’écoutais un journaliste espagnol, ayant vécu aux USA, expliquer que M.Trump vivait de la polémique. Il a passé un moment dans l’industrie du catch, où l’insulte est spectacle. Il n’est heureux que dans un tel milieu.

La provocation semble le principe de vie de beaucoup de gens. Est-ce durable ? Vu l’âge de M.Trump, la réponse est probablement oui. Explication ? A chaque fois qu’il dit une bêtise, ses adversaires pensent qu’il est fini ? Ce qui les empêche de trouver un moyen efficace de le liquider ? Aussi, le danger l’excite, ce qui le force à être sur ses gardes ?

Plus subtil, peut-être. En dépit de médias hostiles, il est le centre de l’attention mondiale. (Kim Jong Un et Nicolas Sarkozy doivent baver d’admiration.) Il y parvient par ses provocations. Mais c’est justement parce que les médias sont hostiles, que M.Trump dispose d’une extraordinaire caisse de résonance. C’est l’art de la guerre, à son meilleur ! (Sun Zu serait admiratif.)

Plus étrange, peut-être. Je soupçonne un phénomène bizarre : avoir une énorme notoriété, quelle qu’en soit la raison, est bon.

Moral licensing

Les psychologues ont un nom pour tout. « Moral licensing », c’est l’autorisation implicite que se donne celui qui fait le bien à transgresser ses principes. Apparemment des études scientifiques auraient montré ce phénomène à l’oeuvre chez les écologistes.

Je me demande si on ne le retrouve pas chez Mme de Sévigné. Elle vient d’écouter un prêche édifiant, et elle regarde d’un oeil indifférent le massacre, dans des conditions atroces, d’une révolte de miséreux bretons. (Et toutes ces affaires de harcèlement sexuel dans les milieux de gauche ?) Le « moral licensing » me concerne, d’ailleurs. Le régime alimentaire que m’inflige la Faculté me semblant excessif, je m’autorise un nombre d’entorses qui l’est peut-être aussi.

Les principes absolus aboliraient-ils le sens des responsabilités ? Et cela parce qu’ils nous font tellement souffrir qu’ils nous poussent à chercher des compensations ?

Complot

Un nombre surprenant de Français croit à la « théorie du complot ». France Culture le déplorait. Mais, en même temps, cette radio s’inquiète des scandales sanitaires qui se succèdent. Nous cacherait-on quelque-chose ?

J’entendais, au sujet du voyage de M.Macron en Chine, que l’Europe s’était faite tondre comme un mouton par ce pays. Voilà un propos qui aurait été impensable il y a seulement un an. De même la radioactivité de Tchernobyl s’était arrêtée aux frontières de la France. Et le « consensus de Washington » ? Quelques Américains puissants se mettent d’accord pour réformer le monde. Il en résulte une série de crises effroyables, notamment en Asie et en Russie. Elles ont dû démolir la vie de centaines de millions de personnes. Dans ces conditions, pourquoi ne pas penser que les USA soient aussi derrière les malheurs du Moyen Orient ? D’ailleurs, Ben Laden n’a-t-il pas commencé comme un agent américain ?…

Nos gouvernants cultivent le secret. Ils ne reconnaissent jamais leurs fautes. Ils font preuve d’un complexe de supériorité surprenant, et d’un mépris sans limites pour ceux qu’ils gouvernent. Voilà une hypothèse vraisemblable que l’on peut faire. Maintenant, qui est le plus ridicule ? Celui qui croit au complot ? Ou celui qui ne comprend pas pourquoi on croit au complot ?

Ridicule Trump

Pourquoi nous critique-t-il, il est des nôtres ? Voici ce que je lisais dans la presse américaine, démocrate, avant l’élection de M.Trump. M.Trump est un membre de l’élite intellectuelle, qui critique l’élite intellectuelle ! (On disait la même chose, à l’époque, de M.Macron.) M.Trump a en effet fait des études prestigieuses. Et il a été un moment démocrate.

De l’art du ridicule
Si on le dépeint maintenant comme un imbécile, c’est, probablement, l’effet d’un trait culturel américain. L’Amérique ne semble pas croire à la vérité. Ce qui est vrai est ce que le peuple croit. Voix du peuple, voix de Dieu. Et le peuple est influençable. Il y a une expression qui dit plus où moins « jeter quelque-chose contre le mur pour voir s’il tient » (wikipedia, pour une variante). C’est un art subtil. Une ancienne journaliste (française : cela marche aussi chez nous) m’a expliqué qu’elle avait trouvé un surnom à une personne : « le robot ». Effectivement, perdu dans ses pensées, il marchait comme un robot. Elle estimait que cela serait suffisant pour causer sa perte.