Américain crédule ?

Ce qui est surprenant, c’est à quel point la publicité est efficace aux USA. En particulier en politique. Si vous avez un gros budget publicitaire, vous êtes quasi certain de faire basculer l’opinion en votre faveur. C’est ce qu’on lit dans les journaux anglo-saxons. Et l’histoire de la NRA, qui a convaincu l’Américain qu’il était menacé et qu’il devait s’armer, ne fait que le rappeler.

Explication ? Peut-être que l’Américain considère la publicité comme de l’information ? Et qu’il a confiance en sa capacité de discernement ? Le phénomène n’est pas unique. L’histoire grecque ou romaine, ou celle de la Révolution ou de la troisième République, sont pleines de discours enflammés qui font tomber un régime et valser les têtes. Shakespeare en donne un exemple dans son Jules César. Les Lumières voulaient apprendre au citoyen à penser. Je ne sais pas si, aux USA, il y a eu un projet équivalent. Ou si l’on a jugé que c’était contraire aux lois du marché.

Statuts et statistiques

Comment bien employer les statistiques ? Mon billet sur l’usage qu’en fait le Monde pour traiter du débat sur le statut des cheminots pose cette question. Que sont les statistiques ? « Ensemble des techniques d’interprétation mathématique appliquées à des phénomènes pour lesquels une étude exhaustive de tous les facteurs est impossible » (Le Robert.) Que fait Le Monde ? La moyenne de toutes les données qui concernent les employés de la SNCF. Et il les compare à la moyenne française. C’est comme si la météo vous annonçait la température moyenne qu’il fait sur terre !

Le principe des statistiques est d’agréger ce qui se ressemble, et d’éloigner ce qui est différent. C’est la segmentation. On répartit le problème en morceaux. Peut-être, pour la SNCF, employés administratifs, conducteurs, informaticiens… Mais, généralement, les segmentations donnent des résultats plus subtils que cela. Et après ? L’évolution du découpage, lui-même, est intéressante. La population de la SNCF a dû beaucoup changer en peu d’années. Peut-être la SNCF ressemble-t-elle de moins en moins à une société de transport ? (Carlson Wagon-lits est devenu un éditeur de logiciel…) Aussi, on peut segmenter la SNCF au sein de la population française. S’il y a des segments propres à la SNCF, ils indiquent un métier qui lui est propre. Sinon qu’est-ce que cela signifie que tel type de métier de la SNCF soit avec tels autres métiers hors SNCF ? On peut, encore, avoir deux types de paramètres : des paramètres pour la segmentation, et d’autres pour la description.

Les statistiques permettent de comprendre en simplifiant. Une fois que l’on a compris, on peut agir. Mais il n’y a là-dedans rien de mécanique. On mène une enquête, on multiplie les techniques de statistiques, pour éclairer la question sous divers angles, et on décide en son âme et conscience. C’est pourquoi les statistiques sont trop importantes pour être laissées aux statisticiens, et aux journalistes.

ONG et gouvernements

Il y aurait 5 grandes ONG qui seraient aux prises avec des scandales. France Culture disait cela ce matin. Il semblerait aussi que les ONG anglo-saxonnes soient fortement financées par leur Etat d’origine (contrairement à MSF, par exemple).

Cela n’apporterait-il pas des munitions à M.Poutine, qui les voit comme des agents de propagande de l’ennemi ?

Vérités alternatives

Je n’avais par réfléchi à ce que signifiaient les « alternative facts » américains. Pierre Rosanvallon les explique ainsi, si j’ai bien compris : une partie de la population doute de ce qu’on lui dit. Elle pense donc qu’il doit y avoir d’autres faits que ceux qu’on lui présente.

Comme aurait dit Laurent Fabius, du FN, ce serait une mauvaise conclusion tirée d’un bon diagnostic. Il est certain que les grandes théories n’ont pas été suivies des effets escomptés. Il y avait donc erreurs de raisonnement. Pas besoin de parler de la guerre d’Irak pour le constater.

Au lieu de railler ceux qui ne savent pas manier la parole, les virtuoses du verbe feraient bien de s’interroger sur ce qui a fait dérailler leur pensée. Exercice professionnel sain. Et qui éviterait aux premiers de tomber dans les bras de charlatans.

Marketing de la mort

S’il y a autant de tueries de masse aux USA, c’est du fait de la facilité avec laquelle on s’y procure des armes. Le lobby des armes y est particulièrement efficace. Voilà ce que l’on croit.

On est loin de la réalité. Le dit lobby ne serait pas qu’un lobby. Il est parvenu à changer la façon dont les Américains pensent. Confronté à une baisse des ventes liées aux usages traditionnels des armes à feu (sport et chasse), il aurait convaincu l’Américain qu’il était menacé et qu’il devait s’armer ! Et il aurait fait passer des lois qui permettent de faire feu de manière préventive. La réussite de cette tactique est exceptionnelle. La profession a connu une croissance de start up. Entre 2006 et 2016, la production est passée de 3,6m à 10,6m d’armes. (Article.)

Et si l’industrie de l’armement était parvenue (involontairement ?) à créer un cercle vicieux : plus je me sens menacé, plus je tue, et plus il y a de morts violentes et plus je me sens menacé ? Voilà ce qui arrive lorsque l’on donne des armes au marché ?

Intelligence limitée

Pourquoi l’Intelligence Artificielle ne change-t-elle pas notre vie ? Après tout elle a défait les meilleurs aux jeux les plus compliqués ? (Article.)

Parce que l’homme n’est pas très bon au jeu ! Et parce que le jeu présente des conditions qui conviennent à l’ordinateur, contrairement à la vie. Curieusement, même la conduite autonome ne serait pas un problème aussi facile à régler par l’ordinateur qu’on le dit. En conséquence ce qui peut convenir à l’IA, ce sont des questions qui se rapprochent des jeux.

Voilà qui me plaît. Ne serait-ce que parce que cela reprend un argument développé par moi dans un article. Je soupçonne que l’IA est avant tout un gigantesque coup de pub.

(Un coup de pub qui masque tout ce qu’il y a de génial dans la recherche en mathématiques, et qui en détourne les meilleurs matheux.)

IA mode de management ?

L’IA va-t-il supprimer le travail ? A qui va profiter l’IA ?… Les articles sur l’IA se multiplient.
Il y a quelques années, The Economist écrivait qu’IBM allait mal et qu’il pariait sa chemise, pour se relancer, sur l’IA. Et si tout ce que nous disons de l’IA n’était que l’effet de la publicité d’IBM et de quelques autres ? Qui s’est donné la peine de vérifier que l’IA est ce qu’on en dit ?

Qui parle encore de Big Data ? me disait un ami. Le phénomène n’est pas nouveau. Aux USA, il porte un nom : « management fad ». A l’époque de la bulle Internet, il y avait une nouvelle « management fad » tous les quelques mois. Pourquoi ne sommes-nous pas vaccinés ? Seulement méfiants ? Possiblement parce que nous ne faisons que reproduire ce que dit la foule. Nos intellectuels, d’ailleurs, utilisent leur prestige pour se faire les hérauts de la nouveauté.

Les psychologues ont un nom pour ce phénomène : « validation sociale ».

(Le Gartner Group, qui a fourni un grand nombre de modes de management durant la bulle Internet, a monté un observatoire du phénomène : « hype curve ».)

Les avances de Monsieur Hulot

Avant même que l’on parle d’une affaire Hulot, j’étais au courant… Vu mon désintérêt pour l’information, cela signifie que les ficelles étaient grosses.

Il y a quelques temps, un sénateur républicain a bloqué le financement de l’Etat américain, au motif qu’il ne comprenait pas pourquoi on permettait un tel déficit à M.Trump, alors qu’on le refusait aux démocrates. Eh bien, cela s’appelle la politique. On balance des calomnies sur le gouvernement, en espérant que l’une d’entre elles provoquera l’émotion des électeurs. Or, il se trouve qu’en ce moment la parole de la femme se libère, et qu’elle condamne sans jugement…

Disjonction cognitive

Ma mère avait fait faire de moi deux photos. J’avais deux ans. Sur l’une je ressemblais à un chien battu. Sur l’autre au ravi de la crèche. Christophe qui rit, et Christophe qui pleure. A un âge où j’aurais pu être grand père, j’ai remarqué que le chien battu était devenu le fond d’écran de son téléphone. Je lui ai dit qu’il était curieux qu’un enfant aussi jeune semble aussi malheureux. Je croyais qu’elle ne m’avait pas entendu. Pourtant, la photo a été immédiatement remplacée par la riante. Et, alors qu’elle avait fait de nouveaux tirages d’un grand nombre de photos de sa jeunesse, en particulier de Jean qui rit, je n’ai trouvé aucune trace de Jean qui pleure, après sa mort.

C’est un exemple de disjonction cognitive. Il est insupportable de faire face à ses contradictions. Si on nous y expose, se produit une réaction violente. Elle vise non à les éliminer, mais à en supprimer la preuve. (Tartuffe de Molière en donne un exemple.) On utilise la disjonction cognitive comme technique de manipulation.

Mais mon histoire a connu un épisode que l’on ne trouve pas dans les traités de psychologie. Dans ses derniers temps, ma mère m’a rappelé des événements que j’avais oubliés. Mes enseignants de primaire s’étaient demandé si je n’étais pas suicidaire, ou si mon comportement ne s’expliquait pas par un manque d’affection. N’était-ce pas ridicule ? Ma mère avait mauvaise conscience. Comme quoi, on ne peut probablement jamais se séparer de ses contradictions par la force ou l’oubli. Il n’y a peut-être pas de cas désespérés. Le changement est toujours possible. Et, comme quoi, cela a du bon. Car ce souvenir m’a permis d’expliquer mon comportement, que l’on a longtemps trouvé paradoxal. Mais qui n’est pas suicidaire. Mais cela, c’est une autre histoire.

Détournement de but

Détournement de but (displacement of goal). Ce billet ne parle pas de foot mais du sociologue Robert Merton. Il avait observé ce phénomène chez les bureaucrates. Ils vénéraient le moyen, en perdant de vue la fin. Le règlement, c’est le règlement.

Exemples ? Le marché, divinisé par certains Anglo-saxons : par l’offre et la demande, le marché règle la société, sans besoin d’intervention humaine ; le prix qu’il fixe est le résultat d’un vote ; le marché est la démocratie. Il y a aussi l’intellectuel. Julien Benda disait que le rôle de l’intellectuel était de défendre des principes. Eh bien, l’intellectuel rend un culte aux dits principes, et obtient l’inverse de ce qu’il cherchait. C’est aussi le fameux phénomène du « silo », qui rend le changement impossible. Chacun est dans sa tranchée. Il est insensible à l’intérêt général.

Les Lumières l’avaient bien vu. C’était même probablement leur combat. La liberté, était celle de notre esprit, prisonnier de coutumes. Mais elles n’ont pas trouvé à ce mal de solution, puisqu’il nous assaille toujours. Etrange phénomène.