Start up : culture de l'agression

J’ai découvert récemment l’expression « typosetting ». Il s’agit de faire croire que l’on est quelqu’un d’autre, en envoyant un mail d’une adresse qui ressemble à une adresse honnête. J’en reçois beaucoup.

Une start up aurait utilisé cette technique pour obtenir des informations qu’elle avait du mal à tirer d’organismes publics. Paradoxalement, les génies qui l’ont créée (si l’on croit leur site web) n’ont pas pensé qu’un afflux brutal de mails mettrait la puce à l’oreille des dits organismes…

Voilà ce qui est révélateur de ce qui est, ou fut, la culture de la start up ? Une agression contre l’ordre établi par des personnes qui se croient des sur hommes ?

Quantum supremacy !

Quantum supremacy ? C’est le moment où un ordinateur quantique fera ce que ne sait pas faire un ordinateur normal. Mais l’ordinateur normal continuera à faire ce que l’autre ne saura pas faire. Et, au moins au début, l’ordinateur quantique fera des choses difficiles, mais inutiles. Avant de parvenir à des applications utiles il faudra résoudre une quantité de casse-têtes techniques, sur lesquels on sèche. (Lien vers plus de détails.)

Quantum supremacy ? S’il y a eu un changement ces dernières décennies, il est chez les ingénieurs. Ce ne sont plus des scientifiques, mais des publicitaires, arrogants de surcroît.

(Cela fait au moins deux ans que Google annonce qu’il va y parvenir « avant la fin de l’année ». Google : des gens sérieux ?)

Paradoxe du progrès

Pourquoi a-t-on aimé l’atome, hier, pourquoi le craint-on, aujourd’hui ? Pourtant, il était plus dangereux hier qu’aujourd’hui ?

Dans mon enfance la famille, l’Education nationale et l’Etat donnaient aux enfants des livres qui parlaient des merveilles du progrès et expliquaient le fonctionnement d’une centrale nucléaire. Je viens d’en retrouver un. Lavage de cerveau ? Mais tout le monde était d’accord pour dire que le nucléaire, c’était le progrès.

Sans que l’on sache trop pourquoi, le doute s’est installé. Il y a eu un revirement d’attitude complet. Le plus curieux est peut-être que les gens du type de ceux qui distribuaient des livres sur le progrès accusent maintenant ceux qui les ont crus d’être des forces du mal…

Confondrait-on gouverner et manipuler ?

Le progrès marche sur la tête ?

J’achète une machine à laver le linge. Pourquoi de telles différences de prix ? La qualité n’est plus ce qu’elle était, me répond-on. D’ailleurs, il y a de plus en plus d’électronique (notamment des systèmes qui permettent de programmer un lavage différé), qui ne sert à rien (la grande majorité des gens n’utilise qu’un programme), et l’électronique, c’est fragile.

Si bien que j’ai acquis la machine la plus simple, et la plus chère, et encore avec une garantie la plus longue possible (chacun sachant que la machine tombe en panne le lendemain de la fin de garantie)…

N’y aurait-il pas quelque-chose qui ne va pas dans la logique du monde ?

Pourquoi ne peut-on plus avoir confiance en l'opinion commune ?

J’ai toujours tort est la devise de ce blog. Pourquoi ? Il suffit de gratter un peu, pour découvrir que les idées qui semblent les mieux acceptées ne reposent sur rien de rigoureux. Plus exactement, plus il y a de vrai, plus il sert à faire avaler du faux.

Que s’est-il passé ?

Ma génération et la précédente s’étaient habituées à croire ce que l’on leur disait. En effet, cela avait une fiabilité certaine, généralement. Et cela venait de ce que ces opinions étaient produites par des organismes de « service public ». L’Etat voulait notre bien. Aujourd’hui, il n’y a plus de « service public ». Car, ceux que ces services employaient vont maintenant dans des entreprises, éventuellement des ONG. L’ONG comme l’entreprise a une raison sociale. Il n’est pas question de déroger à la ligne du parti. Pas de place pour le doute, qui est l’essence de la science. Résultat : l’opinion commune est alimentée par des intérêts, des idéologies, etc.

Petit traité de manipulation

En 2012, j’ai publié des billets sur la psychologie de la manipulation : « petit traité de manipulation ». Pas de but bien défini, sinon être un peu plus amusant que d’habitude. Puis, encouragé par Hervé Kabla, et par un certain intérêt, j’ai repris ce thème pour le JDN, en 2014. Je viens d’achever une seconde série par la question de la post vérité. (Article.)

J’ai découvert « l’influence » par le biais des travaux d’économie comportementale. L’économie classique, et la société libérale moderne, reposent sur le présupposé d’un homme d’une rationalité parfaite. Une série d’expériences frappantes montre qu’il s’agit d’un mythe.

Il m’a fallu des années pour comprendre que j’étais concerné. Ces techniques sont le propre d’une société « libérale » (i.e. qui présuppose que la société est faite d’individus indépendants les uns des autres, sans lien social). Quant on cherche à satisfaire ses désirs immédiats, on trouve nécessairement les points faibles de l’autre ou de la société. Et quand c’est la dite société qui s’y met, dans son ensemble, le pauvre individu n’a pas grande chance d’y échapper, d’autant qu’il a commencé par être un bébé…

Première piste, après abattement : reconstruire localement un réseau de liens sociaux fondé sur la confiance. On tombe, de manière inattendue, sur la question de la résilience. Et, de manière encore plus inattendue, sur le fait que la première personne en qui on doit avoir confiance, c’est nous. Ce qui amène à se demander : qui suis-je ? En quoi ai-je une valeur unique pour un autre ? Dans quelles conditions peut-on me faire confiance ?

De la nature du commerçant

Prise de conscience effrayante. L’artisan que je consultais utilisait les techniques de manipulation du Professeur Cialdini. Un cours complet. Que l’on se sent petit, et faillible, en face d’une concentration de techniques aussi redoutables entre les mains d’un homme de l’art qui a une connaissance qui n’est pas la vôtre. Depuis, l’expérience s’est répétée. Et j’ai compris que je m’étais trompé : le professeur Cialdini a étudié les commerçants pour écrire ses livres.

Moi aussi. Et j’ai découvert qu’ils réussissaient en « fidélisant » leur client, par des petits intentions. Il se trouve que je viens de me rappeler de ces études, en constatant que mon boulanger met de côté le pain que j’ai l’habitude d’acheter, sans que je ne lui ai rien demandé. Je lui en suis reconnaissant. Du coup, je tends à revenir régulièrement. J’aurais mauvaise conscience de faire autrement. De l’intention amicale à la manipulation, il n’y a qu’un pas.

Regis Boyer explique que les Vikings étaient des commerçants qui volaient ce qu’ils ne pouvaient pas acquérir par d’autres moyens (à moins que ce ne soit le contraire). Le commerce et le vol seraient-ils deux faces d’une même pièce ?

Politiquement correct et origines du totalitarisme

Emission d’Alain Finkielkraut. Le politiquement correct, d’une part viserait à promouvoir un certain type de société ; d’autre part, il le ferait en rendant impossible toute discussion, assimilée à une pathologie. Le directeur de Libération disait à celui qui exposait cette thèse, un sociologue canadien, qu’il exagérait. La France n’était pas un Etat totalitaire : la preuve, on lui permettait de tenir de tels propos.

Il est temps que surgisse ce type de polémique. De penseur, l’intellectuel est devenu inquisiteur. Il ne se sert plus de son cerveau. S’il le met en marche, il découvrira que le monde n’est pas aussi simple qu’il le croit. Alors, il nous sera utile.

En rétablissant un débat de raisons, on éloigne le spectre de l’émergence d’un dictateur, qui en appelle à nos instincts animaux.

Europe : détournement ?

Petit à petit, un doute me saisit. Je suis un inconditionnel de l’Europe. Ses bénéfices sont évidents. L’UE, c’est la paix, la culture et « l’union fait la force ». Je suis naturellement anti Anti européens. Et pourtant, je constate, progressivement, que les opposants à l’UE ont raison. Oui, l’Europe, parce qu’elle a voulu promouvoir la concurrence, a produit la désertification des régions, oui, elle est responsable d’une réglementation stupide et inutile et oui, elle fournit une bulle protectrice, anti démocratique, aux gouvernants, qui leur permet d’échapper au contrôle de ceux qu’ils devraient représenter.

Que s’est-il passé ? Ces gouvernants utilisent le projet européen initial, celui auquel je croyais, pour disqualifier leurs opposants. Mais ils ne l’appliquent pas.

Pour un retour aux sources ?

Flop et MOOCs

MOOCs ? On n’en parle plus. Les rêves ont été défaits par la réalité.

Encore une mode qui a fait long feu. Marketing adroit, puis prospectivistes qui se nourrissent de nouveauté, puis, personne ne veut être en retard, moutons de Panurge, en particulier écoles d’élite. C’est à celui qui s’affirme le plus bruyamment le champion de la nouveauté. Est-ce comme cela que ça se passe ?

Combien cela coûte-t-il aux start up nations crédules ?