"Droits de l'hommisme" expliqués ?

Comme moi, France Culture s’interrogeait sur le curieux succès de l’expression « droit de l’hommisme ». Création du FN, elle est maintenant employée par un grand nombre de gens « respectables ». Débat entre personnes de convictions divergentes. Quelques remarques m’ont frappées :

  • « Droit » est entré dans le vocabulaire de la revendication. Autrement dit, lorsque l’on revendique quelque chose, on formule sa demande sous la forme d’un « droit ». En conséquence, si l’on peut qualifier n’importe quoi de droit, les « droits de l’homme » ne sont plus que banalité insignifiante. 
  • « Universels ». Les droits de l’homme sont universels, disait un intervenant. Toutes les nations les ont signés. En conséquence, si l’on peut argumenter que quelque chose ressortit aux « droits de l’homme », tout le monde doit l’appliquer sans discuter. 
  • « Genre ». La question du genre serait au coeur du sujet. La théorie du genre conduit à une redéfinition de l’organisation de la société. C’est donc un changement social, qui ne dit pas son nom, et qui ne peut pas être imposé sans discussion (d’autant qu’en allant contre la différenciation naturelle des sexes, il n’a pas que des avantages).
  • « Politique ». Justement, les sociétés ne parviennent plus à se gouverner, parce qu’elles ne parviennent plus à concevoir un projet politique, global. Les « droits de l’homme » ne sont pas suffisants pour organiser une société. Surtout, en insistant essentiellement sur la dimension individuelle de l’existence, ils empêchent l’homme de se préoccuper de sa dimension sociale. 

L’animateur parlait aussi de « perte d’enthousiasme ». Les droits de l’homme ne font plus vibrer personne.

Ce qu’il en ressort est que, dans la confusion qui résulte d’un emploi excessif de l’argument des droits de l’homme, on ne sait plus à quoi ils correspondent. Ce n’est peut être pas tant un problème d’enthousiasme que d’indignation…

Pourquoi l'élite est-elle haïe ?

« Elite » est devenu une insulte. Pourquoi ? Accusé, levez-vous.

« Un savant est une merde » est une formule de Proudhon qui a eu moins de succès que « la propriété, c’est le vol« .

« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » (Trouvé dans Proudhon, l’enfant terrible du socialisme, d’Anne-Sophie Chambost.) 

Le débat est lancé.

  • « Elite » désigne l’intellectuel. S’il est accusé, c’est qu’il dirige le monde. Et qu’il le dirige dans son intérêt, contre celui de son prochain. 
  • En termes d’hypocrisie, il a dépassé Tartuffe. C’est un champion de la « contre-culture », un disciple des Bohèmes qu’étaient Baudelaire, Flaubert et leurs amis, alors qu’il est le plus grand profiteur du système. 
  • C’est pourquoi le mot élite a été détourné de son sens. L’élite justifie ses privilèges par sa supériorité génétique. Le peuple la lui renvoie à la figure en lui mettant le nez dans sa stupidité. C’est une satisfaction d’amour propre. Pour le reste, ce qui lui est reproché remonte à la nuit des temps.  
  • Albert Camus et Hannah Arendt l’accusent de nihilisme. C’est la graine du totalitarisme, l’arme de destruction définitive de l’humanité. L’intellectuel croit à des utopies et veut y faire entrer le monde. 
  • Platon, le saint père de la raison pure, aurait inventé l’enfer, selon Hannah Arendt. Avec Spinoza, Gramsci et beaucoup d’autres esprits d’élite, l’intellectuel croit que le peuple, qui est incapable de comprendre ses raisons, doit être manipulé par l’illusion, l’opium du peuple. L’intellectuel est le champion de l’influence, de « l’emprise ». 
  • Il y a opposition entre le coeur (la foi), et la raison. C’est la parabole d’Adam. Adam est chassé du paradis, parce que la raison, et ses appas trompeurs, lui ont fait perdre la foi. Celui à qui le paradis est destiné est le « simple d’esprit », qui ne se fait pas mener en bateau par la raison. L’Américain de base, en d’autres mots. 
  • La raison, c’est la perfidie, la tromperie. Les USA sont construits sur ce principe. Ceux qui les ont fondés ont fui l’Europe et sa culture aristocratique, dont le raffinement est le masque du vice, comme la sauce celui du mets faisandé. (On retrouve ce thème dans beaucoup de films hollywoodiens.) La patrie de ce raffinement trompeur est la France, qui a envahi l’Angleterre et a perverti l’honnête Anglo-saxon. (Ivanhoe, de Walter Scott, représente l’affrontement des deux cultures, qui aboutit, dans cette oeuvre, à une fusion, représentée par les personnes d’ivanhoe et de Richard Coeur de Lion.)
  • Une partie de la philosophie (l’existentialisme) et la science disent la même chose : ce qui est essentiel est au delà de la raison. La raison n’est qu’un outil. 
  • Les neurosciences constatent qu’un homme qui ne serait que raison serait artificiel, il serait incapable de décider. Sans émotion, sans irrationnel, pas de jugement. 
  • La patrie de l’intellectuel, et du mal, c’est la France, donc. On l’oublie, parce que la France n’est plus rien, et que personne ne voudrait revendiquer un tel héritage, mais elle survit par ses idées, qui ont contaminé les intellectuels de tous les pays. Même Mao, en dépit de ses efforts pour rééduquer les intellectuels en les envoyant à la campagne, n’a pas réussi à extirper le mal français. 
  • Mais le mal vient certainement de plus loin, des Grecs, les inventeurs officiels de la raison. Le sophiste a suivi le chemin de « l’élite ». Initialement, c’était un professeur de raison (voir J. de Romilly), mais il est devenu immédiatement « sophiste » au sens moderne du terme : manipulateur des esprits. 
  • A moins qu’il ne faille évoquer, du fait d’Adam, la Bible et ses écrivains, les Juifs ? Ce qui serait, déjà, une raison d’espérer. Car, s’ils ne sont pas encore revenus au paradis, contrairement aux précédents, ils sont parvenus à survivre. Peut-être ont-ils trouvé un antidote ?

    Que dirait la défense ? Que le miracle existe, et que l’intellectuel peut se racheter. Mais surtout que « ce qui ne tue pas renforce ». L’intellectuel est une catastrophe naturelle parmi d’autres. Ce sont de telles catastrophes qui nous ont faits, nous humains. L’intellectuel est donc un bien. Un défi lancé à notre vice réel : la paresse intellectuelle.

    Pourquoi n'obéissons-nous pas ?

    Un jeune chercheur me disait que son sujet d’étude était les raisons qui font que l’on n’obéit pas à la raison.

    Il y a une partie de la question qui est relativement classique : pourquoi ne fais-je pas ce qui est évidemment bon pour moi ? Fais tes devoirs, p’tit con !

    Et une autre qui ne l’est pas : pourquoi, ne suis-je pas totalement manipulable ?

    Hegel a peut-être une solution. Pour lui, le mécanisme de la pensée, et de l’histoire, est la remise en cause. L’homme, manipulé ou non, commence par penser faux, mais son esprit l’amène, en une série d’étapes, et après quelques millénaires, à parvenir à la vérité.

    Peut-être, aussi, que la caractéristique de la manipulation est la contradiction : poussée à l’absurde, elle ne tient pas ? Et que l’homme, c’est le propre de son cerveau, parvient à détecter ces contradictions ?

    Sondage d'opinion

    Depuis quelques décennies, nous sommes supposés avoir une opinion instantanée sur tout.

    Du coup, face au doute, on s’abstient. On recherche le confort de ce que l’on croit être une opinion qui ne nous vaudra pas d’ennuis. Comme l’explique l’économiste Thomas Schelling, on ne dit pas ce que l’on pense, mais on dit ce que l’on pense qu’il faut dire, donc ce que l’on croit que les autres pensent. 
    Est-ce sain ? 

    L'intellectuel prêche dans le désert

    En termes de stratégie de communication politique, il est d’usage de parler de Gramsci. J’entendais encore France Culture débattre du sujet il y a peu. Sa théorie est que le changement politique se fait par manipulation des esprits.

    On a donc cru mener le monde par la manipulation de la raison. Or, ce que l’on observe aujourd’hui, c’est que plus personne ne croit à ce que dit l’homme de raison. L’intellectuel, en particulier, n’a plus aucune crédibilité.

    Période de vertige pour les « élites » ? Elles sont au pouvoir, et pourtant, elles n’ont aucun pouvoir sur les événements ? Le timonier a cassé son gouvernail ?

    Que dit la science ?

    Le Monde s’interroge :

    PMA : un enfant a-t-il vraiment besoin d’avoir « un papa et une maman » ?
    La révision de la loi bioéthique pourrait ouvrir l’accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Les opposants clament qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour son bien-être. Qu’est-ce qu’en dit la recherche scientifique ?

    Il y a quelques années, Monsanto déclarait qu’il avait la science pour lui. Que l’innocuité des OGM était prouvée. Beaucoup de gens n’ont pas été convaincu. Le grand mouvement pour le développement durable n’est-il pas la remise en cause de tout ce que la science a encouragé l’homme a faire ?

    Pour bien aborder la question de la PMA, relisons « Le savant et le politique » de Max Weber ?

    Entreprise sous influence

    L’entreprise française a quelque-chose d’irrationnel. L’entrepreneur a de très bonnes idées. Puis il déraille. Pourquoi ? Une question qui me frustre depuis longtemps. J’en suis arrivé à l’hypothèse suivante :

    Les Américains, quand ils louent un entrepreneur, disent qu’il est « focalisé ». Il a une idée fixe, et il l’exécute parfaitement. Le Français est susceptible à l’influence. Il y a au moins deux types d’influences, nocives :

    • Les idées « de gauche ». Elles n’ont rien de toxique en elles-mêmes, mais elles sont incompatibles avec l’entreprise. L’Américain commence par faire fortune, puis, ensuite, s’il en a envie, il donne un emploi charitable à ses milliards. Ces idées sont d’ailleurs perverses. L’entrepreneur ne pouvant gagner sa vie, de leur fait, il se croit forcé à des manoeuvres peu éthiques, y compris avec ceux qui dépendent de lui. 
    • Les « modes ». Big data, intelligence artificielle, objet connecté, ordinateur quantique, etc. Ces modes sont des manoeuvres spéculatives. Celui qui les prend pour argent content s’appelle un pigeon. 

    Le fond rance de la France

    Je lisais ici : « Marc Weitzmann : « Pour qui s’intéresse au fond rance de ce pays, l’affaire Moix est passionnante »« .

    Le problème ne serait-il pas mieux posé si l’on se demandait pourquoi désormais le « fond rance » a autant de poids pour l’opinion que la parole de l’intellectuel admirable ? Pourquoi cela n’était il pas le cas, il y a encore peu ?

    Mais aussi pourquoi, dans certaines circonstances, ce n’est toujours pas le fond rance qui a le dernier mot ?

    Pensée unique

    Un de mes billets parlait de l’éveil de M.Trump. M.Trump produisait une émission qui avait un grand succès. Or, cette émission était mal pensante. Il a compris qu’il y avait une chance à saisir. Contrairement à ce que l’on croyait, les idées dominantes n’étaient pas approuvées par l’électorat.

    Il en est de même en France. Question : comment se fait-il que ce qui nous semble la pensée commune ne le soit pas ? Cela vient probablement du mode de sélection des personnes qui « font l’opinion » : les journalistes, les enseignants, notamment. Ils ont tous eu la même formation et ont tous le même discours.

    (En outre comme le montre le travail de l’économiste Schelling, il y a une grosse différence entre ce qu’une population croit être ce qu’il faut penser, et ce qu’elle pense effectivement.)

    Qu'est-ce qui vous motive ?

    « Si l’on n’a pas une Rollex à 50 ans… » Telle entreprise / administration / université… n’a pas les moyens d’attirer les meilleurs. Voilà ce que l’on s’est mis à entendre. Comme si cela allait de soi.

    Mais pensez-vous que l’argent ait été la motivation de Pascal, Montaigne, Flaubert, Pasteur ou Einstein ? De mon temps, la motivation du chercheur, c’était la découverte. Le reste ne comptait pas. Et l’artiste, courrait-il après l’argent ?

    Et si, au contraire, l’argent était une motivation nuisible ? Et si c’était ce qui fait que l’entreprise, la science, l’art, la politique ou la médecine ne vont pas… ?