Gramsci trahi ?

Gramsci a eu un gros succès posthume, on s’est revendiqué de lui d’abord à gauche, puis à l’extrême droite. Ce qui nous permet de comprendre ce que l’on nous a raconté ces dernières années. Notamment ce fameux « bon sens » qui m’était si désagréable durant l’ère Sarkozy.

On a interprété la pensée de Gramsci ainsi, si j’ai bien compris. Le peuple ne peut pas comprendre son intérêt. Si l’on veut le faire changer (pour son bien, cela va sans dire), il faut donc instrumentaliser son « bon sens » pour le faire aller, sans qu’il s’en rende compte, là où il ne veut pas aller. Autrement dit, masquons nos intentions. C’est la post vérité.

Il est difficile de savoir ce que pensait Gramsci. Cette pensée était subtile, c’était un dirigeant du parti communiste italien opposé aux Bolchéviques, et en évolution permanente. Il a même refusé de laisser une synthèse de son oeuvre. Mais, je crois que c’était le contraire de ce qu’on lui a fait dire :

J’ai l’impression qu’il était proche de Proudhon. Tout d’abord, il estimait peu les intellectuels, qui n’avaient jamais rien apporté au peuple. Il espérait faire sortir du peuple, par l’éducation, d’autres intellectuels, qui défendraient les intérêts des leurs.

Les Gilets Jaunes seraient une application de ses idées  : une prise de conscience par le peuple qu’il s’est fait flouer. Ainsi que la réaction de l’intellectuel : il a dénoncé le Gilet Jaune comme un fasciste.

(France Culture : avoir raison avec Antonio Gramsci.)

Sommes-nous des escrocs ?

L’escroquerie n’escroque que des escrocs. J’ai l’impression que la psychologie n’est pas loin de dire cela. Ce qui rejoint la « victime coupable », que l’on retrouve dans beaucoup de théories.

Où se trouve la culpabilité ? Dans le fameux « hybris », le manque de rigueur intellectuelle. Nous croyons à ce qui est trop beau pour être vrai. Seulement, ce qui atténue notre faute et fait qu’un escroc peut être un escroc, est que, pour lui, le procédé est conscient, alors que, pour nous, il est inconscient.

Comment éviter l’escroquerie ?

  • En creusant notre inconscient. Qu’est-ce qui nous fait prendre une décision ? Est-ce un critère rigoureux ou fantaisiste ? C’est un travail sur soi à long terme.
  • En décidant lentement. Nous vivons dans la société de l’escroquerie. En conséquence, nos réflexes inconscients sont systématiquement exploités. Par définition, nos réactions épidémiques sont fausses, et nous amènent à faire le contraire de nos intérêts. 
  • En écoutant nos émotions, recommandation usuelle du psychologue. L’émotion signale que « quelque chose ne va pas ». Cela indique qu’il ne faut pas réagir immédiatement (ce que l’on appelle « suspension ».)

Les entreprises sont elles sensibles au "populisme" ?

« Management fad », mode de management. J’ai découvert cette expression quand je me suis plongé dans la littérature du management.

Les entreprises suivent des modes. Les entreprises sont des moutons. Il y a la mode du reengineering (diviser par deux les effectifs), de la qualité (emploi à vie), de l’intelligence artificielle, de la block chain, des délocalisations, du développement durable, de la croissance externe, puis de la croissance interne…

Ces modes, contradictoires les unes des autres, ne coûtent-elles pas cher aux entreprises et à l’économie ?

Mais elles ont une logique : la pression sociale. Le dirigeant de multinationale, qui est un salarié, subit la pression de la bourse et des actionnaires « activistes », autrement dit une forme « d’opinion ». Il s’agit peut-être de celle de gens qui ont une haute opinion d’eux-mêmes, mais il n’en demeure pas moins qu’ils sont soumis à des phénomènes qui ressemblent à ce que l’on appelle, ailleurs, « populisme ». D’ailleurs la mode a un intérêt : elle évite de penser.

A côté des girouettes, il y a aussi ce que la théorie du management appelle les « leaders ». Le leader est, probablement, plus souvent un entrepreneur qu’un dirigeant salarié. Paradoxalement être un leader n’est pas compatible avec une carrière ?

Jack Welsh

Jack Welsh, légende du management anglo-saxon, est décédé. Etrange. Car, pour ce type de démiurge, la mort n’est pas possible.

Il a tellement impressionné ses contemporains qu’il a épousé la rédactrice en chef de la Harvard Business Review (de loin la plus respectée des revues mondiales de management), elle-même en pleine folie de la bulle Internet !

Le propre de la littérature du management est de nous dire d’imiter des entreprises qui, le lendemain, disparaissent. Eh bien, c’est ce qui est arrivé à GE. General Electric, durant son règne, fut la plus belle entreprise américaine. Puis, tout s’est dégonflé. Avait-il un talent exceptionnel de manager, ou d’illusionniste ?

J.Welsh a dirigé GE de 1981 à 2001

Science et démocratie

Il y a une grande frustration chez les scientifiques. Ils nous annoncent le réchauffement climatique mais les populations ne bougent pas. De même, certains d’entre-eux nous ont dit que les OGM étaient une avancée de la science, mais elles nous ont fait peur. Et les vaccins, dont on se méfie de plus en plus ?

Il en est de même pour les nanotechnologies, dont je parlais récemment. S’il y en a partout, c’est parce que nous ne le savons pas. Si on nous avait demandé notre avis, il est probable qu’elles n’auraient pas connu un tel succès. Aurions-nous eu raison ?

Le scientifique, hyperspécialisé, ne comprend pas que des gens qui ne le sont pas veuillent juger son travail, et, qu’en plus, ils le fassent avec un bon sens aussi facilement influençable. Il ne comprend pas qu’il n’échappe pas à cette règle : il est incompétent par rapport à ce qui ne concerne pas sa spécialité, ce qui ne l’empêche pas de s’en mêler.

C’est la rançon de la démocratie. La science doit la prendre en compte. Voix du peuple, voix de Dieu. Et, surtout, la science ne doit pas céder à la tentation de manipuler l’opinion publique (par exemple, en expliquant le moindre incendie par l’effet du réchauffement climatique), sous peine de perdre toute crédibilité.

Petit traité de manipulation : le bien et le mal

Occident et colonialisme. L’Université de Cambridge m’a fait découvrir un sujet mystérieux. Le bien et le mal y jouent un rôle central.

C’est au nom du bien que l’on colonise. Et que les dernières décennies ont été une nouvelle phase de colonialisme. J’ai rencontré ainsi une universitaire allemande, qui enseignait à Singapour, et qui allait jouer au polo en Thaïlande, dans la propriété d’un ami de ses parents, les week-ends. Elle est à l’image de la jet set occidentale qui dirige le monde, et qui l’asperge de ses bons sentiments.

Le bien est une arme formidable. Je suis le bien, mes adversaires, les autres Occidentaux, sont le mal. Ceux que je veux exploiter, chez qui je veux m’installer sans leur demander leur avis, « les perdants », sont le bien.

Mais n’y a-t-il que des mauvais côtés à l’idéologie occidentale ? J’entendais un cours du collège de France parler du concept de « nature », et dire que, partout, il avait (maintenant) le même sens. La culture occidentale a gagné le monde. Il faut faire avec ? Et, surtout, bien la connaître, de façon à en éviter les pièges ?

Décoloniser la pensée

Dans sa revue, l’université de Cambridge explique qu’elle veut « décoloniser » la pensée. Notre pensée occidentale est faite de faux préjugés, regardons le monde avec d’autres yeux.

Critiquer ses croyances est la démarche même du scientifique. Dans ma jeunesse, on aurait fait appel à l’anthropologie, à la systémique, à l’existentialisme et autre phénoménologie. Tout cela nous dit, effectivement, que « le problème est la solution ». C’est ce que nous croyons juste qui nous « aliène ». Que faire ? Débrancher le pilote automatique, se mettre à penser.

Pourquoi la décolonisation a-t-elle été un échec ? Et si elle avait été une autre forme de colonisation, la colonisation par les idées ? La « décolonialisation » ne projette-t-elle pas des concepts culturels occidentaux (comme celui de « nation ») sur des cultures pour lesquels ils ne signifient rien ? Pourquoi, d’ailleurs, des gens comme Nelson Mandela ou Albert Camus ont-ils été post anti colonialistes ? Pourquoi l’Occidental dit-il, contrairement à d’autres cultures, que ce qu’il fait est mal ? Et pourquoi, lorsqu’il veut coloniser un peuple, lui injecte-t-il sa religion du pêché originel ?…

Le libéralisme a vaincu ?

L’enlisement de la grève des retraites, n’est-ce pas la victoire définitive du libéralisme ?

L’erreur des syndicats a été de défendre des intérêts catégoriels, et pas un modèle de société. A partir du moment où le privé s’est mis à licencier, et s’est ouvert à la concurrence, le sort du modèle de l’Etat providence bureaucratique, et de ses syndicats, était scellé.

N’ont-ils pas été les « idiots utiles » du changement ? Car, justement, l’esprit du libéralisme, c’est l’intérêt particulier, et celui du syndicalisme, l’intérêt général.

Voilà qui est digne de Sun Zu. Pour perdre votre adversaire, il suffit de faire entrer dans son cerveau une idée qui va le faire aller, de bonne foi, contre ses intérêts ? On appelle cela « l’aliénation ».

Qu'est-ce qu'une fake news ?

Le Monde réagit : ce n’est pas vrai que l’Australie aurait connu des incendies pires que ceux d’aujourd’hui. C’est une fake news. Certes. Mais pourquoi Le Monde réagit-il ? Parce qu’il est un « activiste de la cause climatique » et ce type de « fausse » information (oui, les feux ont été plus étendus, mais les dégâts comptent moins) nuit à sa cause ?

Lorsqu’on lit attentivement l’article, on voit, d’ailleurs, que « selon les experts » (lesquels ?) le réchauffement climatique ne « cause » pas, il « aggrave ». Ce qui est extrêmement différent. D’autant que l’on peut se demander de « combien » il « aggrave ». Beaucoup ou presque rien ? A ce sujet, j’ai aussi lu que les zones entretenues par les aborigènes n’avaient pas pris feu, et que l’on ferait bien de s’en inspirer…

Le climat est, réchauffement ou non, soumis à des sautes d’humeur. Je ne suis pas sûr que la certitude, surtout quant à une cause, soit le propre du scientifique. Cela amène à se demander : pourquoi parle-t-on autant de ces incendies ? Pourquoi ces photographies émouvantes de koalas et de kangourous ? Et si, pour notre bien, certaines personnes utilisaient des événements qui frappent les esprits pour nous convaincre de leurs thèses ? Et si c’était cela la cause des fake news, et des contre fake news ? Celui qui vit de fake news… ?

Et si, au lieu de jouer les activistes, Le Monde se préoccupait de rigueur intellectuelle ? Cela n’augmenterait-il pas ses ventes ?

(Hervé Kabla, rappelle que ce procédé est un rien criminel : parler exclusivement de réchauffement climatique fait oublier des gestes qui pourraient sauver des vies, et la nature.)

Dracula ou le jazz de la suceuse de sang

Annonce d’un spectacle pour enfants : Dracula version jazz.

On entend (France Musique) ses créateurs dire qu’au fond Dracula est un marginal, en conséquence de quoi il ne peut pas être fondamentalement mauvais. N’a-t-on pas été injuste à son endroit ?

Pour inviter à la remise en cause de nos idées reçues, Dracula est joué par une femme. (La femme a autant de droits que l’homme d’être un tortionnaire, et, en plus, elle a beaucoup de chemin à rattraper ?)

Spectacle pédagogique : fake Dracula pour les enfants ?