Le progrès marche sur la tête ?

J’achète une machine à laver le linge. Pourquoi de telles différences de prix ? La qualité n’est plus ce qu’elle était, me répond-on. D’ailleurs, il y a de plus en plus d’électronique (notamment des systèmes qui permettent de programmer un lavage différé), qui ne sert à rien (la grande majorité des gens n’utilise qu’un programme), et l’électronique, c’est fragile.

Si bien que j’ai acquis la machine la plus simple, et la plus chère, et encore avec une garantie la plus longue possible (chacun sachant que la machine tombe en panne le lendemain de la fin de garantie)…

N’y aurait-il pas quelque-chose qui ne va pas dans la logique du monde ?

Pourquoi ne peut-on plus avoir confiance en l'opinion commune ?

J’ai toujours tort est la devise de ce blog. Pourquoi ? Il suffit de gratter un peu, pour découvrir que les idées qui semblent les mieux acceptées ne reposent sur rien de rigoureux. Plus exactement, plus il y a de vrai, plus il sert à faire avaler du faux.

Que s’est-il passé ?

Ma génération et la précédente s’étaient habituées à croire ce que l’on leur disait. En effet, cela avait une fiabilité certaine, généralement. Et cela venait de ce que ces opinions étaient produites par des organismes de « service public ». L’Etat voulait notre bien. Aujourd’hui, il n’y a plus de « service public ». Car, ceux que ces services employaient vont maintenant dans des entreprises, éventuellement des ONG. L’ONG comme l’entreprise a une raison sociale. Il n’est pas question de déroger à la ligne du parti. Pas de place pour le doute, qui est l’essence de la science. Résultat : l’opinion commune est alimentée par des intérêts, des idéologies, etc.

Petit traité de manipulation

En 2012, j’ai publié des billets sur la psychologie de la manipulation : « petit traité de manipulation ». Pas de but bien défini, sinon être un peu plus amusant que d’habitude. Puis, encouragé par Hervé Kabla, et par un certain intérêt, j’ai repris ce thème pour le JDN, en 2014. Je viens d’achever une seconde série par la question de la post vérité. (Article.)

J’ai découvert « l’influence » par le biais des travaux d’économie comportementale. L’économie classique, et la société libérale moderne, reposent sur le présupposé d’un homme d’une rationalité parfaite. Une série d’expériences frappantes montre qu’il s’agit d’un mythe.

Il m’a fallu des années pour comprendre que j’étais concerné. Ces techniques sont le propre d’une société « libérale » (i.e. qui présuppose que la société est faite d’individus indépendants les uns des autres, sans lien social). Quant on cherche à satisfaire ses désirs immédiats, on trouve nécessairement les points faibles de l’autre ou de la société. Et quand c’est la dite société qui s’y met, dans son ensemble, le pauvre individu n’a pas grande chance d’y échapper, d’autant qu’il a commencé par être un bébé…

Première piste, après abattement : reconstruire localement un réseau de liens sociaux fondé sur la confiance. On tombe, de manière inattendue, sur la question de la résilience. Et, de manière encore plus inattendue, sur le fait que la première personne en qui on doit avoir confiance, c’est nous. Ce qui amène à se demander : qui suis-je ? En quoi ai-je une valeur unique pour un autre ? Dans quelles conditions peut-on me faire confiance ?

De la nature du commerçant

Prise de conscience effrayante. L’artisan que je consultais utilisait les techniques de manipulation du Professeur Cialdini. Un cours complet. Que l’on se sent petit, et faillible, en face d’une concentration de techniques aussi redoutables entre les mains d’un homme de l’art qui a une connaissance qui n’est pas la vôtre. Depuis, l’expérience s’est répétée. Et j’ai compris que je m’étais trompé : le professeur Cialdini a étudié les commerçants pour écrire ses livres.

Moi aussi. Et j’ai découvert qu’ils réussissaient en « fidélisant » leur client, par des petits intentions. Il se trouve que je viens de me rappeler de ces études, en constatant que mon boulanger met de côté le pain que j’ai l’habitude d’acheter, sans que je ne lui ai rien demandé. Je lui en suis reconnaissant. Du coup, je tends à revenir régulièrement. J’aurais mauvaise conscience de faire autrement. De l’intention amicale à la manipulation, il n’y a qu’un pas.

Regis Boyer explique que les Vikings étaient des commerçants qui volaient ce qu’ils ne pouvaient pas acquérir par d’autres moyens (à moins que ce ne soit le contraire). Le commerce et le vol seraient-ils deux faces d’une même pièce ?

Politiquement correct et origines du totalitarisme

Emission d’Alain Finkielkraut. Le politiquement correct, d’une part viserait à promouvoir un certain type de société ; d’autre part, il le ferait en rendant impossible toute discussion, assimilée à une pathologie. Le directeur de Libération disait à celui qui exposait cette thèse, un sociologue canadien, qu’il exagérait. La France n’était pas un Etat totalitaire : la preuve, on lui permettait de tenir de tels propos.

Il est temps que surgisse ce type de polémique. De penseur, l’intellectuel est devenu inquisiteur. Il ne se sert plus de son cerveau. S’il le met en marche, il découvrira que le monde n’est pas aussi simple qu’il le croit. Alors, il nous sera utile.

En rétablissant un débat de raisons, on éloigne le spectre de l’émergence d’un dictateur, qui en appelle à nos instincts animaux.

Europe : détournement ?

Petit à petit, un doute me saisit. Je suis un inconditionnel de l’Europe. Ses bénéfices sont évidents. L’UE, c’est la paix, la culture et « l’union fait la force ». Je suis naturellement anti Anti européens. Et pourtant, je constate, progressivement, que les opposants à l’UE ont raison. Oui, l’Europe, parce qu’elle a voulu promouvoir la concurrence, a produit la désertification des régions, oui, elle est responsable d’une réglementation stupide et inutile et oui, elle fournit une bulle protectrice, anti démocratique, aux gouvernants, qui leur permet d’échapper au contrôle de ceux qu’ils devraient représenter.

Que s’est-il passé ? Ces gouvernants utilisent le projet européen initial, celui auquel je croyais, pour disqualifier leurs opposants. Mais ils ne l’appliquent pas.

Pour un retour aux sources ?

Flop et MOOCs

MOOCs ? On n’en parle plus. Les rêves ont été défaits par la réalité.

Encore une mode qui a fait long feu. Marketing adroit, puis prospectivistes qui se nourrissent de nouveauté, puis, personne ne veut être en retard, moutons de Panurge, en particulier écoles d’élite. C’est à celui qui s’affirme le plus bruyamment le champion de la nouveauté. Est-ce comme cela que ça se passe ?

Combien cela coûte-t-il aux start up nations crédules ?

Faut-il décider vite ?

Mon précédent billet dit que Mme Loiseau pense qu’il faut décider vite. Depuis plus de 30 ans que je côtoie l’entreprise, j’entends cela. Nous sommes en des temps de décision rapide.

Qu’est-ce que cela donne ? L’état actuel du monde.

Des modes de management et des crises. Les entreprises sont des moutons. Décider vite est synonyme d’encéphalogramme plat. Comme le dit le psychologue Robert Cialdini, l’homme économise son cerveau. Pour cela, il a recours à des courts-circuits, il copie, en particulier. Du coup, il ne voit pas les conséquences de ses décisions. Il échoue et il persévère dans l’erreur. Il a l’impression de travailler comme un fou. Mais, au mieux, il fait du surplace, quand il ne détruit pas son patrimoine.

Comment vivre dans la post vérité ?

Selon un précédent billet, notre lot est la post vérité. Comment vivre dans un monde de post vérité ? Nous ne savons plus ce qui est juste ou non. Qui dit post vérité, dit absurde.

Mais, qui dit absurde dit existentialisme. L’existentialisme est une réaction à l’absurde. Elle consiste à chercher en soi ce qui compte vraiment, son « identité ». Quand on l’a trouvé, on est indestructible. Et nos valeurs sont souvent partagées par d’autres. En faisant appel à elles, on peut mobiliser la société, puisqu’elle y est sensible.

L’existentialisme n’est pas réservé au virtuose de l’esprit. Les techniques de manipulation obéissent à des principes explicites. En les « déconstruisant », on comprend comment elles nous font aller « contre nous », et donc qui nous sommes. En particulier, elles jouent sur une caractéristique de l’homme : lorsqu’il se croit « individu » et « rationnel », il est pigeon. L’homme est, par nature, animal social.

La société de la post vérité

Que M.Trump ait inventé la post vérité est une post vérité.

Car la post vérité est partout, depuis longtemps. Elle n’a pas attendu M.Trump. L’Eglise a-t-elle dit tout ce qu’elle savait sur ce que l’homosexualité provoquait chez elle ? Dites vous toute la vérité à vos enfants ? Le gouvernement nous dit-il toute la vérité ? Si vous apprenez quelque-chose qui peut nuire à l’entreprise qui vous emploie, le direz-vous ? « Vous avez le droit de garder le silence » répète le feuilleton américain. La post vérité est faite de pieuses, et parfois légales, omissions.

Elle a une explication : on estime qu’il y a des « valeurs », qui méritent qu’on leur sacrifie la vérité. A commencer par soi. La vérité pourrait nous nuire définitivement, alors que nous avons beaucoup de choses à apporter à la société.

Mais il n’est pas certain que ce soit la meilleure façon de servir les dites valeurs. En  effet, la post vérité génère la « vérité alternative ». A partir du moment où la vérité n’en est plus une, on peut en inventer une autre. Et elle pourra d’autant moins être contredite que, pour ce faire, il faut dire la vérité, donc révéler ses omissions. Et une affirmation qui n’est pas contredite, n’est-ce pas une vérité ?