Entreprise sous influence

L’entreprise française a quelque-chose d’irrationnel. L’entrepreneur a de très bonnes idées. Puis il déraille. Pourquoi ? Une question qui me frustre depuis longtemps. J’en suis arrivé à l’hypothèse suivante :

Les Américains, quand ils louent un entrepreneur, disent qu’il est « focalisé ». Il a une idée fixe, et il l’exécute parfaitement. Le Français est susceptible à l’influence. Il y a au moins deux types d’influences, nocives :

  • Les idées « de gauche ». Elles n’ont rien de toxique en elles-mêmes, mais elles sont incompatibles avec l’entreprise. L’Américain commence par faire fortune, puis, ensuite, s’il en a envie, il donne un emploi charitable à ses milliards. Ces idées sont d’ailleurs perverses. L’entrepreneur ne pouvant gagner sa vie, de leur fait, il se croit forcé à des manoeuvres peu éthiques, y compris avec ceux qui dépendent de lui. 
  • Les « modes ». Big data, intelligence artificielle, objet connecté, ordinateur quantique, etc. Ces modes sont des manoeuvres spéculatives. Celui qui les prend pour argent content s’appelle un pigeon. 

Le fond rance de la France

Je lisais ici : « Marc Weitzmann : « Pour qui s’intéresse au fond rance de ce pays, l’affaire Moix est passionnante »« .

Le problème ne serait-il pas mieux posé si l’on se demandait pourquoi désormais le « fond rance » a autant de poids pour l’opinion que la parole de l’intellectuel admirable ? Pourquoi cela n’était il pas le cas, il y a encore peu ?

Mais aussi pourquoi, dans certaines circonstances, ce n’est toujours pas le fond rance qui a le dernier mot ?

Pensée unique

Un de mes billets parlait de l’éveil de M.Trump. M.Trump produisait une émission qui avait un grand succès. Or, cette émission était mal pensante. Il a compris qu’il y avait une chance à saisir. Contrairement à ce que l’on croyait, les idées dominantes n’étaient pas approuvées par l’électorat.

Il en est de même en France. Question : comment se fait-il que ce qui nous semble la pensée commune ne le soit pas ? Cela vient probablement du mode de sélection des personnes qui « font l’opinion » : les journalistes, les enseignants, notamment. Ils ont tous eu la même formation et ont tous le même discours.

(En outre comme le montre le travail de l’économiste Schelling, il y a une grosse différence entre ce qu’une population croit être ce qu’il faut penser, et ce qu’elle pense effectivement.)

Qu'est-ce qui vous motive ?

« Si l’on n’a pas une Rollex à 50 ans… » Telle entreprise / administration / université… n’a pas les moyens d’attirer les meilleurs. Voilà ce que l’on s’est mis à entendre. Comme si cela allait de soi.

Mais pensez-vous que l’argent ait été la motivation de Pascal, Montaigne, Flaubert, Pasteur ou Einstein ? De mon temps, la motivation du chercheur, c’était la découverte. Le reste ne comptait pas. Et l’artiste, courrait-il après l’argent ?

Et si, au contraire, l’argent était une motivation nuisible ? Et si c’était ce qui fait que l’entreprise, la science, l’art, la politique ou la médecine ne vont pas… ?

Start up : culture de l'agression

J’ai découvert récemment l’expression « typosetting ». Il s’agit de faire croire que l’on est quelqu’un d’autre, en envoyant un mail d’une adresse qui ressemble à une adresse honnête. J’en reçois beaucoup.

Une start up aurait utilisé cette technique pour obtenir des informations qu’elle avait du mal à tirer d’organismes publics. Paradoxalement, les génies qui l’ont créée (si l’on croit leur site web) n’ont pas pensé qu’un afflux brutal de mails mettrait la puce à l’oreille des dits organismes…

Voilà ce qui est révélateur de ce qui est, ou fut, la culture de la start up ? Une agression contre l’ordre établi par des personnes qui se croient des sur hommes ?

Quantum supremacy !

Quantum supremacy ? C’est le moment où un ordinateur quantique fera ce que ne sait pas faire un ordinateur normal. Mais l’ordinateur normal continuera à faire ce que l’autre ne saura pas faire. Et, au moins au début, l’ordinateur quantique fera des choses difficiles, mais inutiles. Avant de parvenir à des applications utiles il faudra résoudre une quantité de casse-têtes techniques, sur lesquels on sèche. (Lien vers plus de détails.)

Quantum supremacy ? S’il y a eu un changement ces dernières décennies, il est chez les ingénieurs. Ce ne sont plus des scientifiques, mais des publicitaires, arrogants de surcroît.

(Cela fait au moins deux ans que Google annonce qu’il va y parvenir « avant la fin de l’année ». Google : des gens sérieux ?)

Paradoxe du progrès

Pourquoi a-t-on aimé l’atome, hier, pourquoi le craint-on, aujourd’hui ? Pourtant, il était plus dangereux hier qu’aujourd’hui ?

Dans mon enfance la famille, l’Education nationale et l’Etat donnaient aux enfants des livres qui parlaient des merveilles du progrès et expliquaient le fonctionnement d’une centrale nucléaire. Je viens d’en retrouver un. Lavage de cerveau ? Mais tout le monde était d’accord pour dire que le nucléaire, c’était le progrès.

Sans que l’on sache trop pourquoi, le doute s’est installé. Il y a eu un revirement d’attitude complet. Le plus curieux est peut-être que les gens du type de ceux qui distribuaient des livres sur le progrès accusent maintenant ceux qui les ont crus d’être des forces du mal…

Confondrait-on gouverner et manipuler ?

Le progrès marche sur la tête ?

J’achète une machine à laver le linge. Pourquoi de telles différences de prix ? La qualité n’est plus ce qu’elle était, me répond-on. D’ailleurs, il y a de plus en plus d’électronique (notamment des systèmes qui permettent de programmer un lavage différé), qui ne sert à rien (la grande majorité des gens n’utilise qu’un programme), et l’électronique, c’est fragile.

Si bien que j’ai acquis la machine la plus simple, et la plus chère, et encore avec une garantie la plus longue possible (chacun sachant que la machine tombe en panne le lendemain de la fin de garantie)…

N’y aurait-il pas quelque-chose qui ne va pas dans la logique du monde ?

Pourquoi ne peut-on plus avoir confiance en l'opinion commune ?

J’ai toujours tort est la devise de ce blog. Pourquoi ? Il suffit de gratter un peu, pour découvrir que les idées qui semblent les mieux acceptées ne reposent sur rien de rigoureux. Plus exactement, plus il y a de vrai, plus il sert à faire avaler du faux.

Que s’est-il passé ?

Ma génération et la précédente s’étaient habituées à croire ce que l’on leur disait. En effet, cela avait une fiabilité certaine, généralement. Et cela venait de ce que ces opinions étaient produites par des organismes de « service public ». L’Etat voulait notre bien. Aujourd’hui, il n’y a plus de « service public ». Car, ceux que ces services employaient vont maintenant dans des entreprises, éventuellement des ONG. L’ONG comme l’entreprise a une raison sociale. Il n’est pas question de déroger à la ligne du parti. Pas de place pour le doute, qui est l’essence de la science. Résultat : l’opinion commune est alimentée par des intérêts, des idéologies, etc.

Petit traité de manipulation

En 2012, j’ai publié des billets sur la psychologie de la manipulation : « petit traité de manipulation ». Pas de but bien défini, sinon être un peu plus amusant que d’habitude. Puis, encouragé par Hervé Kabla, et par un certain intérêt, j’ai repris ce thème pour le JDN, en 2014. Je viens d’achever une seconde série par la question de la post vérité. (Article.)

J’ai découvert « l’influence » par le biais des travaux d’économie comportementale. L’économie classique, et la société libérale moderne, reposent sur le présupposé d’un homme d’une rationalité parfaite. Une série d’expériences frappantes montre qu’il s’agit d’un mythe.

Il m’a fallu des années pour comprendre que j’étais concerné. Ces techniques sont le propre d’une société « libérale » (i.e. qui présuppose que la société est faite d’individus indépendants les uns des autres, sans lien social). Quant on cherche à satisfaire ses désirs immédiats, on trouve nécessairement les points faibles de l’autre ou de la société. Et quand c’est la dite société qui s’y met, dans son ensemble, le pauvre individu n’a pas grande chance d’y échapper, d’autant qu’il a commencé par être un bébé…

Première piste, après abattement : reconstruire localement un réseau de liens sociaux fondé sur la confiance. On tombe, de manière inattendue, sur la question de la résilience. Et, de manière encore plus inattendue, sur le fait que la première personne en qui on doit avoir confiance, c’est nous. Ce qui amène à se demander : qui suis-je ? En quoi ai-je une valeur unique pour un autre ? Dans quelles conditions peut-on me faire confiance ?