Anti traité de manipulation : le complexe de supériorité

J’ai entendu dire que si l’enfant était victime du pervers, ce n’était pas par faiblesse, mais parce qu’il surestimait sa capacité à lui résister.

J’ai ce même problème. Par exemple, héritage possible de mes études, je fais très rapidement des déductions. Il y a quelques années j’ai commencé à découvrir que ça ne marchait plus, parce que les fondations de mes raisonnements étaient fausses. Ce qui révélait que je manquais de rigueur intellectuelle. Honte à moi. Le phénomène n’a jamais était aussi fort qu’actuellement. Nous sommes bombardés d’arguments « scientifiques », qui m’auraient convaincu hier, et dont on découvre qu’ils ont un biais. Comment ne pas tomber dans le doute systématique ? J’enquête mieux. Mais je suis inquiet.

Cela rejoint peut-être les travaux sur l’influence du professeur Cialdini. Un moyen de s’enrichir est de profiter des failles psychologiques de l’individu. Le complexe de supériorité en est une. En conséquence, à force de chercher, quand toute la société combine ses forces, on trouve. Et nous périssons, au moins sommes manipulés, par là où nous avons péché.

Peut-on lutter ? Ce mécanisme de manipulation peut-il nous amener à devenir parfaits ? Non manipulables ? Ou l’on ne peut rien contre le rouleau compresseur de la société, elle aura toujours un coup d’avance ? A moins qu’elle en arrive à changer ses principes directeurs ?

Révélation ?

Allons-nous vers une glaciation ? En 1971, France Culture consacrait trois heures à cette question.

Choc. On y entend des savants qui doutent, et qui remettent en cause nos certitudes.

Depuis la nuit des temps, le climat subit des oscillations, longues (dizaine de milliers d’années) ou courtes (dizaine d’années). Il peut y avoir des décennies « normales » dans une ère glaciaire. On ne sait pas expliquer ces oscillations.

Donc, croire que l’homme, par son action, est le maître du climat est ridicule. D’ailleurs, la question du CO2 est évoquée : un réchauffement créerait une évaporation d’eau, susceptible de contrer l’effet de serre. Idem pour l’émission de particules par la pollution.

La seule tentative de prospective, basée sur les cycles du climat, prévoyait une baisse de température de 1970 à 1990, puis une hausse jusqu’à 2050.

Cela ne signifie pas que notre développement soit durable. Ce qui est dit du plomb et du nucléaire, retrouvés dans les glaces polaires, est effrayant. Mais cela conduit à s’interroger sur les zélotes du changement climatique. Et s’ils avaient inventé « l’anthropocène », idée de « bon sens » à la Gramsci, pour nous mener en bateau ?

Bien sûr, comme le rappelle le virus, on ne peut pas oublier la réalité. Mais est-il possible de s’épargner des réveils brutaux, et les drames qui les accompagnent ?

Science sans conscience

« Toute grande transformation sociale trouve ses théoriciens, qui imaginent des causes permanentes pour expliquer des effets transitoires. » (André Maurois, dans « Histoire d’Angleterre », au sujet d’Adam Smith.)

Il y a quelques années, un enseignant d’école de commerce affirmait, dans un article, que notre société n’ayant rien à voir avec les précédentes, ce qu’elles avaient dit sur le changement ne s’appliquait plus.

Phénomène de « rationalisation », perversion de la raison.

Science pervertie

Petit à petit est apparu dans la presse qu’il y avait des esprits, comme M.Trump, qui refusaient la science. On s’est mis à nous seriner qu’il était mal de refuser la science.

Mais de quelle science s’agit-il ? Celle des experts qui ont occupé les plateaux de télé ? Celle des ARS ?… Comment se fait-il que nos croisés de la science, hier, s’opposaient à Monsanto qui s’appuyait sur « la science » pour affirmer l’innocuité de ses produits ?…

Et si la « science » n’était que ce que l’on appelle maintenant un « élément de langage », c’est-à-dire un mot qui impressionne l’opinion ? Perversion de la science ? Dernier stade de l’aliénation, aurait dit Dostoïevsky ?

(Ce qui nous laisse un espoir de rédemption.)

Les mots nous égarent ?

Au début, le « principe de précaution » semblait signifier qu’il ne faut pas adopter sans réfléchir une nouveauté. Or, aujourd’hui, il paraît une sorte d’absolu, indiscutable. Il crée le danger en croyant que l’on peut vivre sans danger ?

Son sens véritable était peut-être là : la démesure, « science sans conscience », est l’essence du danger ? Principe de précaution = anti démesure ? anti absolu ?

Les mots seraient sensibles à la perversion ? Double mécanisme ? Ils sonnent « juste », puis ils sont détournés par l’esprit du temps (la soif d’absolu, actuellement) ? Mystère.

Non au lavage de cerveau !

La radio, une fois par heure me répète ce que je dois faire en temps de « canicule ». Tout en essayant de me dire, en même temps, ce que je dois faire pour ne pas contribuer à l’épidémie de coronavirus.

Quand ne me prendra-t-on plus pour un con ? 
Mais, me dirait l’intellectuel de service, comment informer la population ? 
Je répondrais : pas comme cela, et que trouver la bonne façon de faire est de sa responsabilité. 
(Une idée à méditer ? Il y a fort longtemps, j’avais suggéré l’idée suivante, concernant la formation de vendeurs d’ordinateurs, noyés sous l’information, et qui ne voyaient aucun intérêt à leur matériel : 
  • « vendre au vendeur » : trouver les deux ou trois idées qui donnent au vendeur l’envie d’appeler ses clients, pour leur dire qu’il a quelque chose qu’ils doivent acheter ;
  • « apprendre à apprendre » : donner un point de départ à celui qui veut approfondir une question.)

Vocation gâchée

Une fille d’amis, qui a eu un peu plus de 20 de moyenne au bac S, a choisi agro puis veto. A un moment où l’on prend conscience de l’origine animale des épidémies n’est-ce pas une bonne idée ? Idem pour un cousin, qui a empilé des années d’avance, et qui, lui, est parti vers la recherche en médecine, mais par la branche pharmacie, qui semblait moins prestigieuse que la filière médicale.

Pourquoi n’ai-je pas suivi ce type de voie, moi qui me passionne pour tant de choses ? Parce que, de mon temps, tout était triste. Si bien que j’ai fait probablement ce pour quoi j’avais le moins de vocation : la filière abstraction, en quelque-sorte la « raison pure ». Le monde du vide. Uranus de Marcel Aymé. J’ai été victime du conditionnement de l’époque, qui fabriquait des rouages de la technocratie victorieuse.

Pangloss dirait que d’un mal est sorti un bien : conscient de l’inutilité de ce que j’avais appris, j’ai passé ma vie à chercher une activité qui ait du sens. C’est fou ce que j’ai pu apprendre. Mais je n’ai pas encore trouvé de jardin à cultiver.

Anti traité de manipulation ? La dialectique

L’étude de l’influence est un sous-produit imprévu de mon travail sur le changement. L’influence est une technique dite « d’aliénation », elle vise à faire que, de notre propre chef, nous allions dans le sens des intérêts de l’influenceur.

Un peu par hasard, j’ai découvert que la manipulation était probablement la technique la plus répandue de conduite du changement. Et que j’étais l’exemple vivant de son efficacité.

Non seulement je suis manipulé, mais plus j’avance dans mes constatations, plus je rencontre de nouvelles techniques d’influence, toujours plus puissantes. C’est déprimant : cela se terminera-t-il un jour ?

Même notre méfiance est exploitée ! Le Français est prudent. Il ne se paie pas de mots. Face à une opinion, il se demande quelle est son intention. De ce fait, il va vers ce qui lui semble familier, amical. Et, il se méfie des sujets susceptibles de lui valoir des ennuis. Dans ces conditions, que peut-il lui arriver ? Eh bien, si l’on nous dit des choses amicales, c’est justement pour nous amener là où nous ne devrions pas aller ! On a repéré des failles de notre personnalité dont nous n’avions pas conscience nous-mêmes !

Alors, faut-il suivre ce qui est inamical ? Pas plus. Mais il faut se demander pourquoi c’est inamical. L’inamical nous révèle ce que nous n’avions pas vu, en particulier de nos penchants inconscients. Cela nous donne des idées neuves, plus efficaces que les anciennes. C’est ainsi que progresse la pensée. C’est, probablement, ce que les Grecs appelaient « dialectique ».

"Small is beautiful" ou les vertus redécouvertes de la ruralité ?

Conférence du professeur Gérard-François Dumont. Il démonte le discours ambiant qui affirme l’exode rural et une tendance inéluctable vers l’urbain. Manipulation des chiffres, motivée par l »idéologie du « big is beautiful« .

Dans la performance d’un territoire, il entre des facteurs subtils. Par exemple, Paris se dépeuplerait car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle est « périphérique » : les centres de décision sont ailleurs. En revanche Zurich ou l’Ile sur la Sorgue, ont su, elles, se placer au centre du jeu. Il y a donc une question « d’atouts », mais surtout de « gouvernance ». Ainsi Vitré aurait su bien mieux tirer son épingle du jeu que Rennes, avec pour conséquence un très faible taux de chômage (4% contre 10). Idem pour Espelette et son piment, qui doit à la volonté de quelques agriculteurs d’être un champion, dont la production, sur le point de disparaître il y a quelques décennies, a été multipliée par 100.

Jusqu’ici, on encourageait les élus à la passivité. Le mot clé était « économie résidentielle« . Il s’agissait d’attirer des entreprises sur son territoire. Ce qui a eu des effets pervers. Au contraire, il faut « aller de l’avant« . Partir de ses atouts uniques, et la force de la France est sa diversité, et en tirer une stratégie de « régénération« . Parmi ces atouts, il y a le fait, nouveau paradoxe, qu’il y a beaucoup d’intérêts à ne pas installer son entreprise dans une métropole : distances, bonheur de vivre et prix de l’immobilier, entre autres.

Media training

On raconte que, lorsque Kennedy a été élu, il a défait de très peu Nixon. Tout se serait joué dans un débat. Ceux qui écoutaient la radio ont estimé Nixon le meilleur des deux, mais pas ceux qui regardaient la télévision.

L’aspect doit avoir un rôle essentiel : un journaliste de télévision me disait qu’on ne lui parlait jamais de ce qu’il avait dit, mais uniquement de sa mine et de ses vêtements. Et M.Trump, homme de médias, est probablement une preuve vivante de ce phénomène.

J’ai aussi entendu que le jugement des experts n’était pas le même selon qu’ils voyaient ou non les pianistes à un concours.

Nous avons des biais cognitifs ? Ou, au contraire, nous avons un mode de jugement que la raison ne comprend pas ? Après tout, la séduction compte, à la fois dans la politique et dans le spectacle.

A moins qu’il ne faille apprendre à se connaître, et agir en fonction de ses objectifs et de ses capacités ? Je n’ai pas de télévision…