Les mots nous égarent ?

Au début, le « principe de précaution » semblait signifier qu’il ne faut pas adopter sans réfléchir une nouveauté. Or, aujourd’hui, il paraît une sorte d’absolu, indiscutable. Il crée le danger en croyant que l’on peut vivre sans danger ?

Son sens véritable était peut-être là : la démesure, « science sans conscience », est l’essence du danger ? Principe de précaution = anti démesure ? anti absolu ?

Les mots seraient sensibles à la perversion ? Double mécanisme ? Ils sonnent « juste », puis ils sont détournés par l’esprit du temps (la soif d’absolu, actuellement) ? Mystère.

Non au lavage de cerveau !

La radio, une fois par heure me répète ce que je dois faire en temps de « canicule ». Tout en essayant de me dire, en même temps, ce que je dois faire pour ne pas contribuer à l’épidémie de coronavirus.

Quand ne me prendra-t-on plus pour un con ? 
Mais, me dirait l’intellectuel de service, comment informer la population ? 
Je répondrais : pas comme cela, et que trouver la bonne façon de faire est de sa responsabilité. 
(Une idée à méditer ? Il y a fort longtemps, j’avais suggéré l’idée suivante, concernant la formation de vendeurs d’ordinateurs, noyés sous l’information, et qui ne voyaient aucun intérêt à leur matériel : 
  • « vendre au vendeur » : trouver les deux ou trois idées qui donnent au vendeur l’envie d’appeler ses clients, pour leur dire qu’il a quelque chose qu’ils doivent acheter ;
  • « apprendre à apprendre » : donner un point de départ à celui qui veut approfondir une question.)

Vocation gâchée

Une fille d’amis, qui a eu un peu plus de 20 de moyenne au bac S, a choisi agro puis veto. A un moment où l’on prend conscience de l’origine animale des épidémies n’est-ce pas une bonne idée ? Idem pour un cousin, qui a empilé des années d’avance, et qui, lui, est parti vers la recherche en médecine, mais par la branche pharmacie, qui semblait moins prestigieuse que la filière médicale.

Pourquoi n’ai-je pas suivi ce type de voie, moi qui me passionne pour tant de choses ? Parce que, de mon temps, tout était triste. Si bien que j’ai fait probablement ce pour quoi j’avais le moins de vocation : la filière abstraction, en quelque-sorte la « raison pure ». Le monde du vide. Uranus de Marcel Aymé. J’ai été victime du conditionnement de l’époque, qui fabriquait des rouages de la technocratie victorieuse.

Pangloss dirait que d’un mal est sorti un bien : conscient de l’inutilité de ce que j’avais appris, j’ai passé ma vie à chercher une activité qui ait du sens. C’est fou ce que j’ai pu apprendre. Mais je n’ai pas encore trouvé de jardin à cultiver.

Anti traité de manipulation ? La dialectique

L’étude de l’influence est un sous-produit imprévu de mon travail sur le changement. L’influence est une technique dite « d’aliénation », elle vise à faire que, de notre propre chef, nous allions dans le sens des intérêts de l’influenceur.

Un peu par hasard, j’ai découvert que la manipulation était probablement la technique la plus répandue de conduite du changement. Et que j’étais l’exemple vivant de son efficacité.

Non seulement je suis manipulé, mais plus j’avance dans mes constatations, plus je rencontre de nouvelles techniques d’influence, toujours plus puissantes. C’est déprimant : cela se terminera-t-il un jour ?

Même notre méfiance est exploitée ! Le Français est prudent. Il ne se paie pas de mots. Face à une opinion, il se demande quelle est son intention. De ce fait, il va vers ce qui lui semble familier, amical. Et, il se méfie des sujets susceptibles de lui valoir des ennuis. Dans ces conditions, que peut-il lui arriver ? Eh bien, si l’on nous dit des choses amicales, c’est justement pour nous amener là où nous ne devrions pas aller ! On a repéré des failles de notre personnalité dont nous n’avions pas conscience nous-mêmes !

Alors, faut-il suivre ce qui est inamical ? Pas plus. Mais il faut se demander pourquoi c’est inamical. L’inamical nous révèle ce que nous n’avions pas vu, en particulier de nos penchants inconscients. Cela nous donne des idées neuves, plus efficaces que les anciennes. C’est ainsi que progresse la pensée. C’est, probablement, ce que les Grecs appelaient « dialectique ».

"Small is beautiful" ou les vertus redécouvertes de la ruralité ?

Conférence du professeur Gérard-François Dumont. Il démonte le discours ambiant qui affirme l’exode rural et une tendance inéluctable vers l’urbain. Manipulation des chiffres, motivée par l »idéologie du « big is beautiful« .

Dans la performance d’un territoire, il entre des facteurs subtils. Par exemple, Paris se dépeuplerait car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle est « périphérique » : les centres de décision sont ailleurs. En revanche Zurich ou l’Ile sur la Sorgue, ont su, elles, se placer au centre du jeu. Il y a donc une question « d’atouts », mais surtout de « gouvernance ». Ainsi Vitré aurait su bien mieux tirer son épingle du jeu que Rennes, avec pour conséquence un très faible taux de chômage (4% contre 10). Idem pour Espelette et son piment, qui doit à la volonté de quelques agriculteurs d’être un champion, dont la production, sur le point de disparaître il y a quelques décennies, a été multipliée par 100.

Jusqu’ici, on encourageait les élus à la passivité. Le mot clé était « économie résidentielle« . Il s’agissait d’attirer des entreprises sur son territoire. Ce qui a eu des effets pervers. Au contraire, il faut « aller de l’avant« . Partir de ses atouts uniques, et la force de la France est sa diversité, et en tirer une stratégie de « régénération« . Parmi ces atouts, il y a le fait, nouveau paradoxe, qu’il y a beaucoup d’intérêts à ne pas installer son entreprise dans une métropole : distances, bonheur de vivre et prix de l’immobilier, entre autres.

Media training

On raconte que, lorsque Kennedy a été élu, il a défait de très peu Nixon. Tout se serait joué dans un débat. Ceux qui écoutaient la radio ont estimé Nixon le meilleur des deux, mais pas ceux qui regardaient la télévision.

L’aspect doit avoir un rôle essentiel : un journaliste de télévision me disait qu’on ne lui parlait jamais de ce qu’il avait dit, mais uniquement de sa mine et de ses vêtements. Et M.Trump, homme de médias, est probablement une preuve vivante de ce phénomène.

J’ai aussi entendu que le jugement des experts n’était pas le même selon qu’ils voyaient ou non les pianistes à un concours.

Nous avons des biais cognitifs ? Ou, au contraire, nous avons un mode de jugement que la raison ne comprend pas ? Après tout, la séduction compte, à la fois dans la politique et dans le spectacle.

A moins qu’il ne faille apprendre à se connaître, et agir en fonction de ses objectifs et de ses capacités ? Je n’ai pas de télévision…

Le taureau et le cliquet

Je lisais qu’il n’y aura pas de corrida cette année. Comme elles allaient déjà mal, cela pourrait être leur fin. Fameux « effet cliquet » dont on parle tant actuellement ?

L’effet cliquet est peut-être une des caractéristiques du changement humain. Nous sommes projetés dans une situation dans laquelle nous ne serions pas allés de nous-même, et nous découvrons que, finalement, elle nous convient. Le changement est discontinu.

C’est ainsi que, le jour du confinement, j’ai constaté que je n’avais plus de savon à barbe. Je n’avais pas envie de repartir faire des courses. Depuis, j’utilise un rasoir électrique. Et ça m’a fait gagner du temps. Idem pour les wébinaires, alors que je leur résistais, à contre-courant (les entreprises avec lesquelles je travaille en ont probablement été les pionnières en France), j’ai constaté qu’on y découvrait des nouveautés utiles, à condition d’être prêt à leur donner la place d’une réunion.

Le cliquet est peut être l’anti-influence. La pression sociale a une forme d’efficacité. Elle est facilement manipulée par les lobbys. Jusqu’à ce qu’elle aille trop loin ? La réalité se rappelle alors à nous. Et nous faisons marche arrière. Cliquet ?

Disparition de l'humanité : fake news ?

On nous répète sur tous les tons que l’humanité est menacée de disparition. Cela semble, comme dirait Gramsci, du simple bon sens.

Justement, ne faut-il pas s’en méfier ? Certes, les mammouths ont disparu. Si l’on n’y prenait pas garde, ce serait aussi le cas de la plupart des espèces prédatrices. Mais l’homme, c’est autre chose. Toute son histoire est crise et adaptation. Bien sûr, il y a eu des pertes massives. Mais, elles ont fait le bonheur des survivants, qui ont pu se laisser aller à ce qui semble un penchant naturel : la croissance irresponsable. Au fond, c’est l’histoire de la dernière guerre.

Or, l’homme n’a jamais été aussi nombreux qu’il est aujourd’hui. L’espèce pourrait donc perdre 90% de sa population et compter plus de représentants qu’il y a quelques millénaires.

Bien sûr, il est compréhensible que l’on ne veuille pas être le dindon du changement, la graine qui meurt pour que l’humanité vive, mais, pourquoi ne pas le dire clairement ?

Marâtre nature

Une abeille me semblait en curieuse apesanteur à proximité d’une fleur. A y regarder de près, j’ai découvert qu’elle était morte. Et qu’il y avait, pas loin, une petite araignée blanche.

La loi de la nature est la loi de la jungle. Le propre de l’homme est de s’en étonner. Et de penser que c’est lui l’auteur de cette loi, qu’il est l’incarnation du « mal ». Or, il n’a même pas inventé l’idée « d’écocide » : les prédateurs exterminent leurs proies, jusqu’à ce que, faute de proies, ils crèvent.

Le propre de l’homme, c’est la magie des mots. Les mots sont de puissants moyens de manipulation. Etre écologiste, par exemple, ne signifie que rarement que l’on fait ce que l’on dit. Plus souvent c’est le discours d’une classe sociale admirée. C’est aussi une arme de combat contre d’autres classes. Mais les mots peuvent être ce qu’ils sont : un moyen de nous regarder de l’extérieur.

Camus et Sartre ou les revers de la fortune

Revirement surprenant. Non seulement on s’est mis à dire du bien de Camus, mais, dans un même souffle, on assassine  Sartre. Tout cela à l’occasion d’un curieux anniversaire : on n’a pas fêté les 100 ans de sa naissance, mais on fête les 60 ans de sa mort !

Or, Sartre est le modèle de l’intellectuel moderne, le fameux intellectuel engagé. Et c’était un homme brillant, subtile, l’élite de normale sup. Sa pensée mérite mieux qu’une exécution sommaire.

Le plus surprenant concerne la colonisation. L’intellectuel, représenté par Sartre, donc, se veut le défenseur du dominé, donc du colonisé. Camus était, lui, du côté du « petit blanc ». Or, voilà que, maintenant, des représentants de nos anciennes colonies se reconnaissent en Camus, et que France Culture, radio intellectuels, leur tend son micro.

Mystère du changement ? L’opinion publique change comme le vent, et l’homme est une girouette ?