Donner avec des élastiques

« Donner avec des élastiques. » Expression de ma mère. Je pensais que cela signifiait être pingre. Mais cela veut dire « faire croire que l’on donne, tout en gardant ». 

Toutes nos politiques ont été menées au nom des plus démunis. Mais à qui ont-elles rapporté ? Donner un enseignement gratuit, par exemple, alors que le seul bon enseignement est dans les beaux quartiers, est-ce donner ou prendre ? « Donner avec des élastiques » ? 

Non. Faire croire que l’on donne, alors que l’on prend, c’est plus fort. Malheureusement, ma mère n’est plus là pour trouver un nom à ce jeu. 

La bulle spéculative pour les nuls

La plupart des entreprises travaillent très dur et tirent le diable par la queue. D’autres ne produisent rien et valent cent milliards ou plus. La différence, c’est la spéculation. 

Pourquoi, chaque entreprise ne chercherait-elle pas à en tirer partie ? Pourquoi pas une chaire de spéculation à HEC, par exemple ? 

Les mécanismes spéculatifs ont fait l’objet de travaux d’économistes très sérieux, et sont forts complexes. Quoi qu’ils soient tout à fait rationnels. 

La technique de la bulle spéculative consiste à faire penser que, même si un bien ne vaut rien, il y a un consensus social selon lequel il y a de l’argent à gagner en pariant sur lui, lorsqu’il est à la hausse, et en se dégageant, avec célérité, lorsqu’il est à la baisse. Et il y a des leaders d’opinion, tels que Goldman Sachs en 29, pour montrer la voie. 

Il y a le degré zéro de la spéculation, la bulle spéculative évidente, telle que la voiture électrique, ou le moteur à hydrogène, il y a aussi l’art, le grand art. Et il consiste à prendre une activité totalement ringarde, les taxis ou les entrepôts, par exemple, pour en faire un nouvel eldorado, Uber ou Amazon. La sidération produit la spéculation. Les investisseurs de la Silicon Valley, qui avaient compris la valeur de start up de B.Obama, disaient que la bonne start up est un discours nouveau sur un sujet ancien. Mais ce n’est pas un art de brute. Il est tout en subtilités. The Economist, par exemple, a cru à la disruption de la prostitution. Flop. 

Ce n’est qu’un début. Tout le succès est dans la communication. Un travail de pro, d’Américain. Comme l’écrivait le professeur Trivers, un psychologue, ce qui fait le succès de l’escroc, c’est qu’il croit à ce qu’il dit.

La gloire de Gramsci

En me penchant sur le cas Eric Zemmour, j’ai découvert que, lui aussi, se réclamait de Gramsci. 

Gramsci a eu une gloire posthume extraordinaire. Leader communiste, mais non affilié à Staline, il a eu bien des difficultés avec Mussolini, ce qui a probablement abrégé sa vie. Ses théories ont d’abord été reprises, après guerre, par la gauche intellectuelle post moderniste avant d’être adoptées par l’extrême droite et la droite (M.Sarkozy, notamment). Ces dernières avaient constaté l’extraordinaire efficacité de cette méthode qui a radicalement changé notre façon de voir les choses (du moins ce que les philosophes appellent la « doxa »). 

Si j’ai bien compris, pour Gramsci, Marx a tort : le capitalisme n’a pas de faille de constitution. Comme on dit en physique, tous les régimes politiques sont des équilibres stables. Il faut donc les pousser dans la direction que l’on juge la bonne. Malheureusement, le peuple est trop bête pour comprendre son intérêt. Eh bien c’est par là qu’il faut agir ! Son « bon sens » le faisant aller à l’envers de ses intérêts, il faut en user habilement, pour l’amener là où il ne veut pas aller. 

A moins que l’on fasse endosser à Gramsci ses propres intentions ?

Transition nucléaire

« Au sein de la majorité, même certains pro-nucléaires s’étonnent de la facilité avec laquelle le chef de l’Etat pousse sa ligne très pro-nucléaire. Un stratège de la majorité présidentielle constatait, hier soir au téléphone avec Playbook : “Il a annoncé il y a 15 jours qu’il va mettre des petites centrales un peu partout sur le territoire, il y a personne qui proteste ! Il y a 30 ans, ça foutait des beatnik dans la rue, en Allemagne t’aurais le feu…” Même son de cloche mi-halluciné mi-satisfait chez une ministre avec qui l’auteure de votre infolettre a échangé, hier : “L’opinion publique française est très différente de la jeunesse européenne. C’est pas comme si on avait été applaudis quand on a arrêté Fessenheim, d’ailleurs…” La même reconnaissait que sur “le traitement des déchets, on est loin de la balle, on n’y est pas”. (Politico.fr mardi)

Quelle est la taille du groupe de personnes dont les opinions font l’opinion ? 

A vouloir imposer ses idées en force ne court-on pas le risque de faire triompher leur opposé ?

Le prix Nobel est-il sérieux ?

Le prix Nobel a été décerné à des universitaires qui ont fait des prévisions fiables concernant l’impact du changement climatique, lisait-on. 

Il y a quelques années, le Nobel était allé à deux anti Bush (dont le président Obama, pour sa politique pacifique). 

Le Nobel serait-il attribué en fonction de l’air du temps ? Avec volonté de l’influencer ? Le meilleur moyen de perdre toute crédibilité ? 

(Que dire de tous les Nobel de littérature ? La mode récompensée ?)

Wokisme : exercice d'application

« je sens bien qu’en tant que boomer / hétéro cisgenre / blanc j’ai du souci à me faire, je suis du côté des méchants« , écrit quelqu’un que le wokisme traumatise, et qui ne voit de salut que dans la retraite. 

Il n’a rien compris à woke. En effet, il se décrit justement comme appartenant à une communauté opprimée : il a donc tous les droits, et aucun souci à se faire. 

L'invention du marché ?

La mort est une maladie à laquelle on ne consacre pas assez d’investissements, entendait-on il y a quelques temps. 

Le moyen du changement, c’est souvent le sophisme. Par exemple, ce blog cite une idée qu’ont eue des Américains : beaucoup d’entreprises s’étaient engagées à payer une retraite à leurs salariés ; cela était donc une dette, et les dettes se renégocient, en particulier lorsque l’entreprise est en faillite ! Il suffisait donc de mettre des entreprises en faillite pour gagner beaucoup. 

Et s’il en était de même du marché ? Le marché n’est que « défaillances » exploitées par le virtuose. Et si le dit virtuose avait convaincu la société des bénéfices d’un marché libre, et réussi le casse du siècle ?

Le temps du nudge

Principe du « nudge » : avant d’agir, de prendre une décision, il faut essayer de comprendre… C’est la prose de M.Jourdain. Et, c’est, au fond, ce que l’on aimerait tant que notre gouvernement fasse. C’est probablement la mère de toutes les revendications. 

Or, notre gouvernement utilise les virtuoses du « nudge » pour ne pas avoir à nous comprendre. Pourquoi aurait-il à nous comprendre, puisqu’il a raison ?

Pensée inachevée, dirait Hegel ? Quel nudge aurait-il utilisé pour débloquer nos dirigeants ?

De l'efficacité de la pédagogie

Ces gens qui manifestent contre la vaccination obligatoire… Il faudrait leur faire de la « pédagogie ». Leur montrer la fausseté de leurs croyances. Voilà ce que disait l’autre jour un invité de France Culture. 

Pédagogie. Fléau de notre temps ? Que quelqu’un vous explique que ce que vous croyez est faux, est-ce que cela vous donne envie de le croire, lui ? D’ailleurs, de quel droit vous donne-t-il des leçons ? N’est-ce pas un sophiste, qui utilise son art de la parole pour vous embobiner ? Le monde est dirigé par ce type de personne depuis des décennies, et on a bien vu où ça nous a menés… 

Bien sûr, on ne va pas faire de la « pédagogie » au pédagogue. Ça ne marcherait pas mieux qu’avec vous et moi. Et si on tentait autre-choses : au lieu de parler, écouter ? Ecouter dire ce que chacun sait et a sur le coeur. Et chercher si tout cela ne serait pas que différentes facettes d’une même réalité. La démocratie, pas la pédagogie ?

La faillite du nudge ?

Faites-vous vacciner, on vous donnera du cannabis. Il semble que toutes les nations aient des difficultés à faire vacciner leurs citoyens, et que pour faire changer les choses elles aient recours à de multiples techniques. (France Culture, jeudi matin.) 

Cela ne semble pas donner de bons résultats. Mais où est le « nudge », cette technique qui permet de changer les comportements sans effort ? De rendre les gens « rationnels » ? Une question que l’on se posait déjà par rapport à l’intelligence artificielle. 

Décidément, ce virus aura fait beaucoup de victimes…