Impossible liberté d'expression ?

On a parlé de « cancel culture », c’est un nouveau nom pour un phénomène ancien. Certaines idées s’imposent que l’on ne peut contredire, sans prendre le risque d’un autodafé. Phénomène mystérieux. 

  • « Validation sociale » des psychologues ? Je suis rassuré d’être comme les autres. Cela m’évite de réfléchir et, le groupe est plus compétent que l’individu. 
  • « Mythes » des anthropologues, et sa fonction d’orientation du comportement collectif tout à fait rationnelle ? 
  • Modes des publicitaires, et leurs leaders d’opinion ? 
  • Plus que cela ? 

On observe que :

  • Le mythe a été détourné. Et personne n’y croit vraiment. On sait qu’il est dangereux d’exprimer un doute. 
  • A son origine, il y a des « lobbys », infimes groupes de personnes. Leur art est, paradoxalement, celui de la manifestation de force. 
  • Comme pour les modes, c’est une histoire de leaders d’opinion, maîtres des ondes ou des réseaux sociaux, organisateurs de manifestations…, qui trouvent leur intérêt dans l’affaire. 
  • Mais, contrairement à la mode, qui joue probablement sur la « validation sociale », c’est la menace implicite qui fait l’originalité du phénomène. 
  • Cela évoque la rhétorique des Grecs, façon sophisme. En inscrivant leur message dans les codes de ce que la société considère être le bien, les lobbys rendent toute opposition impossible. C’est une perversion de la morale. 

La liberté d’expression serait-elle un combat perdu d’avance ?

Robert Cialdini voit à l’origine de toute « influence » la propension de l’homme à économiser son cerveau. Si nous voulons éviter la manipulation, il faut donc qu’il soit en éveil permanent. 

Alors, doute et « anti validation sociale » ? Analyse continue des valeurs de la société, pour leur éviter de se figer, et de se faire manipuler ? Analyse qui doit démarrer dès la naissance ? Que sais-je ? dit Montaigne. 

Objectif Chine

Le problème du monde, c’est la Chine. Car si l’humanité survit à la guerre de M.Poutine, il faudra faire face à l’invasion de Taiwan. Or, la Chine n’est pas un nain comme la Russie, c’est le bénéficiaire des « délocalisations ». Nous avons fait sa puissance, et notre économie est entre ses mains. 

La Chine et la Russie haïssent l’Occident. Comme l’Allemagne du 19ème siècle, qui n’a pas compris les intentions universalistes de la France, et n’en a retenu que les prouesses guerrières, ces pays ont mal interprété l’histoire récente. Certes, il y a eu des crises, et ils en furent victimes. Mais, elles n’étaient que des conséquences imprévues de bonnes intentions. L’Occident est fondamentalement pacifiste. 

C’est ce dont il faut convaincre la Chine. Mais il faut aussi l’aider à ouvrir sa pensée à d’autres moyens d’action que la guerre. Elle ne doit pas répéter nos erreurs. Surtout, elle doit comprendre qu’elle n’est pas chinoise : de son communisme à son économie, elle a été modelée par les valeurs occidentales ! Elle a besoin de notre expérience !

Finalement, il faut attaquer le coeur du problème. Pourquoi ne peut-on pas faire confiance à « l’homme blanc » ? (En particulier, quand on est soi-même un « homme blanc ».) Pourquoi a-t-il, comme le disaient les Indiens, une « langue fourchue » ? Car, tant qu’un mauvais coup sera possible, l’humanité sera en danger.

Nous avons besoin d’aide pour répondre à cette question. 

Echange de bons procédés ?

Pardon

Les mystère du pardon, une émission de Radiolab. Curieuse chose que le pardon. L’émission commence avec Justin Trudeau. Par mégarde, il bouscule une députée. Pendant deux jours, il n’arrête pas de se confondre en excuses. Un rien lassant. 

D’ailleurs, lorsque le dommage est sérieux on n’a pas intérêt à demander pardon, car cela est une reconnaissance de culpabilité. Alors, les Américains ont eu l’idée de permettre un pardon qui n’engage pas. Mais il a été exploité, par les avocats, à l’envers de ses intentions. 

Et pourtant, le pardon peut réussir. L’émission citait le cas d’une erreur médicale qui tue un enfant. Le directeur de la clinique rencontre la mère, et reconnaît sa faute. Ainsi se mettant en son pouvoir. Un lien s’est établi entre deux personnes qui n’étaient que vrais sentiments. Et la mère aide maintenant la clinique pour que de tels accidents ne se reproduisent plus. 

Le pardon est un miracle ? 

(Je et tu de Martin Buber ?)

Génération impact

La jeune génération rêve d’avoir un « impact ». Du moins celle qui appartient à la classe supérieure. 

Qu’entend-elle par là ? Faire du bien à l’humanité, à la nature, à la planète. Mais, pas n’importe comment. C’est la transition climatique ou la mission des ONG. 

S. Zweig raconte que la passion des jeunes de son âge a été la littérature, alors que celle de ceux qui les ont suivis était le football ! Et il aurait pu ajouter que, quelques-temps après, la jeunesse était hitlérienne.

Le jeune est extraordinairement sensible aux modes ! Encore incapable de penser par lui-même, il croît aux absolus ? (Ce qui est peut être la première étape de la pensée.) La jeunesse est un « fait social » dirait peut-être Durkheim. D’où le paradoxe du conflit de générations. Les jeunes affrontent les vieux avec les idées de ces derniers, que ceux-ci, en bons hypocrites, ne reconnaissent pas !

Pour autant, faut-il s’en moquer ? Cette aspiration à l’impact annonce peut être un homme nouveau. Petit enfant de 68 ? Il rompt avec la passivité du citoyen et du salarié gaullien ? Il aspire à penser et agir par lui-même ? Résultat inattendu de l’épidémie ?

Qu'est-ce que penser ?

Injonction sociale : nous devons tous penser. Nous sommes des intellectuels. Cela vient, peut-être, de la prééminence de l’éducation, dans notre société moderne. 

Elle nous donne en modèle des intellectuels, et nous voulons leur ressembler, quel que soit, d’ailleurs, notre niveau d’études. 

Mais comment bien penser ? J’en suis arrivé à croire qu’il fallait procéder comme le thésard, ou le juge d’instruction. Se bâtir une conviction demande un travail fastidieux, long et méticuleux, intellectuellement rigoureux. Avec toutes les imprécisions assumées de cette définition, qui rendent l’exercice périlleux et inconfortable. 

Seulement, paradoxalement, il y a peu de juges et de thésards parmi nous. Et, il n’est pas sûr que les juges et les thésards jouissent d’une déformation professionnelle qui les prédispose, pour d’autres sujets, à la pensée. En tout cas, l’Education nationale ne nous apprend pas à faire cette recherche. Elle nous dit qu’il y a le bien (ce qu’elle enseigne), et le mal (ce qu’elle condamne). 

Du coup, penser est devenu capter les idées qui flottent. L’art du lobby est de parvenir à mieux faire flotter ses idées que celles des autres. En fait, il est possible qu’il y ait deux types d’idées flottantes, au moins. D’abord, celles qui guident, inconsciemment, nos décisions. Par exemple, je dois avoir une opinion sur tout. Ensuite, les idées du moment, qui doivent entrer en résonance avec les premières. 

Enantiodromie : la société de la pensée est devenue la société de l’influence. 

Les grandes gueules

Un de mes amis racontait l’histoire de la « grenouille à grande gueule ». J’ai pensé à lui en lisant un article indigné d’un médecin, qui dénonçait l’influence des « voisins à grande gueule ». Je me suis dit que, ce médecin aussi, avait une « grande gueule ». 

Nous avons vécu un temps de « grandes gueules ». Pour une raison curieuse, l’idée s’est imposée comme quoi le changement social est une question de bruit. Un enseignement de l’affaire Dreyfus ? 

Je ne suis pas sûr que cette tactique ait été efficace. Les faits sont têtus et ne sont pas impressionnés par les « grandes gueules » semble-t-il. Comme dans l’histoire de mon ami, il n’est pas certain que la tactique soit durable. 

(Curieusement, l’histoire s’appelle maintenant « la grenouille à grande bouche » : aurais-je été trahi par ma mémoire ?)

Vidal-Naquet dreyfusard

Pierre Vidal-Naquet et le combat contre la torture : une émission de France Culture retraçait sa vie, et le présentait comme le dernier des dreyfusards. Comme eux, il combattait pour un principe, dans son cas : l’inviolabilité du corps. 

En écoutant cette émission, j’ai pensé qu’il nous faudrait un Vidal-Naquet de l’âme. Les Lumière avaient, déjà, signalé que la liberté était bien moins une question de corps que d’esprit. Nous sommes soumis à des pressions « aliénantes », et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles s’exercent dès l’enfance, et qu’elles sont quasi indétectables. 

Sciences et lettres

Il y a quelque chose d’insupportable dans les sciences humaines. C’est leur prétention à singer la physique. Leurs articles se veulent « scientifiques ». Ils sont truffés de références « scientifiques ». Toutes prétendant avoir découvert des lois de la nature. 

Ce type de « science » a envahi le monde. L’université produit des masses de ce qu’on aurait nommé jadis des « littéraires ». La société ne laisse aux réels esprits scientifiques, qui n’ont pas choisi d’eux mêmes quelque voie « littéraire » vers la fortune et la gloire, des lots de consolation, des postes de chef, pour lesquels ils ne sont pas faits. Gâchis complet. 

Le propre de la science c’est la prévision « falsifiable » (en anglais). Ce dont est incapable la science humaine. Avec les travaux de Tversky et Kahneman, sur les biais cognitifs, il semblait qu’il y ait une exception. Mais, depuis, on a compris que ces expériences étaient des prévisions auto réalisatrices : les conditions de ces expériences ne se présentent pas dans la nature. Une manipulation de plus ?

Une bonne nouvelle, tout de même : la méthode scientifique, bien comprise, a un potentiel inexploité. 

Phénoménologie

Le billet « Phénoménologie » est un des best sellers inattendus de ce blog. (En fait, c’est aussi le cas de la plupart de mes tentatives de décryptage d’ouvrages de philosophie.)

La phénoménologie, en elle-même, illustre un phénomène curieux, mais qui semble être une loi de la nature humaine. Elle a été récupérée par ceux qu’elle était supposée dénoncer ! 

Le principe même de la phénoménologie est de dire que notre interprétation des faits est biaisée. Et c’est, en particulier, vrai pour les scientifiques. Ils ne voient que ce qui correspond à leurs préconceptions. Voilà qui est terrible. Et qui devrait nous inquiéter : nous sommes sujets à l’illusion individuelle et collective ! Nous sommes des « aliénés » ! Faire que nous soyons sans cesse sur nos gardes, comme un pygmée dans la jungle, ou comme un alpiniste à main nue, accroché à 500m du sol. Or, si la phénoménologie a été une telle mode, c’est parce qu’elle a permis aux esprits non scientifiques de croire qu’ils l’étaient ! Les autres ont tort, moi j’ai raison, dit le phénoménologue. Je suis le seul à percevoir la vérité ! L’aliénation a la peau dure. 

Le retour de l'opinion

« L’opinion ». Un terme dont on n’entendait plus beaucoup parler semble revenir en force. Que pense « l’opinion » ? ai-je entendu dire à plusieurs reprises, dans une émission de radio. 

Jusqu’ici il semblait que c’était la raison qui gouvernait le monde. Egalité des sexes, transition climatique, etc. Mais, soudainement, apparaît une sorte d’impondérable : « l’opinion ». Phénomène mystérieux, dont on ne parle qu’avec stupeur et tremblements, avec « horreur » au sens romantique du terme. 

Est-ce elle qui explique certains revirement surprenants ? Du jour au lendemain, l’énergie nucléaire ne semble plus susciter de rejet. Plus curieusement, l’immigrant n’est plus désirable.