L'invention du marché ?

La mort est une maladie à laquelle on ne consacre pas assez d’investissements, entendait-on il y a quelques temps. 

Le moyen du changement, c’est souvent le sophisme. Par exemple, ce blog cite une idée qu’ont eue des Américains : beaucoup d’entreprises s’étaient engagées à payer une retraite à leurs salariés ; cela était donc une dette, et les dettes se renégocient, en particulier lorsque l’entreprise est en faillite ! Il suffisait donc de mettre des entreprises en faillite pour gagner beaucoup. 

Et s’il en était de même du marché ? Le marché n’est que « défaillances » exploitées par le virtuose. Et si le dit virtuose avait convaincu la société des bénéfices d’un marché libre, et réussi le casse du siècle ?

Le temps du nudge

Principe du « nudge » : avant d’agir, de prendre une décision, il faut essayer de comprendre… C’est la prose de M.Jourdain. Et, c’est, au fond, ce que l’on aimerait tant que notre gouvernement fasse. C’est probablement la mère de toutes les revendications. 

Or, notre gouvernement utilise les virtuoses du « nudge » pour ne pas avoir à nous comprendre. Pourquoi aurait-il à nous comprendre, puisqu’il a raison ?

Pensée inachevée, dirait Hegel ? Quel nudge aurait-il utilisé pour débloquer nos dirigeants ?

De l'efficacité de la pédagogie

Ces gens qui manifestent contre la vaccination obligatoire… Il faudrait leur faire de la « pédagogie ». Leur montrer la fausseté de leurs croyances. Voilà ce que disait l’autre jour un invité de France Culture. 

Pédagogie. Fléau de notre temps ? Que quelqu’un vous explique que ce que vous croyez est faux, est-ce que cela vous donne envie de le croire, lui ? D’ailleurs, de quel droit vous donne-t-il des leçons ? N’est-ce pas un sophiste, qui utilise son art de la parole pour vous embobiner ? Le monde est dirigé par ce type de personne depuis des décennies, et on a bien vu où ça nous a menés… 

Bien sûr, on ne va pas faire de la « pédagogie » au pédagogue. Ça ne marcherait pas mieux qu’avec vous et moi. Et si on tentait autre-choses : au lieu de parler, écouter ? Ecouter dire ce que chacun sait et a sur le coeur. Et chercher si tout cela ne serait pas que différentes facettes d’une même réalité. La démocratie, pas la pédagogie ?

La faillite du nudge ?

Faites-vous vacciner, on vous donnera du cannabis. Il semble que toutes les nations aient des difficultés à faire vacciner leurs citoyens, et que pour faire changer les choses elles aient recours à de multiples techniques. (France Culture, jeudi matin.) 

Cela ne semble pas donner de bons résultats. Mais où est le « nudge », cette technique qui permet de changer les comportements sans effort ? De rendre les gens « rationnels » ? Une question que l’on se posait déjà par rapport à l’intelligence artificielle. 

Décidément, ce virus aura fait beaucoup de victimes…

La France des donneurs de leçon

Pas possible d’ouvrir la radio sans entendre quelqu’un parler de réchauffement climatique. Rien de neuf, son opinion ne résulte pas de trois ans d’un travail de thèse, mais simplement du bruit ambiant. Et pourtant la personne se prend évidemment pour une autorité. C’est pour cela qu’elle se croit autorisée à nous donner des leçons. A nous avertir du malheur qui nous attend, nous dangereux esprits enténébrés. Sans comprendre qu’elle s’adresse à plus de soixante millions d’autorités climatiques. 

C’est certainement le même phénomène qui fait que le prénom d’une personne dévoile son âge. Nous pensons tous la même chose au même moment. La société, en quelque sorte, pense pour nous. 

A cela s’ajoute, probablement, un phénomène propre à notre société, dont parlait le précédent billet : du fait de nos diplômes, nous nous prenons tous pour « l’élite », et, au moins en France, l’élite sait tout.

Cela peut-il changer ? 

Le nudge est un nudge

Il y a très longtemps, une dirigeant m’a raconté qu’elle avait constaté que ses collègues passaient beaucoup de temps en pause cigarette. Alors, elle a décrété des pauses cigarettes officielles. Ce que tout le monde a trouvé très généreux. Et ce qui lui a fait gagner trente minutes de travail par jour et par personne. 

C’était du nudge avant le nudge. L’intérêt d’avoir mis un nom sur cette pratique est que, maintenant, on peut en être spécialiste, et cela rapporte. Il y a des cabinets de conseil en nudge. 

C’est, une fois de plus, l’histoire de Monsieur Jourdain. Mettre un mot sur quelque chose lui donne de la valeur. La mère de tous les nudge. 

Nudge

Les autorisations de sorties, l’information chaque soir, c’était du « nudge » ! Une émission de France Culture le disait. 

Ce qu’il y a de curieux en France, c’est que l’on a toujours une guerre de retard. Le gouvernement découvre cette technique après tout le monde. Et, bien sûr, y voit une panacée. Si les Américains le font, cela ne peut être que bien. 

L’intérêt de l’émission était de dire le bon et le mauvais nudge. Les deux étant aussi vieux que le monde, rappelait un invité. 

Le bon consiste à étudier les comportements humains pour comprendre leur logique, avant d’agir. A l’envers de ce que font nos gouvernements, depuis, là aussi, la nuit des temps. Bonne nouvelle, donc ! Ensuite il s’agit de trouver des « petits trucs » pour prendre des bonnes décisions. (C’est ce qu’un temps les Japonais appelaient « poka yoke », typiquement : un noeud à son mouchoir pour ne pas oublier de faire quelque-chose, ou ne pas ranger ses chaussettes en vrac.)

Le mauvais (qui s’appellerait « smudge ») cherche à influencer nos comportements à notre insu (un des sujets d’intérêt de ce blog), en profitant de nos « biais comportementaux », et ce, en particulier, dans les situations d’urgence, où nous sommes particulièrement sans défense. 

Un de mes exemples de nudge préféré est celui de Parmentier. Voyant que le peuple ne veut pas de ses pommes de terre, il fait entourer un champ par l’armée, ce qui provoque un réflexe pavlovien chez le Français : le vol. 

D’où la question que posait l’émission : le nudge prétend nous faire aller dans le sens de notre intérêt, ou dans celui de l’intérêt général. Mais qui les définit ?

Intelligence et mathématiques

Le hasard m’a amené à regarder la fiche wikepedia d’un criminel, qui a terrorisé l’Amérique, à coups de colis piégés, durant plusieurs décennies. On apprend qu’il a un QI exceptionnel (167), et qu’il a été un mathématicien hors pair. Mais il semble n’avoir jamais réussi à s’adapter à la société. 

Son comportement m’a fait penser à celui d’Alexandre Grothendieck, un mathématicien admiré, et qui, lui aussi, ne semblait pas très bien comprendre la société. Et même paraître particulièrement idiot lorsqu’il exprimait une opinion qui ne concernait pas les mathématiques.

Qu’est-ce qu’être intelligent ? Est-ce comprendre ce que personne ne comprend, mais ne pas comprendre ce que tout le monde comprend ? 

Je me souviens avoir disserté sur la question, dans une sorte de prémisse du « grand oral », en seconde. Alors, j’étais parti de l’idée que l’intelligence était la capacité à comprendre (ce qui est la définition du dictionnaire). Il me semble avoir dit que j’eusse préféré qu’intelligence soit entendue comme capacité à décider, correctement. 

En tout cas, j’avais tenu trente minute sur le sujet, sans que mon professeur ne pense à me rappeler que l’exercice ne devait durer que dix minutes. 

En tout cas, comme pour le terme « mérite », on voit ici le danger de la dérive des mots. Certains mots acquièrent une connotation favorable, puis, ils dérivent jusqu’à faire porter cette connotation à une caractéristique qui ne la mérite pas. Voilà qui explique pourquoi Confucius accordait de l’importance au sens des mots, et que l’on ferait peut-être bien de suivre son exemple ? 

Mérite et dignité

On entend beaucoup parler du professeur Michael Sandel, de Harvard. Il réfléchit à un sujet du moment : le mérite (interview). 

Ce spécialiste de la justice a mis un nom sur un changement hautement injuste : la méritocratie. Comme souvent le terme « mérite » cache un sens très particulier. Le mérite c’est le diplôme. Ce n’est pas le mérite de « l’ordre du mérite », ou même du « mérite agricole ». D’ailleurs, ce n’est pas n’importe quel diplôme : c’est le diplôme des « meilleures écoles ». Quelqu’un comme M.Biden, le président américain, qui n’a pas reçu leur formation, n’a pas de mérite…

Ce qui produit « mécaniquement » une énorme inégalité. Puisque, par définition, l’immense masse de la société n’aura jamais de mérite. Voilà qui va bien au delà de la façon actuelle de traiter le problème en France, puisqu’il est vu seulement sous l’angle de la reproduction des élites. (Seuls les enfants issus de certains milieux privilégiés pouvant faire les « meilleures études » donc avoir du mérite, installons des quotas et le problème est réglé.)

Comment résoudre la question ? En remplaçant mérite du diplôme par dignité du travail. Il n’y a pas de sot métier disait-on dans ma jeunesse. Paradoxalement, dignité était peut-être ce que l’on entendait par « mérite », en ces temps éloignés. 

Marketing artificiel

Je lisais quelque part que l’Intelligence Artificielle avait fait faire une découverte capitale aux sciences bibliques. Ce qui m’a semblé ridicule, au temps du coronavirus. 

Le marketing de l’IA semble avoir utilisé un biais cognitif humain : notre tendance à généraliser des faits marquants. On nous a dit que l’IA battait les champions d’échec et de go, qu’elle démontrait que Shakespeare n’était pas Shakespeare, etc. Tout cela pour nous faire croire que l’IA pouvait tout faire. (Les pro Brexit utilisaient les mêmes techniques : ils faisaient courir le bruit que l’UE réglementait les cornemuses…)

Mais le miracle, c’est maintenant qu’il faut le faire ! 

C’est ce qu’un de mes collègues appelait une « crash stratégie ». Va-t-on lire demain : « le coronavirus démontre que l’IA est du vent » ?