Guerre cognitive

L’armée se préoccupe désormais, un peu tard ?, de guerre cognitive (article).

Phénomène curieux. La propagande russe est tellement efficace que l’on n’entend même pas ce que dit réellement, tous les jours, M.Poutine. Au contraire, on s’interroge s’il n’a pas quelques raisons de vouloir réinstaller l’URSS dans ses frontières.

C’est étonnant à quel point on peut être manipulé. En lisant les cours de physique de R. Feynman, je me rends compte que cela n’a rien à voir avec ce qui m’a été enseigné. Par exemple, on m’a annoncé la mécanique quantique par des équations tombées du ciel. Or, elle a été mise au point tout différemment. On a poussé à ses limites la mécanique classique. On a alors comparé la réalité à la théorie, et on a cherché une modélisation qui collerait au comportement réel, sans lui chercher la moindre interprétation. C’est ainsi que procède Planck avec le « rayonnement du corps noir ». D’ailleurs dès qu’il aborde un sujet qui m’a été enseigné comme parole d’évangile, il s’empresse de dire : « c’est honteux, mais il faut commencer par là, pour des raisons pédagogiques ».

Cela a des conséquences massives. Mes professeurs étaient des « idéalistes », les physiciens dignes de ce nom sont pragmatiques. Ils ne prétendent pas que la nature a des lois que l’esprit peut comprendre. En revanche, c’est très clair dans le livre de Feynman, ils cherchent à acquérir une « intuition » des phénomènes physiques, comme le navigateur a une « intuition » du vent.

Ce n’est probablement pas la fin de l’explication. Alors que l’on m’a toujours dit que « j’avais un esprit de synthèse », je trouvais les exercices de synthèse d’une bêtise insigne. On nous faisait travailler sur des textes de théorie des sciences écrits par de pompeux inconnus. Or, pour moi, la synthèse, c’est le sens. Là, il n’y en avait pas. Sinon l’insupportable contentement de soi de l’auteur.

En fait, tout l’enseignement français tend à sélectionner l’esprit abstrait. La matière, mathématiques, physique, lettres, ne compte pas. Elle est transformée en exercice. A trop vouloir sélectionner, on crée la bêtise artificielle ?

Les causes du complot

Complotisme est un sujet qui est devenu à la mode. Concordance des temps (France Culture) en parlait, le 24 septembre dernier.

En écoutant l’émission, j’ai pensé que j’ai été complotiste. Mais pas tout à fait au sens de l’émission. Il me semble, quand j’étais adolescent, avoir cru à des histoires extrêmement fantaisistes que je trouvais dans la presse pour jeunes. Je n’en ai pas gardé de souvenir clair, mais j’aurais très bien pu m’enflammer pour des questions d’extra terrestres ou de civilisation disparue. Il me semble que Pierre Bellemare racontait ce type d’histoires.

D’ailleurs, j’e me suis passionné pour un livre, très sérieux, sur l’exploration de l’espace, alors qu’aujourd’hui, je ne trouve plus aucun intérêt à tout ce vide.

Boris Cyrulnik appelle cela un « délire logique ». L’homme qu’il nomme « insécure » tend à croire au père Noël, qui le rassure. Je ne suis pas certain que ce soit toute l’explication. Platon ne croyait-il pas, dur comme fer, au « monde des idées » ? N’est-ce pas aussi le cas de l’intellectuel, voire du scientifique ? Ce délire n’est-il pas une « pathologie » de la raison ?

Tout le travail de la « raison », au sens des Lumières, n’est-il pas, justement, de canaliser notre raison, pour qu’elle ne délire pas ? Ce qui demande la capacité de douter, dit Boris Cyrulnik. Et, donc, la capacité de pouvoir résister au doute. Elle exige, à son tour, une « liberté intérieure », qu’il croit résulter d’un environnement favorable à l’épanouissement de l’individu. (Je doute de son explication, mais c’est pour un projet billet.)

La nature de l'intellectuel

Platon aurait inventé le mythe de l’Atlantide. Il était convaincu, en effet, que, pour mener un peuple inculte (un oxymore), il fallait lui raconter des histoires. Voilà ce que disait une émission de la BBC, traitant de ce mythe.

Hannah Arendt pensait aussi cela de Platon, et disait qu’il avait inventé l’enfer.

Mais est-ce le propre de Platon, ou une caractéristique de sa profession ? Et si, du fait de quelque chose qui est lié à son éducation (à son manque d’éducation ?), la manipulation des esprits était consubstantielle à l’intellectuel ?

Cela expliquerait pourquoi, alors que notre société d’après guerre a donné à l’intellectuel le pouvoir, il ait fait un tel usage des techniques « d’influence », une des grosses rubriques de ce blog.

Enseignons l'histoire

La Russie a gagné la guerre de 40, pensaient, à 85%, les Français d’après guerre. Aujourd’hui, ils pensent, avec les mêmes chiffres, que ce sont les USA. 

Autrement dit, les opinions se retournent comme des gants.

Voilà ce qu’écrit Régis Debray. 

Il donne aussi les pertes américaines : 400.000 morts environ. 

Les statistiques données par wikipedia disent que, effectivement, USA et Angleterre ont perdu relativement peu de monde. Même la ridicule France a eu plus de morts qu’elles ! En URSS, en Chine, dans les colonies occidentales, ça a été un carnage. 

Suggestion à l’Education nationale : mettre l’histoire à son programme.

La cigale de 68

Et si la « valeur travail » avait révulsé la génération 68 ? Et si elle avait réussi son coup, en faisant travailler pour elle ses enfants et petits enfants ? Et si elle avait « rationalisé » ses envies sous la forme de pseudo théories philosophiques qui ont abusé la population ?

D’où parles-tu camarade soixante-huitard ?

Cela expliquerait pourquoi tout notre pays est « monté à l’envers » ?

(Conséquence du billet précédent et de l’analyse de Nicolas Dufourcq.)

Je ne pense pas, donc je suis

« La valeur travail est une valeur de droite » aurait dit une femme politique. Ne pas être « de gauche », pour elle, est une infamie. 

Que dirait Montaigne de ce type de déclaration ? L’exercice de la raison dont il rêvait ? 

Aucune idée personnelle ? Encéphalogramme plat ? Des réflexes pavlovien. Telle « valeur » est mauvaise parce qu’elle n’est pas dans la ligne du parti ? 

Où l’on comprend la devise des anarchistes : « ni dieu, ni maître » ? 

(Et l’observation du professeur Cialdini : la seule chose que l’être humain optimise : c’est son cerveau : il l’utilise le moins possible ?)

Qu'est-ce qu'un dictionnaire ?

Un dictionnaire doit-il contenir « woke » et « ielle » (qui veut dire, si je comprends bien, il ou elle) ? Débat entre Alain Finkielkraut et des rédacteurs du Larousse et du Robert. 

Le premier pense non, les seconds oui, si cela est employé. La question sous-jacente était : n’y aurait-il pas un brin de militantisme dans le choix des mots ? Une tentative de manipulation des esprits ? 

Dans mon enfance, certains masculins avaient un sens neutre. Homme, par exemple, voulait dire mâle et femelle, d’où « droits de l’homme ». Des féminins pouvaient aussi s’appliquer à des mâles : « sa majesté » (exemple d’A.Finkielkraut, qui cite un texte d’époque, qui parle de Louis XIV au féminin). 

Du coup, on peut se demander si la théorie du genre ne cherche pas à introduire un rapport de domination, là où il n’existait pas. 

Faut-il changer la langue, ou l’enseigner ? Je me demande si ce n’était pas le fond du débat. 

Gauche de progrès

Les mots jouent un rôle essentiel dans le changement. 

Le terme « gauche de progrès », par exemple. Qu’entendez-vous par « progrès » ? Probablement pas grand chose de très clair. Mais, qui est contre le progrès ? 

Et la gauche de progrès, qu’entend-elle par là ? A l’observer, il est probable qu’elle considère qu’il y a deux types d’êtres humains. Ceux qui inventent un monde joyeux de start up et « d’idées socialement avancées », l’élite ; et les esprits enténébrés, irrécupérables. 

Or, il est possible que la gauche ait toujours été de progrès. Et c’est peut-être pour cela que l’on n’a pas vu venir sa transformation. 

Quel était le sens original du mot ? On ne peut pas dire, à la naissance, ce que donnera un être humain, la société doit l’aider à « progresser », à « se réaliser », selon la terminologie de Maslow ?

Ne nous faisons pas payer de mots ?

Science sans conscience

Notre discours est devenu scientifique. 

L’épidémie nous a fait toucher du doigt que nous étions devenus la République des experts. Mais le phénomène est beaucoup plus ancien. 

J’ai lu pas mal de textes de sciences humaines. Initialement, au temps de Malinowski, ils relataient des observations. Progressivement, ils en sont arrivés à singer les publications des sciences physiques, ou de mathématiques. On y multiplie les références, on fait appel à des sortes de théorèmes, de propriétés démontrées par tel ou tel. L’exemple type est Bourdieu.  

Malheureusement, cette « science de littéraires » oublie ce qu’est la nature même de la science : faire des prévisions « falsifiables ». Quand Einstein dit que la masse agit sur la lumière, il donne une équation, et elle est vérifiable. 

Résultat ? Au lieu de regarder la réalité, nos dirigeants se sont laissés aller à cette abstraction. Et nous avons perdu le nord. Ce que nous découvrons aujourd’hui. 

(Alternative : le rôle de la science est de nous aider à garder la tête froide ; or elle a été instrumentalisée par les « têtes chaudes » pour justifier leurs idées reçues ? Comment éviter qu’un tel phénomène se reproduise ?)

Génération déboussolée

La fille d’un ami demande que l’on parle d’elle au masculin, me disait un ami. Non qu’elle veuille changer de sexe, mais parce qu’elle juge que cela convient mieux à la nature réelle de son tempérament. 

Voilà qui est curieux, remarquait cet ami. 

Mais n’est-ce pas normal ? Les enfants sont élevés au milieu des théories inventées par les adultes. Et celles-ci sont, par nature, incohérentes, parce qu’elles correspondent, essentiellement, à la rationalisation d’intérêts en conflit. L’esprit malléable des enfants est la victime collatérale de l’irresponsabilité de l’adulte.

C’est ainsi que les jeunes veulent être des entrepreneurs, mais pas pour gagner de l’argent, et tout en ayant de longues vacances. Ou qu’ils sont férocement écologistes, tout en consommant du voyage en avion comme personne avant eux… 

En fait, ces idées ne sont pas nécessairement idiotes. Prises indépendamment, elles ont même quelque-chose d’essentiel. C’est ce qui en fait leur puissance persuasive. 

Mais il s’agit des problèmes que la génération d’avant n’a pas su résoudre. 

La mission de la nouvelle est de s’extraire de l’absurde qu’on lui a légué pour lui donner un sens ?