Obama et l’Europe

Chronique de France culture qui semble dire que les relations Obama / Europe sont fraiches. Il aurait beaucoup plus d’intérêt pour les « puissances de demain » que sont l’Inde et la Chine.

  • Risque-t-il de négliger (ou de nuire à) un ami, pour s’attirer les bonnes grâces de pays qui lui sont fondamentalement hostiles ?
  • Faut-il voir dans son comportement l’attitude instinctive d’une certaine classe américaine (notamment Roosevelt et l’élite politico-économique clintonienne) qui assimile l’Europe au mal, à un passé révolu, et les BRIC (la Russie en moins depuis l’arrivée de Poutine) à des pays jeunes, simples et rationnels, des pays qui ressemblent à l’Amérique, et avec qui l’on peut faire des affaires ?

Compléments :

Histoire de l’Inde

KEAY, John, India, a history, Grove Press, 2001.

Gros livre sympathique, facile à lire, agréable. Il fait une étude chronologique de l’histoire indienne, sans prétention de décrire la culture indienne ou son âme. Ce que j’ai retenu :
Les origines
L’histoire de l’Inde commence par la civilisation de l’Indus, dont on ne sait pas grand-chose, et encore moins pourquoi elle a disparu. Elle semble ne pas avoir de lien avec l’étape suivante qui est celle de « l’aryanisation ».
Là encore, il n’est pas très facile de savoir ce qui s’est passé. Il est possible qu’une fine couche dirigeante indienne ait été gagnée à la culture aryenne par un mélange de conquête et d’admiration.
Un pays malléable et résistant
L’Inde paraît un curieux pays. Loin d’être la nation dénuée de courage et de valeurs que pensait Tocqueville, elle semble non seulement impossible à conquérir durablement, mais encore avoir réussi à forcer ses conquérants à entrer dans sa logique constitutive, féodale.
Conquérir, c’est exiger du conquis un tribut et une soumission. De ce fait, les empires se constituent rapidement, mais demeurent peu : les guerres de succession ou la faiblesse des successeurs permet aux inféodés de reprendre leur liberté.
Par ailleurs, non seulement les conquêtes arabes et mongoles ont suivi ce schéma de pénétration superficielle, mais il leur a fallu des siècles pour atteindre un zénith sans lendemain. Ce qui s’est fait au hasard de talents de quelques hommes, non du fait de la marche inéluctable d’une civilisation supérieurement organisée. Quant à Alexandre, ses exploits n’ont même pas égratigné l’indifférence collective.
J’ai aussi noté que :
  • Au 15ème / 16ème, il semblerait que les régions indiennes aient développé une identité culturelle, linguistique et politique très similaire à celle des futures nations européennes.
  • Les castes n’auraient pas toujours été les ghettos qu’elles sont devenues : initialement, elles semblent ne pas avoir été très étanches, et surtout avoir été une sorte de droit / devoir associé à la participation à la vie politique. En supprimant cette vie politique, les Musulmans ont fait de la caste un carcan, dont le seul espoir de sortie est la réincarnation.
La colonisation anglaise
La colonisation anglaise a connu trois étapes :
  1. Tout d’abord, l’exploitation des richesses de l’Inde est une question commerciale. Elle est confiée à la Compagnie des Indes. Seulement intéressée par commerce et comptoirs, et ayant un devoir de rentabilité, elle semble avoir été entraînée dans une conquête indienne sans vraiment l’avoir voulu. Elle s’est laissée gagner par l’esprit d’aventure qui régnait en Inde à l’époque et a profité de la disponibilité de troupes locales pour se mêler aux luttes internes. Ses victoires sur les Français, puis son organisation et sa détermination supérieures à celles des autres groupes indiens, les fonds tirés des territoires conquis… ont alimenté une sorte de cercle vertueux expansionniste. D’ailleurs c’était une conquête qui n’avait rien d’hostile. Les Anglais avaient une grande admiration pour la culture locale, d’une certaine façon, ils conquéraient pour le bien commun, ou pour réparer l’anarchie qu’ils avaient créée par inadvertance.
  2. À cette phase bonhomme succède une époque de conversion. La compagnie des Indes est plus ou moins nationalisée, et l’Angleterre se donne pour mission d’apporter la civilisation au pays : utilitarisme, libre-échange, et christianisme. Anglais et Indien vivent désormais dans des espaces séparés. L’exploitation économique du pays, qui avait commencé à l’étape précédente (notamment déforestation systématique), se poursuit avec un caractère implacable que n’avait jamais eu aucune domination précédente.
  3. La rébellion des Cipayes de 1857-58 est l’amorce d’une dernière phase. L’Inde devient un empire, et l’Angleterre s’engage à mettre un terme à son zèle réformiste, et à ne plus se mêler des croyances de ses administrés.
L’indépendance
C’est alors que démarre le mouvement indien pour l’indépendance. La question se pose vite de savoir la forme que devrait prendre le pays qui en résulterait. Il y avait d’une part les territoires administrés par l’Angleterre, en partie indous, en partie musulmans ; de l’autre une nuée de principautés ; plus deux forces dominantes : le Parti du congrès, de Nehru, laïc, et la Ligue musulmane de Jinnah. La solution logique à tout ceci semble avoir été une fédération.
Parvenir à constituer cette fédération était certainement difficile. Mais la conduite du changement fut pleine de maladresses, pas forcément d’ailleurs du fait de mauvaises intentions. D’où une partition dramatique Pakistan / Inde, puis Bangladesh, et des années de turbulence, de guerres (cf. Kashmir), et de nouvelles maladresses (gestion des castes en Inde, par exemple).
L’Inde est aujourd’hui une fédération de fait, les régions se sont multipliées. Son intégrité n’est plus menacée. Bizarrement son régime politique paraît peu stable, et pourtant ce n’est peut-être pas un danger : son étonnant attachement à la démocratie assurerait sa solidité.
Compléments :
  • Sur Tocqueville : Notes sur le Coran et autres textes sur les religions, Bayard Centurion, 2007 (textes rassemblés par Jean-Louis Benoît).
  • De la démocratie en Inde : Inde : équilibre miraculeux ?

Gagner la guerre d’Afghanistan

Un livre racontant l’histoire de l’Inde (KEAY, John, India, a history, Grove Press, 2001) me donne l’idée suivante (à creuser) :

Que cherche-t-on à faire en Afghanistan ? Avant tout et de très loin, éviter qu’il ne devienne une zone de turbulence qui déstabilise la région et fournisse des terroristes au monde. Je connais mal la question, mais je me demande si la coalition s’y est bien pris : elle a attaqué les Talibans comme s’ils représentaient une nation, de ce fait en faisant une résistance du type de celles qui ont défait toutes les armées d’occupation.

Mais l’Afghanistan est probablement plus proche d’un régime féodal que d’une nation occidentale. Que faisaient les féodaux de la région, il y a quelques siècles ? Ils attaquaient séparément les potentats locaux. Une fois défaits, on leur réclame un tribut (qui les affaiblit) et on place à leur tête un chef qui accepte de devenir vassal (souvent l’ancien chef). L’édifice n’est pas totalement stable, mais la manoeuvre fissure efficacement l’opposition.

Une fois le pays calmé, mes idées précédentes auraient peut-être une chance de réussir (Complexe Afghanistan).

Forte Europe ?

Es-on victime d’une fiction : celle de la faiblesse de l’Europe ? Les Américains nous ont convaincus que nous étions des ratés, et que l’avenir appartenait aux puissances neuves que sont la Chine, l’Inde, et éventuellement la Russie et le Brésil. N’étaient-elles pas surpeuplées, donc potentiellement riches, et n’y avait-il pas que l’économie qui comptait ?
Il y a aussi la culture. Chine et Russie sont assises sur des nationalités qui ne les acceptent pas. Le cas de l’Inde a l’air encore plus compliqué, avec la question de la caste, qui est d’autant plus bizarre, qu’elle se pose localement et non globalement, si j’ai bien compris (i.e. il n’y a pas de solidarité de caste). Je ne connais pas le Brésil, mais il ne me semble guère impressionnant.
L’Europe, par contre, est bâtie sur des nations solides. Elle peut avoir des difficultés avec ces nations, entre nations, mais non avec son peuple. Parvenir à faire fonctionner tout cela ensemble est il compliqué ? L’UE doit être, seulement, forte dans les grandes occasions (par exemple : Iran et Europe). Une question demeure : les pays de l’Est. Les plus proches de la Russie ont été traditionnellement des zones de turbulence, soumises à des influences externes. Faire de ces pays des démocraties aussi solides que celles de l’Ouest : une urgence ?
La faiblesse de l’Europe, c’est son idéologie. Elle a passé des décennies à persuader le monde que ses appétits colonialistes l’avaient détruit, qu’elle était une grande criminelle. Non seulement elle s’est affaiblie aux yeux de pays qui n’ont pourtant rien à lui envier en termes de colonialisme et de massacre des droits de l’homme, mais elle traîne un complexe qui la rend incapable de volonté. Elle doit retrouver ses convictions, et donc bonne conscience.
C’est encore l’Amérique qui est la plus forte : elle est une grande nation homogène. Certes, j’ai quelques doutes sur sa direction actuelle, qui la font ressembler à un village à la Potemkine, mais, en cas de difficulté, elle réagira sûrement bien.
Compléments :
  • Mes idées sur l’Inde (à approfondir) viennent principalement de V.S Naipaul, L’Inde, et Louis Dumont, Homo Hierarchicus.

Les USA perfectionnent le nucléaire pakistanais

How the U.S. Has Secretly Backed Pakistan’s Nuclear Program From Day One : parce que le Pakistan et l’Inde sont des amateurs du nucléaire, ils se méfient de leurs bombes et tendent à ne pas les déployer. De manière à éviter tout risque de faux mouvement, et fiabiliser leur armement nucléaire, les Américains leur apportent leur technologie ultra secrète. D’où accélération de la production.

Là où je ne suis pas l’article, c’est lorsqu’il note une inconsistance : pourquoi armer le Pakistan quand on craint qu’il puisse être envahi par les Talibans ? Mais c’est évident, voyons : pour apporter un peu de civilisation à ces barbares !

En tout cas, les Iraniens sont bien bêtes : pourquoi se faire des ennemis d’Américains aussi serviables ?

Le protectionnisme avenir de l'économie ?

Les BRIC (ou plutôt BIC, la Russie allant assez mal) ont une situation enviable. L’état de leur économie est déconnecté de celui du reste du monde, riche, pauvre ou émergent. Pourquoi ?

  • « (ils) furent prudents dans la libéralisation de leur système financier, si bien qu’ils ont été moins affectés que, par exemple, l’Europe, par l’attaque cardiaque financière de l’Ouest ».
  • Ils sont gros, donc ont un marché intérieur qui les porte en période de crise. D’ailleurs, ils importent et exportent relativement peu, et ont une production relativement diversifiée (une partie au moins profitera du démarrage de l’économie). Ils sont donc à la fois peu liés à l’extérieur et à ses crises et ils peuvent stimuler leur économie sans fuite. En outre, l’épargne de leurs populations nourrit le pays quand il ne peut compter sur la finance internationale.
  • Le résultat de la crise chez eux est « une grosse croissance de la taille du gouvernement et des grandes entreprises d’état ». « Si les BRIC ne peuvent pas sortir de la récession par l’exportation, l’extension du gouvernement est la principale alternative à l’effondrement subi par les autres gros exportateurs de capital que sont l’Allemagne et le Japon ».

Doit-on voir ici la description de ce qui pourrait être l’avenir économique du monde ? Des « blocs », relativement refermés sur eux-mêmes et autonomes, qui commercent de manière mesurée ?

The Economist, dont je tire cette étude (Not just straw men), se convertirait-il au protectionnisme après 150 ans de promotion de la globalisation ?

Catastrophe imminente

Lester R. Brown, qui est présenté comme ce qui se fait de mieux parmi les scientifiques, annonce la fin de la civilisation, amenée par une famine mondiale imminente.

La Somalie montre ce qui peut se passer : un état disparaît, surgit l’anarchie. Beaucoup d’autres sont prêts à basculer ; s’ils le font cela abattra un monde « globalisé » : drogues, épidémies, terrorisme, rupture du commerce mondial, guerres…

Les causes ? De plus en plus difficile de nourrir la planète. Les rendements plafonnent, et parfois régressent (en Chine), et transformer le blé en biocarburant n’est pas judicieux (un plein de 4×4 = de quoi nourrir une personne sur un an). Les nappes phréatiques sont épuisées (notamment en Inde et en Chine), et la terre arable connaît une érosion sans précédent (un tiers des surfaces serait concerné). Et ça chauffe de plus en plus.

Ce scénario revient régulièrement depuis Malthus, et, plus récemment, Forrester. Peut-il se réaliser cette fois-ci ? L’humanité sera-t-elle sauvée par la science, à nouveau ? La thèse de l’article est que, manifestement, elle s’essouffle ; cette fois-ci, il va falloir changer notre comportement, radicalement et brutalement.

Un temps pour innover ?

Martin Wolf dans Choices made in 2009 will shape the globe’s destiny (6 janvier, FT.com) semble vraiment très inquiet pour l’avenir des USA.

Je ne suis pas sûr de très bien comprendre son argument. Il semble dire que les USA sont partis pour relancer, par leur demande, l’économie mondiale. S’ils veulent remettre au travail leur population, il leur faudra une énorme quantité d’argent. Pire, ce sera le tonneau des Danaïde, si les pays émergents ne leur donnent pas un coup de main. Il parle des USA comme d’un pays ayant des « capacités de production de biens et services structurellement défectueuses ».

J’ai dit dans une série de billets que je croyais que les USA avaient détruit leur capacité de production ; que ça allait leur poser un problème : qu’échanger maintenant ?

La France serait-elle dans le même cas ? Après tout, elle aussi est « structurellement défectueuse ». Avons-nous donné à l’étranger nos secrets de fabrication au lieu de les pousser à développer les leurs ?

Si c’est le cas, personne n’a à y gagner. Imaginons que la Chine et l’Inde se mettent à produire les automobiles, centrales nucléaires, avions, aciers… mondiaux… Si nous ne produisons plus rien, il n’y aura pas d’échange et ils leur resteront sur les bras (ou ils devront se contenter de leur demande interne).

Si ce raisonnement est correct, nous devons acquérir de nouveaux savoir-faire, dont ils auront besoin bientôt, mais qu’ils n’ont pas encore perçus.

Compléments :

Inde : équilibre miraculeux ?

The Economist se félicite de la démocratie indienne (The democracy tax is rising / special report on India).

Mais il en donne une image effrayante. Une nuée de partis, des alliances qui semblent aller et venir (l’alliance gouvernementale est constituée de 13 partis). Sur 522 députés, 120 font l’objet de poursuites judiciaires, dont 40 accusés de crimes.

Ce qui semble compliquer les choses est ce que Norbert Elias appelait le « nous », le niveau ultime d’intégration. Les pays occidentaux ont un « nous » qui correspond à la nation. Le Liban est divisé en communautés. En Inde, le « nous » semble influencé par la caste. Or, non seulement il y a beaucoup de castes, mais la caste est une réalité locale.

Est-ce parce que l’Inde est une démocratie que The Economist lui trouve autant de qualités ? Ou est-ce vraiment l’attachement de l’Inde à la démocratie qui tient ensemble ses composants volatiles ?

Le système des castes en Inde : DUMONT, Louis, Homo hierarchicus, Gallimard, 1966.

De la pauvreté

Un extrait d’un billet de Carmen Schlosser Alléra (voir blog dans liste de blogs), au sujet de la conférence de Poznan :

L’envoyé spécial de l’Inde et chef de la délégation indienne à Poznan affirme que son pays n’est pas un émetteur important et que comme la Chine ne prendra pas d’engagements de réduction contraignants. Toute réduction d’émission menacerait la croissance et empêcherait de réduire la pauvreté énergétique de son pays, où 500 millions de personnes vivent dans le noir. En Inde, j’ai besoin de donner de la lumière à un demi-milliard de personnes. A l’Ouest, vous voulez conduire votre Mercedes aussi vite que vous le voulez. Nous avons des émissions de survie, les vôtres sont de confort, de style de vie. Elles ne peuvent être mises sur le même pied. J’essaye d’assurer de l’énergie pour des services commerciaux minimum, alors que vous n’êtes pas prêts à abandonner votre riche style de vie ni votre niveau de consommation. Ce même négociateur exprime sa surprise devant la facilité avec laquelle les fonds avaient été trouvés pour contenir la crise financière. Il ajoute que si en cas de crise sérieuse les gouvernements sont capables de trouver les ressources nécessaires de l’ordre de centaines de milliards de dollars, qu’en est-il des changements climatiques ?

En lisant ce texte, je me suis demandé ce que signifiait être pauvre.
Si être pauvre, c’est ne pas avoir l’électricité, le monde a été pauvre depuis toujours. Les rois les premiers. Et certaines parties de ma famille étaient très pauvres il y a encore quelques décennies. Est-ce qu’être pauvre c’est ne pas avoir ce qu’on les autres ? Et est-ce qu’il n’y a que cela dans la pauvreté de l’Inde. Que dire de la pollution (Malheureuse Inde), de son instabilité sociale ? N’est-ce pas une pauvreté en grande partie de fabrication récente ?
Aurait-on confondu progrès avec empilage de biens matériels ? Est-ce que ce progrès crée la pauvreté ?

Jean-Noël Cassan, passe beaucoup de temps au Pakistan. Il y voit des gens pauvres mais dignes. Il pense qu’ils sont heureux. Mes ancêtres étaient pauvres mais dignes, eux aussi. Et leurs descendants ont gardé un souvenir de paradis perdu.

Il est temps de réfléchir à ce que nous appelons progrès. J’ai le sentiment que nous avons le choix entre être esclave de l’économie, comme aujourd’hui, ou la mettre à notre service. Et cette seconde solution ne demande pas de retour à l’âge des cavernes, de communisme, ou de freinage de l’élan entrepreneurial. Juste une orientation correcte. C’est peut-être le sens du changement que nous vivons aujourd’hui.