Leçons de l’histoire

L’histoire comme retour en enfance ? 50 ans de vague libérale. Tout ce que l’on nous a raconté était faux, et on le savait.

Nous avons eu droit à la déréglementation façon Thatcher et Reagan, aux privatisations, au service public saisi par les syndicats (lutte des classes inversée), aux délocalisations massives (la jeune Chine et la vieille Europe, vous vous souvenez ?), à l’élimination des « corps intermédiaires », à Blair et l’immigration toute aussi massive (qui a tué l’innovation et l’industrie anglaise), sans compter les multiples guerres « démocratiques » : ce nouveau modèle de société marchait si bien que tout le monde devait en profiter ! (etc.)

Tout cela s’est retourné en partie contre ceux qui portaient ces idées. Mais ils en ont tout de même bien profité ? Th. Picketty n’avait-il pas raison de parler de nouvelle lutte des classes ? Seulement n’était-il pas de la classe de l’exploiteur (comme Marx, d’ailleurs) ?

Sanction des événements ? Comme en 45, de la crise sortira une nouvelle élite, forgée au combat ?

(Saint Simon avait-il raison de dénoncer le parasitisme de l’aristocratie ? Le parasitisme des élites est-il une fatalité ? De même que, pour le commercial, il est plus facile d’exploiter les siens en baissant les prix que de défendre leurs intérêts, au lieu de faire leur travail, nos élites sont allées au plus aisé ? Et en masquant leurs agissements par le discours de Kaa ?

En permettant au « politique » de saisir le pouvoir, la prospérité d’après guerre nous a été fatale ? De l’intérêt de se sentir en danger ? « Feeling of urgency » comme disent les gourous du changement ?)

Leçons du passé

Une des caractéristiques de notre temps aura été de vouloir réécrire l’histoire, en appliquant des normes morales modernes.

Il semble que l’humanité évolue comme grandit l’individu : elle ne fait qu’émerger d’une sorte de magma. Elle subit les événements. Bien sûr, avec le recul, tout paraît simple. Mais y a-t-il eu cercle avant que quelqu’un ait l’idée de le tracer ?

De même que les nobles étaient issus de brigands, il y a de bonnes chances que nos moralistes modernes doivent leur situation enviable aux vices de leurs ancêtres.

Accordons à ces derniers le droit à l’erreur ? Et aussi à nous-mêmes ? Au lieu de vouloir changer le passé, pourquoi ne pas apprendre de lui ?

Histoire du repos d’Alain Corbin

En lisant ce livre, je me suis demandé s’il était l’histoire du repos, ou celle du mot repos.

Car ce que l’on entend par « repos » a beaucoup évolué. Pour le Christianisme des origines, c’était le repos éternel. Le repos ne survenait qu’après la mort. Sur terre, le mieux que l’on puisse avoir, c’est la conscience en repos. Ce qui se nommait « quiétude ». Puis le repos est devenu retraite (Rousseau). Puis le repos est remède à la fatigue, puis loisir, et aujourd’hui détente, « ce qui revient à remplacer la fatigue par une tension, un mal-être, par exemple le burn-out ».

Signe des temps ? Notre mal s’écrit en anglais ?

Au secours Winston ?

How will the UK government pay for much-needed infrastructure upgrades?
High energy bills and a troubled water sector trigger debate about which private finance schemes provide value for taxpayers

Financial Times du 13 octobre

L’Angleterre est dans le même état que la France. Elle se réveille avec la gueule de bois d’années de gloire. Plus rien n’y fonctionne et pourtant elle est criblée de dettes. Elle n’a pas les moyens des réparations dont a besoin en urgence le pays.

Mais qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Pourtant la rhétorique de ses dirigeants fut magnifique. Comment, avec d’aussi indiscutables raisonnements, en arriver à une si pitoyable situation ?

Et si l’on se penchait sur notre passé ? Un peuple qui ignore son passé se condamne à le revivre, nous répète-t-on ces derniers temps. Décidément Winston Churchill avait le sens de la formule ! Faisons ce que nous disons ?

(Citation en VO : “Those that fail to learn from history are doomed to repeat it.” Winston Churchill.)

Cheveux

Nos cheveux valent de l’or ? C’est une question que me pose une émission de la BBC. (Gone today, hair tomorrow.)

Jadis, on échangeait des boucles de cheveux. Aujourd’hui, on spécule sur le cheveu de la vedette. D’ailleurs, à qui appartient-il ? A la vedette ou au coiffeur ?

A ce sujet, le coiffeur a peut-être une chance à exploiter, me dis-je. Il a intérêt à coiffer les vedettes, certes. Mais il y a mieux : nos cheveux contiennent notre ADN. Or beaucoup de monde, plus ou moins bien intentionné, désire acquérir le patrimoine génétique humain…

Une idée de diversification pour la Mafia ?

Fin de l’histoire

Ce qu’il y a de curieux avec l’histoire de l’homme moderne, c’est à quelle vitesse il se transforme. Pour les autres espèces on parle de centaines de millions d’années, pour nous, on compte en milliers.

Lorsque j’ai utilisé mon premier blog, j’ai commencé par changer plusieurs fois de format. Puis, plus rien. Et s’il en était de même de l’histoire de toutes les espèces ? Quelques milliers d’années pour trouver sa place, occuper sa niche, puis des millions de sommeil ?

Révolution précoce

Britain industrialised over a century earlier than history books claim
A wheelwright.
Millions of historical employment records show the British workforce turned sharply towards manufacturing jobs during the 1600s – suggesting the birth of the industrial age has much deeper roots, say Cambridge historians.

Article

L’Angleterre a été très tôt industrielle, mais sans machines. Par la suite, l’emploi des hommes et femmes est surtout caractérisé par ses fluctuations. Apparition d’activités de service, retour à l’agriculture de zones dont l’activité industrielle n’était plus concurrentielle, exploitation du charbon…

L’histoire n’est pas celle des livres d’histoire ? Elle n’est pas déterminisme, elle est aléa ?

Eternel Japon

J’ai appris (Carbone 14, de France Culture), que le Japon avait été peuplé par le nord, il y a environ 30.000 ans. On aurait pu, à l’époque, peut-être, y aller à pied sec du continent.

J’ai aussi appris que sa société s’était développée selon un mode différent de ce que l’on pensait jusque-là un parcours obligé.

Comme quoi, me semble-t-il, ce qui fait une société n’est pas un déterminisme historique, mais, plutôt, des conditions locales. En revanche, il semble qu’aux mêmes conditions, elle réponde, plus ou moins, de la même façon.

(Emission du 14 octobre.)

Le siège de Malte

1565. La flotte de Soliman le Magnifique assiège Malte et ses chevaliers hospitaliers. En cas de prise, les Ottomans contrôlent la Méditerranée. Mais il y a des divergences de vues entre leurs chefs. Et ils s’y prennent mal. Et finissent par lever le siège.

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette histoire, me semble-t-il, c’est l’évolution de la façon de la raconter. Jadis cela aurait été une victoire nette et définitive de l’Occident. Aujourd’hui on explique que pour Soliman, Malte n’était qu’une préoccupation mineure. Et que, pour diverses raisons, les chevaliers ont probablement quelque peu « dramatisé » l’événement.

Du nationalisme, les historiens sont passés au doute scientifique.

Peut-on espérer qu’il gagne nos élites gouvernementales et nos médias ?

(Venu, comme d’habitude, de In our time, de la BBC.)