Étiquette : Grèce
Changement, enfants, crise et systémique
Quand il y a changement de système, il y a rupture de continuité entre règles de vie. Pour vivre et agir dans le nouveau système, il faut adopter les méthodes de l’ethnologue. Il faut observer les natifs du système, et déduire de leur comportement leurs règles de vie, puis s’y conformer. Voilà peut-être les raisons de notre crise et sa solution. Notre système-monde a changé. Nous devons apprendre ses nouvelles règles. Mais nous nous acharnons à appliquer les anciennes.
Rêve en Chine et déprime ailleurs
Le nouveau gouvernement chinois parle de « rêve chinois ». Pas moyen de savoir ce qu’il sous entend par là. (Mais peut-être est-ce un reflet du « rêve américain » ? Celui de la Chine étant de redonner la place qu’elle mérite à sa culture, plutôt qu’une bagnole à chaque citoyen, comme aux USA.) Mme Merkel et M.Hollande ne s’aiment pas trop. Mais ça ne change rien, ils sont condamnés à s’entendre. L’Islande change de gouvernement. Ce n’est apparemment pas une question de programme. Juste un usage de crise. L’humeur de l’UE n’est plus à la rigueur. The Economist l’encourage à continuer son effort de libéralisation, cependant. Et la zone euro est de nouveau menacée. Ce coup-ci ce sont les banques espagnoles et italiennes qui ne prêtent pas à leurs PME. Scénario habituel : elles pourraient entraîner leurs pays et la zone euro dans leur chute. La Grèce, après avoir réduit de 20% son PIB, pourrait repartir. Mais son moral est si bas que l’on peut en douter (60% des jeunes sont au chômage). En France, M.Hollande se montre amical vis-à-vis de l’entrepreneur : baisse des taxes sur les plus-values de cession. L’Angleterre est soulagée : le gouvernement français demande des économies à son armée, mais ne renonce pas à son rôle mondial. D’autant qu’il faudra faire sans les USA. Et, effectivement, M.Obama n’intervient pas en Syrie, alors qu’il le devrait. (Curieusement, l’article n’envisage pas les conséquences d’une telle intervention.) D’ailleurs, la Syrie, facilement accessible, est devenue la destination préférée du tourisme terroriste, actuellement en plein boom. L’Angleterre est inquiète : que feront ceux de ses nationaux qui font la guerre en Syrie, lorsqu’ils reviendront à la maison ?
Les grands sophistes de Jacqueline de Romilly
Démocratie athénienne
Mossé, Claude, Histoire d’une démocratie : Athènes, Seuil, 1971. Finalement, la démocratie athénienne a été un feu de paille. A peine deux siècles. Et son histoire me semble ressembler à celle de l’Angleterre. (Une opinion discutable.)
Hannah Arendt ou la haine de l’humanité ?
C’est Alain Finkielkraut qui m’a fait lire Hannah Arendt (billet précédent). J’avais été frappé par une discussion qu’il a eue avec Michel Serres. Et, comme il ne peut pas faire une phrase sans citer Hannah Arendt, j’ai voulu connaître celle qui l’inspirait. Voici des questions que je me suis posées en lisant Hannah Arendt. (PS. Une analyse complémentaire montre que je suis hors sujet, à 180°. La raison d’une erreur aussi complète est une question extrêmement intéressante…)
L’Europe de la carpe et du lapin ?
Un article de The Economist sur l’Italie me fait penser que l’Europe du Nord et l’Europe du Sud obéissent à des principes opposés. Mon hypothèse du moment :
- Le régime italien semble proche du français et du grec, il est clientéliste. Le pays se nourrit de lui-même. Le système est équilibré par l’inflation et la dévaluation. Elles prennent d’une main ce qui a été cédé, aux intérêts locaux, de l’autre…
- Quant aux régimes du nord, ils paraissent plutôt pirates. Leurs habitants tendent à la solidarité et à être tournés vers l’extérieur. Ils gagnent plus qu’ils ne dépensent. Dans un système basé sur l’échange, c’est instable.
- L’euro semble mieux adapté aux pirates qu’aux clientélistes, qui se sont fait piéger. En outre, la dernière décennie a probablement vu le sud s’engager dans une bulle spéculative, qui a alimenté la vertueuse économie du nord.
Contre histoire de la philosophie grecque
Je me demandais quelle était l’opinion des anciens Grecs sur le changement. Mais, en lisant, l’Histoire de la pensée de Lucien Jerphagnon, l’envie de raconter l’histoire suivante m’est venue. Attention : elle n’a rien de scientifique et va à l’exact envers du message de l’auteur : la pensée grecque doit être replacée dans sa culture.
Les philosophes modernes ont-ils innové ? Les philosophes grecs me semblent avoir tout dit. La philosophie grecque n’est-elle pas une sorte de Bible, d’ailleurs ? Les fondements écrits d’une forme de religion ? Celle de la raison ?
2013, crises, cycles et modèles
Quelques idées reviennent régulièrement depuis le début de ce blog. Tout d’abord, c’est un blog de crise. Et la crise est un changement subi qui demande un « dégel » douloureux de nos certitudes. Ensuite, que le monde passe régulièrement du Yang au Yin, et inversement. Autrement dit après une phase macho et libérale, la société et ses valeurs reviennent en force. Enfin, que j’ai toujours tort. Petit à petit ce blog en arrive à des modélisations simples de l’évolution des choses.
- Notre cycle libéral ressemble à celui qu’a connu le 19ème siècle. Un afflux de main d’œuvre permet à certains une accumulation de capital. Ce capital concentré permet d’innover. Jusqu’à ce que le déséquilibre d’accumulation provoque une crise (un demi-siècle de guerres, la dernière fois). D’où replâtrage = systèmes de solidarité. Le plus amusant, peut-être, est de voir apparaître régulièrement les mêmes idées. Comme au 19ème, nous découvrons que ce qui nous semblait simple bon sens était manipulation, qui voulait donner une preuve « scientifique » de ce que le riche devait être riche. Pour connaître la réussite littéraire, il suffit de dépoussiérer les succès de la fin du 19ème.
- Le modèle anglo-saxon pourrait être celui de la piraterie. Un groupe d’hommes se met d’accord, par un contrat plus ou moins explicite, pour exploiter un filon. Organisation naturellement démocratique. Une fois le filon mis à jour, il peut-être exploité par un monopole bureaucratique. D’où une dialectique adhocracie (pirate) / monopole, bien connue des livres de management. Ce dispositif conduirait, comme en Grèce, à deux classes : hommes libres (philosophes) / esclaves.
- Le modèle naturel de la France, serait-ce la République ? L’économie sociale ? La République n’a rien à voir avec la démocratie, qui est une assemblée libertaire refusant l’existence même de la société. La République, au contraire, est dirigée par l’intérêt général. C’est un dispositif qui permet à des individus égaux de vivre libres. Notre histoire depuis les Lumières pourrait être le changement que réclame ce modèle. C’est-à-dire une répartition égalitaire de lacapacité de penser. Le changement aura réussi, lorsque les institutions de la 3èmeRépublique pourront fonctionner, sans instabilités. Et que l’on pourra jeter le despotisme éclairé de la 5ème.
- N’est-ce pas la capacité de fascination que suscitent ces modèles qui leur fournit leur énergie ? L’esclave anglo-saxon veut devenir maître, et ses efforts démesurés font fonctionner la société, et permettent l’oisiveté de la classe dominante. (Cf. l’histoire de la City.) De même, en France, c’est le provincial (avant guerre) et l’immigré qui veulent s’intégrer à l’élite nationale qui donnent à celle-ci les moyens de ses désirs. Mais, un modèle social qui repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme est-il durable ?
- Un modèle qui pourrait expliquer tous les autres… La vie serait le triomphe de la complexité sur la concurrence parfaite, qui ne laisse émerger que des clones identiques. Cette complexité serait forcée à l’innovation par l’attaque de parasites simplistes (virus notamment). Retour au Yin et au Yang ? A la lutte éternelle entre la société, raffinée et sophistiquée, et l’individualisme, à intellect restreint ?
Sauvetage à la grecque
La Grèce ne peut pas payer ses dettes. Mais l’Europe veut qu’elle le fasse. Alors elle en modifie les termes, ce qui les allège de 20% du PIB grec (au nez et à la barbe du contribuable européen ?), et repousse de possibles nouvelles difficultés au-delà des élections allemandes. L’art du politique est l’impossible. Max Weber aurait parlé d’éthique de la responsabilité.
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| Le Grec a-t-il jamais eu les moyens de ses ambitions ? |



