L’euro, raison de la crise de sa zone ?

C’est la dépendance aux capitaux étrangers qui explique la crise de la zone euro. Les pays attaqués (de la Grèce à la France) le sont en fonction directe du niveau de cette dépendance. Voici ce que disent Origins of the Euro Crisis – NYTimes.com et surtout The Street Light: What Really Caused the Eurozone Crisis? (Part 1).

En conséquence, leurs difficultés ne viendraient pas d’une mauvaise gestion, comme l’affirment les nordiques. Au contraire, en fait.

Le mécanisme serait le suivant : la création de l’euro a attiré une masse de capitaux vers les pays de la périphérie. Ceux-ci, vertueusement et contrairement aux rumeurs nordiques, les auraient utilisés pour investir.

Comme toujours dans ce cas (mais pourquoi s’en rend-on compte seulement maintenant ?), le flux de capitaux connaît un arrêt brutal. Le pays qui est devenu dépendant est dans le lac.

La création de l’euro portait en germe la crise actuelle.

Compléments :
  • C’est exactement le scénario de la crise asiatique de 97. (KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.)
  • Crise mal gérée pour cause d’idées préconçues ? à force de dire que l’Europe du sud est paresseuse, on a pensé qu’il fallait la punir ?
  • Mais n’y a-t-il pas quand même eu un peu de spéculation, notamment en Grèce ? Et n’est-ce pas, tout de même, ce qui plombe les Banques françaises, et la France ?

M.Fillon augmente l’âge de la retraite

J’entends M.Fillon parler d’aligner l’âge de la retraite française sur l’allemande (bientôt 67 ans). 2 questions :
  • Pourquoi nous dit-on que la Grèce va bien alors qu’elle va mal, mais, en même temps, brutalise-t-on un votant qui tremble déjà pour son poste, et qui va devoir le défendre 5 ans de plus ? Tentative pour susciter une réaction de gauche qui affolerait les marchés ?
  • Y a-t-il un projet d’alignement sur l’Allemagne ? Imaginons que la situation de l’État doive se charger des dettes des banques, nous annoncera-t-il qu’il est devenu trop gros et qu’il va lui falloir subir une réforme à la grecque ? (Ou encore à l’Anglaise.)
Compléments :
  • Réponses de gauche, plus subtiles que je ne le dis ?

Banques françaises

Point sur quelques billets précédents :

  • Les banques françaises souffrent du même problème que les banques américaines et irlandaises : elles ont prêté à des insolvables.
  • Le nœud de la question est toujours le même : elles sont « trop grosses pour faire faillite ». L’État doit venir à leur secours. Mais s’il le fait, son endettement va croître de manière notable.
Questions :
  • La France peut-elle passer de l’illiquidité à l’insolvabilité ? (Causes de la crise de l’euro)
  • Est-il une bonne idée, comme le pense The Economist, de mettre la Grèce en faillite ? Syndrome Lehman Brothers ? N’est-il pas mieux de ne le faire que plus tard, lorsque des mesures préventives auront été prises ? 
  • Ne faudrait-il pas réformer notre système bancaire, de façon à ce que les activités bancaires à risque puissent faire faillite sans entraîner avec elles toute l’économie, à l’image de ce que font les Anglais ? (To rip asunder)
Compléments :

5000 milliards de $

Les banques américaines vont distribuer 5000md$ à leurs employés dans les dix prochaines années. Voilà un montant qui ridiculise celui de la dette des USA.

Ces sommes seraient tirées des garanties qu’elles n’ont pas constituées pour se protéger des risques. Ce qui force le gouvernement à les soutenir, d’où cercle vertueux. (The Great Bank Robbery)
Autrement dit, elles le parasitent.
Qu’aurait-on dit s’il s’était agi de la Grèce ?
Compléments :
  • Les auteurs du billet se demandent pourquoi le marché n’élimine pas ce scandale. Et si la réponse était que, à leur manière, ces banques sont redoutablement efficaces ? 

Que reproche-ton à nos banques ?

On reproche à nos banques de ne pas être « mark to market ». Leurs comptes ne reflètent pas la valeur de bourse de la dette grecque. Du coup, les réserves qu’elles possèdent pour parer à une crise sont insuffisantes.

Pourquoi les actifs d’une société devraient-ils avoir la valeur que leur donne le marché, alors qu’ils pourraient en avoir une autre lorsqu’on les vend ? Il faut, donc, peut-être, manier cette idée avec prudence. À moins d’être convaincu de la rationalité des marchés ?

Et l’argument sur le niveau de garantie est douteux : face à la crise que semblent prévoir les marchés, les niveaux de garantie jugés sûrs seraient insuffisants, probablement. En effet, ils étaient beaucoup plus élevés à l’époque où les banques devaient se défendre seules.

En fait, on reproche à nos banques d’avoir des comptes opaques, mais surtout de dépendre de la bonne volonté des gouvernements à transformer l’Europe en une fédération. Or, depuis des mois les journaux économiques anglo-saxons dénoncent les atermoiements des politiques de tout poil. Sans comprendre que ce qui se joue en Grèce, par exemple, est un cataclysme social, et que cela ne peut pas réussir par miracle.
Les marchés, qui ne connaissent que l’action immédiate, sont affolés par l’incertitude ? Et quant ils ont peur, ils vacillent ?

Compléments :

The Western illusion of human nature, Marshall Sahlins

« La civilisation occidentale a été construite sur une idée perverse et erronée de la nature humaine ». Sahlins, Marshall, The Western illusion of human nature, Prickly paradign press, 2008.
Les Grecs d’il y a 25 siècles décrivaient leurs maux de la même façon que nous le ferions aujourd’hui. Le néoconservatisme, par exemple, y avait un autre nom, mais les mêmes effets. L’histoire est un éternel recommencement. 
Tout cela tient à une hypothèse inconsciente. Poussé par ses instincts, l’homme fait le mal. Il faut le contrôler par la culture (la loi et la morale).
De ce fait, notre histoire a été une oscillation entre deux tendances, bougeant en réaction l’une avec l’autre. 
La première, que l’on trouve chez Platon (ou dans les monarchies, plus récemment chez les néoconservateurs et dans notre haute administration), veut que le bien soit imposé au peuple par une élite bien née et correctement formée. La seconde estime que c’est l’équilibre de forces égales qui produit le bien (cf. la main invisible d’Adam Smith ou les théories de Rousseau).
Les deux peuvent coexister, d’ailleurs : l’élite égalitaire anglaise ou grecque, en concurrence parfaite, gouverne une masse à l’instinct bas.
En fait, cette hypothèse est fausse. La science constate que la culture a précédé (de millions d’années ?) l’homo sapiens, qui, par ailleurs, a un cerveau fait pour gérer une sorte d’écosystème extrêmement complexe (« le cerveau humain est un organe social »).
Et elle ne correspond à rien de ce que pensent les autres cultures. Elles estiment que « l’essence humaine existe dans et en tant que relation sociale », et, même, que l’humain est à l’origine de tout, autrement dit que l’animal descend de l’homme, ou est une forme d’homme. 

Énergie renouvelable et Chine

L’Allemagne a parié sur l’énergie renouvelable, mais la Chine pourrait tuer ses grandes espérances.  (FT : China set to challenge global wind industry).

La Chine couvre son territoire d’éoliennes. Or, son réseau électrique n’étant pas à la hauteur de la tâche, ses constructeurs doivent chercher des débouchés extérieurs. Et pour cela ils ont une arme absolue : les facilités de financement proposées par leurs banques… (L’Allemagne est battue au jeu dont elle est le grand théoricien : le protectionnisme ?)

L’Europe est le marché cible. Premières victoires chinoises : la Grèce et l’Irlande.

L’Allemagne va-t-elle redécouvrir, avec l’humilité, les mérites de la pauvre Europe (billet précédent) ?

L’Allemagne réinvente l’Europe ?

On nous dit que la Grèce est un régime corrompu et pourri, qui ne mérite pas d’appartenir à l’Europe.

Et l’Allemagne de l’Est ? Elle ne semble pas avoir apporté autre chose que des tourments à l’Allemagne et pourtant personne n’en parle.

D’ailleurs, cette problématique culturelle est-elle nouvelle ? Non. Mais lors de l’adhésion de la Grèce, le reste de l’Europe pensait qu’il y avait beaucoup à gagner à étendre le périmètre européen. Seulement, il n’a pas fait le travail nécessaire pour cela.

Si les pays du nord de l’Europe trouvent que le monde émergent est moins amical qu’ils ne le croyaient (billet suivant), ils pourraient redécouvrir les vertus de ces marchés peu concurrentiels, qu’ils dominent si aisément. D’ailleurs l’Allemagne semble avoir mis la main sur les réformes grecques…

Compléments :

Pourquoi nos banques souffrent-elles ?

La banque vit de prêts à très court terme. Leurs conditions sont de plus en plus dures pour les banques européennes. Ce qui pourrait les amener à ne plus prêter et notre économie à caler.

Le problème vient, en partie ?, de ce que « Les fonds américains retirent prudemment leur argent d’Europe ». Leurs clients ont peur, et ils ne font pas de différence entre Grèce, Italie, France… (Chest pains) – vous savez tous ces paresseux du sud de l’Europe…
Ce qui me rappelle la crise asiatique de 97. Là aussi la finance internationale n’a pas réussi à faire la différence entre les pays de la région. Ils ont connu une crise uniforme, à l’exception de la très rassurante Australie.
Voilà ce qui arrive lorsqu’on laisse complaisamment sa réputation traînée dans la boue, et que l’on va jusqu’à se réjouir des malheurs de voisins, qui vous ressemblent comme des frères ?
Dans ces conditions l’Angleterre et l’Amérique font bien de sévir sauvagement contre tout ce qui peut nuire à leur réputation, médias sociaux d’un côté et agence de notation de l’autre ?
Compléments :