Sam Bankman-Fried

BBC4 consacre un reportage à Sam Bankman-Fried, jeune auteur du dernier scandale financier en date.

Bienvenue chez les apprentis sorciers ? Voyage chez « l’élite » mondiale. Petit groupe de gens qui élèvent leurs enfants dans un cocon, en leur disant qu’ils sont des génies. Ce qu’ils croient puisqu’ils vont dans les meilleures universités, qui leur sont réservées. Des enfants qui restent en enfance, qui vivent en vase clos, s’habillent comme des enfants, ne savent pas manger, et dont le travail est un jeu électronique. Car le financier utilise le même type de talent que celui du joueur électronique. On le prétend mathématicien, mais, contrairement au mathématicien, il ne démontre rien, il fait des « choses » qui paraissent très compliquées au reste de la population. Seulement, elles ne le paraissent pas tant que cela aux « pirates » et à la nature…

Le plus surprenant est que ces génies veulent faire le bien. Pour cela, ils utilisent la finance des cryptomonnaies. Car c’est une finance, numérique, qui n’est pas réglementée, et qui permet de gagner, quasiment du jour au lendemain, des dizaines de milliards, voire beaucoup plus. Et quel est le bien selon eux ? Ce n’est pas arrêter les guerres ou mettre un terme à la pauvreté, c’est éliminer la menace de l’intelligence artificielle ! Des possédés, M. Dostoïevsky ?

Greed and fear

Les banques centrales augmentent leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Les obligations perdent leur valeur. SVB s’effondre, Crédit Suisse a des difficultés. Les marchés financiers prennent peur. Mais l’Etat intervient. Ils se calment.

Jamais on a eu autant d’Etat ! Après deux ans d’épidémies où il a maintenu la population chez elle, et l’entreprise en respiration artificielle, il vient désormais au secours des libertaires de la silicon valley. (Comment s’étonner que l’on soit choqué de devoir travailler jusqu’à 64 ans ?)

Que feraient le « marché », aux thèses si libérales, sans l’Etat ? Greed and fear disent les Anglo-saxons. Le financier serait-il resté en enfance ? Il joue les matamores lorsqu’il se croit en sécurité, mais appelle bien vite sa maman dès qu’il aperçoit une ombre ?

Comment gagner des millions ?

Newspace. Une idée d’Elon Musk semble-t-il. Il faut mettre des tas de satellites en orbite. Les lanceurs traditionnels sont obsolètes. Au secours la start-up ! On va désormais lancer des fusées de partout sur la planète, peut-être même d’un jardin proche du vôtre. Et même d’avions.

Est-ce très écologique toute cette consommation d’énergie, et tous ces déchets spatiaux ?

En tous cas, c’est un des secteurs qui captent actuellement le plus d’argent.

La recette de la fortune ? Trouvez le mot qui fait rêver. Intelligence artificielle, new space, Xtech… Elon Musk est le Jules Verne de notre temps ? Et le financier, le dernier des poètes ?

Heureux effets du Brexit

L’Angleterre a trouvé un moyen de stimuler sa croissance : assouplir la législation bancaire résultant de la crise de 2008… Vive le Brexit, disaient des financiers au micro de la BBC.

Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? D’ailleurs, pourquoi ne pas abolir les « droits de l’homme », ils nous coûtent cher ?

On dit que la contrainte stimule l’innovation. Seulement, pour cela, il faut pouvoir disposer d’un cerveau en état de marche ?

Finance systémique

L’Angleterre vacille, Crédit Suisse et Deutsche Bank sont en difficulté, alors que ce sont des banques systémiques. Les assurances vies, et les fonds de pension sont en difficulté. Risque d’une crise financière ? (Article.)

Oui pour les fonds de pension (les assurances vies ne feront que des dommages à leurs adhérents), non pour les banques. La précédente crise systématique a renforcé leur système d’auto contrôle. (Une leçon ?)

En revanche, le danger vient, ce n’est pas une surprise, en France, de l’endettement de l’Etat et des entreprises.

« Dans le cas de la France, le risque financier est donc plutôt celui d’une faiblesse persistante de la croissance que d’une crise systémique, les banques françaises étant bien capitalisées. »

Et si l'on se passait de l'Etat ?

J’ai non seulement toujours tort, mais je suis aussi hautement influençable. 

Je travaille sur le financement de l’innovation. L’Etat fait beaucoup de chose pour l’aider, malheureusement on me dit, et je constate, que l’aide ne va « qu’au plus visible ». On me parle aussi de ce qui se fait en Allemagne, en Suisse et ailleurs : les banques locales y ont un rôle critique. Elles sont au coeur des tissus économiques des territoires. Non seulement, elles investissent vite et bien, mais, surtout, elles ont une compétence technique, qui leur donne les moyens d’assister le dirigeant, de le pousser à donner son meilleur. 

Comment adapter ces modèles à notre pays, me dis-je ? Jusqu’à ce que je m’intéresse à la Vendée, et que l’on me parle d’entrepreneurs de zones d’activité, qui détectent, par le bouche à oreille, des projets prometteurs et les font profiter de « financement participatif ». Or, c’est bien plus malin que le système étatique ou l’allemand. Non seulement l’entrepreneur lève de l’argent, mais il trouve beaucoup plus important : l’expérience de « pairs ». Et ceux-ci peuvent faire fructifier leurs ressources. En outre, c’est la réinvention des « noyaux durs » de M.Balladur : ce type d’entreprise est très difficile à saisir par le court-termisme du marché. 

(Quant à l’Etat, il conserve un rôle important, même en Vendée : il construit des routes.)

La bulle spéculative pour les nuls

La plupart des entreprises travaillent très dur et tirent le diable par la queue. D’autres ne produisent rien et valent cent milliards ou plus. La différence, c’est la spéculation. 

Pourquoi, chaque entreprise ne chercherait-elle pas à en tirer partie ? Pourquoi pas une chaire de spéculation à HEC, par exemple ? 

Les mécanismes spéculatifs ont fait l’objet de travaux d’économistes très sérieux, et sont forts complexes. Quoi qu’ils soient tout à fait rationnels. 

La technique de la bulle spéculative consiste à faire penser que, même si un bien ne vaut rien, il y a un consensus social selon lequel il y a de l’argent à gagner en pariant sur lui, lorsqu’il est à la hausse, et en se dégageant, avec célérité, lorsqu’il est à la baisse. Et il y a des leaders d’opinion, tels que Goldman Sachs en 29, pour montrer la voie. 

Il y a le degré zéro de la spéculation, la bulle spéculative évidente, telle que la voiture électrique, ou le moteur à hydrogène, il y a aussi l’art, le grand art. Et il consiste à prendre une activité totalement ringarde, les taxis ou les entrepôts, par exemple, pour en faire un nouvel eldorado, Uber ou Amazon. La sidération produit la spéculation. Les investisseurs de la Silicon Valley, qui avaient compris la valeur de start up de B.Obama, disaient que la bonne start up est un discours nouveau sur un sujet ancien. Mais ce n’est pas un art de brute. Il est tout en subtilités. The Economist, par exemple, a cru à la disruption de la prostitution. Flop. 

Ce n’est qu’un début. Tout le succès est dans la communication. Un travail de pro, d’Américain. Comme l’écrivait le professeur Trivers, un psychologue, ce qui fait le succès de l’escroc, c’est qu’il croit à ce qu’il dit.

Chief Speculation Officer

Un fabricant de voitures électriques qui ne vend rien a une valeur boursière qui dépasse celle des plus grands constructeurs. De l’irrationalité humaine et de la spéculation ? 

Et pourquoi les entreprises traditionnelles ne profiteraient-elles pas de ce phénomène ? Qui peut le plus peut le moins ? Après, la créativité comptable et les Chiefs Revenue Officers, le Chief Spéculation Officer ?

(FT annonçait : Rivian, the electric vehicle maker that has yet to record any meaningful revenue, surged on its Nasdaq debut, with an opening market value of more than $100bn, greater than Ford and General Motors.)

Corde et capitaliste

Nous allons être sauvés par Poutine ! Les bourses s’enflamment. 

(FT, hier : « Equities climb as investors bet that Russia will help Europe avoid energy crisis. European and UK gas prices fell in early trading after a chaotic Wednesday that saw UK futures contracts climb almost 40 per cent before Russian president Vladimir Putin said his country was prepared to stabilise the market.« )

M.Poutine a profité de la pénurie d’énergie, pour réduire notre approvisionnement. Maintenant, il nous dit : construisez le pipe line dont vous ne voulez pas, et je vous sauve. 

Grosses ficelles, première leçon du jeu d’échec pour les nuls, mais ça marche. Car le financier est un animal. « Greed and fear », dit-on dans son langage. Et dire qu’il veut gouverner le monde… 

Financement local

Et si l’on finançait localement l’économie locale ? C’est le combat de Territoires et financements innovants. Idée qui mériterait d’être étudiée ?

En effet, c’est une des forces de l’Allemagne. Les banques régionales sont des investisseurs patients, de long terme, pour les entreprises régionales. En cas de difficultés, on peut compter sur elles. Voilà qui est bénéfique pour l’économie locale, et donc nationale. 

En outre la solution alternative, le capital risque, est extraordinairement dangereuse. En effet, il demande des taux de rentabilité invraisemblables, à relativement court terme (par exemple un doublement de la valeur de l’entreprise à 5 ans). Ce qui conduit, comme le note Michael Porter, à de la « cavalerie ». C’est fatal à l’entreprise, et au petit porteur. 

Seulement, ce n’est pas simple à mettre en oeuvre. Il faut un véhicule, et aussi un état d’esprit. Si l’on croit ce que l’on entend, les banques allemandes, contrairement, par exemple, à l’Etat français, sont de bons (de réels) investisseurs : elles ne sont pas passives. 

(On dit d’ailleurs la même chose des syndicats allemands, qui se comportent comme des investisseurs, et non des défenseurs de droits acquis.)