Massacre

La même histoire, une nouvelle fois. Une carrière passée à redresser des entreprises d’un groupe industriel, la plupart du temps à l’étranger. Des succès remarquables. Je suis admiratif. Et tout ceci se termine par un licenciement : il n’y a plus de place pour vous ! Et cela dit par une entreprise que je connais bien, pour laquelle j’ai travaillé et qui m’avait fait grande impression !

Comment ne pas voir la valeur de telles personnes me demandé-je ? Des usines à redresser, il y en aura toujours ! Sans compter qu’elles ne font d’ombre à personne.

Mais peut-être que l’entreprise « financiarisée » moderne obéit à une autre logique ? Tout n’est que politique ? On ne comprend plus rien au « métier » ? Et, partant, à la finance ?

Temps modernes

Un ami me disait s’inquiéter pour l’avenir de ses enfants. Ils devaient passer dix entretiens pour obtenir un CDD de 3 mois et être payés le SMIC, pour un travail de technicien, alors qu’ils avaient un Master. Que les choses ont changé depuis notre temps !

J’ai fait un rapprochement avec un billet précédent.

J’avais été surpris, au début des années 90, d’entendre mes professeurs de MBA affirmer, sans preuve à l’appui, qu’il fallait vider les entreprises de leur argent pour le donner au marché, qui l’allouerait parfaitement comme chacun savait. Le billet précédent semble dire qu’un mécanisme d’essorage a aspiré les ressources de la nation pour les donner à une minorité « bien placée ». Comme souvent ses effets dépassent l’entendement ordinaire : qui aurait pu penser qu’il puisse inverser le fonctionnement des banques centrales ?

Ne faut-il pas y voir le principe de la fameuse « supply chain » ? La société s’est organisée en « supply chain », la plupart d’entre-nous sont au bas de l’échelle, ils sont des ressources ; d’autres sont des courroies de transmission ; les derniers récoltent l’argent qu’elle produit ? Toute la logique du dispositif est d’en extraire le maximum ?

Mystérieux phénomène « d’aliénation » à la La Boétie ?

Optimisation

Lorsque des concurrents utilisent des algorithmes pour fixer le prix de leurs produits, ces algorithmes finissent par s’entendre, pour essorer le client.

Ce qui n’est pas surprenant. Non seulement c’est un résultat ancien, mais il semble évident que la collusion permet de maximiser le bénéfice individuel. C’est pour cela qu’on la combat.

Reste à savoir comment éviter ce type de désagrément…

Hold up ?

Attention : théorie du complot !

Au temps de la bulle Internet et de la nouvelle économie, les universitaires américains et mes professeurs de MBA expliquaient que le marché financier était parfait et qu’il fallait vider les entreprises de leur argent et le lui donner. D’où plans de licenciement massifs et élimination de pans entiers de leur activité.

Or, quand on l’observe de près, le « marché » est constitué d’un petit nombre de membres des meilleures familles. Ils sont à la tête des grandes entreprises, des fonds d’investissement, et des cabinets de conseil. J’ai donc fini par penser que la théorie du marché était une forme de hold up.

Récemment, j’ai étendu ma théorie à la start-up. Car, depuis quelques années, il est question « d’open innovation ». L’entreprise ne crée plus, dit-on. L’innovation vient de la start-up. La grande entreprise achète celle qui a réussi. Seulement, on a découvert que la start-up avait besoin d’argent. Alors notre gouvernement lui a donné le produit de l’impôt, très généreusement. Il finance donc la recherche des grandes entreprises, qui en fait l’économie.

Bref, l’Occident ne serait-il pas aux prises avec un phénomène qui vide les poches du peuple, jugé paresseux et obsolète, pour enrichir une « élite » auto-proclamée ?

(En fait, lorsque l’on appartient aux meilleures familles, on n’a pas besoin de toucher à l’entreprise pour être riche. Si vous êtes un universitaire ou un homme politique dans l’air du temps, en entrant dans le circuit des conférences américaines, vous devenez rapidement multimillionnaire. Libre à vous, si vous désirez des milliards, de monter une start-up.)

La Bourse ou la vie

Le Financial Times (31 octobre) : « Samsung falls short of expectations as chipmaker fails to reap AI benefits ».

Lorsque j’ai commencé à lire la presse américaine, j’ai découvert le terme « mode de management ». En fait je pensais que c’était un effet Panurge. C’est plus fort que cela : lorsqu’un mot est à la mode toute la société fait pression sur l’entreprise, par le biais de la bourse, pour qu’elle le mette à son catalogue.

l’individualisme forcené produit d’étranges effets de masse.

Rigueur anglaise

Depuis qu’ils ont pris le pouvoir, les travaillistes anglais annoncent que le déficit des comptes publics est bien supérieur à ce qui était dit jusque-là. Les conservateurs leur répondent qu’ils cherchent une excuse pour augmenter les impôts.

Pour ma part, je me demande s’il n’y a pas une troisième hypothèse possible. Les gouvernements travaillistes ont la réputation d’être généreux avec l’argent public. Le discours actuel ne serait-il pas un signal envoyé à leurs supporters ?

Ce qu’il y a de curieux est que cette question, du déficit public, ne paraît pas préoccuper notre pays, alors qu’il ne semble rien avoir à envier au Royaume uni.

Ministère de l’économie

Les agences de notation contraignent la France à faire des économies. De la souveraineté ?

Selon la Tribune (Tribune de la semaine du 25 février), le Ministre des finances envisage quelques mesures habiles, susceptibles de ne pas être comprises par le peuple : conservation des impôts de production, désindexation des retraites, transfert des dépenses de la sécurité sociale sur les mutuelles (impôt masqué), réduction de la prise en charge du chômage, et prélèvement sur le programme France 2030. Idée inusable : frapper les investissements.

D’autres idées ? Une étude chiffre le coût de la complexité administrative à 3,94% du PIB (article.) En la ramenant au niveau des autres nations (quasi nul), on gagnerait environ 100Md€ par an.

Cette étude est-elle bien sérieuse ? En tous cas, il y a de quoi s’interroger sur les constantes du comportement de nos gouvernements depuis l’ancien régime : incurie et lâcheté ?

Warren Buffett

Un Christophe Faurie milliardaire ressemblerait probablement à Warren Buffett, ai-je pensé. Il n’est pas intéressé par l’argent, mais seulement par son métier. La valeur de son fonds, qui aurait augmenté de 20% en moyenne par an, ne fait que refléter la qualité de son travail. Et Warren Buffett est dans sa 94ème année…

Sa méthode ? Ne jamais vendre et ne pas distribuer de dividendes. Car cela signifie payer des impôts. Et investir dans ce que l’on aime, et que l’on consomme. La marque est une garantie. Et acheter lorsque tout le monde perd de vue la valeur réelle de l’affaire (ce qu’il a fait lors de deux crises mondiales). Peut-être aussi un mélange habile d’investissements. Il possède, notamment, une assurance. Or l’assurance produit beaucoup de « cash ». « Cash » qu’il faut placer en attendant que l’on en ait besoin pour dédommager un assuré. Et qui lui permet d’investir.

C’est l’anti spéculateur. Peut-être son exemple est-il la preuve que les marchés financiers ont un minimum de rationalité ? Warren Buffett, prix Nobel ?

(Renseignements venus de Good, Bad Billionaires de la BBC.Sinon, une vie calme consacrée à son métier, avec pour seule originalité un ménage à trois voulu par sa première épouse, qui avait besoin de temps pour s’occuper de sa propre carrière. )

Crypto des bois

J’écoutais parler des mésaventures de Sam Bankman-Fried. Il devrait écoper de 110 ans de prison, dit-on.

Fin de récréation pour « l’élite » ?

Ce qui me frappe est qu’on le traite comme d’un criminel ordinaire, alors qu’il semble avoir utilisé au moins 8 milliards de l’argent de ses clients pour « faire le bien ». Il menait grand train, certes, mais c’était probablement ce à quoi il avait été habitué.

Il aurait mérité qu’on aborde son cas comme celui d’un crime passionnel ! L’avocat américain, si riche, aurait-il perdu tout talent ?

C’était un Robin des bois moderne ?

L’argent du numérique

Les affaires de Microsoft, Google et Facebook vont bien, entends-je dire. Microsoft gagne de l’argent avec le cloud, les deux autres avec la publicité.

Le cloud, ça va, mais la publicité inquiète les marchés financiers, dit-on aussi. Car la publicité, ce n’est pas l’avenir. L’avenir c’est la technique. L’intelligence artificielle, en particulier.

Et si le marché se trompait ? Et si ce qui comptait, pour une entreprise, était de gagner de l’argent ?