L’Etat à l’eau

Rapport de la Cour des comptes. Il parle de la « différence entre les logiques administratives (régions, départements) et hydrographique (bassins versants ou sous-bassins versants) », ayant pour résultat que « 56 % des masses d’eau de surface et 33 % des masses d’eau souterraines ne sont pas en bon état au sens de la directive communautaire sur l’eau ».

Paradoxe d’un Etat surpuissant ? Il a cru qu’il commandait aux éléments ? D’où un délire de directives politiques créant un « mille feuille » d’organismes qui ne sont plus responsables de rien ? Ce qui lui a fait perdre de vue l’intérêt général, la bonne administration de l’eau ?

Cas particulier d’un problème général ? Comment amener l’Etat à prendre à nouveau conscience de ce que doit être son rôle ? De sa Responsabilité Sociale ?

Réforme de l’Etat

L’Etat « post libéral » est dans une situation dramatique. Comment le remettre en marche ? Comment, aussi, éviter que ce ne soit par une simple réparation, qui consolide les avantages acquis ? Un Etat à la « Mad Max » ?

Problème insoluble ? Car, ne risque-t-on pas d’être victime de « l’idéalisme » qui a produit ce désastre ?

Depuis quelques-temps, j’observe la question de l’entreprise « à mission ».

Au début, le sujet m’a déplu. En effet, c’est une réinvention de l’eau froide. Tout cours de stratégie parle de la mission de l’entreprise. Et vous dit comment l’identifier. Seulement, c’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Et, cette fois, il y a peut-être un espoir que l’exercice soit bien fait.

Tout commence par une interrogation sur sa responsabilité et ce qu’attendent de l’organisation ses « parties prenantes », qui peuvent être la nature, ou les générations futures. Si l’exercice est réussi, on « dilue » les lobbys qui ont pris le pouvoir sur l’appareil, et l’ont orienté dans le sens de leur intérêt mal compris. Cela produit une sorte de « nuit du 4 aout ». Tout l’art, ensuite, est de transformer ces tables de la loi en actions qui les respectent. Si on a la rigueur intellectuelle nécessaire, on découvre alors que le génie résulte de la contrainte.

Et si l’on faisait de l’Education nationale, de la SNCF, du secteur de la santé… des « entreprises à mission » ?

Etat et vertu

Où est passé le « grand commis » de l’Etat français ?

Il était le fruit de l’école républicaine. Son élite. Il avait conscience de faire un sacrifice à la nation. Avec ses compétences, que le monde nous enviait, il aurait pu avoir une bien meilleure place, entendait-on. Lors des guerres, il allait, même, en première ligne, comme n’importe quel Français. (Et il s’y faisait tuer.)

Ce sacrifice était un sujet de satisfaction. Et, il était flatté d’appartenir à un corps d’élite. Ce qui, d’ailleurs, ne lui permettait aucun laisser aller intellectuel.

Cette élite mettait son talent au service de la nation, sans compter. Sa vie était un sacerdoce. Ce qui était une immense satisfaction.

Ce qui semble avoir été fatal à ce modèle est la « massification » de l’enseignement supérieur. Jadis « l’élite » était une race d’hommes à part, de même que l’aristocrate était le fruit d’une éducation particulière. Aujourd’hui, la distinction entre deux « bac + 5 » est artificielle. Résultat : l’administration, qui était l’ossature de la nation, est devenue médiocre. Ce qui n’est probablement pas tant une question de QI, que de sens des responsabilités. Le fonctionnaire n’est plus un « élu ».

En tuant l’élite, nous avons tué l’Etat, qui était à la fois consubstantiel à notre nation et en conflit avec notre égalitarisme forcené. Et maintenant ?

Le paradoxe de la coupure

On n’aura pas d’électricité cet hiver. Après l’avoir nié catégoriquement, le gouvernement semble le reconnaître. (Et on s’étonne que certains croient à la théorie du complot…)

Le paradoxe de l’affaire est que c’est au moment le plus froid, lorsque tout le monde a besoin d’énergie en même temps, que plus personne ne peut se chauffer.

Bien sûr, c’est surtout une question d’imprévoyance. On touche aux limites du libéralisme. C’est bien d’avoir des gens qui font ce qu’ils veulent, mais, de temps en temps, il est bien d’avoir, aussi, une vision d’ensemble de ce qui se passe. Serait-ce pour cela que l’on crée des Etats, que l’on appelle des « bien communs », ou des « choses publiques » ?

Politique industrielle

Le gouvernement veut un grand nombre de centrales nucléaires. Or, en construire une est un calvaire. Le savoir-faire a été perdu. Et il va falloir des moyens, des entreprises, des employés…

Si demain la Chine s’empare de Taiwan, de la voiture à l’aspirateur, nous ne pouvons plus rien produire. Nos composants électroniques sont fabriqués à Taiwan. Or, il se trouve que, par miracle, nous avons conservé pas mal de compétences. Alors, faut-il prendre les devants, et organiser la « montée en puissance » de notre tissu économique ?

D’après ce qu’on lit, nous payons notre énergie 8 fois plus cher que les USA. Cela signifie l’accélération des délocalisations (voir paragraphe ci-dessus), l’enterrement définitif de notre industrie. Mais cela peut être aussi une opportunité. D’une part, parce qu’il y a un gros mouvement vers le « bio sourcé », bas carbone, basse énergie, l’industrie de demain n’a aucune raison d’être celle d’aujourd’hui, et que réorganiser la façon dont nous vivons, construisons…, permettrait de réduire massivement notre consommation. Encore une fois, cela demande une coordination de nos ressources par l’Etat.

On parle aujourd’hui de « politique industrielle ». A-t-on bien compris de quoi il s’agit ? Notre gouvernement croit qu’il peut « prévoir l’avenir », et nous faire découvrir les innovations de demain, qui portent toutes des noms anglais. Or, ce qu’il faut faire est bien plus simple. (Trop simple pour une élite intellectuelle ?) Il faut imiter les Américains pendant la guerre. Leur force fut leur logistique et leur planification. Ils se sont organisés pour construire des masses de matériels de guerre.

Et si, de tuteur, notre gouvernement devenait planificateur ?

La France en changement ?

Ce qui caractérise l’action de l’Etat vis-à-vis des territoires, c’est le dysfonctionnement, disent des sénateurs, dans un rapport : « Pour les rapporteurs, la cause des réformes qui se sont empilées « est à chercher du côté de l’idée que l’on se fait de la place de l’Etat dans les territoires. Or, à cet égard, il faut bien reconnaître un déficit de vision sur le long terme, qui ne peut que nourrir les tâtonnements, les improvisations et les expérimentations décevantes ». » (Article.)

Ils donnent une explication, c’est intéressant, systémique : une confusion des « rôles ». « Le rapport ne propose donc pas un nouveau big bang territorial, mais plutôt une clarification des rôles de chacun, fondée sur les principes de subsidiarité et de complémentarité des fonctions – un Etat recentré sur ses fonctions régaliennes, accompagnateur plutôt que censeur des collectivités territoriales. C’est l’esprit de la dernière réforme issue d’Action publique 2022, qui redonne, par ailleurs, un rôle central au niveau départemental, après une période marquée par la toute puissance du niveau régional impulsée par la période « Reate » . »

Il est, en particulier, question « d’auto contrôle ». Un changement majeur peut-être qui pourrait faire que le citoyen soit, un jour, considéré comme un « adulte ». En conséquence de quoi l’Etat ne se percevrait plus comme son tuteur. Il serait, désormais, une « république », autrement dit le « bien commun » d’une société d’adultes, dont le rôle est de réaliser leurs objectifs, et non plus les idées qui lui passent par la tête.

C'est l'idéologie qui fait le clown

Alcatel ou la chronique d’une mort annoncée. Un ami s’y trouvait et me racontait, à chaque fois que l’on se voyait, le progrès du déclin, et ses efforts pour que ses dirigeants ne le précipitent pas par une nouvelle bêtise. Il les appelait « les clowns ». 

Le « fabless » d’Alcatel n’est pas propre à son dirigeant, il illustre la vision « post moderniste » de la France que son gouvernement s’applique à réaliser, avec une détermination remarquable. Notre pays serait-il dirigé par des « clowns » ? 

Qu’est-ce que cela signifie ? Le Français attend tout de l’Etat. Il a tort. Certains parlent de « Grand soir ». Ils croient qu’une idéologie peut en remplacer une autre. Or, c’est l’idéologie qui fait le clown.

Le Français doit tout attendre de lui-même. 

Responsabilité, Solidarité, Exemplarité, dit Dominique DELMAS. 

Et si l'on se passait de l'Etat ?

J’ai non seulement toujours tort, mais je suis aussi hautement influençable. 

Je travaille sur le financement de l’innovation. L’Etat fait beaucoup de chose pour l’aider, malheureusement on me dit, et je constate, que l’aide ne va « qu’au plus visible ». On me parle aussi de ce qui se fait en Allemagne, en Suisse et ailleurs : les banques locales y ont un rôle critique. Elles sont au coeur des tissus économiques des territoires. Non seulement, elles investissent vite et bien, mais, surtout, elles ont une compétence technique, qui leur donne les moyens d’assister le dirigeant, de le pousser à donner son meilleur. 

Comment adapter ces modèles à notre pays, me dis-je ? Jusqu’à ce que je m’intéresse à la Vendée, et que l’on me parle d’entrepreneurs de zones d’activité, qui détectent, par le bouche à oreille, des projets prometteurs et les font profiter de « financement participatif ». Or, c’est bien plus malin que le système étatique ou l’allemand. Non seulement l’entrepreneur lève de l’argent, mais il trouve beaucoup plus important : l’expérience de « pairs ». Et ceux-ci peuvent faire fructifier leurs ressources. En outre, c’est la réinvention des « noyaux durs » de M.Balladur : ce type d’entreprise est très difficile à saisir par le court-termisme du marché. 

(Quant à l’Etat, il conserve un rôle important, même en Vendée : il construit des routes.)

Et si on oubliait l'Etat ?

Le mal de la France, c’est l’Etat ! Plus j’interviewe de monde, plus je m’en convainc. On me décrit, par le détail, sa risible inefficacité, on en appelle à la réforme. 

Et l’erreur est là. Car, en attendant la réforme, qui ne fera, comme les précédentes, qu’empirer les choses, on ne fait rien ! 

Or, on peut agir. 

  • Mes interviews le confirment. Exemple récent de la Vendée. Un nouvel entrepreneur ne trouve pas de fonds. Des dirigeants locaux ont entendu parler de lui, ils ont fait du « financement participatif ». Et quoi de mieux que des investisseurs qui ont une longue expérience de l’entreprise, quand vous entrez dans le métier ? Vous ne les trouverez ni dans une banque, ni à la BPI !
  • Mieux. L’Etat se lamente sur le manque de trésorerie de nos PME, qui les empêche de se tirer du cercle vicieux de la « guerre des prix ». C’est faux. Les PME ont des gisements de trésorerie dont elles n’ont pas conscience. Ce qui leur manque réellement, c’est un « cerveau collectif », qui permette à la fois de les identifier et de trouver les projets qui permettraient de les utiliser. 

Aliénation ?

La coopérative a éradiqué le paysan, lit-on dans La forteresse agricole. Inattendu. Je pensais que la coopérative avait été, au contraire, un succès du monde paysan. D’ailleurs, n’est-ce pas une idée de Proudhon ? 

En fait, le phénomène a quelque-chose d’évident. Les coopératives sont dirigées par des salariés. Ceux-ci se sont convaincus d’une certaine vision du progrès. Elle rendait obsolète le paysan. 

Ce phénomène est bien connu dans l’entreprise. 

Et s’il avait touché le pays dans son intégralité ? Et si nos gouvernements successifs avaient adopté une vision de l’avenir (peut-être même que nous approuvons, parce que nous n’en voyons pas les conséquences) incompatible avec l’existence de leurs électeurs ? Et si cela expliquait l’état du pays ? 

(En particulier, le grand nombre de personnes « en recherche de sens ».)