L'Espagne est-elle un modèle pour la France ?

Il y a quelques années on entendait dire que les courageuses mesures prises par l’Espagne pour réformer son modèle social donnaient des résultats. Certes, le chômage demeurait haut, mais il se résorbait rapidement. La France devait suivre cet exemple (et surtout celui de l’Allemagne, voir billet précédent).

A l’occasion des dernières élections espagnoles, on apprend que les choses ne vont pas bien en Espagne.

Gouverner c’est manipuler ? Pour un changement d’état d’esprit ?

Fortunata et Jacinta

Benito Perez Galdos, plus grand auteur espagnol, après Cervantes, dit-on. Madrid dans les années 1870. A côté de Londres ou de Paris, c’est un village de province. Une société où les riches côtoient les pauvres, les uns et les autres appartenant souvent aux mêmes familles. Les hasards de la vie y font passer d’une misère à la Dickens aux sommets de la fortune, et inversement. Le livre est une succession de saynètes et de descriptions de personnages typiques. Pas de temps morts. Les plus de mille pages passent sans que l’on s’en aperçoive.

C’est le féminisme avant la lettre. Dans ce livre, il n’y a que des femmes. Les hommes y sont des êtres sans intérêt, qui ne pensent pas, qui existent à peine. Ils ne sont que par leur qualité d’enfant d’une femme ? C’est aussi un livre sur la morale chrétienne, me semble-t-il. Morale artificielle et contre nature, qui prend les anges pour des toqués ?

(Je me demande si un intérêt du roman n’était pas dans la langue de l’auteur, et s’il n’a pas été perdu dans la traduction, par ailleurs.)

Catalogne

La Catalogne vote. 90% de 2m de votants veulent partir d’Espagne. Qu’est-ce que cela signifie ?

A l’époque ou je faisais des études de marché, on parlait du biais du sondage « auto administré » : ceux qui répondent sont particulièrement motivés par la question. (Ils ne sont donc pas représentatifs de la population globale.) Ici, 1,8m des 5m de votants potentiels ont choisi le départ, soit 38% de la population. Ce n’est probablement pas moins que la proportion des votants pour le Brexit en Angleterre. Cependant, il n’est pas certain qu’ils auraient eu la majorité si les élections s’étaient déroulées normalement.

Chaos ou remise en cause ? Peut-être est-ce ce que nous annonce la Catalogne ?

Catalogne

La Catalogne veut s’extraire de l’Espagne. Personne en Europe n’y semble très favorable. Et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? D’ailleurs, la France, pourtant ultra colonialiste selon certains, n’a-t-elle pas appliqué ce principe en Nouvelle Calédonie ? D’ailleurs, les Etats-nations ne se disloquent-ils pas, depuis quelques temps, sans que cela nous émeuve ? (Yougoslavie…)

Le phénomène était acceptable quand il ne nous touchait pas ? Ce n’est plus le cas maintenant. Et si non seulement l’Ecosse, la Bretagne, la Corse ou le pays basque, mais des communautés ethniques localement majoritaires, demandaient leur indépendance ? Peut-être va-t-il falloir s’inquiéter de ses causes ?

ETA

L’ETA rend ses armes. Il semblerait qu’il faille aller les chercher comme des oeufs de Pâques. Curieusement ces armes sont en France. Pourquoi était-il plus facile de les cacher en France qu’en Espagne ? La France a-t-elle pensé un temps que les terroristes de l’ETA étaient d’un intérêt secondaire ? 

Elections en Espagne

Après les élections grecques, françaises et anglaises, voici les élections espagnoles. Une tendance se dégage-t-elle ?

  • Grèce : on casse tout. Le pouvoir aux amateurs. Apparition d’un modèle repoussoir. 
  • France et Angleterre. Pas de changement. Les sondages se trompent. Les partis traditionnels font des scores de partis traditionnels. 
  • Espagne. Intermédiaire ? Comme en France et en Angleterre, les partis traditionnels se défendent plutôt bien et conservent le haut du pavé. Concernant les protestataires, les sondages s’égarent. Mais les dits protestataires jouent maintenant un rôle décisif. Ce qui convient mieux à un parti  inexpérimenté que la situation de Syriza. 

Albion au bord du précipice ?

L’Angleterre vote le 7 mai. Elle fait pitié. Ses états financiers sont bien plus mauvais que ceux de la France, sa productivité recule. Son grand succès a été de remplacer ses chômeurs par des travailleurs (très) pauvres. Aujourd’hui, c’est le chaos : 5 partis politiques pour un système fondé sur le bipartisme. Et surtout l’émergence d’un nationalisme « régional » (Ecosse, Irlande, Pays de Galle, Angleterre), sans précédent. Mais il faut voter Cameron, même s’il veut sortir de l’Europe, dit The Economist. Sans quoi vous aurez la France !
Justement, partout le peuple s’appauvrit. Cause ou conséquence : flexibilité du travail et entreprises de travail temporaire ? C’est ennuyeux, mais attention à ne pas y toucher, sinon vous aurez la France (et son chômage de masse) ! (Décidément notre pays est à l’honneur.) On notera un curieux graphe que je commenterai dans un prochain billet.
La corruption empêche l’Espagne de se redresser. Une étude a trouvé que « les entreprises les moins productives croissaient plus vite que les autres ». Ce qui compte n’est pas la compétence, mais les copains. Nouvel article sur Margrethe Vestager. La rigueur nordique est lâchée sus aux monopoles. Aux USA, la baisse du prix du pétrole n’a pas stimulé l’économie. Etrange. (Et si la peur de l’avenir poussait à l’épargne ?) M.Netanyahou s’en prend à sa Cour suprême. Conflit entre deux Israël : d’un côté les valeurs universalistes occidentales, de l’autre le nationalisme et la religion. Pour le reste, Israël est en paix. Les Arabes se battent entre eux. Et Israël est copain avec l’Arabie saoudite et l’Egypte. C’est le bon moment pour attaquer le Hezbollah. Afin de profiter de ce qu’il est pris par plusieurs fronts. Et pour l’affaiblir, avant que ses troupes de choc ne reviennent, pleines d’usage et raison, s’occuper de leur voisin. Le président indonésien veut montrer qu’il est un fort. Alors il fait exécuter les trafiquants, et couler les bateaux de nationalités qui ne peuvent le menacer. (En particulier, il se garde bien d’ennuyer la Chine.) Quant à la Chine elle mène à la fois une politique d’agression et de conciliation. C’est ainsi qu’elle colonise la mer de Chine. Son objectif est d’asseoir sa domination régionale.
On parle de désarmement nucléaire. Ça ne semble mener nulle part. Mais, au moins, le contact n’est pas rompu. Programme pour un bombardier américain. Il doit pouvoir détruire n’importe quel pays. Boeing et Lokheed Martin affrontent Northrop. L’activité militaire du camp qui perdra disparaîtra. Pour une fois, la France crée la mode : le droit de vote renforcé pour actionnaire durable semble gagner le monde. Médicaments génériques : les entreprises tentent de se concentrer pour pouvoir augmenter leurs marges. VW remplace son président, par un légèrement plus jeune, de façon à ce qu’il puisse continuer à faire les mêmes erreurs. Détourner la loi constitue une part importante du modèle économique de l’entreprise innovante. Comment acheter des terres à des petits résistants ? La leur payer un prix correct et déplacer vers d’autres terres équivalentes ceux qui ne veulent pas céder. (Le type d’idée qui vous vaut un prix Nobel.)
Innovation. Le drone est utilisé par le malfaiteur. Ce qui crée un marché pour l’anti-drone. Et, pour une fois, la France serait en pointe. Les Chinois, pour leur part, sont en pointe pour créer un homme génétiquement modifié. Vus les premiers résultats obtenus, on est dans l’univers des apprentis sorciers. 

Le monde résisterait-il à la globalisation ?

Cette semaine The Economist se penche sur le Pacifique. Pourquoi n’a-t-il pas remplacé l’Atlantique dans les échanges mondiaux ? Peut-être, manque de valeurs communes. Européens et Américains sont d’accord sur l’essentiel. C’est la méfiance qui domine les relations entre la Chine, ses voisins et l’Amérique. A tel point qu’il est difficile de savoir s’ils cherchent la coopération ou s’ils se livrent une guerre larvée. Exemple. Chine et USA viennent de signer un accord concernant l’effet de serre. Mais la Chine ne s’est engagée à rien, et les Républicains comptent bien vider les engagements de M.Obama de leur contenu. Chine (en mer de Chine) et Russie (en Ukraine) se comportent de la même façon : actions indétectables par les démocraties occidentales. Quand on réalise que ces actions ont un sens, il est trop tard. Fait accompli.
Globalisation et résistance au changement
Le capitalisme a mauvaise presse. C’est la faute des banquiers. Mais aussi : « Pays riche après pays riche, de gouvernements de gauche ou de droite, la plus grande crainte des électeurs est que les revenus des classes moyennes stagnent et que l’emploi à vie est mort. Instinctivement les politiciens mettent la situation au compte des folies de leurs opposants. » Le problème : la globalisation, qui ne fait que s’accélérer, est à l’œuvre. Il ne sert à rien de la nier.
Mais est-elle aussi bien assurée que cela ? Nouvel élément dans la donne mondiale : l’effet du gaz de schiste sur la politique des USA. Auront-ils la motivation nécessaire à continuer à assurer leur rôle de gendarme du monde ? Sans cela quid du commerce mondial ?
Le tourisme social existe-t-il ? Les statistiques montrent qu’il y a deux types d’immigrés : ceux qui profitent du système social, sans y avoir contribué, et ceux qui travaillent et qui apportent plus qu’ils ne coûtent. D’autant qu’ils connaissent moins le chômage que les autochtones. (Peut-on dire qu’ils leur ont pris leur emploi ?)
Dans un vote qui ne compte pas, les Catalans choisissent l’indépendance. Avenir du pays ? Des partis protestataires semblent avoir le vent en poupe. Les politiques en place, corrompus, ne vont pas survivre aux prochaines élections. (Chaos ?) En Italie, M.Renzi semble manœuvrer pour transformer le régime de coalition italien en système à grands partis. Il permettrait les réformes aujourd’hui impossibles. En Europe, par son comportement excessif, M.Cameron s’est coupé de ses alliés traditionnels, l’Allemagne et les pays du nord. Danger : les forces du mal (à « l’accent français ») pourraient gagner l’Europe. Mais la situation n’est pas désespérée. Retour des djihadistes en Europe. Ils ne sont pas dangereux. Ils ont été détruits par leur expérience. Il faut les aider à se réinsérer. Le risque vient de ceux qui ne sont pas partis. L’économie africaine est abattue par Ebola. La maladie est circonscrite à quelques pays. Mais, pour nous (pour ceux qui font l’économie mondiale ?), l’Afrique est un bloc. 
Attention ! Nouvelle vague de fusions acquisitions. Cette fois-ci le danger ne vient pas de ce que les entreprises suivent une mode, mais de « valorisations (qui) atteignent petit à petit des niveaux qui donnent le vertige ».

La France, bon élève de la globalisation ? Elle possède 7 des 25 meilleurs jeunes économistes mondiaux, M.Tirole a reçu le prix Nobel, M.Picketty est une star. A l’étranger, Sodexho et Atos sont des leaders du marché de la gestion des ex services publics (prisons et services sociaux). Un marché sur lequel il y a beaucoup de coups à prendre. Le téléphone mobile permet aux pauvres des pays pauvres d’avoir accès aux services financiers.
De l’intérêt économique des bonnes actions
Aux USA, les châtiments corporels sont permis à la maison et à l’école (quasiment une exception mondiale). La science constaterait que « leur donner la fessée rend vos enfants idiots ».  
Pour une fois, ce compte-rendu se termine bien. Il y aurait une solution à la question des SDF. Leur donner un logement. Et, surprenant, c’est rentable. Car le SDF coûte très cher en soins d’urgence.

(PS. Je découvre qu’un journaliste de The Economist a la même interprétation que moi de ce que dit son journal.)

Disparition de la classe moyenne

Communication à l’ONU concernant la croissance des inégalités, leurs causes et leurs conséquences (vidéo). 
Dans les années 80 / 90 la pensée commune voulait que l’on supprime la réglementation et les impôts de façon à libérer la créativité. Cela devait faire la fortune collective. Or, cela a eu une conséquence bien plus évidente : les riches se sont enrichis, mais pas la collectivité. Transfert plutôt que croissance ? Hold up pour gogos ?
Un diagramme que j’ai retenu : la disparition de la classe moyenne. Surprise supplémentaire : l’Angleterre est très en avance sur tout le monde dans ce domaine ; le peloton est emmené par l’Espagne.

La réduction de la classe moyenne anglaise est de l’ordre de 10%.

Après la tempête libérale, un monde exsangue ?

Révolution dans l’enseignement supérieur. Les MOOCs vont transformer l’enseignement supérieur. Pas vraiment parce que ça marche, car ce n’est pas au point (« il faut que la pédagogie des MOOCs s’améliore très vite »), mais parce que l’éducation supérieure est en faillite. Raison ? Inflation monstre de ses coûts, notamment salariaux. Et aussi parce qu’on lui en demande de plus en plus. Notamment une formation continue de la population. Les MOOCs devraient surtout bouleverser les universités les moins prestigieuses. Les autres devraient conserver un enseignement traditionnel. Le Brésil, en exemple ? L’enseignement public, gratuit, y est aux mains des riches. Une énorme entreprise privée s’est emparée de la formation supérieure des moins favorisés. D’où nécessité de réduire les coûts par reengineering de l’éducation.
Dossier spécial Pologne. La Pologne comme modèle ? Très rapide développement, elle n’a pas subi la crise de 2007. Pour une fois la subvention de l’UE (plus de 200md€ !) semble avoir été bien utilisée. Mais, à quel prix ce succès ? La Pologne est en voie de désertification. Les jeunes la fuient. Le taux de natalité y est extraordinairement faible (1,3). L’économie repose sur la sous-traitance (donc de bas salaires ?) et ne semble pas avoir trouvé de moteur propre. Etrangement, l’Espagne ressemble à la Pologne. Son économie redécollerait. Mais le pays paraît exsangue, sans beaucoup de garde fous contre une violente rechute. En France, M.Valls porte le boulet Hollande. La marque de fabrique de M.Renzi : on ne comprend pas ce qu’il fait, mais on a envie d’y croire. Le mouvement comme stratégie ? The Economist, pense, finalement, que M.Juncker est un bon bougre et qu’il faut lui laisser une chance. Aux USA, l’infrastructure de transport est en ruine. Elle n’a quasiment pas évolué depuis les années 60. 50% des ponts doivent être remplacés. Boeing propose des avions à ailes pliables, de façon à ce qu’ils entrent sans dommages dans des aéroports d’un autre temps. « La plupart des systèmes de contrôle aérien sont moins sophistiqués que la technologie d’un smartphone. » Il va falloir augmenter les impôts…  En Iraq, les alliances changent. Les intérêts du moment font que les USA, l’Iran et M.Assad font un bout de chemin commun. Face à eux, Al Qaïda rassemble les perdants et les pauvres. Et ils sont nombreux dans la région.
Alstom serait l’avenir de GE. GE se transforme. Ses activités financières occupaient une part très importante de ses affaires. La crise de 2007 a montré que c’était dangereux. Sans compter que Jack Welsh semble avoir fait du ENRON pour gonfler le prix de l’action. GE redevient donc industriel, international, innovant. Et semble décidé à être un des grands du logiciel. Les pays du golf tentent un hold up sur le transport aéronautique. Cas particulier du Qatar : sa stratégie est d’entrer en minoritaire dans des compagnies et de les aider à se transformer.
« Les marchés financiers ressemblent de manière inquiétante à ceux de 2007 ».
Après le gaz de schiste, voici le schiste bitumineux. Les réserves sont colossales. De nouvelles techniques permettraient d’éviter les risques écologiques qui jusque-là avaient empêché son exploitation.
Bis repetita ? Richard Nixon aurait dû son élection au rejet par l’Amérique d’en bas d’une Amérique de gosses de riches manifestant pour les droits civiques. Sa tactique fut de parler à l’instinct, pas à la raison.