Juan Carlos

L’histoire récente de l’Espagne ? Un monolithe Franco, qui désigne Juan Carlos comme successeur. A la mort du premier, le second choisit la démocratie. Voilà ce que j’ai cru.

En fait, le pouvoir de Franco n’était pas bien assuré. Il n’aurait pas été très malin, mais a su manoeuvrer de nombreuses factions. Il semblait avant tout pragmatique. Il a penché d’abord du côté des fascistes, puis il est passé du côté des alliés, et, lorsque les USA lui en ont intimé l’ordre, il a libéré son économie et ouvert son pays, d’où quinze glorieuses. Apparemment, son souci aurait été essentiellement l’unité du pays.

Et Juan Carlos ? Son sort a, quasiment jusqu’au bout, été incertain. Son père était le roi légitime. Lui-même a été élevé par Franco, mais sans trop savoir où cela le menait. Jusqu’à la mort de Franco, il était sous surveillance permanente. Drôle de vie, d’ailleurs. Considéré comme un imbécile par beaucoup, il aurait tué son frère dans un accident, été balloté entre Franco et son père, sans véritable enfance, et pourtant, il a joué un rôle essentiel dans la transformation du régime politique espagnol, à un moment où le pays était pris entre les terroristes de l’ETA et ceux de l’extrême droite. (Les premiers cherchant à pousser les seconds à une réaction violente, en assassinant des officiers.)

Quant à la monarchie, elle ne semble pas bien installée en Espagne. Les Bourbon seraient considérés par la noblesse comme des parvenus. Et le peuple l’accepte tant qu’elle ne le gène pas ?

Le hasard et la nécessité ? L’Espagne ne pouvait vivre en vase clos et était poussée à se conformer à l’air du temps ? Mais la transition vers la démocratie a été progressive, contrairement à ce que l’on dit, et elle aurait pu très mal se passer. La façon dont on raconte l’histoire est une reconstruction après coup ?

(Ce que je retiens de Juan Carlos, tout contre Franco.)

Josep Borrell

C’est une bonne idée d’interroger un homme politique étranger. Josep Borrell a eu des responsabilités importantes à la fois en Espagne et au sein des instances européennes.

En l’écoutant, j’ai découvert que la mort de Franco avait été le signal d’un changement surprenant. Presque du jour au lendemain, l’Espagne était passée d’un état quasi moyenâgeux à celui d’une nation moderne. Il a fallu l’inventer en marche forcée. Josep Borrell semble avoir été la cheville ouvrière de cette construction. L’entrée dans l’UE lui a valu, de la part de cette dernière, beaucoup d’argent, qu’elle a peut-être quelque peu gaspillé. A ce sujet, je me souviens avoir voyagé en Espagne, à cette époque, et avoir été surpris par le nombre de grues que je rencontrais. C’était la première fois que j’en voyais autant. Quelque temps après, j’ai appris que l’Espagne avait été prise d’une fièvre spéculative. D’ailleurs, un certain nombre de collaborateurs de Josep Borrell ont été coupables de malversations. Ce qui a nuit à sa carrière.

Quant à l’Europe, il est inquiétant d’entendre que le constat qu’il fait n’est pas partagé. Beaucoup croiraient encore que la paix est l’ordre naturel du monde, et que les USA sont notre ami, alors que l’Europe est un îlot de « liberté, de prospérité et de cohésion sociale » dans un monde dont la loi est « la violence ».

(A voix nue.)

Les premiers Mexicains

Très tôt, les « créoles », les Espagnols établis au Mexique, ont cherché à se débarrasser de la tutelle de leur métropole. J’ai entendu parler d’un livre qui raconte cette histoire.

Ou plutôt, celle d’un grand seigneur délicat, qui vit une bien douce existence. L’envie lui prend de se révolter. Mais le rêve n’est pas la réalité, et il se demande, sur le billot, ce qui a bien pu lui passer par la tête. Curieuse histoire racontée par un auteur (Fernando Benitez) qui semble avoir eu un grand talent.

Valence

Crise a Valence. La ville ne se serait toujours pas remise de l’accident climatique qu’elle a subi. Le pouvoir politique se dispute.

Cela ressemble à Lubrizol, au début. La puissance publique est incapable de prendre la dimension du drame.

Ce qui a fait que la crise Lubrizol s’est arrêtée, c’est la création d’un « fonds de solidarité » par Lubrizol.

Comme je le disais alors, ce type de situation ressortit à la « communication de crise » :

Risk issues and crisis management

(Par ailleurs, on chiffrerait les dommages à plus de 10md€ ! Volià le type d’événement dont la France n’a plus les moyens.)

Paisible Espagne

La récente élection en Espagne est donc bien plus qu’un simple passage de témoin entre deux législatures. C’est un intranquille changement d’époque qui, en voulant enfin refermer des plaies douloureuses, vise à parachever la réconciliation entamée par la transition de 1978.

L’Espagne et l’amnistie

Que se passe-t-il en Espagne ? On a entendu dire que, pour occuper le pouvoir, le parti socialiste a promis l’amnistie aux indépendantistes catalans. Et depuis ?

Pas grand’ chose : on s’interroge sur la constitutionnalité de la dite amnistie. Il y a du pour, et du contre.

L’article pense que l’Espagne a emprunté la voie de la sagesse. En tous cas, je constate que, comme beaucoup d’autres Etats, s’y sont développées des forces centrifuges. Avons-nous vécu un temps de laisser-faire où les mécanismes de cohésion sociale se sont relâchés ?

Trompe l’oeil ?

Derrière la résistance de Pedro Sanchez, la victoire de l’Espagne des « nationalités »

Le Parti socialiste du premier ministre sortant est arrivé en tête en Catalogne et au Pays basque et a reçu l’appui de nombreux partis indépendantistes. Des soutiens qui pourraient lui permettre de se maintenir au pouvoir. (Le Monde.)

L’extrême droite a perdu ! Voilà ce qu’on lit au sujet de l’élection espagnole.

On entend moins que les indépendantismes ont gagné.

Cela m’avait déjà frappé, dans le cas de la France. Les médias se sont réjouis que le FN n’ait gagné aucune région. Mais la Corse est aux mains des nationalistes !

Ne serait-il pas temps d’arrêter de se satisfaire de fausses victoires, pour se demander pourquoi autant de gens ne sont pas heureux ?

Grosse chaleur

On parle de canicule. Ce qui est difficile à imaginer à Paris où il fait plutôt frais. Et en Bretagne, où les touristes se plaignent de la pluie. Et encore plus en Ecosse.

The weather has played a prominent part as tee times for Saturday’s third round were moved due to inclement weather that hit East Scotland. Heavy rain and high winds met players finishing their second rounds at The Renaissance Club. (Scottish open.)

Cela me rappelle une arrivée, un soir, à Jerez (de la Frontera), dans le sud de l’Espagne. Le panneau qui accueille les visiteurs annonçait 42°. On était fin juin ou début juillet.

Je ne me souviens pas d’avoir eu chaud. Pourtant, en ces temps, je portais costume et cravate. Mais je roulais fenêtres ouvertes, et vite. Et les maisons de Jerez, en particulier l’habitat traditionnel, est adapté à ce type de températures.

De la bonne façon de rapporter l’information ? Il est plus juste de donner les effets que les chiffres ?

Le flagellant de Séville, de Paul Morand

Une des pages les plus noires de l’histoire française : l’invasion de l’Espagne par Napoléon. Histoire vécue de l’intérieur, de Séville, mais aussi par un gentilhomme espagnol, un pur, acquis aux idées des Lumières. Napoléon est son héros, il annonce l’avénement d’une Europe de la raison, sans frontières.

Pour le reste, c’est chaos, lucre et barbarie atroce. La raison napoléonienne se heurte aux instincts animaux ibères, et à l’incurie d’une armée de profiteurs. Le livre est scandé par les tableaux de Goya, qui, d’ailleurs, est un de ses personnages.

Mais rien n’est simple. Pirouette finale, ou presque. Peu de temps après la fin de Napoléon, Ferdinand VII fait appel aux Français pour le débarrasser de ceux qui l’ont remis sur le trône. Ils ont pris goût à la liberté, et ont été contaminés par la perfide Albion. Et les collaborateurs de l’occupant français, qui s’étaient retirés en France, prennent la place de ceux qui les ont chassés, qui, eux, ont été exécutés, ou sont partis en exil, en France.

L’intérêt du livre tient peut être à son personnage principal, et à son titre. Une réflexion sur l’idéaliste et ses perversions, inévitables et effrayantes ? (Je n’en dirai pas plus, pour ne pas gâcher la lecture.)

(Le livre a été écrit en 1949, par, si j’en crois wikiedia, un collaborateur dont on n’avait pas voulu. Et qui avait donné raison à l’adage « le ridicule ne tue pas ». Et si les Français du livre avaient été les Allemands de 40 ? Et les Espagnols, les Français ? Avec les Anglais, et les Russes, dans leur rôle éternel ? En effet, nous avons réécrit l’histoire. Mais, dans les années 30, l’Allemagne était perçue, par l’élite scientifique, comme un pays de rigueur triomphante, au milieu d’une Europe anarchique. Et son projet était, justement, de rétablir l’ordre, et l’ordre de la raison. Concordance des temps ?)

L’air d’un crime

L’histoire commence comme un roman policier. Mais ce n’en est pas un. Cela se passe dans une sorte de désert des Tartares espagnol, dans les années 50. Petit à petit tout semble s’y dérégler. La raison n’y a plus droit de cité. Le surnaturel n’est pas loin. Et l’histoire ne semble plus avoir de queue et de tête. A tel point que l’on finit par ne plus savoir ce que font le personnages. Ou si le début ne serait pas la fin.

Faut-il chercher un sens ? Acte gratuit ? On parle de Faulkner à son sujet. Mais la veine est plutôt comique. Essaie-t-il de nous faire passer quelque message concernant l’atmosphère qui régnait alors dans l’Espagne profonde ? L’absurdité du monde ? L’Espagne franquiste, où la liberté de parole ne devait pas être bienvenue ?…

Modeste Espagnol

Discrète Espagne, championne de la vaccination, sans recours à la contrainte !, mais qui ne s’en vante pas…

Pourquoi ? 

  • Un terrain favorable : pas d’indisposition vis-à-vis du vaccin, confiance dans l’Etat, et un secteur de la santé proche de ses patients. 
  • Le respect de toutes les opinions. 

Quand on se refuse d’imposer, on devient intelligent ?

L’article de Politico.eu, de mardi dernier : 

Secret to success: So why has Spain succeeded in vaccinating so many, without having to impose restrictions on the unjabbed? Illa said it had a lot to do with public trust — in the state and in vaccines. “In the case of Spain, there is a culture in favor of [all] vaccines that has been worked very hard on for years.” He also revealed that internal health ministry data showed “those regions with stronger primary health care” had higher vaccination rates and a more effective COVID response — probably because GPs and local health centers were able to contact each patient directly. 

Facts over feelings: Illa said it was important for leaders to be clear about the scientific evidence in favor of vaccines, which “is overwhelming.” While politicians should “respect people who do not see it that way,” they should also tell skeptics “they are wrong.” Good luck, as they say, with that.