Think again, Adam Grant

Ce best seller de la psychologie serait-il le livre de notre temps ?

Le monde bouge vite, il faut apprendre sans cesse. Ce qui demande de « désapprendre », sans cesse. Plus exactement, ceux qui décident bien, suivent, au préalable, un cycle particulièrement rapide de changements d’opinion. Douloureux. Et, ce, d’autant plus, disent les enquêtes, que l’on a un gros QI ou que l’on se croit compétent. 

Certes.

C’est en tirant le fil du raisonnement que le constat devient inquiétant. Car notre société nous joue de mauvais tours ! « Société de la performance« , son principe est de récompenser celui qui réussit. Or, la réussite tient essentiellement au hasard ! Tant que l’on récompense la girouette pour être dans la bonne direction, on ne comprend rien au vent. La société de la performance est une société de la certitude, de la censure, de la parole d’autorité de l »‘expert », du prêcheur, du politicien et du procureur. 

Par construction, alors qu’elle ne parle que de l’urgence vitale du changement, elle est impropre au changement !

Comment se sauver ? Adopter l’attitude du « scientifique » digne de ce nom. Le scientifique a « toujours tort », et cela l’enchante. Parce qu’erreur signifie découverte, eurêka, c’est un moteur formidablement puissant. Le scientifique recherche la remise en cause, notamment la contradiction. Plus subtilement, en rencontrant l’autre, il l’amène, aussi, à changer. Comment ? En lui montrant que le monde n’est pas blanc ou noir, mais « complexe », ce qui conduit à l’humilité, la mère de la science, et du changement. 

Quelles seraient les caractéristiques de la société scientifique ? La « sécurité psychologique« , c’est-à-dire, la tolérance, la liberté de pensée, de parole et d’expérimenter. Et ce n’est pas le résultat qui compte, mais la « procédure », d’apprendre à toujours mieux faire. 

Au contentement de soi, à la certitude d’avoir raison, à l’enferment sur soi, propres à notre société, celle-ci oppose l’humilité, le doute et la curiosité. 

Le livre fournit une illustration involontaire de sa thèse. Quand un noir rencontre un blanc, le premier est le plus haut dans l’échelle de l’évolution. Quand une culture est dysfonctionnelle, c’est une femme qui la fait changer. Quand à la transition climatique, s’il demeure des résistants, c’est que l’on n’a pas utilisé les bonnes méthodes pour les convaincre. Et si le monde était un peu plus complexe que cela ? Think again, Adam Grant ? 

Mais surtout Think again, vous et moi. Car nous sommes en danger de paralysie intellectuelle, de mort cérébrale, dirait notre président. Lisons, et relisons, ce livre, qui est plein d’enseignements. Et agissons !

(PS. Très facile à lire en anglais. On me dit que la version française est mal traduite.)

Ennemi public

« Je n’ai jamais vu un président suscitant autant de haine« , dit un maire, à qui l’on demande pourquoi son village a voté pour Marine Le Pen. (Article.)

Normal ? non. Pas inhabituel, peut-être. Mais différent de « normal ». Car le principe de la démocratie est que le président de la République représente le peuple, non qu’on le considère comme un ennemi. Relisons les écrits des Lumières. 

La belles théories ont donné le contraire de ce qu’elles disaient. Peut-être serait-il utile de se pencher sur la question ?

Troisième tour ?

Que vont donner les élections législatives ? me demandé-je, bien avant les péripéties de l’élection présidentielle. 

Rebondissement : je lisais que des candidats LR refusent le combat. 

Le député est l’âme de la démocratie. Il est nous, il est le représentant du peuple. Or, aujourd’hui, il n’est plus que le représentant du candidat qu’il sert. Il est M.Macron, Mélenchon ou Madame Le Pen. Il n’a plus aucune personnalité propre. Curieux renversement, dont la systémique a le secret. Voilà un changement dont on parle peu, malheureusement. 

Le problème, est-ce le troisième tour, ou le sens même de notre démocratie ?

Science et complexité

« Comment une pandémie a changé le monde, et comment éviter la prochaine ». Une conseillère scientifique de la ministre n°1 (traduction de « first minister ») de l’Ecosse produit une émission pour la BBC. 

Tout ce qu’a fait l’Angleterre est mal (ou presque), au contraire de ce qu’a fait l’Ecosse. Une fois le vaccin au point tout fut fini. Vive la science ! Aurait-on changé l’impartiale BBC ?

Systématiquement, j’entends : « j’ai attrapé le Covid, et pourtant j’étais vacciné ». Trois de mes proches ont arrêté leur vaccination après de violents effets secondaires. Il est maintenant avéré que le vaccin Oxford / Axa Zeneca peut produire des thromboses… Si j’ai écouté cette émission, c’est parce que je croyais que l’on m’expliquerait ce que la « science » avait à dire de ces questions. 

Quant à la « science » de l’émission, si j’en crois ce que je lis ailleurs, ce sont les forces du marché qui nous ont soignés, selon leur bon plaisir. Les vaccins ne rapportant rien, ils n’intéressent plus la recherche, privée. Si l’on en a eus, cette fois, c’est parce que certaines start up ont pensé qu’elles pouvaient sauver une technologie qui avait échoué ailleurs (le cancer). Opportunisme. La véritable recherche est publique. C’est la société qui veut soigner la société. 

Illustration des travaux du psychologue Adam Grant. Une argumentation de type « blanc ou noir » braque celui qui doute, et renforce l’opposant dans ses certitudes ! Ce qui peut le faire changer d’avis, paradoxalement, est de lui montrer la complexité de la question. A quel point, moi, et lui, en savons peu… 

Compréhension et déterminisme

Hasard des rangements. Je découvre un recueil de textes pour cours de philosophie publié en 1970. On y trouve des extraits d’oeuvres de philosophes, et des sujets de réflexion du temps. Je m’attendais à retrouver les idées de 68, mais il y est surtout beaucoup question de science. Eh oui, le progrès triomphait en ces temps là ! Et on lisait ce qu’écrivait Einstein et ses comparses. 

Cela m’a rappelé, surtout, que les scientifiques sont, génétiquement, déterministes. Ils pensent que l’avenir est écrit. Ils rejoignent la religion. Eux aussi ont un « grand horloger ». 

Erreur de raisonnement ? La notion de « changement » leur serait-elle étrangère ? Le monde pourrait évoluer, en passant d’état, compréhensible par le scientifique, à un état, tout aussi compréhensible, mais sans que le scientifique puisse déduire l’un de l’autre. 

Qui peut prévoir le caractère des enfants, leur aspect physique ? Et pourtant, une fois qu’ils sont là, ils ont tous les traits de la famille. Il est inconcevable qu’ils puissent être autrement qu’ils ne sont. C’est comme un jeu de cartes : il y a beaucoup de combinaisons, mais c’est toujours le même jeu. Quant au choix, il est aléatoire. 

Compréhensible, mais imprévisible. C’est tout ce qu’il nous faut pour être libres, et heureux ?

Le doigt et la lune

Le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt, dit-on. 

J’ai l’impression que nous sommes tous idiots, et que c’est la société, dans sa globalité, qui est le sage. En effet, nous ne voyons chez l’autre que ses ridicules, sans comprendre le sens réel de ses paroles. 

Exemple ? La théorie de la complexité dit que les voies de la complexité sont imprévisibles. Mais un monde complexe n’est pas incompréhensible. Une fois qu’il a trouvé une organisation, ses règles nous semblent parfaitement logiques. Or, on dit la même chose des voix du Seigneur. Et s’il y avait, dans ces explications, religieuse et scientifique, deux interprétations du même phénomène ? 

Justement, le propre de l’homme est de modéliser. Il a besoin d’expliquer la complexité. (C’est utile, mais surtout, cela lui donne la fausse impression qu’il la maîtrise ?) Il le fait, à chaque fois, avec son vocabulaire du moment. 

La sélection du bellâtre

La femelle préfère le virtuose, chez certains singes. Et le couple donne ensuite de magnifiques duos. J’ai entendu cela dans une émission de la BBC. (David Attenborough.) 

Cela contredit apparemment un courant scientifique puissant, qui veut que la sélection naturelle choisisse l’individu le plus résistant. 

(Bien sûr, l’a priori scientifique est non « falsifiable », donc non scientifique : on peut toujours dire que la puissance du chant traduit celle de l’individu.)

Mais n’en est-il pas de même chez les hommes ? La femelle choisit souvent le bellâtre, la star de la chanson, l’intellectuel évaporé, le beau parleur… L’esthétique, par ailleurs, joue un rôle colossal dans notre existence et dans la sélection « naturelle ». Et l’esthétique est tout sauf ce que l’on appelle « rationnel ». 

Et si c’était cela la réelle marche de la dite sélection naturelle ? Un hasard qui fait émerger des formes d’organisation nouvelles ? Organisations qui tiennent ou non, par miracle ? Meilleure garantie de résilience qu’un déterminisme rationaliste, fragile comme tout ce qui est prévisible ? 

L’esthétique, sorte de hasard total dissimulé sous une apparence raisonnable, serait-il une ruse de la sélection naturelle ?…

Dancing with the devil

L’Allemagne des années 30, qu’est-ce que c’était ? Les jeunes filles de l’aristocratie anglaise finissaient leur éducation en Allemagne. Et cela jusqu’à la déclaration de la guerre. La BBC, il y a quelques années, a interviewé quelques-uns de ces témoins. (L’émission, dont le titre est celui de ce billet, était rediffusée récemment.) Une de ces dames, d’ailleurs, avait déjeuné avec Hitler. Un homme charmant. 

Leurs souvenirs ? Le ski la journée, l’opéra, le soir. 

Qu’en déduire ? On nous a dit que le régime Nazi était monstrueux. Mais ce n’est qu’après coup qu’on l’a découvert. Auparavant, il a séduit beaucoup de monde. L’aristocratie anglaise, qui lui envoyait ses filles, Lindberg et General Motors, beaucoup de polytechniciens, et les majors de l’agrégation de philosophie… 

Quand sortirons-nous de ce qu’Edgar Morin appelle « la pensée simplifiante » ? 

Increvable capitalisme ?

L’humanité va à sa perte. On ne peut pas produire toujours plus, nous dit-on. D’ailleurs, le capitalisme, lucre et matérialisme, est contre nature. Et si ce bon sens se trompait ? Et si les voix de la complexité étaient incompréhensibles ? 

Il y a quelques décennies, la préoccupation existentielle de l’humanité était la crise. Le propre du capitalisme, c’est la crise. Celle de 29 est à l’origine d’une guerre qui aurait pu rayer l’humanité de la surface du globe. M.Poutine ne serait pas si aigri, si la Russie n’avait pas subi une crise terrible, qui a réduit de 6 ans l’espérance de vie de sa population. (Si vous voulez savoir pourquoi un pays hait l’Occident, cherchez la crise.)

Mais les choses ne sont jamais si simples… Parce qu’elle détruit l’économie, la crise crée des « start up ».  Ce qui est, qui sait ?, une nécessité. Et l’humanité vient d’innover en termes de crise :

  • La transition climatique est une crise artificielle. L’humanité se saborde sans contrainte immédiate. 
  • Les crises covidienne et ukrainienne sont traitées par la solidarité. Et une solidarité qui cherche à renforcer les faibles, à leur laisser une seconde chance. (Anti Darwin ?)

D’où la ruse de la complexité dont je parle en introduction. Il semble que, à moins d’un désastre, l’humanité ne va plus faire qu’un bloc. Mais cette unicité signifie la fin de l’innovation, le repli sur soi, la décadence, et, finalement, l’incapacité à résister au moindre accident naturel.

Or, si l’on en croit les spécialistes des réseaux, et peut-être aussi l’observation quotidienne, c’est l’expérience de la petite crise qui les rend de plus en plus résistants à la grande crise. C’est la théorie Antifragile de Nassim Taleb. Une société en crise permanente, sans, pour autant, qu’elle se fasse aux détriments des individus, serait extraordinairement résiliente. 

(A noter que l’on a là un modèle proche de ce qu’a imaginé Kant, qui, lui, voit la résilience par le conflit. Vers la paix perpétuelle.)

Intérêt complexe

La Chine et la Russie ont peut-être cru fini l’Occident. L’Occident est mené par l’intérêt aveugle de ses individus. Ce qui les conduit à vendre la corde pour les pendre. 

Mais l’intérêt n’est pas aussi simple qu’on le croit. Car, il peut y avoir de l’intérêt à remplacer la Chine et la Russie dans la « supply chain » mondiale. Cela crée de nouveaux marchés. Et cela, l’entrepreneur et le spéculateur l’adorent. Il en est de même de la transition climatique. Qu’on y croit ou non, c’est bon pour le business. 

« The trend is our friend », dit l’Anglo-saxon. L’économie de marché s’asphyxie en ligne droite, elle a besoin de « disruptions ». La destruction est créatrice, mais pas au sens où l’entendait Schumpeter. Le moteur du capitalisme, c’est le changement, la crise. Il la recherche. 

Seulement, nouvelle pirouette, cette crise ne fait pas nécessairement de victimes. Encore une solution que n’avait pas vu Schumpeter. La « flexisécurité » nordique est un procédé qui amène la société à s’adapter au changement, sans casse. 

Exemple de « complexité » dirait Edgar Morin. La « pensée simplifiante » pense maîtriser la nature, et hop, le phénomène si simple prend une forme inattendue. Mais compréhensible a posteriori. Ce qui fait croire à l’idiotie des premiers à le penser. Sans comprendre que le chemin qu’emprunte la vie est, par nature, imprévisible.