Peut-on faire croire n'importe quoi au peuple ?

Dans son chapitre « sur le coutume », Montaigne constate que non seulement ce qui paraît naturel et juste varie du tout au tout d’une nation à une autre, mais, surtout, que c’est bien souvent idiot. Il cite Platon qui croit que « pour chasser les amours contre nature », il faut « raconter des fables (qui infusent) cette utile croyance dans la tendre cervelle des enfants. » 

Platon est le saint patron de l’intellectuel. C’est Gramsci avant Gramsci ? Pour mener le peuple, il faut lui raconter des sornettes, dit-il. Hannah Arendt en fait l’inventeur de l’enfer. 

Jamais cela n’a été aussi vrai qu’aujourd’hui. Tout ce que l’on nous raconte est « politiquement correct ». Question : pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Comment se fait-il que Platon ait-eu tort ? 

Edgar Morin dirait que Platon a une « pensée simplifiante ». Il ignore la complexité du monde, qui fait que tout change d’une façon imprévisible pour la « raison ». Effectivement, la tendre cervelle des enfants croit ce qu’on lui raconte. Mais la cervelle qui murit constate aussi qu’il existe des paradoxes que la théorie dominante n’explique pas. Alors, le doute s’installe. C’est le début du changement. 

Principe d'incertitude

Einstein disait que « Dieu ne jouait pas aux dés ». Il soupçonnait que la mécanique quantique était contre nature. Je me demande si ce n’est pas tout le contraire. 

Le fondement de la mécanique quantique, c’est le « principe d’incertitude d’Heisenberg ». En gros cela signifie que l’on ne peut rien connaître exactement. 

Or, il semble que cela soit aussi un principe de la vie : « qui veut faire l’ange fait la bête ». Un désir d’absolu produit son contraire : le chaos. C’est l’histoire de tous les totalitarismes, et le drame de la politique gouvernementale. 

Etre incapable de comprendre cela pourrait être le propre de l’homme, en particulier de l’élite intellectuelle : la raison est naturellement déterministe. 

Pour autant, le déterminisme n’est pas inutile. L’homme modélise, et la modélisation lui donne des idées. Et l’envie d’entreprendre. Alors il se jette à l’eau. 

Rien ne se passe comme prévu. Peut-être, alors, que, comme le pilote de chasse poursuivi par un missile, sa raison se débranche-t-elle ? Et il est sauvé par ses esprits animaux ? En tous cas, il atteint souvent une fin inattendue. Mais une fin tout de même. Une autre façon de comprendre « incertitude » ?

Vive l'élevage intensif ?

« les chercheurs affirment maintenant que (les élevages de volailles en liberté), qui nécessitent beaucoup plus de terres, augmenteraient l’empiétement sur les habitats naturels et créeraient de plus en plus de risques que les maladies véhiculées par les animaux sauvages entrent en contact avec les humains et franchissent la barrière des espèces. » (Article.)

L’élevage intensif aurait du bon. Méfions-nous des idées reçues, disent les chercheurs. 

Leçon de complexité : un bien n’est pas l’inverse d’un mal, mais, plus souvent, le « juste milieu » entre lui et son inverse… 

Mécanique quantique

Feynman donne une introduction à la mécanique quantique qui n’a rien à voir avec ce que j’ai connu. 

Je me souviens d’équations mystérieuses. Chez lui, il part de l’expérience. Il montre que, dans certaines conditions, l’électron est diffracté. C’est à dire qu’il se comporte comme une onde. Du coup, on aboutit au principe d’incertitude d’Eisenberg, qui devient le principe fondamental de la mécanique quantique, sur lequel tout repose. 

Et, surprise, ce principe produit une forme de certitude. C’est lui, en quelque sorte, qui maintient les électrons en orbite. En effet, sans cela l’électron obéirait à la mécanique newtonienne, dissiperait son énergie, et finirait collé au noyau. Ce qui permet à Richard Feynman de faire quelques calculs précis…  Paradoxe. Et il y a beaucoup d’autres applications pratiques du dit principe. Par exemple, il fournit une raison pour laquelle nos chaussures ne s’enfoncent pas dans le sol… 

Encore plus mystérieux que les équations mystérieuses ? Ou est-ce notre « esprit simplifiant » qui est totalement inadapté à la réalité ?

Odyssée présidentielle ?

Notre président devrait être minoritaire à la chambre des députés, lit-on. 

Les électeurs qui en ont la possibilité ne devraient-ils pas voter pour la droite ? Car, dans ces conditions, notre président va devoir s’allier à la droite, et, comme le DUP en Irlande du nord, les députés de droite devraient donc avoir un pouvoir de nuisance considérable.

Curieuse histoire. Le député, représentant du peuple, est le coeur d’une démocratie. Or, chez nous, il n’est plus rien. C’est le résultat de quelques réformes particulièrement intelligentes, comme seul un Français peut en avoir l’idée. 

Et quel en a été le résultat ? Paradoxalement l’électeur a mis en échec les projets d’absolutisme de l’élite intellectuelle qui le gouverne. Dans toute sa diversité, il est parvenu à faire passer un message au président : vos idées sont hors sujet. Et il pourrait se donner des moyens redoutables de contrôler son action. 

M.Macron pourrait bien avoir à naviguer entre Charybde et Scylla.

L'animal est-il bête ?

L’oiseau semble reconnaître ses petits par leur bruit et la couleur de leurs oeufs. Si vous avez compris ceci, vous pouvez lui faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Les travaux de Konrad Lorentz sont faits de constatations de ce type. L’animal serait-il un robot, obéissant à quelques « algorithmes » simplistes ? 

Je me demande si chaque espèce n’a pas une vision du monde différente. Dans son genre, elle est très efficace. Il se peut que, nous aussi, nous soyons facilement manipulables. D’ailleurs, c’est ce que constate la science du biais. Et l’homme ne cesse de manipuler l’homme. Et le virus, le prend, de temps à autres, pour une passoire… 

Chronique de crise

Après la bulle internet, j’ai animé un « club internet ». Ce qui m’intéressait était de savoir comment réagissait le monde des affaires. Réponse : encéphalogramme plat. 

Ce blog est issu de la crise de 2008. Après une phase de chaos, progressivement a émergé les prémices d’un « changement de paradigme ». A la fois critique du « monde d’avant » et de ses principes constitutifs, et commencement de propositions de fondations nouvelles. 

Aujourd’hui, nous sommes à nouveau en crise : virus, Poutine, inflation… Et c’est une méga crise avec des secousses de plus en plus violentes, et imprévisibles. The Big one, comme on dit en Californie ?

Question : allons-nous parvenir à reprendre le contrôle du train avant qu’il ne déraille ? « Ce qui ne tue pas renforce » ? Notre esprit est-il tellement englué dans le « monde d’avant », qu’il faut risquer la mort, pour qu’il se remette en marche ? 

Réformer l'Education nationale

L’Education nationale est une farce. Ce n’est pas poli de le dire, mais c’est ce que tout le monde pense. 

Comment la changer pour lui éviter de changer ? 

Elle nous sélectionne sur ce qu’elle juge être notre capacité à penser. Et donne le pouvoir à ce qu’elle croit l’élite. Le reste est rebut. Elle enseigne à « l’élite » ce qu’Edgar Morin a appelé une « pensée simplifiante ». Quant au rebut, outre le fait d’avoir acquis un complexe d’infériorité, il se retrouve sur le marché du travail sans savoir rien faire. C’est d’ailleurs aussi le cas de l’élite. Carton plein. 

En fait, l’art de penser est celui du citoyen. C’est le propre de la démocratie, qui donne à son peuple la tâche de gérer le bien commun. Ce doit être un art de masse, et pas d’élite. Et c’est un art de la complexité. Paradoxalement, alors que le « sauvage » a une pensée complexe (sans quoi il ne survivrait pas), le « civilisé » tend à croire que tout est facile. La pensée complexe ne s’enseigne pas, en fait, c’est avant tout une prise de conscience. Comme le disaient les pragmatistes, il n’y a que « l’expérience » pour s’en rendre compte : confrontation de l’homme à la réalité, et pas à des formules de mathématiques. 

Ensuite, il faut apprendre un métier. Pour cela, il faut d’abord des connaissances pratiques. Fondamentales. Puis, entrer en « apprentissage », en suivant sa « vocation », ou au moins ses penchants. 

Et l’enseignant ? La 3ème République le sélectionnait à l’image de l’élite. Ce n’est plus le cas. Or, ce n’est pas utile. Les connaissances qu’il dispense sont simples. Il doit être, avant tout, un pédagogue, un bon artisan de l’enseignement, qui aime son métier. Et plus il a peiné pour apprendre, meilleur il le sera. 

Mauvaise éducation ?

C’est fantastique ce que l’on peut apprendre en peu de temps ! me dis-je en écoutant les émissions de la BBC qui parlent de la nature. 

On y apprend ce que personne ne semble savoir : la complexité du monde. Si l’humanité en prenait conscience, elle deviendrait humble. Il n’y aurait pas de guerres de religion, ou d’opinion,  d’économistes ou de philosophes omniscients, d’hommes politiques qui se prennent pour des « lider maximo » et la science serait, enfin, scientifique. 

Mais, surtout, que l’Education nationale est inefficace ! Quand on pense à la jeunesse que nous avons perdue à écouter ces pauvres types qui essayaient de nous inculquer des connaissances sans intérêt ! Alors que le cerveau humain, particulièrement celui de l’enfant, a une capacité extraordinaire à comprendre, et que quelques minutes d’une émission de radio, ou d’expérience de la nature, feraient des miracles… 

David Attenborough

David Attenborough raconte des histoires d’animaux (une émission de la BBC radio). David Attenborough a parcouru le monde dans tous les sens, pour les filmer. Je trouve que, par les temps qui courent, c’est ce qu’il nous faut. 

Paisible. Voilà le caractère de cette voix. David Attenborough est un merveilleux conteur. Et ses histoires sont passionnantes. De la façon dont s’y prend le coucou pour que ses oeufs ne soient pas éjectés par l’oiseau qu’il parasite (son oeuf a la même couleur que ceux de ce dernier), et que celui-ci nourrisse son petit (il fait le même bruit que les siens), à la colonisation de la Nouvelle Zélande par l’oiseau marcheur, qui occupe les niches écologiques qui sont ailleurs celles des mammifères, en passant par la reproduction du lombric, tout est surprenant, et merveilleux. 

Et, surtout, ce n’est pas de l’écologie béate. Car ce monde est dangereux pour l’innocent, comme le révèle la « contre histoire » de lions apprivoisés, qui furent des succès de librairie.

C’est le mystère de la complexité. Une complexité qui produit des résultats imprévisibles, et, pourtant, qui n’est pas incompréhensible par l’individu, s’il est continûment vigilant. Et une complexité qui a peut être une règle. La recherche de l’absolu, du risque nul, produit son contraire, le cataclysme. La complexité est une question d’équilibre subtil, que l’on ne trouve que si l’on est intimement convaincu, justement, que le danger est permanent.