Troisième tour ?

Que vont donner les élections législatives ? me demandé-je, bien avant les péripéties de l’élection présidentielle. 

Rebondissement : je lisais que des candidats LR refusent le combat. 

Le député est l’âme de la démocratie. Il est nous, il est le représentant du peuple. Or, aujourd’hui, il n’est plus que le représentant du candidat qu’il sert. Il est M.Macron, Mélenchon ou Madame Le Pen. Il n’a plus aucune personnalité propre. Curieux renversement, dont la systémique a le secret. Voilà un changement dont on parle peu, malheureusement. 

Le problème, est-ce le troisième tour, ou le sens même de notre démocratie ?

Science et complexité

« Comment une pandémie a changé le monde, et comment éviter la prochaine ». Une conseillère scientifique de la ministre n°1 (traduction de « first minister ») de l’Ecosse produit une émission pour la BBC. 

Tout ce qu’a fait l’Angleterre est mal (ou presque), au contraire de ce qu’a fait l’Ecosse. Une fois le vaccin au point tout fut fini. Vive la science ! Aurait-on changé l’impartiale BBC ?

Systématiquement, j’entends : « j’ai attrapé le Covid, et pourtant j’étais vacciné ». Trois de mes proches ont arrêté leur vaccination après de violents effets secondaires. Il est maintenant avéré que le vaccin Oxford / Axa Zeneca peut produire des thromboses… Si j’ai écouté cette émission, c’est parce que je croyais que l’on m’expliquerait ce que la « science » avait à dire de ces questions. 

Quant à la « science » de l’émission, si j’en crois ce que je lis ailleurs, ce sont les forces du marché qui nous ont soignés, selon leur bon plaisir. Les vaccins ne rapportant rien, ils n’intéressent plus la recherche, privée. Si l’on en a eus, cette fois, c’est parce que certaines start up ont pensé qu’elles pouvaient sauver une technologie qui avait échoué ailleurs (le cancer). Opportunisme. La véritable recherche est publique. C’est la société qui veut soigner la société. 

Illustration des travaux du psychologue Adam Grant. Une argumentation de type « blanc ou noir » braque celui qui doute, et renforce l’opposant dans ses certitudes ! Ce qui peut le faire changer d’avis, paradoxalement, est de lui montrer la complexité de la question. A quel point, moi, et lui, en savons peu… 

Compréhension et déterminisme

Hasard des rangements. Je découvre un recueil de textes pour cours de philosophie publié en 1970. On y trouve des extraits d’oeuvres de philosophes, et des sujets de réflexion du temps. Je m’attendais à retrouver les idées de 68, mais il y est surtout beaucoup question de science. Eh oui, le progrès triomphait en ces temps là ! Et on lisait ce qu’écrivait Einstein et ses comparses. 

Cela m’a rappelé, surtout, que les scientifiques sont, génétiquement, déterministes. Ils pensent que l’avenir est écrit. Ils rejoignent la religion. Eux aussi ont un « grand horloger ». 

Erreur de raisonnement ? La notion de « changement » leur serait-elle étrangère ? Le monde pourrait évoluer, en passant d’état, compréhensible par le scientifique, à un état, tout aussi compréhensible, mais sans que le scientifique puisse déduire l’un de l’autre. 

Qui peut prévoir le caractère des enfants, leur aspect physique ? Et pourtant, une fois qu’ils sont là, ils ont tous les traits de la famille. Il est inconcevable qu’ils puissent être autrement qu’ils ne sont. C’est comme un jeu de cartes : il y a beaucoup de combinaisons, mais c’est toujours le même jeu. Quant au choix, il est aléatoire. 

Compréhensible, mais imprévisible. C’est tout ce qu’il nous faut pour être libres, et heureux ?

Le doigt et la lune

Le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt, dit-on. 

J’ai l’impression que nous sommes tous idiots, et que c’est la société, dans sa globalité, qui est le sage. En effet, nous ne voyons chez l’autre que ses ridicules, sans comprendre le sens réel de ses paroles. 

Exemple ? La théorie de la complexité dit que les voies de la complexité sont imprévisibles. Mais un monde complexe n’est pas incompréhensible. Une fois qu’il a trouvé une organisation, ses règles nous semblent parfaitement logiques. Or, on dit la même chose des voix du Seigneur. Et s’il y avait, dans ces explications, religieuse et scientifique, deux interprétations du même phénomène ? 

Justement, le propre de l’homme est de modéliser. Il a besoin d’expliquer la complexité. (C’est utile, mais surtout, cela lui donne la fausse impression qu’il la maîtrise ?) Il le fait, à chaque fois, avec son vocabulaire du moment. 

La sélection du bellâtre

La femelle préfère le virtuose, chez certains singes. Et le couple donne ensuite de magnifiques duos. J’ai entendu cela dans une émission de la BBC. (David Attenborough.) 

Cela contredit apparemment un courant scientifique puissant, qui veut que la sélection naturelle choisisse l’individu le plus résistant. 

(Bien sûr, l’a priori scientifique est non « falsifiable », donc non scientifique : on peut toujours dire que la puissance du chant traduit celle de l’individu.)

Mais n’en est-il pas de même chez les hommes ? La femelle choisit souvent le bellâtre, la star de la chanson, l’intellectuel évaporé, le beau parleur… L’esthétique, par ailleurs, joue un rôle colossal dans notre existence et dans la sélection « naturelle ». Et l’esthétique est tout sauf ce que l’on appelle « rationnel ». 

Et si c’était cela la réelle marche de la dite sélection naturelle ? Un hasard qui fait émerger des formes d’organisation nouvelles ? Organisations qui tiennent ou non, par miracle ? Meilleure garantie de résilience qu’un déterminisme rationaliste, fragile comme tout ce qui est prévisible ? 

L’esthétique, sorte de hasard total dissimulé sous une apparence raisonnable, serait-il une ruse de la sélection naturelle ?…

Dancing with the devil

L’Allemagne des années 30, qu’est-ce que c’était ? Les jeunes filles de l’aristocratie anglaise finissaient leur éducation en Allemagne. Et cela jusqu’à la déclaration de la guerre. La BBC, il y a quelques années, a interviewé quelques-uns de ces témoins. (L’émission, dont le titre est celui de ce billet, était rediffusée récemment.) Une de ces dames, d’ailleurs, avait déjeuné avec Hitler. Un homme charmant. 

Leurs souvenirs ? Le ski la journée, l’opéra, le soir. 

Qu’en déduire ? On nous a dit que le régime Nazi était monstrueux. Mais ce n’est qu’après coup qu’on l’a découvert. Auparavant, il a séduit beaucoup de monde. L’aristocratie anglaise, qui lui envoyait ses filles, Lindberg et General Motors, beaucoup de polytechniciens, et les majors de l’agrégation de philosophie… 

Quand sortirons-nous de ce qu’Edgar Morin appelle « la pensée simplifiante » ? 

Increvable capitalisme ?

L’humanité va à sa perte. On ne peut pas produire toujours plus, nous dit-on. D’ailleurs, le capitalisme, lucre et matérialisme, est contre nature. Et si ce bon sens se trompait ? Et si les voix de la complexité étaient incompréhensibles ? 

Il y a quelques décennies, la préoccupation existentielle de l’humanité était la crise. Le propre du capitalisme, c’est la crise. Celle de 29 est à l’origine d’une guerre qui aurait pu rayer l’humanité de la surface du globe. M.Poutine ne serait pas si aigri, si la Russie n’avait pas subi une crise terrible, qui a réduit de 6 ans l’espérance de vie de sa population. (Si vous voulez savoir pourquoi un pays hait l’Occident, cherchez la crise.)

Mais les choses ne sont jamais si simples… Parce qu’elle détruit l’économie, la crise crée des « start up ».  Ce qui est, qui sait ?, une nécessité. Et l’humanité vient d’innover en termes de crise :

  • La transition climatique est une crise artificielle. L’humanité se saborde sans contrainte immédiate. 
  • Les crises covidienne et ukrainienne sont traitées par la solidarité. Et une solidarité qui cherche à renforcer les faibles, à leur laisser une seconde chance. (Anti Darwin ?)

D’où la ruse de la complexité dont je parle en introduction. Il semble que, à moins d’un désastre, l’humanité ne va plus faire qu’un bloc. Mais cette unicité signifie la fin de l’innovation, le repli sur soi, la décadence, et, finalement, l’incapacité à résister au moindre accident naturel.

Or, si l’on en croit les spécialistes des réseaux, et peut-être aussi l’observation quotidienne, c’est l’expérience de la petite crise qui les rend de plus en plus résistants à la grande crise. C’est la théorie Antifragile de Nassim Taleb. Une société en crise permanente, sans, pour autant, qu’elle se fasse aux détriments des individus, serait extraordinairement résiliente. 

(A noter que l’on a là un modèle proche de ce qu’a imaginé Kant, qui, lui, voit la résilience par le conflit. Vers la paix perpétuelle.)

Intérêt complexe

La Chine et la Russie ont peut-être cru fini l’Occident. L’Occident est mené par l’intérêt aveugle de ses individus. Ce qui les conduit à vendre la corde pour les pendre. 

Mais l’intérêt n’est pas aussi simple qu’on le croit. Car, il peut y avoir de l’intérêt à remplacer la Chine et la Russie dans la « supply chain » mondiale. Cela crée de nouveaux marchés. Et cela, l’entrepreneur et le spéculateur l’adorent. Il en est de même de la transition climatique. Qu’on y croit ou non, c’est bon pour le business. 

« The trend is our friend », dit l’Anglo-saxon. L’économie de marché s’asphyxie en ligne droite, elle a besoin de « disruptions ». La destruction est créatrice, mais pas au sens où l’entendait Schumpeter. Le moteur du capitalisme, c’est le changement, la crise. Il la recherche. 

Seulement, nouvelle pirouette, cette crise ne fait pas nécessairement de victimes. Encore une solution que n’avait pas vu Schumpeter. La « flexisécurité » nordique est un procédé qui amène la société à s’adapter au changement, sans casse. 

Exemple de « complexité » dirait Edgar Morin. La « pensée simplifiante » pense maîtriser la nature, et hop, le phénomène si simple prend une forme inattendue. Mais compréhensible a posteriori. Ce qui fait croire à l’idiotie des premiers à le penser. Sans comprendre que le chemin qu’emprunte la vie est, par nature, imprévisible. 

Exercice d'éthique en Angleterre

Une jeune cousine me parlait des exercices d’éthique qu’on lui faisait faire. Il s’agissait de choix entre des décisions qui ont pour conséquences de tuer plus ou moins de personnes. 

A en croire la BBC, le gouvernement anglais est en face d’un tel choix. Une partie importante du personnel médical refuse de se faire vacciner (77.000 personnes, je crois). Le gouvernement a décidé de le licencier. Seulement, le NHS est fragile, et perdre autant de monde pourrait causer plus de dégâts que ceux évités par la vaccination. Que faire ? 

Peut-être ce que l’on n’enseigne pas à ma petite cousine. Le gouvernement anglais dit maintenant que la variante Omicron, bien que le vaccin soit efficace contre elle, cause moins de dommages que prévu…

(Au passage, on notera que, contrairement à ce que l’on dit, l’Anglais est bien plus coriace que le Français. Le Français : une grande gueule, mais pas méchant ?)

Allons-nous connaître la crise ?

J’ai connu la crise, dans ma jeunesse. Elle fut interminable. J’en ai gardé un souvenir sinistre. Et puis, on l’a oubliée. On n’avait plus d’inflation, mais on s’est habitué à avoir trois millions de chômeurs.

Or, l’inflation, qui ne devait pas exister selon les économistes, accélère aux USA, en particulier. (Et même chez moi : mon crémier a fait passer ses oeufs de 1,90 à 2,20€ !) Surtout, il y a la question de l’énergie. Car une augmentation du prix de l’énergie serait un drame pour une grosse partie de la population, qui a déjà du mal à boucler ses fins de mois. (Voilà pourquoi le candidat E.Macron a imposé à EdF, pourtant dans une situation inquiétante, de vendre une partie de son énergie à bas prix ?)

Quelles sont les causes de cette crise ? Nous sommes extrêmement dépendants les uns des autres. Par exemple du gaz de schiste américain, qui a souffert des aléas des cours pétroliers. Mais aussi de la Chine, qui est en concurrence avec l’Europe pour son approvisionnement en énergie. Chine qui semble avoir voulu réduire sa dépendance au charbon, un échec, et qui ne parviendrait pas, maintenant, à relancer sa production. Or, l’Allemagne arrête ses centrales nucléaires. Quant à l’énergie renouvelable, on ne sait pas si un jour elle remplacera quoi que ce soit. A cela s’ajoute le jeu politique. Le cartel de l’OPEP défend ses intérêts ; l’Allemagne est dépendante du gaz de la Russie, faute de nucléaire, Russie qui cherche à s’affirmer comme pouvoir de nuisance ; et la Chine, du charbon de l’Australie, avec laquelle elle est en froid. Peut-être, aussi, que la capacité mondiale de production d’énergie est moins flexible qu’on ne le pensait, et qu’un hiver froid suivi par une croissance forte sont suffisants pour la désorganiser. 

Il n’est partout question que de « transition climatique ». Comment fait-on ? Personne ne semble se poser cette question. Peut-être qu’il faudrait commencer par lui trouver une réponse rigoureuse ?

Exemple de notre amateurisme mondial en termes de conduite du changement ?