Protectionnisme

La France produit pas loin d’un film par jour. L’industrie cinématographique française est étonnamment forte, compte tenu de la taille du pays. (Derniers chiffres.) Elle n’est pas écrasée par celle des USA.

Cela ne résulte-t-il pas d’une forme de protectionnisme ? En particulier, d’un mécanisme de financement généreux (distribué par le CNC). Mais peut-être aussi du système des intermittents.

Le protectionnisme aurait donc une forme d’efficacité. Mais, celui-ci est-il efficient ? Est-ce une dépense dont nous avons les moyens ? D’autres secteurs de l’économie ne mériteraient-ils pas de l’aide ?

Cinéma

J’entendais le réalisateur du Jeune Marx dire, en substance, que le cinéma Hollywoodien nous manipulait pour nous faire aimer le capitalisme (France Culture, vendredi dernier). Son film combattait le mal par le mal : il nous manipulait pour nous faire haïr le capitalisme.

C’est ennuyeux toute cette manipulation. Cela montre assez peu de considération pour l’homme. Et cela ne donne pas envie d’aller au cinéma. Socrate, pour sa part, cherchait à créer les conditions qui feraient que l’homme pense par lui même. Il ne prétendait pas lui dire ce qu’il devait penser. Car, il croyait que la diversité était une richesse. Seulement, il fallait mettre en marche son cerveau…

C’est une idée qui mériterait d’être creusée.

Marie Octobre

Film de Julien Duvivier, de 1959. Huis clos. Un réseau de résistants se retrouve 15 ans après la fin de la guerre. L’un d’entre-eux est un traitre. Mais qui ? 
Comme souvent, un film est l’occasion de faire passer des messages subliminaux. Ce réseau est un échantillon représentatif de la société française. Du tenancier de maison semi-ouverte au financier, en passant par l’avocat ou le fonctionnaire… La guerre a uni ce que la société oppose. Mais, ces résistants ne sont peut-être pas si bien que cela. Y compris leur chef, mort en martyr. Ne serait-ce que, pour pouvoir résister, il fallait être accepté par la société, donc, au moins un peu, collaborer. Et ils étaient tous fauchés, comment se fait-il qu’ils soient riches, maintenant ? Où ont-ils trouvé leur argent ? Comment se fait-il, aussi, qu’ils se déchirent, alors qu’ils étaient prêts au sacrifice ? 

Jamaica Inn

L’auberge de la Jamaïque de Hitchcock : un film de brigands ou de femmes ? Ou, de la complexité de l’âme humaine qui complique tout ? 
D’un côté, il y a les hommes, qui ne sont concernés que par eux-mêmes, par leur bon plaisir, y compris, peut-être, lorsqu’il s’agit de la gloire qu’il y a à servir la justice. De l’autre la femme est amour, de son homme ou de l’humanité ou de sa famille. Tout cela lui fait faire des choses contradictoires, et pas toujours bonnes. Tour à tour, elle sauve ou compromet la justice. L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. 
Peut-être est-ce le jeu de ces forces qui finit par faire que le monde va dans la bonne direction ? Ou peut-être cela plaide-t-il pour le principe de précaution : ne suivons pas mécaniquement nos impulsions ? 

Cinéma

Le cinéma semble obéir à des conventions. Dès le début, on sait comment le film va finir. Toute la complexité de l’intrigue cherche simplement à augmenter la satisfaction du spectateur d’avoir eu raison. 
Mais il y a un autre niveau de lecture. Sans cette convention, l’histoire aurait pu mal tourner. Et ce qui aurait pu la faire échouer, c’est « la banalité du mal ». C’est à dire nous et nos impulsions ordinaires. Qu’il n’en ait pas été ainsi tient à un miracle, à un moment de grâce. C’est là que l’homme est devenu héros : il a été capable de sortir d’un comportement mécanique. 

The lady vanishes

The lady vanishes, d’Hitchcock (1938). Un film sur le changement ? Une personne disparaît. On dit à celle avec qui elle voyageait qu’elle n’a jamais existé. Les gens honnêtes entrent dans la combine. Les uns parce qu’ils ne veulent pas rater un match de cricket, les autres parce qu’ils font un voyage extra marital. Explication de la banalité du mal, dirait Hannah Arendt. Plus prosaïquement, on comprend pourquoi les organisations et les sociétés résistent au changement. Parce qu’il menace de révéler nos médiocres turpitudes. Pire : la personne enlevée n’est pas l’innocente vielle dame que l’on croyait, mais un espion. 
Cela en dit peut être aussi long sur ce qui fait réussir le changement. Ce sont deux innocents. (Voilà pourquoi les innocents finissent en martyrs ? On comprend vite qu’ils sont au dessus de nos petites combines, et qu’ils risquent de les dévoiler ?) Mais aussi une réaction collective. Une fois que la crise éclate, il n’y a plus de place pour le calcul mesquin. 
Film prémonitoire, en ce qui concerne l’Angleterre ? 
(Et pour la France ? Elle a été terrassée avant d’avoir réalisé qu’elle était en crise ?)

La métamorphose des cloportes

La bonne société serait-elle faite de cloportes métamorphosés ? Y aurait-il un ancien malfrat derrière chaque citoyen ? Très bon dialogues, très bons acteurs, mais vraiment très très noir. A commencer par la pellicule. Kafkaïen, comme son titre, même. 
Portrait de la France d’après-guerre ? On y avait beaucoup trafiqué, et fait beaucoup d’actions que la morale réprouve. C’est certainement ce qu’Alphonse Boudard, d’un livre de qui est tiré le film, avait constaté.
Film de Pierre Granier-Deferre de 1965.

Les grandes gueules

Un film sur l’amitié, c’est rare. Un film, dans lequel on gagne les batailles, mais on perd la guerre, encore plus. On veut réinsérer des prisonniers en liberté conditionnelle dans la société. Au début, il faut faire leur bien contre eux. Au moment où l’on croit avoir réussi, c’est l’échec. L’équilibre était trop instable. C’est aussi un film sur les principes. Bourvil, en particulier, tient tête à la société, oligarques locaux ou mafieux parisiens, au péril de sa vie, par révolte contre l’injustice. 
Morale de l’histoire ? Peut-être, comme dans certains films de Clint Eastwood, la vie est une lutte, le bonheur est d’être « droit dans ses bottes ». Cela permet de se faire quelques amis.
(Film de Robert Enrico, 1965.)

Mille milliards de dollars

Film précurseur ! C’est la théorie des 0,1% avant les 0,1%. 30 entreprises contrôlent 10% de la richesse mondiale. C’est le thème de ce film d’Henri Verneuil. Il date de 1982. 
Une multinationale, qui, par ailleurs, a collaboré activement avec le régime nazi, tente d’acquérir une entreprise française pour faire du commerce avec un pays fâché avec les USA, puis utilise les services secrets de ce pays pour liquider les gêneurs. (Dont Patrick Dewaere.) On la montre optimiser ses impôts, par le prix de transfert. On y voit un dirigeant, Mel Ferrer, demander que l’on écrive sur sa tombe la valeur de l’action de son entreprise. Pour inspirer ses successeurs. 
Tout s’explique
Caricatural ? Imaginons que le dirigeant ait un Dieu : la valeur boursière.  Alors ? Elémentaire… La collaboration avec les Nazis ?(cf. Opel et GM.) Comme l’explique le film, les dictatures sont prêtes à payer cher pour acheter la technologie dont se nourrissent leurs guerres. Deuxième exemple : respecter les lois nationales coûte cher. On les contourne en jouant les intérêts des uns contre les autres. C’est ainsi que l’on peut éliminer quelqu’un quasiment légalement. Il suffit de faire savoir à un pays que telle personne empêche un accord pour que celui-ci fasse ce qu’il faut pour s’en débarrasser. L’entreprise n’est pas responsable du résultat final. Dernière conséquence : ce que vaut un homme est sa fortune. Le riche compte infiniment plus que les autres. Alors, en perdre quelques-uns… 
Autre thème : le journaliste contre la multinationale. C’est très américain. Mais, ici, le journaliste en appelle aux Etats, pour qu’ils régulent les multinationales. Aux USA, le film aurait été à la gloire de l’individu, capable de tout. De construire des multinationales, ou de les faire tomber. Du mal, ou du bien. Il aurait été une leçon de morale.