Fin de récréation

« Siffler la fin de la récréation », voici ce que l’on lisait dans la presse anglo-saxonne, puis que l’on a dit en France. On en comprend peut-être aujourd’hui la signification. 

On a donné au peuple ce qu’il demandait, à commencer par des diplômes. Ces diplômes ne menaient souvent à rien, mais l’ont rendu exigeant. Pénurie de main d’oeuvre. On a payé le chômage. On a délocalisé le travail que l’on ne faisait plus. Et les diplômes qui avaient encore de la valeur ont été acquis par une toute petite partie de la société, qui s’est baptisée, de ce fait, « méritocratie ». 

Le tour de passe passe ayant réussi, la méritocratie a décidé qu’il fallait remettre le peuple à sa place, de petit personnel à son service. Fin de la récréation. A nous la France de Dickens. 

Des coupables ? Ou simple conséquence du principe d’individualisme post 68 ? Chacun a profité de la situation que lui donnait la société. Ceux qui étaient en haut ont gagné. Les « grands commis de l’Etat » ont mis l’Etat à leur disposition. Oligarques. Pas de quoi se vanter, mais il ne pouvait que difficilement en être autrement.

Seulement cette situation n’est plus durable. Le gilets jaunes le rappellent tous les jours. Ainsi que l’émergence d’une pensée « populiste ». Il faut, effectivement, remettre tout le monde au travail, mais en créant les conditions pour que chacun soit à la hauteur de ses ambitions. 

Mémoire 68

Je suis une victime de 68. J’appartiens à une génération à laquelle on a dit qu’il ne fallait plus rien apprendre par coeur. Cela rendait bête, je crois. Et il se trouve que j’ai une curieuse mémoire, qui me permet de reconstituer des faits à partir d’informations qui me viennent en tête sans que je sache d’où. Cela a fait mon succès les deux ou trois fois où j’ai joué au Trivial pursuit. Mais il y a aussi des inconvénients : dès que je crains de ne plus me souvenir, je suis coincé. Cela m’a joué des tours désagréables pendant ma scolarité : car, bien trop souvent, tout se remettait en ordre seulement après que je sois sorti de la salle d’examen. 

Et puis, avec l’âge, cette curieuse forme de mémoire a disparu. Ce qui me laisse, bien souvent, sans voix. 

N’écoutez pas les sirènes de 68, cultivez votre mémoire, tant que vous le pouvez ?

Réaction anti 68

« les boomers incarnent à ses yeux une « génération de sociopathes »« … C’est extrêmement violent. Aux USA, une série d’ouvrages écrits par des intellectuels de la génération des « millenials » instruit un procès à charge contre les boomers, la génération qui a fait 68. Les boomers, des pervers, qui, porteurs de beaux idéaux, n’ont fait que suivre leur intérêt, à qui ils ont sacrifié la société ? (Revue de livres.) 

En écoutant cela, on ne peut que se demander si les affaires de moeurs dont il est tant question actuellement, ne seraient pas le reflet d’un problème de société bien plus profond. 

Drame de la richesse

Une fois de plus, le milieu intellectuel et l’héritage de Mai 68 sont mis au banc des accusés par un livre qui se situe à mi-chemin entre le roman autofictionnel et le document. (…) La presse people s’est aussitôt emparée de l’affaire pour taper sur toutes les figures publiques reconnaissables dans le livre et dénoncer « l’omerta » dont bénéficieraient les anciens soixante-huitards pour se livrer à leurs turpitudes. France Culture

Depuis quelques temps, on parle d’une nouvelle affaire de moeurs dans les cercles du pouvoir, de gauche. La France ressemble étrangement aux USA ? Nous avons nos Weinstein ? Quand on regarde la fiche de celui qui est au centre de l’affaire, on découvre que, dans ces hautes sphères, on se marie entre soi, entre anciens révolutionnaires et grandes fortunes. Qu’ils sont abyssaux les écarts entre le discours et les actes ! 

Mais aussi, il semble que, dans ces milieux, il y ait beaucoup de prédateurs. Et qu’il y règne, effectivement, une forme « d’omerta ». Pas étonnant que ces gens voient si facilement la théorie du complot partout ?

Ce qui amène a se demander ce que fut réellement 68. Si le révolutionnaire parlait autant de « domination » est-ce parce qu’il était, lui-même, ivre de domination ? Il ne pouvait supporter aucune contrainte ? Il voulait imposer son bon plaisir ?

(Fait social à la Durkheim ? La société hyper protectrice d’après guerre a créé les conditions d’une sorte de perversion narcissique à grande échelle ?) 

68 et le calife

Il y a quelque chose de paradoxal avec la génération 68. Elle a combattu l’autorité et la morale, et, une fois au pouvoir, elle a voulu nous imposer des figures d’autorité et une morale. Au fond, elle a voulu être calife à la place du calife : elle trouvait que ce que faisaient ses parents était tellement bien qu’elle a voulu le faire à leur place ? 

Au moins, elle nous aura apporté la méfiance des autorités, et de la morale, ce qui est le début de l’autonomie de la pensée ?

2021 : anti 68 ?

Le soixante-huitard fut ultra matérialiste, il voulait profiter à plein de la société de consommation, et anti paysan (représentant de la France rétrograde qu’il haïssait). C’est ce que rappellent le film La fiancée du pirate et Le pape des escargots

Le soixante-huitard est, aujourd’hui, écologiste ! Comment imaginer un mouvement de balancier plus radical ? 

Mouvement de la société, dans son ensemble ? L’après guerre fut un amour aveugle du « progrès ». La réaction est d’autant plus brutale que l’aveuglement a été grand ? 

Le pape des escargots

Il était une fois…

En un temps oublié où la France était rurale : le début des années 70… 

Histoire de Bourgogne, d’un clochard céleste, « pape des escargots », et d’un paysan touché par la grâce de la sculpture. 

Et si, comme dans La plus belle histoire du monde de Kipling, les portes du temps s’étaient entrouvertes, et l’esprit des Celtes était en eux ? Et si l’Eglise n’était, elle-même, sous un voile bien mince, qu’une émanation de cet esprit, et des forces telluriques qu’il savait capter ? Et si l’on pouvait le retrouver, en cherchant bien, dans ses cathédrales ? 

Ce livre a quelque-chose de la bande dessinée et de la caricature. Il est, surtout, effroyablement mal pensant. S’il était publié aujourd’hui, Henri Vincenot serait brûlé en place publique. Car c’est une critique de 68 et de ce que l’on appelle maintenant le Bobo, le gosse de riche qui dévaste la société, à la recherche de sensations fortes, l’art moderne y est tourné en ridicule, c’est férocement anti féministe, et un rien homophobe et antisémite. Mais c’est aussi terriblement écolo, bien avant l’heure. Le progrès détruit la nature, l’homme et la spiritualité. Prémonitoire ? 68, le véritable Alésia ? Victoire finale du matérialisme et de l’artificiel ? Ce que ni César, ni le christianisme n’avaient osé faire : retirer leur âme aux irréductibles Gaulois ?

Cela m’a été conseillé par un tailleur de pierres. La meilleure partie du livre, trop courte à mon goût, est celle qui parle de cathédrales et de compagnons du tour de France. Ces édifices vieillissent et l’on remplace sans cesse leurs pierres pourries. (Sont ils régulièrement remis à neuf ?) Les tailleurs de pierre vont de l’un à l’autre. Ils vivent dans la beauté, mais aussi dans un autre temps : du haut des tours des cathédrales, le monde et la nature ne sont plus les mêmes. 

Ce qui fait « l’oeuvrier » est l’outil. C’est inattendu. Tout le secret de la taille, et des maîtres anciens, est là. Le tailleur de pierre fabrique ses outils. Quand il les possède, il réalise les oeuvres les plus complexes et délicates, en quelques gestes ! Dommage que l’on n’en dise pas plus, cela créerait des vocations !

Le Big Bang du baby boom ?

Ce sont les baby boomers qui meurent du coronavirus, disent les statistiques. Si l’on a arrêté la planète, quitte à prendre le risque d’une crise plus terrible que celle de 29, c’est pour sauver la génération 68.

Drôle de génération 68 : elle a fait évoluer les valeurs de la société avec ses intérêts. Hier, elle combattait la famille, maintenant elle a étendu le mariage à tous, et fait de la famille une tribu, dont elle est le patriarche. Notamment.

Voici comment je lis ce curieux article : Covid-19, le premier ennemi déclaré de la génération inoxydable.

On pourrait aller plus loin : le monde qui explose et dont personne ne veut, c’est aussi celui que nous ont légué les baby boomers, la génération hyper-matérialiste-grande-consommation-jeuniste-après-moi-le-déluge… L’égoïsme « inoxydable » des baby boomers va-t-il causer un « big bang » final. Vont-ils nous entraîner dans leur naufrage ?

Ou faut-il dire, comme les Chinois, que toute crise est une chance ? Celle-ci a montré à l’humanité ce qu’elle ne voulait pas voir : imperceptiblement elle s’est déshumanisée. Sauver les coupables serait-il le premier pas vers la rédemption ? L’acte fondateur d’une nouvelle société ?

(Qui demande aux parents de sortir de l’emprise des grands parents ? Suite de mon billet sur le passage à l’âge adulte.)

Baby boomers : la génération honteuse ?

Le paradoxe de notre temps : la génération d’après guerre est celle des parasites aux bons sentiments. Faut-il la condamner pour égoïsme et hypocrisie ? (Et destruction de la planète ?)

C’est l’histoire du jet de la première pierre. En effet, et nous, que laisserons-nous ? Car, eux nous ont laissés. Nous sommes leur cadeau à la planète, et, après tout nous ne sommes pas mal. Ils nous ont aussi laissé l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire et leurs bons sentiments. A nous d’en profiter.

Le paradoxe de 68

Je me demande si une partie de notre histoire ne s’explique pas ainsi : l’Ancien régime a créé une culture d’un raffinement unique ; le rêve des révolutionnaires puis de la 3ème République a été de faire partager cette culture au peuple. Et cela par l’éducation.

68 a ruiné ce rêve en attaquant l’éducation. Il la voyait non comme un acquis inestimable, mais comme une contrainte. L’inculte voulait imposer sa culture.

Phénomène similaire à ce que subit l’entreprise familiale ? A la troisième génération, la famille propriétaire a oublié ce qu’était une entreprise, et la confond avec un Etat providence vis à vis duquel  on a des droits mais pas de devoirs ?

(Pour apprécier des escaliers roulants en marche, il faut les avoir connus arrêtés.)