Pour un garçon de 20 ans

Un programme pour 2026 ? A l’origine, un hasard et une question : 68 avant 68 ? Ecrit en 66, ce livre annonce 68. Un dialogue épistolaire entre un vieil homme et un jeune révolté. L’occasion de comprendre pourquoi l’on s’est rebellé ?

En fait, la raison de la mutinerie est affligeante. Un degré zéro de la pensée. Le monde dont hérite le jeune homme est « sordide » et « absurde ». Il faut tout détruire, sans autre forme de procès.

Pour l’auteur, c’est un mal de gosse de riches. La grande bourgeoisie « ne se tient plus ». Classe intellectuelle, elle n’est pas parvenue à digérer les courants de pensée qui se succèdent depuis trois générations (surréalisme, structuralisme, existentialisme…). Or, ils ont pour caractéristique commune d’être anti humanistes. Ils ont détruit les valeurs de la société. Mais, sans de telles valeurs, éventuellement mises à jour, la vie est, effectivement, absurde. Le jeune homme, surtout si l’échec de sa révolte l’amène à rentrer dans le rang (on ne parlait pas encore de Bobo), et l’Occident ont-ils un avenir ?

Au fond, ce livre est un exercice d’humanisme. Le vieux se met à la place du jeune. Effectivement les constats de celui-ci sont justes. Mais il oublie qu’il est un héritier. Non seulement, il ne serait rien sans la société, qui lui a donné infiniment plus qu’à ses ancêtres (le vieux a passé 5 ans dans les camps nazis, et ceux de 14 ont été sacrifiés), mais, surtout, cette société est riche du potentiel d’un progrès sans précédent. La mission du jeune est, justement, de l’utiliser pour en faire une oeuvre à son goût. En revanche, le nihilisme infantile apparent dans ses moeurs (qui, au fond, n’est que provocation) n’est pas le terreau dont a besoin l’être humain pour se réaliser.

En y réfléchissant, je me demande si l’erreur de la génération du vieux n’a pas été de vouloir se reposer, la conscience du devoir accompli, en pensant que les jeunes allaient lui succéder. Au lieu de se limiter à des admonestations, aurait-elle dû donner un coup de rein supplémentaire et utiliser l’énergie contestataire pour entamer la construction du monde nouveau ? Voilà qui est difficile quand on est en fin de vie. Mais peut-être est-ce le sort de tout être de ne jamais avoir droit à la « retraite » ? Principe premier d’humanisme ?

Bon conseil

Je n’ai pas suivi les conseils que l’on m’a donnés. Et je constate que j’ai eu tort. La cause est, au fond, évidente : je n’avais aucune expérience. En revanche, cela a fait de moi une « pierre qui roule » qui a exploré énormément de recoins qu’elle n’aurait pas dû connaître.

En fait, j’ai été de mon temps. La « pensée 68 » voulait que l’homme fasse ce qu’il voulait. C’est comme cela qu’il fallait épouser la personne que l’on aimait. D’où une vague de divorces sans précédent. Et beaucoup d’enfants malheureux.

Victoire de la « pensée simplifiante », dirait Edgar Morin ? Incapacité d’embrasser la complexité du monde ? Ce qui, au fond, est le travail de la « raison » ? Mais aussi, paradoxale vertu de l’irrationalité ? Ruse de la complexité ?

Le mieux que l’on puisse espérer est une forme de « prudence » à la Grecque ? Contrôler l’amplitude du changement, en évitant les extrêmes, idéologies et autres révolutions ? Mais, pour le reste, il faut apprendre à utiliser habilement l’aléa ? Comme le joueur de cartes avec sa « main » ?

La crise de 68

Lire de Gaulle, c’est s’interroger sur les raisons de 68.

Une étude traitant de 68 raconte l’histoire suivante. Une jeune fille fait des études et obtient un petit poste de fonctionnaire. Elle réclame son indépendance. Ses parents l’enjoignent de rester dans la famille, et lui apporter son salaire. Crise violente.

L’après-guerre a créé les conditions d’un conflit au sein même des familles.

D’un côté, une société constipée, de l’autre une jeunesse que l’on porte aux nues, parce qu’elle devait être l’avenir. Mais une jeunesse qui a fait des études, a accès à une situation sociale qui n’est pas celle de ses parents. Ils étaient ouvriers ou paysans, elle sera éduquée, « Monsieur ».

De ce fait, elle ne parle plus leur langue, et elle les méprise. D’ailleurs, elle pense qu’elle doit sa situation à son mérite, alors qu’ils sont convaincus qu’elle est le fruit de leurs efforts, et même de leurs sacrifices.

Le changement a cassé le modèle social, la famille est devenue « lutte des classes ».

Au fond, 68 annonce le conflit actuel de la gauche et du peuple.

Mai Juin 68

Glucksmann

L’autre jour, je consultais la fiche wikipedia d’André Glucksmann, philosophe et champion de 68.

Un autre monde. Des parents, qui luttent pour les soviétiques, la guerre, des zigzags au travers de l’Europe, des études brillantes toutefois, mais très militantes.

Ensuite, c’est 68. Mais que les théories du moment étaient compliquées ! Qu’elles semblent incompréhensibles aujourd’hui.

Puis le « sinistrisme ». La dérive de l’homme de gauche vers la droite, à mesure qu’il devient une célébrité.

Notre pensée n’est qu’une rationalisation (complexe et trompeuse) de nos intérêts ?

France malaimée

Il y a quelque-chose de curieux dans les attentats français, c’est qu’ils sont commis par des personnes qui devraient être reconnaissantes au pays de les avoir accueillies. Au temps de « l’affiche rouge », les étrangers venaient se faire tuer pour les idéaux de notre pays. Maintenant, cela semble le contraire.

Tout paraît marcher à l’envers, d’ailleurs. L’école est attaquée, par exemple, alors qu’elle était le principal mécanisme d’intégration de la nation. Et qu’elle a longtemps était un objet de fierté. Autre exemple. Dans le cas du dernier crime, c’est grâce à des ONG, si j’en crois wikipedia, que celui qui est devenu un tueur n’a pas été expulsé de notre territoire. Or, ce même tueur s’en prend visiblement aux valeurs de ces mêmes ONG.

Enseignement ? On peut se demander si le changement qu’a subi notre pays n’a pas été fait au nom de ce qui n’allait pas. Ainsi, il est possible que l’école ait eu des aspects désagréables. Seulement, en éliminant le mauvais, on a oublié de se demander s’il l’on ne se privait pas aussi du bon. N’aurait-il pas été mieux de chercher à améliorer plutôt qu’à détruire ?

Alzheimer national

Un étonnement que l’on trouve tout au long de ce blog, c’est l’étendue de ce que nous, humains, avons oublié.

J’ai fini par penser que c’était normal. Chaque génération repart de zéro. Fatalement, elle doit refaire les erreurs de la précédente. Mais il ne peut y avoir que beaucoup de casse. Au mieux peut-on laisser quelques traces de son passage, en espérant qu’un jour un esprit éclairé se retrouvera dans les réflexions de Platon, d’Aristote ou d’autres, et qu’une coupure d’électricité ne fera pas perdre au cloud sa mémoire.

Une fois de plus, j’ai tort. Ce qui a changé est notre enseignement. 68 a décrété qu’il était fatigant d’apprendre. Jusqu’ici et ailleurs cela n’avait pas été le cas. Ainsi, les religions ne cessent jamais de reprendre, de zéro, l’étude, et surtout l’interprétation, de leurs textes sacrés.

La Renaissance passe par l’école ?

Raison et changement

« On peut dire que le progrès social ou humain ne suit pas le progrès matériel. » Raymond Aron et Pierre Schaeffer s’entretiennent.

Il y a plus d’un demi siècle ils parlaient déjà d’arrêter la croissance et du désenchantement de la jeunesse ! (Un universitaire vient d’utiliser presque les mêmes mots pour parler du malaise ambiant.)

Raymond Aron souligne déjà les difficultés pratiques de changer notre mode de vie. Du Gilet jaune avant la lettre.

Ils s’interrogent aussi sur le pouvoir du penseur de changer le cours de l’histoire. Raymond Aron, un brin optimiste, croit que le professeur influence ses élèves. Il faut vingt ans, en conséquence, pour voir l’effet de sa parole.

Et si leur impuissance était une réclame pour l’étude de la conduite du changement ?

(Une citation de Raymond Aron : « Ce que je déteste en tant que citoyen c’est la capitulation morale. Et ce qui m’était odieux dans les journées de mai 1968, c’était la capitulation morale des prétendues élites devant un mouvement de jeunes gens qui avaient des aspects sympathiques, mais qui en tout état de cause ne devaient pas provoquer cette abdication.« )

Confusion des genres

On utilise « they » lorsque l’on parle d’une certaine personne, dans un article de wikipedia. Après enquête, il semble qu’il s’agisse d’un « non binaire », qui ne se reconnaîtrait dans aucun sexe. En français on aurait traduit « they » par « Iel ».

Innovation de notre temps ? Il ne semble pas que cette question ait de précédent dans l’histoire humaine.

La génération soixante-huit a donné une importance surprenante à la sexualité. Alors que, après guerre, l’on semblait être parti pour une ère de la raison et de la technocratie triomphantes, cette génération parait avoir connu une curieuse phase régressive. Et, peut-être qu’à force d’avoir fait de la sexualité un absolu, elle a touché à l’absurde ? Pour que quoi que ce soit soit sérieux, il ne faut pas trop le prendre au sérieux ?

(Iel ne me semble pas une réussite : ça donne l’avantage à il sur elle. Pourquoi ne pas faire comme à la révolution et parler de « ci-devant », mais sans article ?)

La terre en héritage

Un dirigeant me disait que les vêtements modernes, synthétiques, produisent, au lavage, des micro billes de plastique. La machine à laver d’une famille pourrait polluer un étang de deux hectares en un an. Et que toutes ces billes comptent pour un tiers de la pollution par le plastique des mers. Plastique qui est consommé par le poisson. Poisson que nous mangeons.

Celui qui a vécu par le plastique…

J’ai pensé qu’il serait temps de faire la somme des conséquences imprévues du progrès ; que la génération 68 a atteint les sommets de la tartufferie ; et que le malaise des nouvelles générations est tout à fait légitime.