Service perdant

L’autre jour, on annonçait la retraite anticipée de Warren Buffett. La BBC interviewait à cette occasion le Buffett anglais (qui est à la dimension du pays : son fonds représente 2% de celui de son modèle).

A la surprise générale, il a dit très bien comprendre la politique de Trump. Avoir cru à la vertu des services avait provoqué la situation que nous avons en France : un déséquilibre massif des échanges commerciaux, un déficit colossal et un Etat inutilement coûteux. Trump cherche à rectifier le tir.

Ce qu’oubliait de dire Buffet bis, c’est que ce sont les Américains qui se sont tirés dans les pieds. (Peut-être pas tous, d’ailleurs.) Et que Trump ferait bien d’imiter les Chinois : viser la prochaine révolution plutôt que de regretter le passé.

Royale famille

Originale émission de la BBC (Sexton’s tales). Un sacristain raconte l’histoire des pensionnaires d’un cimetière fameux.

A l’occasion d’un épisode, il était question de la famille royale et de Georges III et de son fils Georges IV. Ce qui me surprend, à chaque fois que l’on parle de la famille royale anglaise, est à quel point elle ressemble à une famille ordinaire. Hier et aujourd’hui. Par contraste, notre roi semblait une sorte d’extra terrestre, un dieu ?

Dans cette histoire, Georges III jugeait son fils ruineux, et avait décidé de le marier à sa cousine germanique et économe. Le mariage n’avait pas duré. Mais, quand, vingt ans après, celui qui allait devenir George IV a voulu se séparer de son épouse, les Lords et le peuple ne le lui ont pas permis. Si bien qu’il n’a plus eu qu’à fermer les portes de l’abbaye de Wesminter le jour de son couronnement, pour qu’elle ne puisse y entrer et devenir reine.

Je me demande si ce n’est pas la haute société anglaise qui a inventé la famille moderne. La famille cocon, dans laquelle l’enfant est un jouet, et non un petit homme comme auparavant.

Effet Trump

Trump n’a pas le même effet partout. Au Canada, en Australie, à Singapour, il fait élire des gens sérieux. Mais, ailleurs, en Roumanie, en Angleterre, en Allemagne, probablement en France, il ne semble provoquer aucune réaction salutaire.

Manque de gens sérieux ? Au delà d’un certain point d’exaspération, la raison se déconnecte ?…

Programme commun

Comment rendre ce blog altruiste ? (Suite d’un billet précédent.)

Une première solution serait de le faire écrire par un martyr. Mais cela existe-t-il ?

La seconde serait le communisme. Pas au sens de Marx, mais d’Elinor Ostrom.

Ce communisme est celui, pas très au point, de wikipedia, ou, mieux, de la communauté open source. Il consiste à ce que la communauté à laquelle est destiné le bien commun adopte un cadre de règles qu’elle va améliorer et faire respecter de manière naturelle. La communauté s’auto-contrôle par des mécanismes qui appartiennent au cours normal de sa vie.

Inquiétante Angleterre ?

Le premier ministre anglais veut à tout prix de la croissance. Il négocie dur avec Trump. Il vient de signer un accord de libre échange avec l’Inde, qu’il dit miraculeux. Enfin, un bénéfice du Brexit ! Les ventes de whisky vont augmenter. Mais quelles concessions a-t-il consenties, me demandé-je. Et l’Inde ne pourrait-elle pas être la Chine de demain ? Et n’est-elle pas sur le point d’entrer en conflit avec le Pakistan ? Et l’Europe ne doit-elle pas craindre une manoeuvre hasardeuse de la perfide Albion ?

Vu de loin, le gouvernement anglais semble dans une situation désespérée. Aux dernières élections partielles, Reform UK, une sorte d’équivalent du FN, a balayé conservateurs et travaillistes. Le peuple anglais semble mécontent. Le ministère des finances s’est engagé dans un programme d’austérité qui semble affecter sévèrement les pauvres. Est-ce prudent ?

Ici comme ailleurs, la « cancel culture » n’est pas un vain mot : difficile de savoir l’état d’esprit des britanniques et leur situation. Une leçon ?

(Depuis que cet article a été écrit, les Britanniques ont signé un accord avec Trump. On entendait leur premier ministre s’en féliciter et combler le président Trump de compliments. Pitoyable.)

Au secours, l’Allemagne ?

L’Allemagne va-t-elle nous sauver en renonçant à ses dogmes ? Déficit et armée communs ?

Question que posait l’émission de Christine Ockrent, samedi dernier. Je retiens que nous, Français, aurions tort de nous faire des illusions. Une éventuelle collaboration commencera par l’industrie de l’armement. Il faudra gagner la confiance de l’Allemagne, avant éventuellement d’envisager d’aller plus loin.

N’est-ce pas trop en demander ?

Call to action

Il y a quelques années, j’ai découvert l’expression « call to action ». Elle serait liée à l’univers des réseaux sociaux.

Un message doit donner envie à celui qui le lit de prouver son approbation par un « acte », qui consiste généralement à « cliquer sur un lien ».

Cette expression semble signifier tout le contraire de ce qu’est le réseau social. Il encourage à la passivité : à confondre parole et action, pensée et suivisme.

Comme souvent, l’expression est juste, mais l’interprétation est fausse ? L’homme digne de ce nom est celui qui fait changer la société, il agit, mais il agit sur le véritable réseau social, celui qui est fait de chair et de sang, pas de silicone ?

(« Je pense donc nous sommes » de Camus, le véritable existentialisme ?)

Métaphysique d’Aristote

Platon et Aristote et peut être d’autres philosophes auraient cru à un Dieu unique. L’Olympe, c’était pour le vulgaire ?

Mais leur Dieu ne semble pas avoir été ce qu’il est devenu par la suite.

Les Grecs seraient-ils les ancêtres de nos scientifiques ? Pour eux, les phénomènes physiques, en particulier le parcours des astres, étaient régis par les mathématiques.

Dans ces conditions, Dieu était une sorte de principe, pas un être. Le « moteur » du monde. Mais aussi le modèle parfait de toute qualité désirable, qui finit toujours par mal tourner lorsqu’elle est la propriété d’un homme.

Politique et compétence

L’autre jour j’entendais conter un roman de John Le Carré par la BBC (Call for the dead, très ancienne émission).

Un traitre s’est-il introduit dans les services secrets britanniques ? L’agent Smiley enquête. C’est un médiocre, qui ne paie pas de mine, est éternellement trompé par sa femme, est le fusible idéal, mais est redoutablement compétent et totalement incorruptible. Quant à son chef, le patron des services secrets, c’est un « politique ». « De la merde dans un bas de soie », mais sans le génie de Talleyrand.

Voilà qui semble une loi de la nature : le politique et le compétent. Explication ? Il est possible que « politique » soit le nom de la qualité nécessaire pour naviguer dans une société, ou dans notre société. Peut-être aussi, selon le modèle de la « dialectique du maître et de l’esclave », le politique est le handicap dont a besoin le compétent pour devenir ce qu’il est ?

Aveux

Emission de 1945. On est au 36 quai des orfèvres. Un meurtrier passe aux aveux. (Une rediffusion de France culture.)

Il faut dire qu’il avait laissé des indices un peu partout.

Ce n’était pas le plus surprenant. Un témoin capital meurt de la tuberculose trois jours après avoir rencontré le criminel, et celui-ci décède, toujours de la tuberculose, peu après avoir été condamné. Et cela semblait très naturel aux policiers et aux producteurs de l’émission.

La médecine a fait des progrès depuis. Les criminels aussi, probablement.