Tous misérables ?

Mona Ozouf juge les Misérables de Victor Hugo.

J’apprends à cette occasion qu’ils ont été mal reçus par la presse de tous bords. J’avais déjà lu que Flaubert et Baudelaire en avaient la plus mauvaise opinion.

Il semblerait que, comme ce que j’avais noté pour Notre dame de Paris, les Misérables est avant tout une réflexion sur la condition humaine et l’évolution de la société, qui est aussi celle de Victor Hugo, dont la vie a été, quasiment un passage, par étapes, d’un extrême à l’autre.

Cambrone serait le héros de Waterloo. Il symbolise la transformation du monde. A l’ère du surhomme succède celle du sans grade, du misérable. Il n’y a d’ailleurs pas de modèle, de héros de roman, dans les Misérables. Chacun est bien et mal. Et, comme pour Candide, sa vie peut-être aventures extraordinaires, comme celle de Jean Valjean, mais, elle se termine misérablement, à cultiver son jardin, et encore au mieux. Quand à la société, elle passe aussi par des phases dont chacune a ses bons et ses mauvais côtés, qui sont peut-être nécessaires. Pour autant, il n’y a pas de fatalité. Le libre arbitre existe. Et chacun, quoi que misérable, a la responsabilité de pousser l’histoire dans la bonne direction, celle montrée par la Révolution ?

Modèle français

On n’aime pas le dire, mais la France est à l’origine de bien des idées qui secouent le monde. C’est en France que le Bobo a son origine, c’est aussi elle qui a théorisé la liberté par le marché. Aujourd’hui, les Américains semblent découvrir qu’ils se comportent comme nous sous l’occupation.

“The Sorrow and the Pity,” a four-hour documentary from 1969 about Nazi-occupied France, chronicles the way that many ordinary citizens simply lived their lives as if nothing had changed—and the film is more relevant than ever, @dgraham.bsky.social argues. theatln.tc/tzsVJihW📸: Everett Collection

The Atlantic (@theatlantic.com) 2026-04-26T00:15:05Z

Hannah Arent a proposé une explication simple de ce phénomène : la « banalité du mal ». Au fond, c’est une propriété de la raison. Elle nous convainc que l’on minimise ses tourments en collaborant avec la dictature. C’est ainsi qu’Hannah Arendt expliquait que la coopération des Juifs avait permis aux Allemands de les transporter sans difficulté dans des camps d’extermination.

Réformer l’Etat

L’autre jour, un entrepreneur qui avait dû lever des fonds me racontait le parcours kafakaïen auquel l’avait soumis l’Etat et l’Europe, en pure perte.

Ce à quoi je lui ai répondu que l’on ne pouvait rien y faire. Et que chaque pays avait ses maux. Aux USA, il n’aurait pas pu espérer de subventions, par exemple. Il m’a alors appris qu’il avait cherché, en désespoir de cause, de l’argent aux USA et que c’était ce qui lui avait été fatal : un fonds n’avait pas tenu ses engagements.

Pour autant, le dysfonctionnement de l’Etat nous coûte cher. Ne pourrait-on pas le corriger ?

La première chose à faire, selon moi, serait de mettre en place des « boucles de rétroaction » pour quelques « fonctions » importantes de l’Etat. Il s’agirait simplement d’observer ce qui se passe et de chercher comment faire mieux « avec les moyens du bord ». En particulier, je constate qu’un acteur intelligent, par exemple un pôle de compétitivité, « bien dirigé », peut manoeuvrer efficacement l’Etat.

C’est d’ailleurs le principe de France simplification.

La logique du déshonneur

L’enlisement iranien semble avoir calmé Trump. Il exprime sa frustration en frappant son souffre-douleur préféré : l’Europe. L’Angleterre l’a bien compris : elle lui envoie son roi en victime expiatoire.

Que l’Europe a changé ! Hier encore, pour une missive ambigüe, on déclarait une guerre où l’on jouait à pile ou face l’avenir de sa nation, voire du monde. Tout est perdu fors l’honneur ! disait-on. Aujourd’hui : l’honneur perdu de l’Europe ?

Leçon de l’histoire ? L’Europe a appris que la complexité du monde finit toujours par avoir raison de la violence ? Elle fait le dos rond, et cherche à s’adapter à l’hostilité du monde ? Histoire de récupérer un peu de capacité de nuisance, seule arme de l’honneur ?

Démocratie française

Notre République ne pourrait-elle pas s’inspirer de la SCOP ?

La SCOP semble, en effet, idéale pour canaliser Jupiter. Elle est dirigée par un conseil d’administration d’égaux dont les membres ont le sentiment d’être responsables de l’entreprise, dont ils sont en partie propriétaires. Les idées brillantes, le fléau de notre nation, doivent, pour s’imposer, répondre aux questions de mise en oeuvre qu’on leur oppose.

En outre cela réglerait la question de l’opacité de nos politiques, Jupiter et les siens étant convaincus qu’ils doivent nous cacher leurs manoeuvres pour éviter la « résistance au changement » d’esprits arriérés. D’où une course en avant d’erreurs toujours plus lourdes – chacune devant masquer la précédente.

Qu’est-ce que cela signifie ? Elire un groupe de gens qui ont fait la preuve de leur bon sens et de leur attachement au pays, et représentant une diversité d’expériences ? Ce qui n’exclut pas un leader « tout fou », apportant à ce groupe de sages l’énergie, la créativité et l’inconscience de la jeunesse ?

PS. La SCOP :

Et 

https://antichiant.home.blog/2026/04/17/culture-scop/

Jean-Paul II

Le pape serait-il un nouveau Jean-Paul II ? Comme au temps de l’URSS, l’Eglise déclarerait-elle une croisade contre le totalitarisme ? Cette fois-ci de l’Amérique de Trump ? Totalitarisme dont l’arme est l’intelligence artificielle et l’exécuteur des basses oeuvres les billiardaires de la Silicon Valley ?

Toujours est-il que l’émergence de Trump révèle aux USA un fondamentalisme religieux qui paraît, par sa bêtise confondante, sans équivalent. Défaite de millénaires de civilisation ?

Ou, au contraire, conséquence logique du processus de civilisation ? La société est divisée entre ceux qui pensent et ceux qui produisent. Et lorsque ceux qui pensent mécontentent les autres, c’est l’invasion barbare ?

Affaires étrangères.

Forever young

Le puissant se veut éternel…

From the Kremlin to Silicon Valley, some of the most powerful people in the world now want something more: eternal life.

The New York Times (@nytimes.com) 2026-04-24T16:30:04.975843Z

Pourquoi ? Parce que rien ne lui résiste ?

Les psychologues disent que l’optimisme prédit le succès bien mieux que le QI, par exemple, y compris à l’école. Les gens qui réussissent ne peuvent pas concevoir l’échec. C’est le cas du pilote d’essai aussi bien que du PDG.

Je me souviens d’ailleurs d’une interview d’un dirigeant de General Electric qui racontait la sélection de son successeur. Il avait soumis trois candidats à une batterie de questions. En particulier l’une, je crois, où ils affrontaient la mort. Aucun des trois ne pouvait envisager un instant qu’il n’en sortirait pas victorieux. Ils ne pouvaient pas mourir.