La France subit un phénomène de concentration du pouvoir économique. Certes, direz-vous. Mais soupçonnons-nous sa nature et ses implications ? La franchise est une concentration, par exemple. Maisons de retraite, santé, éducation supérieure… la concentration est partout, à commencer par ce qui était jadis public.
Cette concentration éloigne les centres de décision des territoires et peut-être du territoire. Elle résulte d’une croissance effrénée par acquisitions et endettement massif favorisé par des taux bas, une politique agressive de création monétaire et les encouragements des Etats. D’où gigantesques fortunes, qui auraient quelque-chose de Ponzi… La France, une fois n’est pas coutume, serait à la pointe de ce phénomène.
« De l’ordre de 100 000 sociétés sont en fait des filiales des 7 000 principaux groupes. Ceux-ci ne représentent que 0,15 % des 4,5 millions d’entreprises françaises, mais 54 % des emplois privés. Ils assurent les deux tiers des chiffres d’affaires et 58 % des valeurs ajoutées. Ils portent l’essentiel de l’export, de la R&D, de l’investissement. »
Antidote ? « La structuration d’écosystèmes territoriaux bien organisés, avec un capital-investissement régional puissant, des réseaux d’entreprises solidaires, me semble seule en mesure de tempérer les mouvements de concentration et de financiarisation actuels. »
Mais en attendant ? Edifice précaire en des temps incertains ? Combien de temps encore ces conglomérats auront-il envie de faire travailler le Français ? Plus curieux, peut-être : leur principe ne serait-il pas « d’extraire la valeur » de notre pays pour l’envoyer « ailleurs » ?…
Passionnante étude de Nicolas Portier pour la Banque des Territoires.