Guide

J’entendais un guide dire à une émission de France culture qu’il avait appris son métier des visiteurs qu’il guidait. Le lieu qu’il faisait visiter attirait des savants.

Surprenant ? Les synonymes de « guide » ne sont-ils pas caudillo, ducce, führer, leader, grand timonier, voire berger… Le guide ne doit-il pas posséder un savoir exceptionnel, si possible divin ?

Mais le meilleur moyen d’apprendre n’est-il pas d’enseigner ? Et n’est-ce pas en construisant des maisons que l’on apprend à en construire ? Le savoir inné n’existe pas, il s’acquiert par la pratique. Le guide digne de ce nom est celui qui est curieux, qui apprend de son expérience et sait en tirer des enseignements utiles ?

Abus de faiblesse

Le propre de M.Trump ? Frapper le faible (l’Europe), aimer les forts. Alors qu’il avait déclaré la guerre à la Chine, il est le meilleur ami de Xi Jinping auquel il accorde des droits de douane plus faibles qu’aux autres nations. Il est vrai que la Chine a réduit de moitié son déficit avec les USA.

L’atout de celle-ci, ce sont les métaux rares, dont les USA ne peuvent se passer. Pour autant elle est étonnamment fragile. Son seul espoir est d’écraser le reste du monde sous ses exportations. Quant à son avenir elle le voit dans l’indépendance vis à vis d’un monde qui serait totalement dépendant d’elle ! (Affaires étrangères.)

Une question : la dépendance aux métaux rares tient à la bulle intelligence artificielle et à une transition climatique toute électrique, et si l’une et l’autre étaient une erreur ?

Temps modernes

Un ami me disait s’inquiéter pour l’avenir de ses enfants. Ils devaient passer dix entretiens pour obtenir un CDD de 3 mois et être payés le SMIC, pour un travail de technicien, alors qu’ils avaient un Master. Que les choses ont changé depuis notre temps !

J’ai fait un rapprochement avec un billet précédent.

J’avais été surpris, au début des années 90, d’entendre mes professeurs de MBA affirmer, sans preuve à l’appui, qu’il fallait vider les entreprises de leur argent pour le donner au marché, qui l’allouerait parfaitement comme chacun savait. Le billet précédent semble dire qu’un mécanisme d’essorage a aspiré les ressources de la nation pour les donner à une minorité « bien placée ». Comme souvent ses effets dépassent l’entendement ordinaire : qui aurait pu penser qu’il puisse inverser le fonctionnement des banques centrales ?

Ne faut-il pas y voir le principe de la fameuse « supply chain » ? La société s’est organisée en « supply chain », la plupart d’entre-nous sont au bas de l’échelle, ils sont des ressources ; d’autres sont des courroies de transmission ; les derniers récoltent l’argent qu’elle produit ? Toute la logique du dispositif est d’en extraire le maximum ?

Mystérieux phénomène « d’aliénation » à la La Boétie ?

Petite bête

Il est reposant d’entendre parler de la nature. Surtout lorsqu’il s’agit d’une nature de ville. Ainsi Paris abrite-t-il toute une faune et une quantité d’insectes. Et tout cela entretient une forme d’équilibre bienvenu. Seulement, l’observer c’est aussi découvrir qu’elle n’est que violence. Chacun y est proie et prédateur.

Pour autant, elle semble apaiser l’homme. Rien de mieux que la pêche, par exemple, pour transformer un vaurien en passionné de ladite nature, et en bon citoyen. (Emission de France culture la nuit : cherchez les petites bêtes.)

Voilà qui peut paraître choquant à un écologiste. Mais peut-être n’y a-t-il pas de véritable amour de la nature sans acceptation de sa nature propre, qui est celle d’un tueur ?

Anti voyage ?

Les hasards de wikipedia me font m’intéresser au MV Hondius, dans lequel s’est déclarée une épidémie. Le virus, un de plus passé de l’animal à l’homme, est dit peu dangereux, mais il se propage vite (il a suffi qu’une victime passe 45 minutes dans un avion pour contaminer au moins deux personnes), et l’on a peu de chances d’en réchapper. Le premier atteint avait 70 ans, il venait de passer plusieurs mois à parcourir le Chili, l’Uruguay et l’Argentine et s’apprêtait à visiter l’Antarctique pour un voyage coûteux. Profil type du groupe de personnes qui a profité de la globalisation, riche, dynamique, aimant la nature et ayant, plus généralement, des idées « socialement avancées » ?

Et si ce virus sonnait le glas du tourisme « aventureux » qu’aimait ce milieu favorisé ?

Essorage Ponzi

La France subit un phénomène de concentration du pouvoir économique. Certes, direz-vous. Mais soupçonnons-nous sa nature et ses implications ? La franchise est une concentration, par exemple. Maisons de retraite, santé, éducation supérieure… la concentration est partout, à commencer par ce qui était jadis public.

Cette concentration éloigne les centres de décision des territoires et peut-être du territoire. Elle résulte d’une croissance effrénée par acquisitions et endettement massif favorisé par des taux bas, une politique agressive de création monétaire et les encouragements des Etats. D’où gigantesques fortunes, qui auraient quelque-chose de Ponzi… La France, une fois n’est pas coutume, serait à la pointe de ce phénomène.

« De l’ordre de 100 000 sociétés sont en fait des filiales des 7 000 principaux groupes. Ceux-ci ne représentent que 0,15 % des 4,5 millions d’entreprises françaises, mais 54 % des emplois privés. Ils assurent les deux tiers des chiffres d’affaires et 58 % des valeurs ajoutées. Ils portent l’essentiel de l’export, de la R&D, de l’investissement. »

Antidote ? « La structuration d’écosystèmes territoriaux bien organisés, avec un capital-investissement régional puissant, des réseaux d’entreprises solidaires, me semble seule en mesure de tempérer les mouvements de concentration et de financiarisation actuels. »

Mais en attendant ? Edifice précaire en des temps incertains ? Combien de temps encore ces conglomérats auront-il envie de faire travailler le Français ? Plus curieux, peut-être : leur principe ne serait-il pas « d’extraire la valeur » de notre pays pour l’envoyer « ailleurs » ?…

Passionnante étude de Nicolas Portier pour la Banque des Territoires.

Géniale intelligence

Enfin un emploi pour l’Intelligence artificielle ?

IMF warns new AI models risk ‘systemic’ shock to finance
Fund says preparations needed for ‘inevitable’ AI-enabled breaches of financial institutions’ cyber defences

Financial Times 7 mai

Il va falloir payer cher pour éviter que l’intelligence artificielle ne détruise le monde ? L’innovation dont rêvait le mafieux ?

Fake it

Fake it until you make it est la devise des USA. En fait celui qui « fake it » correctement n’a même pas à « make it ».

L’intelligence artificielle en est un exemple. C’est une course en avant financée par la planche à billets de la FED. Comme pour les taxis d’Uber, l’espoir est d’installer un monopole, en vendant à perte, et alors de « se refaire ». Que l’on produise un désastre écologique ou que l’IA exploite les failles de l’individu et le détruise, rien de cela ne compte. Le succès, la fin, justifie tous les moyens. D’ailleurs, malheur au vaincu.

C’est la logique du virus. Et le virus a contribué à la vie. Il est partout dans notre génome. Ce qui ne tue pas renforce.

Stress test

Lorsque j’ai vu arriver Trump, j’ai pensé qu’il serait un « stress test » pour nous et pour le monde. C’était le mieux que je pouvais dire. Mais cela semble juste.

La guerre d’Iran et le détroit d’Ormuz sont en passe de révéler des failles invisibles du système résultant de l’ère de la globalisation.

PPE : la pénurie qui enraye toute la tech mondiale
La résine de polyphénylène éther, indispensable aux circuits imprimés, est devenue silencieusement l’un des premiers points de rupture provoqués par le conflit dans le Golfe.

La Tribune du 6 mai.

Quelles vont en être les conséquences ? Impossible à dire. Ceux qui m’en parlent, quelle que soit leur position, en France ou ailleurs, me font penser à cette personne qui tombe d’un gratte-ciel : « pour le moment, tout va bien ».