Argent

L’argent, c’est le mal, lis-je souvent. Simone Weil en fait le principal facteur de « déracinement », de malheur humain. Mais qu’est-ce que « l’argent » ? Rien. Simplement un bon qui permet l’échange à distance du travail de l’un contre le travail de l’autre. Cela paraît une bonne idée, seulement, on tombe immédiatement dans la « complexité ». Le bon prend une valeur en lui-même, on le thésaurise, on le manipule, on en crée trop ou pas assez… Et l’économie, qui devrait en être la science désintéressée, fait l’objet d’une prise d’otage par des « intérêts spéciaux », qui la détournent.

En tout cas, une société ne peut pas vivre sans.

Ennemi public

Meta to pay up to $16.7bn to settle children’s social media harm case
Meta has agreed to pay up to $16.68bn to settle its blockbuster legal battle with more than two dozen US states over alleged failures of child protection and social media addiction, just as the case was getting under way in a California courtroom.

Financial Times du 26 août

Précédent ? Que retenir de ce précédent ? Les réseaux sociaux sont dangereux pour la santé ? Et même très dangereux ? Sommes-nous, nos enfants plutôt ? correctement protégés ? Un sujet qui mériterait une réflexion, pas uniquement des tribunaux ?

Complément :

Addiction à Facebook et Instagram : Meta s’évite un procès historique et une sanction colossale aux Etats-Unis
Menacée d’une amende de 200 milliards de dollars pour avoir délibérément rendu les mineurs dépendants de ses réseaux sociaux, l’entreprise a accepté de limiter l’accès des adolescents à ses plateformes et de verser jusqu’à 18 milliards de dollars pour clore les poursuites, l’équivalent d’un mois de chiffre d’affaires.

Le Monde du 27 août

L’esprit de l’occident ?

Un commentaire de livre retrouvé par hasard. Aurait-il vu juste ?

Le moteur du capitalisme serait la misère et l’innovation. Effectivement, l’ère de la « mondialisation » a produit une recherche frénétique du « coût bas ». Je lisais, aussi, quelque-part que nos grandes entreprises licenciaient de l’ordre de 300.000 personnes par an. Quant à l’innovation, serait-ce l’intelligence artificielle ou le robot humanoïde, qui ont la curieuse propriété, pour l’un, de copier le cerveau humain, et, pour l’autre, de remplacer l’homme, tout simplement ?

La révolte de notre temps, le « populisme » ? Le capitalisme, effectivement, une « lutte de classes » ? Un mal propre à la culture, individualiste, occidentale ?

Crépuscule de la culture

Années 50. Entretiens avec Claude Lévi-Strauss. Il s’engage dans des considérations qui ne peuvent être que françaises : de l’évolution des sociétés. Passionnant ! Mais tout cela tourne vite court. L’interrogateur ne s’intéresse qu’à la culture, au sens « maison de la culture ». La société est lasse de l’art classique, dit Claude Lévi-Strauss. En revanche l’art moderne est dans une impasse : il n’est pas populaire. Il est même restreint à un individu.

Il est fait d’intéressantes considérations sur le surréalisme : changer un objet de son environnement, c’est de l’art ! Mettez une saucisse dans votre salle de bain ou une brosse à dent dans votre cuisine et vous êtes un artiste !

La dimension populaire me semble, effectivement, capitale. Tout groupe humain crée sa culture et son art. Les cultures sont mortelles mais l’art est immortel ?

Analyse comportementale

La police utiliserait des « analystes comportementaux » dit une émission. Sont-ils efficaces ? Difficile d’en être sûr : on ne parle que de succès, et l’on ne sait pas ce qui se serait passé si l’on ne les avait pas utilisés.

Cela m’a rappelé le temps de mes études de marché. J’en tirais une « typologie comportementale ». Par exemple, vis-à-vis d’un certain type d’innovation, les « leaders d’adoption » étaient des inquiets (si mes souvenirs sont justes, ils représentaient 8% de notre échantillon, mais un tiers de son chiffre d’affaires global – l’inquiétude a du bon ?). Contrairement à ce qu’espéraient les comités de direction clients, il était impossible de « piloter l’entreprise par ordinateur », de déduire le comportement du marché des données qu’ils possédaient. En revanche, lorsque l’on présentait l’analyse au commercial, il la trouvait évidente. (Et utile !)

Durkheim constate que les circonstances sociales influencent les comportements. Et si l’on se demandait comme les modifier pour qu’elles produisent moins de crimes ?

Exotisme

Le progrès a produit l’exotisme. Au dix-neuvième siècle on promenait son spleen au rythme des diligences. Puis est arrivée la vapeur, et l’on a rendu visite au monde. Et on en est revenu avec des souvenirs piquants. Et ce, d’autant plus que l’esprit du touriste est limité, et qu’il est incapable de comprendre la complexité humaine. Ce qui semble avoir été le cas de Loti.

Emission de France culture.

Régionalisation

Michel Debré et André Chadernagor débattent de notre constitution et de régionalisation. Une particularité de la France est qu’elle désire un pouvoir local, mais veut que tous les Français se trouvent sur un pied d’égalité. Et si la régionalisation devait succéder à la mondialisation ? C’est son antithèse.

Que fut la mondialisation ? Des premiers de cordée fournissant du travail à des domestiques devant traverser la rue pour le trouver ? Centralisation ultime ? Et la régionalisation ? Une copropriété de citoyens ?

Démocratie directe ou communautarisme ? Notre pays est structuré en communes, intercommunalités, départements, régions. La seconde et la quatrième ont le pouvoir économique. C’est aux citoyens de ces collectivités de prendre leur sort en main, de cultiver les talents de leur territoire, d’en faire sortir une industrie prospère et résiliente, non délocalisable. Et de faire pression sur l’échelon supérieur, dont le rôle est la « mutualisation » des moyens.

L’Etat central a en charge, en plus, ce qui concerne l’extérieur. La diplomatie et l’armée. Il doit être maigre. Finis les hôtels particuliers. Tous « sur le terrain ». Les impôts doivent être, d’abord, locaux. Comme le disaient MM.Debré et Chandernagor, la tâche essentielle du président de la République est l’unité du pays. Le reste, en particulier ses excellentes idées, est secondaire. Il doit pratiquer le « changement planifié ». Faire émerger la « volonté générale », et la réaliser. Ce qui exige du talent. (Travail de « poète et de plombier », selon l’expression de James March ?)

Et l’égalité ? Chaque communauté est stimulée par l’exemple des autres. Elle veut faire mieux qu’elles. Le territoire s’aménage en tirant le maximum de ses atouts. Dans l’intérêt général, les institutions communes doivent être là où elles sont le mieux, ce qui peut favoriser certains territoires. Aux autres de chercher comment exploiter au mieux cette implantation, sans demander de compensation : plus d’assistanat.

Alors, tous membres d’une équipe ? Selon Fernand Braudel, la France a été ou est constituée d’une multitude de communautés ancrées dans un territoire. Seulement, ces communautés, tournées vers elles-mêmes, défendaient leur identité. Parce que leur environnement était hostile ? Qu’il devienne fraternel et elles se tourneront avec optimisme vers l’avenir ? Un changement qui doit venir de vous et de moi ?

Crise d’autorité

Curieux phénomène ? Une partie de la société semble être KO debout. Comment la définir ? Les promoteurs du changement climatique ? De la RSE ? De l’entreprise à mission ?… Hier ils triomphaient. L’UE, les gouvernements et la presse étaient de leur côté. Soudainement, sans autre forme de procès, la société est revenue sur ses engagements. Et ils se rendent compte qu’elle les regarde de travers.

Je leur dis : réjouissez-vous, depuis que la « supply chain » mondiale est aux mains des empires et des terroristes, nous vivons l’équivalent de la « mère de toutes les crises écologiques » : nous devons inventer une économie indépendante des ressources naturelles (ou du moins qui ne les détruise pas). Mais rien n’y fait. Un ressort est cassé ? Au fond, le carbone n’était pas leur préoccupation, c’était une question « d’identité » : ils ne se remettent pas de ne plus être des autorités ? Nouveau 68 ?

Ame artificielle

On me dit que l’intelligence artificielle ressemble à un stagiaire. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le stagiaire en « fout plein la vue pour pas un rond ». Il est fondamentalement paresseux, et un as de l’esbroufe. Mais, aussi, il est susceptible. Il vous en veut à mort de l’avoir pris la main dans le sac.

Curieusement, tout ceci peut se traduire en termes mathématiques. C’est un principe d’optimisation. Y compris la susceptibilité : l’utilisateur est le principal fauteur de trouble.

Bonheur

Simone Weil semble avoir pensé que le pire des malheurs était de ne pas savoir que l’on était malheureux. Encore une idée d’intellectuel qui veut faire notre bonheur contre notre volonté ?

Mais mon exemple prouve qu’elle n’a pas totalement tort. Sur un coup de tête, inattendu, surtout par moi, j’ai quitté Paris pour m’installer dans une banlieue mal famée. Et j’ai soudainement compris que je n’avais jamais été heureux à Paris. D’ailleurs, je n’y vais jamais.

Au fond, on s’adapte aux conditions dans lesquelles on vit. On ne voit pas comment être mieux. D’autant que l’on subit un extraordinaire lavage de cerveau de la part de la société et des intellectuels qui en sont les exécuteurs de basses oeuvres ?