J’écoutais l’explication que donnaient des intellectuels allemands de la montée du nazisme… Ils parlaient du comportement du peuple comme s’il s’agissait d’une question de physique atomique. Ils nageaient dans des concepts plus abstraits les uns que les autres. Pourtant, la cause de la crise était évidente : des gens qui crevaient de faim. Or, quand nous sommes désespérés, il ne faut pas nous demander d’obéir à la raison.
La phénomène Trump n’est rien d’autre que cela. La classe intellectuelle prend la direction de la nation. Désormais, c’est « l’élitisme » qui va décider de l’ascenseur social. Mais pas n’importe quel élitisme, celui qui a des idées « socialement avancées ». En plus, la mauvaise gestion du pays par « l’élite » provoque la détérioration des conditions de vie du peuple. Lorsqu’il proteste, on lui dit qu’il est un oppresseur des minorités, et que ses valeurs traditionnelles sont condamnables (de même que celles des minorités, d’ailleurs). Pas étonnant qu’il voie rouge.
Mais sans de telles conditions, il n’y aurait pas de lutte fratricide. En 68, les intellectuels n’étaient pas différents d’aujourd’hui, mais cela ne gênait personne, parce qu’ils ne dirigeaient pas le pays.
Dans tous les cas, on ne naît pas intellectuel, on le devient. Sans en arriver aux procédés de Mao, peut-être faudrait-il envisager une autre formation pour l’intellectuel ? Par la pratique, plutôt que par le concept ?