Course artificielle

Je ne voyais pas comment Tesla pourrait faire face aux constructeurs traditionnels. Il semble que j’ai eu raison. Tesla est dépassé, ses profits s’effondrent. (Ce que je n’avais pas compris, initialement, c’est que le marché financier américain ne voyait pas les Tesla comme des voitures, mais comme des « iCars », des logiciels.)

Alors Elon Musk va où le pousse le vent de la spéculation : vers les paradis artificiels ?

Tesla trims car line-up in pivot to AI as annual revenue falls for first time
Elon Musk’s electric-car maker invests $2bn in the billionaire’s xAI

Financial Times du 29 janvier

Emotion scientifique

Dans un précédent billet, je parlais des émotions de Dominique Moïsi. On lui a reproché un concept qui n’était pas scientifique.

Je ne suis pas d’accord. Il y eut un temps où je faisais des études de marché. Une partie de ce travail consistait en des sondages. L’analyse de données conduisait à des « typologies ». Les résultats se groupaient selon des axes. Et, en regardant comment s’assemblaient les déclarations de nos interviewés, on voyait apparaître des comportements bien particuliers.

Par exemple, dans les années 90, j’ai fait une étude pour France Télécom concernant les PME. Parmi les segments identifiés, il y avait, par exemple, un petit groupe d’inquiets, ses membres percevaient l’émergence des nouvelles technologies de l’époque (Internet et la téléphonie mobile) comme une menace, et voulaient s’y adapter. En termes marketing, ils étaient les « leaders d’adoption ». Seulement, contrairement à ce que disent les livres de cours, ils étaient mus par la peur. Toutes nos études donnaient ce type de résultats. Résultats qui étaient une sorte de « soleil d’Austerlitz » pour nos clients. Soudainement, ils comprenaient ce qu’ils devaient faire.

(A noter que le « petit groupe » « pesait » un tiers du chiffre d’affaires que France Télécom réalisait avec les PME. Ce qui est aussi un résultat général : les « leaders du changement » ont généralement une importance, globale, démesurée.)

De l’utilité des idées de Dominique Moïsi !

Ecrire pour ne rien dire

Un fan de Trump serait revenu chamboulé d’une rencontre avec son idole. Mais il ne veut pas le dire.

One of Europe’s most pro-Donald Trump leaders came back from a meeting with the U.S. president badly rattled — and told this to some of his counterparts at last week’s EU summit, according to five diplomats who spoke to POLITICO for a major story published on our website this morning.

politico.eu du 28 janvier

Voilà qui produit, chez politico.eu, un article qui ne dit absolument rien. Est-il terrorisé par une possible poursuite judiciaire ? Comme souvent Trump est bien plus efficace : il nie être atteint d’Alzheimer.

Dominique Moïsi

Génial Dominique Moïsi ? Il a inventé la « géopolitique des émotions ». Selon lui, le comportement des peuples, comme celui des individus, s’explique par des émotions, une, en particulier, dominante.

Il arrive ainsi après Huntington qui parle, comme Braudel, de « civilisations », mais qui, contrairement à ce dernier, s’intéresse à leurs affrontements, et après Fukuyama, qui, comme les Américains de son temps, estime que sa civilisation a triomphé une fois pour toutes.

Si j’interprète correctement la vision des choses de Dominique Moïsi, l’Occident focalise toutes les attentions. D’un côté, il y a ce que je nomme les « mines patibulaires », Chine, Russie, Iran, Corée du nord, l’Occident les terrifie. Les dirigeants de ces nations ont une peur bleue de la liberté. Il y a aussi le « sud global ». Il veut sa revanche sur l’Occident colonial. Il est emmené par l’Inde. Et l’Occident qui, depuis des décennies, hurle son auto détestation et donne au monde les battons pour se faire battre, et auquel Trump, véhicule de la colère de Dieu contre son peuple ? porte le coup de grâce.

Sombre ? Au fond, Fukuyama avait raison : l’Occident a redéfini les règles du jeu mondiales. Il est critiqué de toutes parts, y compris de la sienne, mais personne n’est capable de présenter quoi que ce soit qui puisse le remplacer. « L’esprit 68 » a gagné le monde. On le conteste, mais, au fond, on rêve de prendre la place de papa. Qu’il trouve des solutions à sa crise d’adolescence et, à nouveau, l’Occident fera la pluie et le beau temps ? Et ce d’autant qu’il y a, parmi ses valeurs, ce qui ne se trouve pas ailleurs : les droits de l’homme et la concorde finale de l’humanité, la fin de l’histoire.

(Venu de A voix nue.)

Eviter de mentir

Comment éviter à l’homme politique la tentation du mensonge ? Le sociologue Robert Merton a une théorie à ce sujet. Il dit que la société nous donne des objectifs à atteindre, et des moyens « légaux » pour ce faire. Celui qui atteint ces objectif, sans employer lesdits moyens, « innove ». Le criminel est un innovateur. Et les USA sont un pays où l’innovation est une valeur culturelle.

Donald Trump illustre cette idée. Il a voulu réussir, donc devenir extrêmement riche, et il ment en permanence sur sa fortune, et il a employé tous les moyens (illégaux) possibles pour s’enrichir.

Donc, si la société désire moins de mensonges, qu’elle réfléchisse aux objectifs qu’elle nous fixe, et qu’elle nous donne de meilleurs moyens de les atteindre ?

Le mensonge en politique

Le mensonge en politique. Non, cette émission de Concordance des temps ne parle pas de M.Trump. Elle dit que la politique est l’art du mensonge.

J’aurais aimé qu’elle se demande : comment peut-on être Trump ? Quelle est la psychologie du menteur ? Celle de l’aristocrate d’ancien régime ? Se conformer aux règles de la société n’induit-il pas le risque de se faire manipuler ? Vous avez vos questions, j’ai mes réponses, disait Georges Marchais.

J’aurais aussi voulu qu’elle s’interroge sur le mensonge comme « pathologie sociale ». J’ai connu un temps où l’on croyait à un parti politique comme à une religion, en fanatique. Sa parole était celle de l’Evangile. Et le mensonge était la règle du parti. La fin justifiait les moyens. Pour Aristote, le mensonge en politique consiste à dire au peuple ce qu’il a envie d’entendre, sans lui révéler qu’il dynamite les fondements de la cité, condition nécessaire de l’intérêt général. Mais il y a aussi l’inverse. L’électeur, conscient qu’on lui ment, devient cynique, ne croit plus à rien, ne vote plus. Et il abandonne ses droits et se fait manipuler en se croyant malin !

Bref, le mensonge détruit. Mais nos faiblesses humaines l’attirent ? L’occasion fait le larron ?

Le prince de Ligne

Fut-il le Jean d’Ormesson du 18ème siècle ? Le prince de Ligne fut charmant, il séduisit toutes les cours, mais n’eut pas de destin. Ou marqua-t-il l’apogée de la culture française ?

Il servait l’Autriche, il était le meilleur représentant de notre culture, celle de l’élite. Une culture dont le crépuscule commençait : les défaites de Louis XV, confirmées par celles de Napoléon, avaient scellé son destin. La France ne fut plus que l’hexagone. Ce qu’elle n’avait jamais été.

Tu seras égoutier

Du métier d’égoutier. Un « métier d’homme », dangereux, que l’on pratique de père en fils, en équipe, où l’on travaille 4h par jour, où l’on a beaucoup de responsabilités et toute liberté, où on respecte une hiérarchie de la compétence… On y trouve même un informaticien, qui y a découvert sa vocation.

Je me suis demandé si ce n’était pas de tels métiers dont on avait besoin. Mais l’émission se terminait par une grande déploration : l’égout ruine la santé.

Que penser ? Exercice obligé ? Tous les métiers manuels sont des métiers de damnés ?

Anesthésie

Que ferons-nous après Trump ? Me suis-je demandé le jour de sa reculade groenlandaise. Allons-nous, nous les Européens, nous rendormir ?

A ce sujet, je me suis posé, brutalement, une question inattendue. Et si le mal dont je souffre ne m’était pas propre ? J’ai toujours eu un esprit paresseux. Je ne veux pas penser. C’est ma conscience qui me tourmente et qui force mon esprit à travailler, généralement trop tard. Et je lui en veux. Mon idéal a toujours été la retraite. Ce qui est anormal. L’esprit humain n’est-il pas fait pour l’éveil, comme celui de l’alpiniste en cours d’escalade, ou du pygmée, au coeur de la jungle ? Et si ce mal était celui de notre société, depuis la fin de la guerre ? me suis-je soudainement demandé. (Peut-être d’ailleurs est-ce ce que dit Hannah Arendt dans La condition de l’homme moderne ?) Sommes-nous anesthésiés ?

Mais, surtout : peut-on se réveiller ? Peut-on remettre en marche notre cerveau ? Faut-il être jeune pour avoir un espoir de réussir ? Et, d’ailleurs, comment, à l’avenir, éviter de retomber dans ce piège ? La retraite a la voix des sirènes, et le gouvernant a une telle tentation de nous endormir pour nous diriger ? Comment rendre Trump éternel ?