Bulle

Cette année aura été celle du doute : et si l’intelligence artificielle était une bulle spéculative ?

Australia’s biggest pension fund to cut global stocks allocation on AI concerns
AustralianSuper warns of ‘maturing’ US tech cycle and high valuations

Financial Times du 20 décembre

Qu’est-ce qui peut percer la bulle ? Le manque d’énergie (on lit qu’aux USA, il va manquer 40% de l’énergie nécessaire) ? Un financement façon Ponzi (le fournisseur finançant le client) ? Les Chinois, leurs modèles intelligents, et leur politique industrielle ? Comment souvent, dans ces situations, la bourse américaine fait du yoyo, ce fut le cas dernièrement du titre d’Oracle. Car le jeu de la spéculation, c’est de profiter des hausses et des baisses. Au fond, le spéculateur sérieux ne croit probablement pas un instant à l’IA.

Pour autant le crash ne semble pas en vue.

En fait, ce qu’il manque est une étude sérieuse des « modèles économiques » des entreprises du secteur et de leurs liens. Quelles sont les hypothèses sur lesquelles ils reposent ? Une modélisation façon « dynamique des systèmes ». C’est l’opacité qui permet la spéculation ?

Year in a word: AI bubble ft.trib.al/1AhoJwO | opinion

Financial Times (@financialtimes.com) 2025-12-23T05:31:16.012247Z

Gambetta

Qui fut Gambetta ? On n’en a guère d’idée aujourd’hui. Un mythe pour écolier de la 3ème République ?

Apparemment, c’était un orateur extraordinaire, au pouvoir de conviction surprenant, dont chaque prise de parole était une totale improvisation, dont il sortait épuisé. Il mourut jeune, et gouverna peu. Mais il eut un rôle capital dans l’établissement de la nouvelle République : il conquit à sa cause la paysannerie, jusque-là monarchiste, et choisit une voie pragmatique, en s’alliant avec Thiers.

Il aurait dit « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation ». Ce par quoi il entendait que la religion était un bien pratique opium des colonisés.

L’équipage

La guerre de 14, une escadrille d’aviation. Ce qu’a vécu Kessel. Et cela commence bien. On se retrouve balloté dans un biplan au dessus des lignes ennemies. Mais cela tourne court. Tout l’intérêt du livre est ruiné par une sotte et invraisemblable histoire d’amour, pleine de bons sentiments. Un conflit entre le coeur et le devoir, bien sûr. Au moins, Kessel écrit-il simplement et clairement. Ce qui est un mérite, aujourd’hui.

Rien à voir avec Ceux de 14 de Maurice Genevois. Les aviateurs mangeaient beaucoup et buvaient sec, ils étaient bien logés, et étaient la plupart du temps désoeuvrés. De temps à autre, ils étaient abattus en flamme. Aucune comparaison avec l’horreur des tranchées.

Et question récurrente, déjà posée au sujet des corsaires : comment se fait-il que l’on tire des récits aussi mièvres de pareilles expériences ? Le héros est inconscient ? Et lorsqu’il se met à écrire, il fait ce que lui dicte la société ? Girouette humaine ?

(Rien à voir, non plus, avec Pilote de guerre de Saint Exupéry. Le récit d’une seule mission, elle aussi d’observation. Elle se vit minute par minute. Et, surtout, on y comprend les raisons de la défaite, l’esprit qui y a conduit.)

Solidarité théorique

Le « solidarisme » est apparu en France au début du 20ème siècle. C’est le père de la Sécurité sociale. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, la France était en retard.

En Allemagne, la Sécurité sociale est le fruit du pragmatisme. En France, il a fallu une impressionnante argumentation scientifique (et la guerre ?) pour la faire adopter.

Caractéristique culturelle ?

Les premiers Mexicains

Très tôt, les « créoles », les Espagnols établis au Mexique, ont cherché à se débarrasser de la tutelle de leur métropole. J’ai entendu parler d’un livre qui raconte cette histoire.

Ou plutôt, celle d’un grand seigneur délicat, qui vit une bien douce existence. L’envie lui prend de se révolter. Mais le rêve n’est pas la réalité, et il se demande, sur le billot, ce qui a bien pu lui passer par la tête. Curieuse histoire racontée par un auteur (Fernando Benitez) qui semble avoir eu un grand talent.

Mirage algérien

En écoutant des émissions consacrées à Fernand Braudel, j’ai découvert que l’Algérie des années 20 fut un paradis. Alger aurait été la plus belle ville de France après Paris. Et l’Algérie n’était pas que française, Oran, par exemple, aurait été un mélange d’Espagnols et d’Italiens.

Si j’en crois Germaine Tillion, ce qui a conduit à la crise, fut la médecine moderne qui a fait croître énormément la population autochtone et la rendue misérable, l’économie étant restée traditionnelle.

Si l’on avait disposé plus tôt des analyses systémiques de Braudel, peut-être serions-nous aujourd’hui tous algériens ? (De même que les Anglais seraient français, s’ils avaient gagné la guerre de 100 ans ?)

(Je ne pense pas que c’était ce que croyait Braudel : pour lui, tout était une question de « civilisation », de culture humaine liée à la géographie. Si je le comprends bien, elle serait indéracinable. Les empires, romains ou autres, seraient des accidents.)

Avec philosophie

Je suis venu tard à la philosophie. Je constate qu’elle présente le même danger que les mathématiques. Celui de la démonstration élégante, du jeu de l’esprit tellement satisfait de lui-même qu’il ne comprend pas que ce n’est qu’un jeu.

La philosophie trouve de mauvaises réponses à de bonnes questions, qu’elle a le mérite de poser. Cela tient, probablement, à ce qu’Edgar Morin nomme « pensée simplifiante ». La philosophie nie la complexité du monde, et croit qu’elle peut le modéliser.

Comme le Socrate de Platon, et les mathématiques, elle a besoin de fonction à optimiser. Or, il ne semble pas que la vie ce soit cela. La vie n’est pas optimum, mais successions d’équilibres, que l’on ne trouve qu’au hasard.

Fernand Braudel

Jadis j’ai lu pas mal de livres de Fernand Braudel, sans me rendre compte du travail qu’ils représentaient. Misère de l’histoire moderne ? Ses ouvrages se lisent comme des romans, alors que, pour les écrire, il faut faire un travail de titan ?

D’ailleurs, sans cinq ans de captivité, jamais Fernand Braudel n’aurait pu produire sa thèse, qui fut le coup d’envoi d’une carrière exceptionnelle.

Il me semble qu’il fut un pur produit de l’esprit français, qui se caractérise par une capacité d’abstraction unique. Il cherchait les lois de l’histoire, depuis ses origines. Les forces à l’oeuvre, qui modèlent les sociétés. Il a voulu créer une science de l’homme, qui englobe toutes les sciences humaines, y compris l’économie. (Curieusement, il semble être passé à côté de la systémique et de la théorie de la complexité, qui avaient un gros succès à la même époque, et qui abordent, par l’angle mathématique, le même sujet.)

Au fond, c’est aussi ce qui m’intéresse !

Paresse et gourmandise

La paresse et la gourmandise auraient-elles du bon, malgré tout ?

Je me demande si la question se pose. Car dépend-elle de l’individu ?

Paresse et gourmandise ne sont-elles pas liées à des sociétés de l’incertain, où il faut profiter de l’instant ? Et n’ont-elles pas des vertus que la raison ne perçoit pas : par exemple, le plaisir partagé d’un bon repas crée des « copains » ?

Ne serait-ce pas la morale qui pousserait, par réaction, à un excès malsain, comme on l’a vu lors de la prohibition ?

L’Etat, c’est nous

Pour Hegel, et de Gaulle, l’Etat était le bien. Marx constate qu’il fait ce que veulent ceux qui le dirigent, ce qui n’est pas l’intérêt général. C’est probablement ce qui est arrivé à la France : depuis des décennies, le citoyen français « vote contre ». Dernièrement, il a décidé de paralyser le gouvernement. Prochaine étape : le détruire, à la Trump ? Et le phénomène n’est pas propre à la France.

Alors comment contrôler l’Etat ? Marx voulait le liquider. Proudhon pensait que s’il n’y avait plus qu’une classe moyenne, il n’y aurait plus de conflit. Elinor Ostrom propose des techniques de contrôle des « communs » (cf. le code de la route, qui permet de contrôler le comportement des automobilistes).

En attendant, il y a peut-être plus simple, c’est la « croissance ». Quand un pays se développe, ses habitants ont autre chose à faire qu’à se chercher des noises. Et même, comme on l’a vu après guerre, il doit organiser leur travail de façon à atteindre ses objectifs. C’est ce que Kurt Lewin appelle le changement planifié. Autre nom du changement démocratique.