Suicide

Il est dommage que l’on n’ait pas poursuivi l’étude des « pathologies sociales » de Durkheim, disais-je.

Je pense que son idée est que ces pathologies sont liées aux valeurs mêmes de la société. Par exemple, la pathologie de la littérature, de la poésie ou de l’art, dont je parlais il y a peu tiennent probablement à ce que l’on en a fait des activités admirables, sans faire ce qu’il faut, d’ailleurs, pour qu’elles ne se transforment pas en cancer. On pourrait penser la même chose de l’école et de l’enseignement supérieur.

Il donne l’exemple de l’innovation, qui fait à la fois l’inventeur et le criminel. C’est d’ailleurs ce que l’on voit dans les films américains : le mafieux est un businessman par d’autres moyens. Et les Américains disaient que l’entrepreneur était un « hacker », qu’il s’en prenait aux règles sociales.

Mais c’est peut-être son étude sur le suicide qui est la plus intéressante. Car, elle porte sur la nature même de la société, qui doit être propre à toutes les sociétés. Ne voulant pas relire le livre qu’il lui consacre, d’autant qu’il est, à mon avis, inutilement indigeste, Durkheim ayant voulu donner à son travail l’aspect d’une oeuvre scientifique, j’ai interrogé wikipedia.

J’ai eu la surprise de trouver quatre facteurs favorables au suicide et non trois comme dans mon souvenir. En fait, Durkheim avait mené, effectivement, un travail scientifique, donc expérimental (et statistique, ce qui est remarquable). Et il avait trouvé 3 causes. Ce n’est qu’ensuite que l’on aurait extrapolé ses travaux.

Tout s’explique par deux facteurs : intégration et régulation. Comme chez Aristote, il serait question de « juste milieu ». Si la société est trop ou pas assez « intégrée », ou si elle est trop ou pas assez « réglementée », il y a suicide « excessif ». En effet, quoi qu’il arrive, il y aurait taux de suicide « normal » (facteur explicatif : nature humaine ? ou contrepartie des effets bénéfiques de la société ?).

Jean-François Bizot

De découverte en découverte. Trois nouveaux illustres inconnus. Jean-François Bizot, Actuel et radio Nova. (Une vie une oeuvre. France culture.)

Jean-François Bizot était un fils de famille qui a introduit la « contre-culture » américaine, ou « branchitude », en France. Contre culture qui aurait été une réaction contre le dogmatisme de gauche de 68, et qui l’aurait transformée de l’intérieur. Entrisme façon Trotskystes ?

Est-ce cette contre-culture que l’on appelle wokisme ?

Canal+ lui devrait beaucoup. France Culture, peut-être bien aussi.

Poésie

La poésie a-t-elle disparu ? En écoutant France culture, je crois identifier une raison : il n’y a pas longtemps, le moindre intellectuel faisait des vers, avec beaucoup de sérieux. C’est aussi l’impression que j’ai eue en lisant une anthologie de la poésie de Pierre Seghers. C’est, encore, ce qui semble être arrivé à la littérature. Il y a tellement d’auteurs qu’il n’y a plus d’écrivains.

Fatalité de tout ce qui est admiré ? Tout le monde veut être admiré ? Ou fatalité française ? Le Français est un paon ?

Eugène et Maria Jolas

Eugène et Maria Jolas, encore d’illustres inconnus. Les nuits de France culture se poursuivent.

Leur titre de gloire aurait été de faire publier Finnegans wake, de Joyce. Oeuvre réputée illisible.

Eugène Jolas était un Lorrain allemand, devenu journaliste américain en France. Il a été dépêché, après guerre, en Allemagne nazie pour former les nouveaux journalistes. Ce qu’il ne semble pas être parvenu à faire.

L’émission était peu claire, comme d’habitude. Il semble qu’il ait attribué un pouvoir spécial aux mots. D’où, peut-être, son échec : au lieu, simplement, de former des journalistes, aurait-il voulu leur apprendre à parler ?

Comme Heidegger, tous ces gens paraissent avoir cru que le langage était limité et qu’il fallait inventer une langue qui ne nous contraindrait pas ? Avaient-ils raison ? Ou est-ce, au contraire, les contraintes de la langue, l’obligation d’être compris, qui stimulent le génie ?

(Quant à Maria Jollas, qui était américaine, ses titres de gloire auraient été son combat contre la guerre du Vietnam, et d’avoir été une grande traductrice.)

La fabrique des bulles

Les journalistes font-ils leur travail ? Ils s’émerveillent de l’IA. Pourquoi ne cherchent-ils pas ce qu’il y a derrière la façade ?

Ils y verraient un tout petit nombre d’entreprises qui se tiennent par la barbichette. Pyramide de Ponzi ?

Openai devrait dépenser 320md$ dans les prochaines années. Le gros de son financement vient de SoftBank, qui n’a, évidemment, pas les épaules assez larges pour cela, et vit d’expédients. Sa capacité de calcul est fournie par Microsoft, qui passe la main à CorWeave, une start-up, qui n’a qu’un client ! Et tout cela représente 6% des revenus de NVIDIA.

La valeur d’Openai, qui n’est pas cotée, est faite par ses investisseurs. Qui ont, bien sûr, tout intérêt à ce qu’elle augmente.

Seulement, Openai risque de rapidement manquer d’investisseurs, mais aussi d’être limité par la disponibilité de capacités de calcul : elle aurait obtenu 16.000 unités de traitement graphique contre 300.000 promises. En outre tout cela repose sur STARGATE, dans lequel serait impliqué Oracle, un programme de construction de datacentres pharaonique. Or,

future data center expansion is based on two partners supporting CoreWeave and Oracle: Crusoe and Core Scientific, neither of which appear to have ever built an AI data center.

Gauche et antisémitisme

Lorsque j’ai lu « gauche antisémite », j’ai cru que l’on faisait payer la monnaie de sa pièce à la gauche, qui traite si facilement ceux qui lui déplaisent de « Nazis ». Ainsi, aux USA, ceux qui s’opposent à la gauche sont les « pro life », ce qui fait implicitement de la gauche un parti d’assassins…

Dans ma jeunesse, elle était du côté du Juif, victime desdits Nazis. Elle multipliait les livres et les films sur la question juive. Les Palestiniens étaient des terroristes. Et l’on plaignait les Israéliens qui étaient venus chercher la paix en Palestine, après bien des malheurs, et qui y trouvaient la guerre. (cf. La Tour d’Ezra.) Comment imaginer un tel revirement ?

En fait, il semblerait qu’effectivement il y ait, à gauche, un courant antisémite persistant, qui ait précédé l’antisémitisme de droite et qui ait refait surface récemment :

le signe « juif » est un empêchement à la vie par la corruption ou la désagrégation qu’il génère. En 1870, la banque, l’agiotage et la Bourse dominés par les « Sémites » étaient un obstacle à l’existence sociale prolét-aryenne et à tout projet de refondation égalitaire. C’est au nom de l’humanisme émancipateur et de la morale anticapitaliste qu’agit la gauche antisémite du xixe siècle en ciblant ce qu’elle considère comme l’épicentre du mal. Un siècle plus tard, c’est toujours au nom de l’humanisme et désormais de l’antiracisme que l’on s’affirme antisioniste afin de libérer le monde de l’état-major de l’axe du mal. Dans un cas comme dans l’autre, la haine du Juif incarne la vertu

Les gauches antisémites

Marx était antisémite, apprend-on. Il en aurait voulu à la « judaïté », à la culture des Juifs.

Etrange affaire. La culture d’une communauté entrerait en conflit avec une idéologie ?

Vieillissement

En vieillissant nos ribosomes se mettraient à faire des erreurs. Ils avanceraient par saccade, et traduiraient mal le message de l’ARN, ce qui produirait des protéines défectueuses. D’où encombrement et cercle vicieux. (Emission de la BBC.)

D’autres travaux semblent proposer une solution naturelle au problème. Si le vieux ribosome travaille lentement, il ne fait plus d’erreurs. Il faudrait donc réduire l’activité du vieux corps en diminuant la quantité de calorie qu’il absorbe. (Article.)

Ce qui m’a amené à réfléchir à la mort. Au fond, c’est une histoire de résistance au changement. « Quelque-chose » cherche à se maintenir, alors que rien n’y parvient. Le soleil s’évapore, les pierres s’usent, etc.

La vie (concept impossible à définir) est un curieux phénomène, d’ailleurs : elle paraît utiliser le changement naturel pour se maintenir.

A plus grande échelle, il semble qu’il y ait un double mouvement. D’une part, il y a éclatement, de l’autre rassemblement. Mais, ce qui s’assemble est toujours plus complexe ?

Antisémitisme

Aux origines de l’antisémitisme. Une émission traitant d’un certain Drumont, qui lui doit sa fortune. (Concordance des temps, France culture.)

Si je comprends bien, l’antisémitisme serait d’abord de gauche, puis de droite.

Curieusement, il y aurait des points communs entre extrêmes. Tous deux rejettent la « république modérée ». Or, les Juifs représentent les valeurs de cette République, à savoir le progrès, la modernité et l’ascenseur social. Valeurs rejetées d’un côté, au nom de l’anticapitalisme, et de l’autre à celui de la tradition, du maintien des avantages acquis.

L’association entre « national » et « socialisme » ne serait-elle par fortuite ?

Autres temps

Il n’y a pas encore longtemps, en Italie du sud, les hommes partaient le matin chercher du travail… Que leur famille ait de quoi se nourrir dépendait de leur succès. (France culture.)

On comprend, dans ces conditions, le succès de la Mafia (ou de la Camorra).

Mais aussi que notre système d’entraide sociale est étonnamment récent. Et, peut-être, que ce n’est pas parce que certains en abusent qu’il faut céder aux injonctions d’autres, dont c’est l’intérêt myope, à le démanteler ?

Mandrin

Mandrin aurait trois cents ans cette année.

Ses exploits n’ont duré qu’un an. C’était une sorte de bandit de grand chemin, du Dauphiné, qui faisait la contrebande du tabac. Son innovation fut de forcer les représentants de l’Etat à acheter ce tabac.

Mandrin était un criminel qui avait le sens des relations publiques. Surtout, en ces temps, la France était une kleptocratie. Le roi avait confié le peuple aux fermiers généraux, des truands. Ce qui encourageait la contrebande. Et rendait sympathique le contrebandier. Surtout lorsqu’il terrorisait le truand.

On comprend mieux ainsi les raisons des droits de l’homme et de la révolution ? Et des dangers d’une société de classes, dans laquelle l’élite ne considère pas le peuple comme humain ?

(Une émission de 1975. Louis Mandrin, sans sa légende.)