Monde éclaté

Curieuse réflexion de Guy Béart : notre société ressemble à la figure éclatée d’un tableau de Picasso. (Une émission de 1970.)

Effectivement, je constate une sorte de dislocation que symbolise Trump. Après un après guerre qui se voulait rationnel, le monde est aux mains d’un dirigeant qui, même s’il semble avoir une ligne, se comporte comme un sale gosse.

Retour du refoulé ? Après guerre, les Américains ont cherché à étendre leur influence, civilisatrice, au reste du monde. Mais leur culture s’est elle-même disloquée. Le cadre qu’avait fixé Roosevelt aux instincts animaux qui caractérisaient les USA depuis ses débuts, et qui étaient à l’origine de la crise de 29 et de la guerre, sont revenus, triomphants.

Ou phase Yang violente après une phase Yin excessive ?

Michel Simon

Michel Simon semble avoir été une de ces personnalités originales qui, sans effort, ont trouvé leur place dans une société qui semblait devoir les rejeter, voire les excommunier. (Les chemins du jour, 1956, rediffusion de France culture.)

Au moment de l’émission, il vit avec des animaux, qu’il trouve plus intelligents que les humains.

Une fois de plus, ce qui me frappe est la pureté de sa langue. Il est surprenant que quelqu’un qui n’a quasiment pas fréquenté l’école s’exprime infiniment mieux que ce que notre école produit de mieux.

Ximénès Doudan

Ximénès Doudan, secrétaire du duc de Broglie, homme politique important, fut un épistolier distingué, ai-je découvert en lisant un extrait de sa correspondance.

Si bien que j’ai cherché à me renseigner à son sujet. J’ai découvert qu’il avait été une sorte d’épouvantail pour Proust, car il représentait l’esprit brillant qui, n’arrêtant pas de se cultiver, ne produit aucune oeuvre. Ce qui a bien failli arriver à Proust.

D’après Wikipedia, il aurait dit : « Il y a longtemps que je pense que celui qui n’aurait que des idées claires serait assurément un sot », ce qui aurait été cité par Pasteur. Voilà qui devrait faire trembler bien des esprits d’élite ?

(Il avait prévu la guerre de 70. En réunissant les Etats allemands, Napoléon a créé une nation qui n’allait faire qu’une bouchée de la France.)

Pompier Rousseau

La vie du douanier Rousseau, par ceux qui l’ont connu (Bonjour Monsieur Rousseau, une émission de 1950, rediffusée par France culture.)

Un retraité miséreux, à l’esprit d’enfant, mauvais musicien et peintre amateur, lancé par des Bobos (Apollinaire, en particulier), qui aiment à s’encanailler et dont il est le bouffon ? Et qui ont fait main basse sur ses toiles, à sa mort ?

Curieusement, il ne voulait pas peindre ce qu’il a peint. Sa main ne lui obéissait pas. Son idéal était pompier.

Ligne du parti ?

Quel changement nos gouvernements rêvent-ils de réaliser ? Cette question est un fil rouge de ce blog.

Dernière idée, surprenante : tout simplement, le changement pour le changement ? La France dont ils ont hérité leur semble dépassée, ennuyeuse, bonne pour la « destruction créatrice » ? Ailleurs, c’est mieux : imitons ?

Le président Giscard d’Estaing aurait été le « premier de cordée ». Le président Mitterrand, paradoxalement, aurait résisté au changement, ainsi, en partie au moins, que le président Hollande (qui a tenté de relancer l’industrie).

La première étape du changement bénéfique : amener nos dirigeants à aimer le Français dans toute sa complexité, frustrante au premier contact ?

Jacques Ellul

Découverte de Jacques Ellul. France culture la nuit et rediffusion de son « bon plaisir ».

Drôle d’homme. Il se définissait comme chrétien anarchiste. Mais comment se dire anarchiste lorsque l’on vit en bourgeois ? En professeur d’université, effectivement sans dieu ni maître, et dans une propriété spacieuse ? Dans ces conditions, tout monarque ou tout milliardaire est anarchiste.

Drôle de philosophe, qui ne comprend rien à la philosophie et est à la fois un disciple de Kirkegaard et de Marx, alors que tous deux appartiennent à des courants qui s’excluent…

Si je comprends bien, il combat le progrès. D’où Marx. Car le progrès aurait remplacé l’économie dans l’asservissement de l’homme décrit par Marx. Il prône aussi la responsabilité de l’individu. Ce qui correspond à Kirkegaard et au protestantisme. Il en veut à l’église d’avoir été toujours du côté de l’ordre, alors que Jesus aurait mis en cause tous les ordres.

Intéressant cas ? Symptomatique d’une critique « intellectuelle » de la société. Comment peut-on être Persan ? Comment la comprendre si l’on en est isolé ? Comment avoir de la sympathie pour l’homme ordinaire, si on ne connaît au mieux que les marginaux ? Comment comprendre que la société a une raison d’être que la raison ne comprend pas ?

Mais aussi de l’utilité de la responsabilité et de la critique, afin que la conscience de ladite société ne s’atrophie pas ?

Pacifique

L’exploration du Pacifique. Une série d’émissions paisibles. Idéales pour l’été. Une rediffusion de France culture. (Le Pacifique, en long et en large : première de dix.)

On suit Bougainville et Cook. Et on découvre les hasards de la navigation. Les erreurs se mesuraient en milliers de kilomètres ! A tel point que l’on craignait de venir se fracasser contre quelque terre inconnue. Et ce d’autant que l’on s’est longtemps gardé de donner des informations exactes sur ses découvertes. Si bien que les cartes étaient fantaisistes. Je me suis demandé si le progrès des sciences n’avait pas fait massivement régresser les connaissances humaines. Et si ce n’était pas toujours le cas. Chaque découvreur croit qu’il peut se passer de ce qui l’a précédé ?

Il était aussi question de navigateurs de Dieppe, qui auraient parcouru le monde au quinzième siècle (avant Colomb) et auraient produit des cartes relativement précises, dont une de l’Australie ! Mais eux, leurs voyages et leurs cartes auraient disparu de la mémoire collective.

Ces voyages étaient l’aventure, au sens premier du terme. On ne savait pas ce que l’on allait trouver. Et tout ce que l’on trouvait était extraordinaire, pays, nature, sociétés. Peut-être même fut-ce la dernière fois que l’on a connu de véritables aventures.

Au fond, la véritable recherche de ces navigateur était la connaissance de la nature humaine. On était au temps de Rousseau. Ce qu’ils ont trouvé était bien plus extraordinaire que de bons sauvages. Il y a ceux qui vous agressent sans vous connaître, ceux qui vous séduisent, ceux que vous laissez indifférents, car ils n’ont aucun désir, et qui n’ont d’ailleurs pas besoin de chef, et probablement beaucoup d’autres. Ils ont découvert la complexité humaine.

IA : risque systémique ?

La semaine dernière je lisais une série d’annonces du Financial Times :

Nearly eight in 10 companies have reported using generative A.I., but just as many have reported “no significant bottom-line impact,” according to recent research.

Routine AI assistance hits skills of health experts performing colonoscopies
Study comes amid rapid adoption of the fast-developing technology

CoreWeave investors sell more than $1bn in shares as IPO lock-up ends
Director Jack Cogen offloads stake with an aggregate market value of about $300mn

Qu’arriverait-il si l’engouement pour Internet se révélait une bulle spéculative ?

(Rappel : j’ai toujours tort.) Il me semble que le dommage ne serait pas grand. Quelques entreprises disparaîtraient. Des valorisations stratosphériques se dégonfleraient. Beaucoup d’entreprises découvriraient que ce qu’elles croyaient des investissements productifs sont une perte sèche. Mais rien d’anormal. Nos grandes entreprises, faute de compétence, vivent de rêves. Cette aventure leur arrive régulièrement.

Important accent

Dans mon enfance, on disait que « événement » s’écrivait avec accents aigus, alors que l’on tendait à l’orthographier « évènement ». Aujourd’hui, les dictionnaires mentionnent les deux orthographes. Fâcheux relâchement ?

Mais, ma surprise ne fut-elle pas grande, lorsque j’ai constaté que jusqu’au 19ème siècle, nos grands hommes écrivaient, dans leur correspondance, « évènement » !

De l’évolution des usages, ou totalitarisme des auteurs de dictionnaires, ou du Français ?

(On écrivait aussi « tems » et pas « temps »…)

Suicide

Il est dommage que l’on n’ait pas poursuivi l’étude des « pathologies sociales » de Durkheim, disais-je.

Je pense que son idée est que ces pathologies sont liées aux valeurs mêmes de la société. Par exemple, la pathologie de la littérature, de la poésie ou de l’art, dont je parlais il y a peu tiennent probablement à ce que l’on en a fait des activités admirables, sans faire ce qu’il faut, d’ailleurs, pour qu’elles ne se transforment pas en cancer. On pourrait penser la même chose de l’école et de l’enseignement supérieur.

Il donne l’exemple de l’innovation, qui fait à la fois l’inventeur et le criminel. C’est d’ailleurs ce que l’on voit dans les films américains : le mafieux est un businessman par d’autres moyens. Et les Américains disaient que l’entrepreneur était un « hacker », qu’il s’en prenait aux règles sociales.

Mais c’est peut-être son étude sur le suicide qui est la plus intéressante. Car, elle porte sur la nature même de la société, qui doit être propre à toutes les sociétés. Ne voulant pas relire le livre qu’il lui consacre, d’autant qu’il est, à mon avis, inutilement indigeste, Durkheim ayant voulu donner à son travail l’aspect d’une oeuvre scientifique, j’ai interrogé wikipedia.

J’ai eu la surprise de trouver quatre facteurs favorables au suicide et non trois comme dans mon souvenir. En fait, Durkheim avait mené, effectivement, un travail scientifique, donc expérimental (et statistique, ce qui est remarquable). Et il avait trouvé 3 causes. Ce n’est qu’ensuite que l’on aurait extrapolé ses travaux.

Tout s’explique par deux facteurs : intégration et régulation. Comme chez Aristote, il serait question de « juste milieu ». Si la société est trop ou pas assez « intégrée », ou si elle est trop ou pas assez « réglementée », il y a suicide « excessif ». En effet, quoi qu’il arrive, il y aurait taux de suicide « normal » (facteur explicatif : nature humaine ? ou contrepartie des effets bénéfiques de la société ?).