Extrêmes

Reform UK, le parti du Brexit, a le vent en poupe en Angleterre.

L’incompétence d’un Trump ne ferait-elle pas peur à l’électeur ? Ou la surdité des traditionnels partis de gouvernement leur a-t-elle aliéné durablement l’opinion ?

Quid de la France ? Choix entre l’apprenti sorcier et la paralysie ?

Réseau pour adulte

L’Angleterre parle de protéger l’enfant des effets néfastes du réseau social. (Online Safety Act.)

Le réseau social ou la tentation du capitalisme ? Faire des affaires en exploitant les faiblesses de l’homme ?

Les travaux portant sur l’escroquerie montrent que l’escroc (avec une forme d’honnêteté) tire parti de nos failles inconscientes. Il semble en effet que notre action soit influencée par ce que Descartes, peut-être, appelait des « passions », ou ce que la science moderne nomme des « biais ». Dans mon cas, il s’agit notamment d’une forme de paresse intellectuelle, qui m’empêche de critiquer une démonstration bien construite ou un désir pathologique de ne pas contredire mon interlocuteur.

Il est possible de prendre conscience de ses défauts, peut-être de les corriger. Peut-on aller jusqu’à ne plus être manipulable ? En tous cas ce travail paraît douloureux à certaines personnes. Fameuse dissonance cognitive : plutôt que de reconnaître ce qu’ils croient faussement un tort, ils persévèrent dans l’erreur et, paradoxalement, cherchent à se venger sur quelque innocente victime.

Une observation personnelle. Loi de la nature ?

Cyber

L’affaire du moment en Angleterre, c’est Marks and Spencer. Il a été victime de cybercriminels. Nous sommes bien peu de choses dit la BBC.

Le problème n’est pas nouveau. Il y a eu des bandits de grands chemins, des pirates, des virus, etc. L’Etat a réuni ses forces et les a exterminés. Serait-il temps de mettre un terme à l’illusion du libertarisme numérique ?

Résistance

Qui furent nos premiers résistants ?

Des individus hétéroclites. Ils ne croyaient pas à la victoire. Ils trouvaient, simplement, la situation inacceptable. Quant à de Gaulle, qu’on ait entendu son discours ou non, il ne représentait rien. Jeune et peu élevé dans la hiérarchie militaire, il prêchait, au mieux, dans le désert. En outre, il avait fait partie du gouvernement de la défaite.

Ils évoquaient aussi les causes de cette défaite, un sujet qui semble depuis avoir été totalement censuré.

Apparemment Pétain accusait le Front populaire. Mais certains de ces résistants soupçonnaient, j’ai fini par penser, surtout l’armée d’avoir collaboré avec l’ennemi bien avant la guerre. Ne se serait-elle pas pas préparée pour punir ceux qu’elle considérait comme ses ennemis ? Est-ce aussi pour cela que Pétain a accepté précipitamment une reddition honteuse, alors que l’empire français aurait pu continuer la lutte, comme le fit l’Angleterre, et peut-être avec des moyens qu’elle n’avait pas ?

Cette histoire fait penser à Trump. Il semble avant tout vouloir se venger d’une partie de son peuple. Y a-t-il des moments où une société se dérègle dans un affrontement entre « élite » intellectuelle d’un côté et forces réactionnaires de l’autre ? (Le fils contre le père ?) Une sorte de réflexe suicidaire ?

(France Culture : La résistance par ceux qui l’ont faite.)

Dialectique de Trump

La BBC consacre une série d’émissions aux forces qui ont fait Trump. (Invisible Hands.)

Un aviateur de la seconde guerre, qui élève des poulets, est rendu fou par la réglementation de l’époque. Il rencontre Hayek, qui lui conseille de créer un Think tank. Il fait un converti. Un homme politique conservateur à haut potentiel. Mais sa croisade échoue. Mme Thatcher, sa fille spirituelle, s’empare de sa cause et est élue. Elle aurait dû disparaître sans laisser de trace, la guerre des Malouines la sauve. Un fanatique lui propose de vendre les entreprises publiques. Mais où trouver l’argent nécessaire ? Appel au peuple. Coup de génie.

Fin 90, alors que le succès est complet (les travaillistes de Tony Blair sont devenus des militants enthousiastes), se produit un coup de théâtre. James Goldsmith, milliardaire du libéralisme, comprend que ce dernier détruit le pays et son modèle de société. Il vend la corde pour être pendu. L’hémorragie doit cesser. Il faut fermer les frontières. Il fait campagne. Le mouvement qui va aboutir au Brexit a commencé. Trump va suivre.

Cela répond à une question que je me posais : mais pourquoi donc les partis nationalistes, comme le FN, prônent-ils un repli sur le territoire national, alors que leurs ancêtres croyaient au rayonnement de leur culture ? Eh bien, il semblerait que, dans la logique de la dialectique hégélienne, le libéralisme économique ait produit son opposé : l’autarcie.

Notre société est dénuée de raison ?

(On notera aussi que la France est un élève docile des idées de l’étranger. Eternelle question : comment peut-on s’appeler « élite », lorsque l’on est incapable de penser ? Le ridicule ne tue pas ?)

(Curieusement, l’émission est produite par un journaliste de 86 ans, qui parle de ce qu’il a vu, et qui semble aussi alerte intellectuellement qu’à vingt ans. Voilà qui promet à Trump des lendemains qui chantent ?)

Rallumer les Lumières

Mon billet Trump et les Lumières me fait penser que l’Occident a peu de mémoire.

Un courant de pensée l’a fait ce qu’il est. Mais, tout est oublié. Après l’enthousiasme des temps anciens, la question est devenue un sujet de cours barbant, et, sur la requête des révoltés de 68, on l’a abandonnée.

(Seuls Musk et ses « techno fascistes » qui regrettent, ces temps anciens ?)

Situation dangereuse ? Nous vivons sur notre héritage comme s’il était un acquis. Mais, peut-on faire revivre le souffle épique qui a porté notre société depuis la Renaissance ? Tout le beau de la passion semble passé. L’avenir s’annonce poussif ?

Mode Poutine ?

Paradoxal Canada. Pacifique aux limites de l’ennui. Pourtant les USA lui déclarent la guerre. Syndrome ukrainien ?

Peut-être. L’émission de Christine Ockrent expliquait que si la prise du Canada semblait une idée propre à Trump, les conservateurs américains avaient des plans agressifs. Changement aux USA ? Après avoir été les leaders du « monde libre », ils se replient sur leur Lenbensraum, qui, comme celui d’Hitler, inclut ses voisins ? (D’après une étude citée par ce blog, ce mouvement de va et vient entre le prosélytisme et l’autarcie serait une caractéristique d’un peuple puritain hésitant entre le désir de convertir le monde et celui de ne pas être contaminé par l’impur.)

En tous cas, l’action de Trump aurait provoqué le plus important renversement de tendance qu’ait connu une élection démocratique, selon la BBC. Les invités de Christine Ockrent croyaient pouvoir dire que Trump était une mauvaise affaire pour les partis d’extrême droite. Il démontre leur incompétence. Le peuple recherche maintenant des gens « sérieux ».

L’un d’entre eux semblait appliquer ce qualificatif à M.Macron. L’électeur français partage-t-il son opinion ? Que signifie « sérieux » ? Un homme politique professionnel est-il un « homme sérieux » ? Mark Carney, le premier ministre canadien, est un banquier, qui a vécu la crise de 2008 et le Brexit. Un genre de De Gaulle ?

Le plus surprenant peut-être est que le Canada, si riche et calme, nous ressemble. Il connaît une crise du pouvoir d’achat depuis longtemps, ce qu’un « pseudo Trump » était en train d’exploiter. Apparemment, il y aurait des dysfonctionnements au sein de l’Etat et entre provinces, qui ne commercent pas ensemble. Le message de Trump : remettons nos affaires en ordre ? (Et l’enseignement qu’il nous donne : et ce pour mieux coopérer avec le reste du monde ?)

Lacenaire

Lacenaire fut une célébrité. Le bourgeois assassin. L’ancêtre de nos bourgeois bohèmes ? Il a inspiré Dostoievsky et quelques autres, dont Les enfants du Paradis, où je l’avais rencontré.

Son procès fut son moment de gloire. Il se fit connaître, reçu le tout Paris dans sa geôle, et écrivit ses mémoires.

Mais sa réputation me semble avoir été surfaite. Il paraît un criminel maladroit et peu efficace. En revanche c’était un duelliste redoutable : il a fait au moins deux victimes. Seulement, en ce temps, c’était une qualité.

Trump et les Lumières

Je lis un livre qui était à mon programme de terminale, mais dont il n’a pas été question : La pensée contemporaine. Il date de 1970.

Que pensait-on dans les années 60 ? Montaigne, Descartes, Montesquieu, Rousseau, Voltaire, la science moderne, triomphante, et les débats qu’entraîne la signification qu’on veut lui donner (on a droit à quelques considérations de l’inévitable Einstein).

En lisant cela, que je ne suis pas sûr de comprendre, tant ce qui semblait évident à l’époque a été effacé de nos esprits, je me demande si ce n’est pas l’exact opposé de ce qu’est Trump.

Car l’obsession des auteurs cités, je crois, c’est la raison. La raison signifie dominer ses passions (Descartes), mais surtout, ce que l’on a oublié, c’est que, pour eux, la raison, c’est le règne de la loi. Il me semble que les travaux et débats des Lumières se ramènent à cette seule idée. Accessoirement, de ce monde raisonnable, parce qu’il est raisonnable, naît une pensée scientifique, éminemment complexe. Il en résulte le progrès, qui satisfait le corps et émerveille l’esprit.