Année Nietzsche ?

Et si Nietzsche avait eu raison ? Et si la morale que l’on nous assène avait pour but de nous couper les ailes ? N’est-il pas bizarre que l’on soit convaincu que la croissance est un mal, qu’il ne faut pas avoir d’enfants, que tout ce que l’on mange est mauvais… ? Nous ne pouvons avoir que des plaisirs coupables ! Ne sommes-nous pas en passe d’en crever ?

Nietzsche aurait dit que cette morale, que l’on doit à Platon, le véritable inventeur du christianisme, serait le moyen des faibles d’enchaîner les forts. Et si lesdits faibles n’étaient pas où nous les croyons ? Et s’ils étaient à la tête de l’Etat ?

Curieusement, ceux qui partagent ce point de vue sont peu sympathiques : ce fut une pensée allemande d’avant guerre, et c’est celle de Trump et de sa clique de mines patibulaires. Eux rejettent tout ce qui entrave leur bon plaisir borné.

N’y aurait-il pas un juste milieu entre tous ces tristes sires ? Une idée de voeu de nouvel an ?

Europe à abattre

Une des conséquences inattendues de l’élection de D.Trump aura été sa déclaration de guerre à l’Europe, et son alignement derrière la Russie. Comme s’il cédait la victoire de la guerre froide contre un paquet de lentilles.

Méfions-nous de nos certitudes ?

How does Moscow view Donald Trump at the end of 2025? One Russian paper today: “The US leader’s philosophy is closer to the values of Russia’s president, not the politicians of the Old World…he sees Europe as a liberal stronghold to be destroyed…” #ReadingRussia youtu.be/7EwZNk6KgHU

Steve Rosenberg (@bbcstever.bsky.social) 2025-12-29T07:44:11.324Z

Incertaine Australie

L’Australie est un îlot occidental fort peu peuplé, face à des monstres plus ou moins belliqueux, qui peuvent la menacer par leur influence ou par leur émigration. (Un tiers des Australiens seraient nés en dehors de l’Australie.) Elle vit de la production de ses mines, qui va, en grande partie, en Chine.

Depuis ses origines, elle a toujours eu peur d’être envahie. Combien de temps durera son bonheur paisible ?

(Réflexions venues d’Affaires étrangères de France culture.)

Europe du nord

Quelle stratégie pour l’Europe ? Celle des petits ? Suisse ou pays du nord ?

Quand ils ne se replient pas sur eux, ce qui menace la Suisse, les petits pays sont intelligents. C’est le seul moyen de compenser leur faiblesse. Ils n’ont pas de complexe de supériorité, le cancer de la France, en particulier. Ils ne dépensent pas plus que leurs moyens. Ils sont agiles et inventifs. Leur force peut venir de leur pouvoir de nuisance, mais aussi, à l’envers, de leur haute morale. (L’un n’empêchant pas l’autre.)

Précédent

Triste général de Gaulle ? A peine décédé, nos gouvernement ont pris le contre-pied de sa politique et, pire ? aujourd’hui on en est revenu aux instabilités de la 3ème République, la hantise de sa vie.

Aurait-il dû écouter John Rawls ? On ne doit pas concevoir un régime pour soi, mais pour ceux qui peuvent prendre notre suite. Celui qui partage le gâteau n’est pas celui qui choisit en premier sa part.

Ou l’aurait-il compris trop tard ? En fin de carrière, il a tenté de faire adopter une régionalisation, afin de forcer le Français à prendre ses responsabilités. Français responsable, le changement à réussir ?

Jean-François Kahn

Je découvre, à titre posthume, que Jean-François Kahn aurait bien pu être mon idéal de journalisme : informer et donner à penser. C’est ce que me semblent avoir réussi ses publications, si je comprends bien. En plus, il a été capable d’un véritable reportage d’enquête, mettant au jour, par exemple, les scandales du Rainbow Warrior ou du sang contaminé, alors qu’il semble que seuls les Anglo-saxons sachent le faire. Mieux, avec les Nouvelles littéraires, il avait inventé l’équivalent français de Rolling Stone : aborder les questions de société par le biais de la culture.

Et, finalement, il a compris très tôt que les partis politiques traditionnels s’engageaient dans l’impasse dans laquelle nous sommes actuellement.

Fait surprenant, il semble s’être mis tout le monde à dos. Non seulement Le Monde et le Figaro, mais aussi les banques et les fabricants de papier qui ne voulaient pas de lui comme client !

Phénomène mystérieux, il semble qu’en France il y ait des choses que l’on n’ait pas le droit de dire, et ce même si apparemment elles sont dans l’intérêt général. Et que la censure soit du type de celle des pays totalitaires : les citoyens en prennent l’initiative sans avoir besoin de recevoir d’ordre… Voilà qui mériterait une enquête ?

Année de l’Europe

Bilan. Ce fut l’année de l’Europe. Brutalement, elle qui était pacifique et sympathique, qui voulait le bien de l’humanité, s’est retrouvée accusée par tous et menacée de destruction imminente.

Cela m’a rappelé une histoire de Kafka. Le souvenir est vague, mais l’esprit est le suivant : une personne va en voir une autre, convaincue que celle-ci l’aime. Or c’est tout le contraire : elle l’accuse d’avoir détruit sa vie. L’affaire se termine mal.

Pire. L’Europe s’est découverte cigale. Convaincue de l’histoire qu’elle racontait, elle a abattu ses défenses, donné ses richesses, accumulé des dettes, mécontenté ses populations. Ce qui me rappelle une autre histoire, corse cette fois. Un enfant échange, avec un touriste, son révolver contre une montre. Son père lui dit : et quand on t’insultera, tu donneras l’heure ?

Mais ce qui ne tue pas renforce. Au moins, finis l’hybris et la domination des beaux parleurs, il va falloir réutiliser son cerveau.

Vérité

J’entendais un historien dire qu’il avait eu beaucoup d’ennuis lorsqu’il a écrit que la guerre de quatorze avait fait l’unanimité. Si j’ai bien compris, la thèse officielle était que c’était une question de « domination ». Etrange thèse, puisqu’elle contredit tous les témoignages de l’époque. (Y compris celui de mon grand père, qui avait dit à une tante, qui l’avait accompagné voir les soldats s’embarquer pour la guerre de 40 : nous avons perdu, ils pleurent, nous chantions.)

Cela m’a rappelé la remarque d’un cadre d’une institution semi-publique dont on avait supprimé des missions. On avait appris que les personnels qui, de ce fait, en étaient sortis, « accompagnés » par un programme fort généreux étaient extrêmement heureux de leur nouvelle situation. Certes, me dit-elle, « mais il ne faut pas le dire ».

Pourquoi nier la vérité ? Je me demande si cela ne tient pas à la croyance selon laquelle nous devons former les nouvelles générations en leur racontant des histoires édifiantes. C’est aussi ce que l’on pensait au temps de l’affaire Dreyfus : blanchir Dreyfus, c’était condamner l’armée, pilier de la société ? C’est, encore, la raison pour laquelle, il a été longtemps inconcevable de condamner une femme ?

Seulement, je me demande si une des lois de la nature n’est pas que l’homme ne peut supporter d’être manipulé, même si c’est pour son bien. La raison de sa recherche de la vérité ?

Touraine et Macron

Faut-il lire Alain Touraine pour connaître Emmanuel Macron ?

Alain Touraine est présenté comme un « père de la sociologie française ». En fait, il a pratiqué une sorte d’anthropologie, en travaillant dans les mines et chez Renault. Son exemple montre pourquoi les physiciens insistent tant pour faire des expériences, contrairement aux économistes ou aux philosophes : la réalité qu’il a trouvée n’était pas la doxa des intellectuels.

Quant à Emmanuel Macron, Alain Touraine en fait un disciple de Michel Rocard. Ce dernier étant lui-même dans la lignée de Mendès-France, Delors et… Jaurès ! Leur combat, éternellement perdu, « le progrès ».

Qu’entend-il par là ? Je soupçonne qu’il s’agit des grands mouvements qui agitent le monde, et dont la France reste en retrait. Jadis ce fut « l’industrie », maintenant, du moins au moment de son interview, ce serait la femme et le multiculturalisme. J’imagine que, lorsqu’il parle d’industrie, il entend par là ses bons côtés, pas ses mauvais : le progrès à visage humain, autrement dit.

Quant à moi, je me demande si Emmanuel Macron n’a pas été abusé par une illusion. Un progrès qui n’est que bulle spéculative et marketing, soft power américaine. Et si le vrai progrès n’est pas ailleurs. Non dans une sorte de degré zéro de la créativité (superintelligence, conquête des étoiles ou autre élimination de la mort), mais, tout bêtement, dans la résolution des problèmes qui sont sous notre nez. Effectivement, c’est une question de « durabilité », mais pas à la manière dont en parle le marketing spéculatif.

A noter que la France n’a pas toujours été en dehors du progrès. Elle fut le progrès lors de la Révolution et du premier empire. Elle a été « dans le coup » après guerre. Comme le rappelle René Rémond, de Gaulle était un amoureux du progrès, et d’un progrès à visage humain.

Limites à la croissance

Dans le rapport du Club de Rome, les chercheurs du MIT affirmaient que le mal de l’humanité était la croissance.

Cette année, j’ai fait un constat, quelque-peu évident : lorsque l’humanité rencontre une limite, elle se réinvente, et cette réinvention est une source d’activité, donc de croissance.

La « croissance » est en fait réinvention : la progression de l’humanité se fait par destruction de l’existant pour reconstruire quelque-chose de mieux. Nous procédons ainsi avec nos maisons.

« Croissance » ne veut rien dire.