Les philosophes qui n’ont rien écrit

Pourquoi n’ont-ils rien écrit ? Qu’ont-ils dit ? Les philosophes qui n’ont rien écrit, voici un bon sujet pour une émission de France culture.

Le paradoxe est que, si on a entendu parler d’eux, c’est parce qu’on a écrit sur eux. Curieusement, l’émission n’a pas envisagé la question sous cet angle. Et si ne rien écrire était, pour un philosophe, la meilleure façon de passer à la postérité ? Avec un avantage, justement : on n’est jamais certain que sa parole ait été bien transcrite. Le mystère demeurera toujours entier. Peut-être avaient-ils atteint le Graal de la sagesse ?

A vrai dire, la question se pose aussi pour celui qui a écrit. On n’est jamais bien sûr de ce qu’il voulait dire. D’autant que cela tend à changer au cours d’une vie. Et que « vouloir dire » n’a pas grand sens : prenons notre cas, que voulons-nous dire ? Autant ne rien écrire ?

(Un sujet pour Borgès : le philosophe dont on n’a jamais entendu parler… Qu’est-ce que cela signifierait ?)

Affaire Loiseau

Je découvre, 40 ans après, l’affaire Loiseau. (Arrêt sur image – Police : L’affaire Loiseau ou les dessous de la « PP », 1994, rediffusé par France culture Et le dossier noir de la police des polices.)

Un inspecteur de police est accusé à tort par sa hiérarchie, qui invente des preuves contre lui. Il sera gracié par le président Mitterrand mais jamais innocenté. Les coupables ne seront jamais punis.

Dans une émission, il était dit que, pour réduire le coût de la police, on lui fait utiliser des indicateurs, ce qui la conduit à se compromettre, et, aussi, à se payer en nature, en quelque-sorte.

Si je comprends bien, suite à une faute qui a coûté des vies, les policiers ont demandé que le responsable soit sanctionné. Pour ouvrir un contre-feu, la direction de la préfecture de police a voulu leur rappeler leur propre culpabilité. Manque de chance, dans le lot des accusés, se trouve un innocent. Il a voulu se défendre. Il a fallu s’en débarrasser. (Peut-être même, quelque peu machiavéliquement, s’en prendre à un innocent permettait de détourner l’attention des syndicats de policiers.)

Il y a beaucoup d’éléments curieux dans cette histoire. Tout d’abord, elle ressemble étrangement à l’affaire Dreyfus. Pour protéger une institution, on accuse un innocent. Ensuite, comme dit dans un précédent billet, cet innocent, convaincu qu’il va être lavé de tous soupçons, n’a pas le comportement que l’on attend d’un innocent. Finalement, il y a beaucoup de coupables dans cette affaire, la police aussi bien que la justice. D’ailleurs, sans la bavure et la fronde initiale, aurait-on parlé de policiers corrompus ?

Il était aussi dit qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des oeufs. Ce type d’affaire est peut-être une pathologie naturelle du système policier. Le tout est de ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment ?

Vil Rousseau ?

On entend dire que Rousseau a donné ses enfants à l’assistance publique, en pensant faire leur bonheur.

Une de ses lettres ajoute :

Si j’étais contraint de recourir au métier d’auteur, comment les soucis domestiques et les tracas des enfants me laisseraient-ils, dans mon grenier, la tranquillité d’esprit pour faire un travail lucratif ? (…) Il faudrait donc recourir aux protections, à l’intrigue, au manège, briller quelque vil emploi

On loue la modestie de sa vie. Son métier est de copier de la musique. Il a donc bonne conscience. Mais n’est-il pas, au fond, abject ? Sa femme n’est-elle pas l’esclave de son bon plaisir : elle fait le ménage, la cuisine et satisfait ses besoins sexuels ? Et elle ne peut même pas garder des enfants parce qu’ils troubleraient son illustre mari ? La considère-t-il comme un être humain ? Et ce mec a osé parler de droits de l’homme ?

Progressivité de l’impôt

Discussion sur la progressivité de l’impôt.

En réalité, il est peu progressif. En 2023, les dépenses publiques dépassaient les 1.600 milliards. L’impôt sur le revenu représenterait 90 milliards. Ce sont les taxes qui le nourrissent. En les augmentant régulièrement, l’Etat appauvrit le pays, sans qu’il s’en rende compte.

Alors augmentons les impôts pour les riches dit la gauche. Et si on augmente suffisamment les impôts, on baissera les taxes, on augmentera le pouvoir d’achat !

L’impôt sur la fortune rapportait 5md€ en 2016, une goutte d’eau. Compenser « sérieusement » les taxes par l’impôt direct serait un coup de massue gigantesque. L’impôt n’est qu’un argument populiste : que les autres paient ?

Le problème, au moins en partie, c’est la hausse des dépenses de l’Etat. Et elle est de gauche et de droite.

(Question : n’est-ce qu’une question de dépenses ? Et si la politique, populiste ? de nos gouvernants cassait les ressorts de ce qui assure la prospérité à une nation ?)

https://france-inflation.com/dette_publique_france_1950.php#google_vignette

Showbiz

Comme pour beaucoup de gens, je me demande quoi penser de De Gaulle. Aujourd’hui on tend à lui accorder à nouveau quelque considération. Il avait correctement jugé les Américains, et son idée de la France est probablement préférable à ce qu’ont fait ses successeurs de notre pays, entend-on.

Pourtant, mes souvenirs de cette époque sont gris. Le général et ceux qui l’entouraient n’étaient pas « dans le coup ». Ils semblaient d’un autre temps. Par exemple, j’ai découvert que Pierre Mesmer était quelqu’un de bien, courageux et intelligent. Ce n’est pas l’impression que j’avais gardée de lui.

J’en reviens à un constat que j’avais fait à l’époque où je donnais des cours. Ce qui comptait n’était pas la qualité de la connaissance apportée, mais d’être sympathique à l’élève. C’est ce que les Américains ont compris : leurs cours sont avant tout du showbiz.

Une leçon ?

Conservatoire

Il y a trente ans, le conservatoire de musique de Paris avait deux cents ans. (Emission de France culture.)

Le conservatoire est mon école favorite. Le modèle que devrait suivre toutes les écoles, si l’on veut bien me croire.

Pourquoi ? On y a de véritables maîtres : les virtuoses y enseignent. Et l’on reçoit une excellente formation générale.

Je pense que cela tient à ce que la musique classique nourrit mal son homme. Même le virtuose doit travailler dur, c’est un artisan, et le succès est précaire. Cela le rend humble. La condition nécessaire du génie ?

Surtout, le peu de gloire refroidit le candidat. La mauvaise monnaie ne chasse pas la bonne.

Armes politiques

La population n’a aucune confiance en ses politiques. Pourquoi ?

Il est souvent question de Gramsci dans ce blog. Il aurait pensé que le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui. Pour le guider, il faut jouer sur ses affects, sur son irrationalité. Cette technique de gauche a été adoptée par la droite, sous M.Sarkozy.

C’est une technique, effectivement, qui marche, peut-on constater. Nous nous faisons aisément manipuler. Et, lorsque deux camps l’utilisent, cela conduit au chaos. Ce que n’avait pas prévu Gramsci.

(Le cas avait été étudié par Aristote, qui l’appelait « populisme ». En brossant le peuple dans le sens du poil, on l’amène à détruire la constitution de la cité, le garant du bien commun. Ce qui nous est probablement arrivé : que demeure-t-il du projet républicain fondé sur les droits de l’homme ?)

Malheurs de l’école

Un élu a attiré mon attention sur l’acharnement avec lequel nos gouvernements s’en sont pris à l’éducation. La France doit être le champion mondial de la réforme de l’Education nationale, me disait-il. Avec pour résultat un désastre. Drame pour l’économie et mort de l’ascenseur social. L’Education national fut le pilier central du projet républicain.

L’affaire est ancienne : je me souviens de mon père me parlant d’Edgar Faure en fossoyeur de l’Education nationale.

Comment expliquer cette haine ? Peut-être à cause de son succès ? Tout le monde a voulu être l’élite de la nation ? Alors, ceux qui possédaient le pouvoir ont fait un système éducatif à leur image ? Les étrangers ne nous reprochent-ils pas d’être un peuple d’envieux qui détruit tout ce qui est beau ?

Trumpocène

Lorsqu’on lit l’histoire, on s’imagine en héros. Mais Trump est en train de faire l’histoire, et que faisons-nous ?

M.Trump dirige son pays comme l’Américain dirige une entreprise : en faisant des paris incensés, dont la seule vertu est de pouvoir faire sa fortune. Pas question de prendre en compte leurs conséquences. (C’est à Dieu de le faire.) Pari, par exemple, de la cyber monnaie. Ou de nier la science.

Voilà qui est bien pour une entreprise, qui comme beaucoup de celles qu’il a dirigées peuvent partir en faillite, sans que le monde n’en souffre trop. Mais est-ce acceptable pour une nation ? Au moins n’a-t-il pas encore envisagé d’utiliser son armée ou l’arme nucléaire.

Chinois et Russes, et Coréens du nord ! semblent tirer les marrons du feu. L’Europe paraît se déculotter. Certains préfèrent les Américains, d’autres les Anglais, aucun les Européens ? Son fonctionnement est d’ailleurs la négation de la démocratie : la politique de ses gouvernants est opaque et incontrôlée. Mais ce n’est pas mieux aux USA. En dehors de quelques juges, M.Trump ne semble pas faire face à une opposition organisée. D’ailleurs, la Cours suprême est à sa botte. Contrairement à ce que laissait entendre la « diabolisation » qu’avait cru intelligente de faire de lui son opposition de grands intellects, il semble avoir soigneusement préparé son coup, sa vengeance ?

In an interview with the Financial Times, hedge fund billionaire Ray Dalio warned that Donald Trump’s America is drifting into 1930s-style autocratic politics, adding that “most people are silent because they are afraid of retaliation if they criticise”.

Financial Times, 2 septembre

La collaboration expliquée ?

Ada de Nabokov

Une étude radiophonique d’un roman de Nabokov, Ada. C’est un chef d’oeuvre, et il est érotique, est-il affirmé.

Publicité mensongère ? Un numéro de virtuose prouve que l’oeuvre est construite sur une multitude de références culturelles. Après cela, qui aurait envie de lire Ada ?

Toute explication de texte tue l’intérêt du texte ? Surtout lorsqu’elle révèle qu’il est une construction savante ?