Discussion avec des dirigeants. Le thème de la solitude revient sans cesse.
Est-ce leur faute ? Ou celle de la société ?
En Allemagne, me dit-on, les entreprises se dirigent « à quatre », en France, le chef d’entreprise est « seul dans son bureau ».
Mais nous sommes aussi dans une société individualiste, qui manque totalement d’empathie. On y parle de soi, mais on n’écoute pas les autres. Tout se passe comme s’ils n’existaient pas.
Sortir de la solitude n’est donc pas simple. Non seulement, il faut aller vers l’autre, mais, surtout, il faut trouver le moyen de l’amener à sortir de son autisme ?
Que pensait Camus ? Le professeur qui a compté dans sa vie le qualifiait de « Rastignac ». Et, en ces temps, le Parti communiste était le tramplin des Rastignac. Puis, il a semblé proche des anarchistes et des libertaires. C’était à la fois être un intellectuel, sans renier ses racines populaires. Finalement, il s’est opposé aux intellectuels, pour cause de « nihilisme ». Puis a défendu une sorte d’Algérie « arc en ciel ».
Sartre disait qu’il était, comme lui, devenu un « bourgeois », du fait de sa réussite sociale.
Il semble plutôt que nous soyons faits par les différents milieux que nous traversons. Et que nos convictions viennent de nos premières expériences. Ce sont les événements qui les révèlent.
Original. La biographie de Camus au travers de son oeuvre. De ce fait, il n’est pas question de sa vie privée, qui fut turbulente.
A tort ou à raison, Camus me fait penser à Gatsby le magnifique. Comme lui, venu de rien, il a eu un rêve immense, il a été à un rien de le saisir, il s’est évanoui. Une mort prématurée a mis un terme à une vie qui avait perdu son sens.
En ces temps, l’effet de l’ascenseur scolaire était étonnant. Le simple fait de faire des études propulse Camus, tout jeune, parmi les gloires littéraires de son temps. Habiter à Alger est un avantage, il y a peu de grands intellectuels, mais de grande qualité. Quasiment immédiatement, Camus devient une célébrité, et un homme riche : ses livres se vendent énormément.
Je ne savais pas à quel point le théâtre avait compté pour lui. Non seulement, il a écrit et monté des pièces, mais il a aussi été acteur et tenu même des premiers rôles. C’était un temps où le théâtre était militant. Et où il avait un public d’élite.
Je ne savais pas non plus que l’idée de « révolte » était déjà dans ses premiers livres. Pour lui, la révolte est l’antidote à la fatalité, que ce soit la peste ou le nazisme, plus généralement le totalitarisme. Et la publication de « L »homme révolté », fut aussi le grand moment de sa vie. Alors il s’est mis à dos tous les courants intellectuels, champions du nihilisme, à commencer par les Surréalistes et la mouvance de Sartre. En même temps, son espoir de faire de l’Algérie une nation « arc en ciel », comme aurait dit Nelson Mandela, échouait.
L’idéal du révolté ? La vie d’Achille, courte mais glorieuse ?
Son art n’est pas le même que le nôtre. Alors que ce dernier semble avoir cherché longtemps à être une photographie, l’art chinois paraît plutôt être un langage. L’histoire d’une expérience.
Ce qui, au fond, est peut-être la règle générale. A la fois la photo, supposée exacte, et l’art abstrait, que personne ne comprend de la même façon, sont des exceptions.
« Précis de décomposition », une émission de 1950 de la « Chaîne nationale ». Etrange émission. Cioran, à peine arrivé en France, reçoit un prix décerné par les sommités de la littérature de l’époque.
Si je comprends bien, il y exprime sa haine de son pays d’accueil. Tout en expliquant que seule la tragédie lui plaît.
Faut-il, finalement, entendre ses déclarations comme un compliment ?
Bien que je ne sois pas un universitaire, nous semblons avoir beaucoup de choses en commun. Tout d’abord, un intérêt pour l’histoire et la méthode anthropologique, et aussi, peut-être, une forme de « révolte » au sens de Camus. Il y a encore un même intérêt pour Durkheim, Weber et Marc Bloch (qu’il a certainement bien mieux étudiés que moi). Mais un désaccord concernant Bourdieu et Foucault. Quoi que, pour ceux-ci, il dise avoir surtout apprécié leur révolte, et leur utilisation de la science comme art de combat. (J’ai appris que Bourdieu tenait la frustration qui avait orienté ses travaux des classes préparatoires aux grandes écoles.) Plutôt que d’adopter leur opinion, d’ailleurs, il a utilisé leurs outils.
Son travail de terrain, mais aussi l’expérience de ses origines modestes, paraissent l’avoir mis en porte-à-faux avec la gauche intellectuelle, milieu naturel de l’universitaire. Mais la nature du différend est difficile à comprendre, car son vocabulaire n’est pas le mien. Il parle « d’autonomie de la science », « d’intersectionnalité », de « tout est politique ». Il y est aussi question de « rapports de domination », ce qui est plus classique.
Je crois comprendre que ses enquêtes lui ont montré que la réalité était beaucoup plus complexe que les théories de la « gauche qui fait l’opinion », notamment en ce qui concerne la question de la « domination » ; que sa censure systématique de tout propos qui semble contredire sa ligne (« tout est politique »), que son instrumentalisation de la science (« autonomie de la science »), que le manque de subtilité de ces pratiques lui a aliéné l’opinion, qui a porté au pouvoir le « populisme ». Et que le phénomène a été détecté dès le début des années 2000 aux USA.
Pour l’heure, il cherche à montrer, grâce au spectacle, que les propos populistes sont infondés.
Lointaine émission. Julien Duvivier raconte sa vie. Humour un peu grinçant. Tout semble facile. Les films s’enchaînent.
Vraiment ? Il évoque, mais brièvement, quelques difficultés. Comme les malédictions qui semblent s’être abattues sur lui et son équipe lors d’un tournage d’un film ayant pour sujet la malédiction.
Alors, que reste-t-il de son oeuvre ? Des fils « datés » ?
Il a dû changer la fin de « La belle équipe », pour qu’elle soit heureuse, ce qui a donné un succès, mais vidait l’oeuvre de son sens. Et s’il en avait été ainsi pour tous ses films ?
Oublié aujourd’hui, il semble avoir laissé l’image de l’homme politique idéal. Son passage au gouvernement aurait même été une des deux seules fois de son histoire où le Canard enchaîné fut d’accord avec le gouvernement.
On apprend qu’il fut un radical. Et qu’il eut une grande popularité mais qu’il gouverna peu. En revanche, son passage au gouvernement fut particulièrement efficace. (Je me demande s’il ne s’était pas épuisé.)
Il me semble avoir été au dessus des partis politique et avoir voulu réaliser la véritable République. Celle qui serait dirigée par le peuple. Apporter la touche finale à la révolution ? Son rôle était de permettre la mise en œuvre de la volonté générale. En cela, il était l’antithèse de De Gaulle (qu’il disait admirer), qui demandait au peuple le mandat de faire ce qu’il jugeait bon.
Politicien idéal ? Trop droit et intelligent pour ne pas se tuer à la tâche ?
Alexandre Dumas était une de ces personnes qui bafouent les règles de la société mais à qui tout est pardonné. En particulier, dans son cas, il multipliait les familles et les enfants au gré de ses coups de coeur. (Conférence d’André Maurois.)
Ce fut aussi le cas de Ninon de l’enclos, de François Mitterrand ou de Bill Cliton, au moins dans sa jeunesse.
A quoi cela tient-il ? Confiance en soi rayonnante ? Séduction ? Faiblesse de nos conventions sociales, qui sont essentiellement des constructions intellectuelles ?…
Apparemment une femme aurait été condamnée à perpétuité, en France. Ce serait une première. La presse étrangère en fait sa une.
J’ai lu que jadis une femme avait assassiné un grand nombre d’enfants sans jamais être condamnée, même lorsqu’elle était prise sur le fait. Que la femme ne soit pas l’ange du foyer menaçait d’ébranler la société, comme la condamnation de l’armée dans l’affaire Dreyfus ?