Amérique du sud

M.Trump déploie sa marine en Amérique du sud, que cherche-t-il à faire ?

Officiellement, il s’agit de combattre le trafic de drogue. Peut-être pour donner le change, il fait couler quelques bateaux, apparemment sans preuve qu’ils soient ceux de trafiquants. Et, de toute manière, en toute illégalité. Plus probablement il désirerait affirmer la domination des USA sur son « Lebensraum ».

Va-t-il tenter d’envahir un Vénézuéla affamé ? Un Cuba en perdition ?

L’Amérique du sud serait très liée à la Chine, qui lui achète sa production et lui construit des infrastructures publiques. Elle n’aimerait guère les USA. Quoique M.Trump ait les faveurs des partis de droite. Quant au Mexique les deux économies seraient si liées qu’il ne peut que gesticuler.

Une occasion à exploiter par l’Union européenne ? (Le jour où elle ne sera plus un chaos ?)

Voici ce que je retiens d’Affaires étrangères de France culture.

Temps étranges

On me disait que Bayer « arrête tout ce qui est IA ». Et ce parce que cela ne rapporte absolument rien. (Ce qui est corroboré par Internet.)

Et aussi que Microsoft aurait licencié ses commerciaux expérimentés, pour les remplacer par des jeunes, qui ne sauraient rien.

Y aurait-il, d’un côté, un marché qui se désengage de l’intelligence artificielle, et de l’autre des fournisseurs d’IA qui se jettent dans une course en avant, en cherchant à justifier leur argumentaire de vente (l’IA remplace l’homme) et en injectant de l’argent dans la bulle spéculative de manière à ce qu’elle n’éclate pas ?

Crash stratégie

Un de mes anciens collègues parlait de « crash stratégie ». La crash stratégie est l’idée fixe qui vous fait échouer, parce qu’elle vous rend aveugle.

En lisant l’histoire du CNR, je me suis demandé si de Gaulle n’avait pas été victime d’une crash stratégie. En effet, son obsession était l’incurie de la France, le spectacle lamentable que donnait ses hommes politiques. Pour y mettre un terme, il a rétabli le pouvoir royal. Ce qui fut un flop.

Or, le CNR était justement la solution qu’il cherchait. C’était la responsabilité faite homme politique. Au lieu de le mépriser, si l’on en croit ce que disent les témoins de l’époque, peut-être aurait-il mieux valu qu’il cherche à en faire durer l’esprit. Il aurait pu être son homme fort et sa conscience. Ce qui est le rôle d’un président de la 3ème république.

La pensée captive de Czeslaw Milosz

La Pologne et les pays baltes sous la botte de l’URSS.

Il me semble qu’il y a deux histoires dans ce livre.

D’un côté, celle, effroyable, de la destruction de ces pays, tour à tour par les Allemands et les Soviétiques. Massacres, déportations en masse en Sibérie, extermination systématique des classes jugées dangereuses. Et il y a Varsovie. Le gouvernement polonais en exil joue aux échecs. Il demande à la résistance polonaise de chasser l’occupant, histoire d’être en position de force vis-à-vis des Soviétiques. Mais ce sont justement ces gens, leurs opposants, que les Russes veulent exterminer. Ils laissent donc les Allemands raser la ville, façon Hiroshima.

Une première ? C’est un peuple d’incultes, de rustres, qui impose sa culture à une civilisation avancée et prospère.

D’un autre, il est question des intellectuels. Pour les Soviétiques, ils jouent un rôle essentiel. Ils les cultivent avec adresse. Et tous, quelle que soit leur origine, retournent leur veste. Ils y gagnent de magnifiques situations. Parmi tous les intellectuels, le plus ridicule est l’occidental, le compagnon de route du communisme. L’homme de l’est se demande, avec une sorte de stupeur incrédule, comment on peut être aussi niais.

L’auteur, qui était un privilégié, a fait défection. Il semble chercher à s’en excuser, par des raisonnements compliqués qui font un étrange contraste avec l’horreur du drame. Décidément, le destin de la pensée d’un intellectuel est d’être captive ?

Changement électrique

En Angleterre, la voiture électrique va être taxée :

Reeves poised to unveil Budget plan for EV drivers to pay per mile charges
Chancellor looks to offset a forecast sharp drop in government revenue from fuel duty

Financial Times, 6 novembre

Des aléas du changement ? Hier la voiture électrique était notre avenir. Petit à petit elle semble être passée de mode, à tel point que l’on se met à la taxer ?

Le succès du changement est une question de préparation ?

Boris Souvarine

Homme remarquable, que ce Boris Souvarine.

D’origine russe, mais ayant vécu depuis son enfance en France, il avait fait peu d’études, ce qui ne l’a pas empêché de devenir un brillant intellectuel et un penseur lucide et intègre, ce qui est quasi unique.

Fondateur du parti communiste français (une organisation d’amateurs), il s’entretenait avec Lénine en égal, faisait des remontrances à Trotsky, lisait dans le jeu de Staline, et prévoyait ses purges. Pendant la guerre civile espagnole, il a compris que l’URSS stalinienne avait pris le contrôle des Républicains. (Et les avait condamnés ? il avait demandé une paix sans vainqueur.) Lors des grands procès staliniens, il a renvoyé dos à dos accusés et accusateurs : c’était un règlement de comptes entre bandits.

Il avait vécu deux traumatismes, Verdun, le massacre de centaine de milliers de jeunes gens, et la honteuse défaite de la France en 1940.

Vie de Cassandre ?

Changer la France

Depuis plus de 6 ans, je mène une enquête pour savoir comment changer la France. Avec l’association des interpreneurs, cela m’a amené à récolter plus de 300 témoignages, à « accompagner » quelques dizaines d’entreprises, de tous genres, et à rencontrer beaucoup de monde (et à publier deux livres). Un point :

Le constat et le credo majeurs des interpreneurs : nos territoires ont un considérable « potentiel ignoré ». Depuis, ce constat s’est précisé :

➡️ Nous observons une transformation systématique de l’activité humaine. Pour nous, c’est là que se trouve l’économie de demain. Elle a pour dénominateur commun « durabilité » : elle se nourrit de ce qui n’est pas durable. Par exemple, récupérer la chaleur perdue (par les centrales nucléaires, l’industrie…) ressortit à la fois de techniques conventionnelles et est beaucoup plus efficace et moins désastreux pour l’environnement que l’exploitation des énergies renouvelables. Curieusement, cette transformation (cf. témoignages du blog des interpreneurs) ne fait pas la une des journaux.

➡️ Le cas de la chaleur perdue illustre, d’ailleurs, ce qui pourrait expliquer la faillite du pays. Nos gouvernements ont cru à des illusions (« innovation de rupture ») et ont cherché à imposer par la force ces changements « contre nature ». D’où un Etat surpuissant mais qui est un panier percé, qui ne sert plus le citoyen. Citoyen qui paie de plus en plus, pour de moins en moins de services.

➡️ Que demande le changement dont nous avons besoin ? Les succès que nous observons s’appellent « ETI de PME » ou « Projet de territoire » (mais pas au sens où on l’entend habituellement, voir vidéo pour explication). Ce sont des changements qui viennent de l’initiative d’un collectif d’entreprises, dans laquelle s’investissent les élus locaux, qui savent mettre à son service l’Etat.

Seulement, l’on observe qu’en France toute la politique, et même toutes les relations humaines, semble conçue comme lutte du bien contre le mal. Le cœur de la question est peut-être là. Nous avons besoin de retrouver l’esprit du Conseil National de la Résistance, qui a réuni l’ensemble des partis politiques et des syndicats, pendant la guerre, et a produit un programme dont la France actuelle est sortie.

La fabrique du barreur

Dans un précédent billet, je disais que Le Monde avait perdu son barreur. Qu’est-ce qui fait les bons barreurs ?

Je me demande si le barreur ne demande pas une longue construction. Beuve-Merry ou de Gaulle sont arrivés tard au pouvoir, par le plus grand des hasards d’ailleurs, après une dure vie de combat qui les a forgés. Par contraste, le journaliste ou l’homme politique a été fait par ses études. Il est porteur des valeurs du milieu qui l’a formé. Ce sont, au mieux, des idéologies, au pire des modes. En dehors de sa « volonté de puissance », il n’a pas de colonne vertébrale ?

Consensus

Après guerre, le Parti communiste avait beau être stalinien il était d’accord avec le patronat : tous deux voulaient de la croissance, l’un pour l’emploi, l’autre pour ses affaires.

Il semble que l’entreprise soit devenue un terrain d’affrontement. Elle souffre de handicaps surprenants, alors qu’il ne peut pas y avoir de prospérité sans économie. (Un aperçu.)

Il faudrait retrouver le consensus d’après guerre.

Mais, au fond, le problème est-il bien celui de l’entreprise ? Ou le fait qu’il est inacceptable pour bien des gens qu’il puisse y avoir consensus ? Ne faudrait-il pas commencer par là : amener le Français à aimer le Français ?

La dérive du Monde

Je me souviens de mon père lisant religieusement Le Monde. J’étais frappé par sa technique remarquable pour découper sans ciseaux les articles qui l’intéressaient. Je ne sais d’ailleurs pas ce qu’il en faisait. Je doute qu’il les ait utilisés pour ses cours. Un moment, il m’envoyait les problèmes d’échecs et les bandes dessinées.

Petit-à-petit Le Monde l’a déçu. Je crois qu’à la fin de sa vie, il ne l’achetait plus. En revanche, il était devenu un grand lecteur du Canard enchaîné. (Dont je n’ai jamais pu supporter l’humour pesant!)

Il attribuait la dérive du Monde à 68. Je viens d’entendre un journaliste du Monde qui corroborait ses hypothèses : après-guerre, disait-il, le cours des choses était clair, progrès et reconstruction, à partir de 68, tout s’est brouillé. Il aurait fallu faire un travail de fond pour comprendre ce qui se passait et en tirer une nouvelle ligne directrice.

Il se trouve aussi, qu’en 69, le fondateur du Monde a pris sa retraite. Ayant perdu son barreur, Le Monde a navigué au hasard des vents qui soufflaient devant sa porte ?

(PS. J’ai aussi appris que le Monde avait été une invention de De Gaulle, qui était même à l’origine de son titre. Il voulait un journal qui représente la pensée de la France, plutôt que telle ou telle idéologie, ou nouvelles locales. Ayant mis à sa tête un incorruptible, il a récolté un journal d’opposition.)