Start up d’Etat

Naissance de la SUE. L’Etat veut encourager ses agents à créer des sociétés qui pallient ses faiblesses :

« construire des services numériques utiles, simples, faciles à utiliser afin d’améliorer le quotidien des citoyens, des entreprises et des agents tout en répondant à un haut niveau de standards techniques (impact, transparence, accessibilité, design, sécurité frugalité) ».

Voilà qui me plonge dans un abîme de réflexions :

  • L’Etat suit, avec beaucoup de retard, une mode générale : innovation = start up ? (A moins que ce ne soit « l’enrichissez-vous » du PC chinois d’antan à ses citoyens ?)
  • Je discutais avec un spécialiste de l’aide à la recherche de subventions, qui a pas mal de succès, mais qui constate que les procédures administratives sont kafkaïennes (l’un étant peut-être lié à l’autre ?). Une réponse ? Mais comment résoudre le problème au coup par coup, alors qu’il est général et que c’est tout l’Etat qui est victime d’un vice de forme ?
  • Etat d’apprentis sorciers, qui ont démoli leur outil de travail, et qui espèrent que les « mécanismes du marché » vont leur sauver la mise ?

PS. Souvenir de mon passé d’ingénieur. Un constructeur espérait que la robotique allait lui permettre d’assembler automatiquement les portes de ses voitures. Réponse des roboticiens : quand la conception est mauvaise, on ne peut rien faire. (De mon temps, on parlait de « design for manufacture »…)

Prochain président

Comme d’habitude, je me suis trompé. Lorsque j’envisageais qui pourrait succéder à M.Macron, j’oubliais Edouard Philippe. Il serait en tête de tous les sondages.

Il y a aussi Bruno Le Maire, le seul ministre du gouvernement.

Je pense que Mme Borne ferait un bon candidat. Les victimes sont à la mode, et c’est une grande victime. C’est l’exécuteur des basses oeuvres du président, qui lui préférerait certainement quasiment n’importe qui d’autre, mais dont personne ne veut. Ce serait aussi la promesse d’un peu moins de testostérone, et de plus de discrétion dans nos relations internationales. Et peut-être d’un peu plus d’écoute de la population.

Paradoxalement, ce candidat pourrait espérer gouverner grâce à l’inexistant parti présidentiel, dont le principal actif est un groupe parlementaire de personnalités transparentes, dont la seule vertu est le nombre.

Dans cette équation, l’inconnue est ce dont ne parle pas la presse : la dégradation de la situation du Français. Ce sur quoi joue, avec patience et discrétion, Mme Le Pen.

Il y aura aussi le jeu politique. L’intérêt individuel s’oppose généralement à l’intérêt collectif, contrairement à ce que dit Adam Smith.

Et, il y aura l’assemblée nationale. Un éventuel président de la teinte de M.Macron pourrait avoir encore moins de députés que lui…

Opération « mains propres »

On annonce de nouvelles élections européennes. Qui s’en préoccupe ? Doit-on s’attendre à un nouveau vote protestataire. Après tout cela ne compte pas. L’Union européenne est un « machin ».

J’ai longtemps méprisé les critiques de la bureaucratie européenne. A tort. C’est une boîte noire anti-démocratique. Le peuple européen n’a aucun moyen de la contrôler.

Ce qu’il serait intéressant de savoir n’est pas tant ce qu’elle fait que sa « doctrine », que les grandes idées qui orientent ses actions. « D’où elle parle », comme on disait en 68.

En tous cas, elle mériterait, au moins, d’acquérir la transparence qui règne dans la démocratie américaine.

Formation de la lune

La lune serait issue d’une collision entre deux proto planètes, chacun des astres résultant étant composé d’une proportion des deux.

En fait, les théories évoluent. On n’aurait pas donné la même explication il y a quelques années.

D’ailleurs, comment vérifier que l’hypothèse est juste ? On peut faire des prévisions et des mesures. Par exemple des similarités entre la lune et la terre. Mais ces mesures ne sont-elles pas susceptibles d’évoluer ? Après de tout, on sait très peu de choses sur elles. Et aussi, on peut modifier les modélisations jusqu’à ce qu’elles donnent le bon résultat…

En fait, ce qui a changé est l’attitude à la science. Jadis on affirmait. Maintenant, on doute beaucoup plus.

Les exceptions, qui confirment peut-être cette règle, concernent le réchauffement climatique, et les vaccins contre les virus…

Achille américain

Les Chinois manoeuvrent pour remplacer le dollar comme devise internationale.

C’est probablement intelligent. Car sans dollar, il est possible que les USA ne seraient plus rien. Grâce à lui, le monde finance leur déficit, qui finance leur puissance ?

Je soupçonne, à tort ou à raison, qu’ils doivent ce monopole à leur armée. Et que M.Trump serait bien sot de demander à ses alliés de payer leur défense.

Quant aux Chinois, apparemment, ils auraient peu de chances de réussir : car faire de leur monnaie un bien commun les priverait d’un moyen de contrôle de leur nation. Etre une démocratie n’a pas que des inconvénients ?

Empreinte du progrès

L’empreinte digitale fut une révolution. J’entendais l’autre jour une émission racontant la première fois qu’elle fut utilisée dans un procès, en Angleterre.

On l’a oublié aujourd’hui, mais l’utilisation des empreintes ne va pas de soi. Elle est supposée reposer (au moins était-ce le cas à l’époque victorienne) sur l’analyse de onze points de l’empreinte.

L’avocat des accusés s’en est pris à la technique. Et il a produit des experts qui étaient prêts à expliquer en quoi elle n’était pas sérieuse.

L’accusation a fait preuve de présence d’esprit : elle a demandé aux jurés de prendre leurs empreintes de façon à se faire une idée personnelle de la validité de la théorie.

Je me suis demandé si l’on n’est pas, actuellement, un peu victime de paresse intellectuelle, et s’il ne serait pas bon d’être plus critique.

Le grand jeu

A l’occasion du G20, Christine Ockrent (Affaires étrangères de France Culture de la semaine dernière), s’intéressait, avec les invités de son émission à tectonique des plaques de la géopolitique.

D’un côté, la Chine, qui a mis la main sur les BRICs. De l’autre les USA qui découvrent, petit à petit, qu’ils sont mal aimés de tous, et qu’ils feraient bien d’être un peu plus sympathiques. Chaque camp manoeuvre pour se faire le plus d’amis possibles.

Et au milieu se trouve l’Inde. Géant au pied d’argile, ou peut-être village à la Potemkine ? Car l’Inde c’est immensément peuplé. Mais c’est invraisemblablement fragile. Son armement est russe. Elle est aux côté de la Chine, chez les BRICS, mais en guerre contre elle, qui lui grignote son territoire, et totalement dépendante d’elle, y compris pour son industrie pharmaceutique. Et tous ses ennemis sont à la solde de la Chine. Son « multi alignement », dans ces conditions, paraît un voeu pieux.

L’essence du capitalisme

L’autre jour, je participais à une conférence. J’ai entendu un agriculteur résumer le sentiment général en disan, en substance : aujourd’hui le prix d’une laitue est de 1€, mais, comme elle vous rend malade, elle coûte 2€ à la collectivité. Pourquoi ne paierions-nous pas 3€ une laitue saine ?

Cela m’a rappelé une question que je me pose depuis longtemps. Et si la nature du capitalisme était, en grande partie, de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Autrement dit, de nous masquer ses « externalités négatives », par une manipulation habile. C’est une forme de conduite du changement.

(Autre exemple : l’épidémie de coronavirus. On sait que les mélanges produisent les épidémies. La « globalisation » devait, à coup sûr en être porteuse. Les épidémies n’ont pas été prises en compte dans les calculs économiques. Leur coût a été payé par la collectivité.

En fait, le phénomène a été prévu par le sociologue Robert Merton, il appelle cela « innovation ».)

Décarbonation

Le programme de notre gouvernement ? La « décarbonation ».

Décidément, il ne change pas ? Ailleurs on parle de guerre économique (ou de guerre tout court), de politique industrielle, d’emploi, de pouvoir d’achat. En France on répond « décarbonation », et notre gouvernement nous prend par la main, nous coupables innocents, pour que nous fassions notre bien, sans avoir à réfléchir. C’est l’Etat instituteur dans toute sa splendeur. C’est dramatique. Et cela en dit long sur la manière de penser de nos élus.

Le jour où nous serons dirigés par des gens qui considèrent le citoyen comme responsable, nous aurons réussi un grand changement. 

Arrogance

J’ai souvent lu que The Economist considérait le Français « arrogant ».

Je me demande s’il n’y a pas une arrogance très française. Elle se rencontre souvent dans mon monde : celui des ingénieurs.

C’est un phénomène paradoxal qui fait que l’on se croit très intelligent alors que, parce que, l’on est inconcevablement bête. C’est penser que l’on a raison contre tout le monde, parce que l’on ne comprend pas que l’on fait une erreur triviale.

Cela pourrait tenir en partie à un enseignement qui nous fait croire à notre supériorité, tout en égarant notre esprit.