6 octobre 1973

Le 6 octobre 1973, le jour où tout a changé ?

Il y a 50 ans, commençait la guerre du Kippour. Les services secrets israéliens, les meilleurs au monde, et américains, sont pris par surprise par l’attaque de l’Egypte et de la Syrie. On s’interroge alors : et si l’enfer était pavé de bonnes intentions ? Et si l’on avait involontairement créé au Moyen-orient de nouveaux Balkans : un catalyseur de guerres mondiales, désormais nucléaires ?

Les producteurs de pétrole frappent l’Occident. Ils veulent lui porter un coup fatal.

Ce qui l’amène à démanteler l’organisation mondiale d’après guerre, conçue pour garantir la paix, et qui avait assuré sa prospérité. Conséquences multiples et en cascade : « désertification » des régions industrielles occidentales, avènement de Mme Thatcher et de M.Reagan, qui mettent un terme à l’inflation, le gouvernement israélien saute et le Likud règne sur Israël…

Mais le pire n’est pas certain. Anouar El Sadate, qui avait conçu la campagne victorieuse, avait l’espoir de rééquilibrer le rapport de forces entre Israël et les pays arabes. Rendre leur honneur à ceux-ci. Il voulait une paix des braves, apparemment. Il s’est rendu en Israël pour la négocier. Ce qui lui a été fatal. Peut-être a-t-il négligé certains intérêts ? Ou, peut-être, lorsque l’humeur populaire tourne au fanatisme, vouloir la paix est une condamnation à mort ? En tous cas, il nous a peut-être évité de nouveaux Balkans.

(Réflexions suscitées par Archive on 4, de BBC4 : How the Yom Kippur War changed everything for everyone.)

Aide à la PME

L’Etat décide d’aider la petite entreprise. Comment s’y prend-il ?

Il crée des « appels à projet ». Et il confie l’exécution de ses plans au bon plaisir d’une nuée de fonctionnaires. Avec, toutefois, un processus rigoureux de vérification de l’attribution des fonds.

Résultat ? C’est tellement compliqué que les PME sont convaincues qu’elles n’ont aucune chance d’obtenir ces aides. (Et même qu’elles ne sont pas faites pour elles.) Pour les aider à obtenir l’aide publique, il faut des entreprises spécialisées. L’inefficacité de l’Etat a créé un marché. Un marché qui se nourrit des fonds publics !

(Témoignage.)

Au temps de M.Sarkozy, les hauts fonctionnaires se disaient « entrepreneurs ». Eh bien, ils feraient bien de s’inspirer des entrepreneurs, et de commencer par faire fonctionner leur entreprise ?

Etre et changement

Curieuse chose qu’une société. L’enfant remplace l’homme. Et, pour cela, il doit repartir de zéro. Et la transmission se fait, finalement, très peu par l’école. D’une génération à l’autre, beaucoup se perd. Et l’on perd surtout les raisons des comportements collectifs un moment dominants, qui résultent de l’expérience. L’hédoniste M.Clinton se souvenait-il, quand il les a démantelées, que les lois qui contrôlaient la finance, étaient une réaction à la crise de 29, vue comme l’origine de la seconde guerre mondiale, et du nazisme, menace d’anéantissement de l’humanité ?

Il est possible que ce soit ainsi que procède la vie. Elle est recréation permanente. Comme il y a continuité, il y a souvenir. Mais un souvenir imparfait, qui parfois est interprétation erronée.

Phénomène bizarre. Ce changement est double. Il y a un changement apparent, qui n’en est pas un parce que ce n’est qu’une reproduction par d’autres moyens de l’existant, et un changement dissimulé, mais qui, lui, produit des résultats, qui correspond à une nouvelle interprétation, peut-être erronée, de ce qui précédait, comme l’histoire de la plume, peut-être accessoire esthétique ou thermique, devenu moyen de transport.

Dans ces conditions, y a-t-il un peu de continuité ? Un « principe » fondamental, parvient-il à se maintenir ?

Inutile enseignement ?

Près d’un tiers des filles des nouvelles générations sont « bac + 5 ». Mais à quoi cela sert-il ?

Dans mon cas, la seule chose utile dans l’enseignement que j’ai reçu sont les classes préparatoires. Elles m’ont donné une certaine forme d’esprit. Ensuite, j’ai appris sur le tas.

Quand je suis arrivé en MBA, je savais déjà quasiment tout, car je m’étais occupé de la stratégie d’un éditeur de logiciel et avais transformé les livres de cours de management en des méthodes de conception de business plan (que j’utilise toujours). Quant à mes enseignants, ils avaient beaucoup de diplômes, mais aucune expérience. Dans une entreprise, ils auraient été ridicules.

Le problème est qu’il y a eu « détournement de but ». Bac + 5 est un statut social.

Sa solution est probablement ce qui se développe subrepticement : l’apprentissage.

Retour à la normale ? La vie est un apprentissage. Nous sommes tous bac + x, où x est notre âge, moins le nombre d’années qu’il nous a fallu pour qu’on nous donne le bac ?

Entreprise libre

Problème du moment. Mais aussi problème ancien. Comment faire que le travail ne soit pas soumission ?

Cela semble tenir, en grande partie, à ce que l’entreprise est créée par une personne. Du coup, elle ne peut que la concevoir comme une bureaucratie, pour qu’elle exécute des ordres, comme si elle était une machine. Si elle emploie un homme, c’est, justement, parce que la machine n’est pas capable d’initiative, et est peu adaptable. (D’où la séduction de l’intelligence artificielle.)

Peut-on faire mieux ? Il y a plus malin. L’entreprise allemande est dirigée par trois ou quatre personnes. Il y a aussi l’association, comme dans les cabinets de conseil. Les associés sont des égaux, et les consultants savent qu’un jour, s’ils font preuve de talent, ils seront associés ! Il y a aussi les réseaux d’entreprises, et les réseaux d’indépendants.

Et il y a l’association, au sens économie sociale. L’entreprise est conçue comme une démocratie. Tous propriétaires. Seulement, l’association a eu recours au salariat. Et on a été ramené au problème précédent.

En bref, il semble que la formule du bonheur soit l’entreprise conçue par ceux qui y travaillent, ou, peut-être, comme dans les travaux d’Isaac Getz, qu’un démiurge amène des salariés ordinaires à s’emparer de l’organisation qui les emploie.

Péril jaune

La Chine va-t-elle liquider l’industrie automobile européenne ?

Intéressante histoire. La Chine s’est rendu compte qu’elle n’arriverait jamais à égaler les automobiles traditionnelles européennes. Or, l’Européen hurlait à la mort et demandait toutes affaires cessantes la voiture électrique, sans rien faire pour s’y préparer. Et l’Europe est le paradis du libre échange !

Aussitôt fait, aussitôt dit, Basile est un dégourdi. Et l’Europe se trouve gros Jean comme devant.

Comment s’en tirer ? L’Europe va devoir faire ce qu’en statistiques on appelle du « bootstrapping » : se soulever en tirant sur ses lacets. Elle va devoir user de son pouvoir de nuisance, pour faire vaciller une Chine qui est, en fait, fragile. Mais, pour cela, il va falloir qu’elle réconcilie les intérêts, extrêmement divergents, de ses parasitismes constitutifs. Et prenne garde de ne jamais tourner le dos à son grand ami américain.

Voilà ce que j’ai retenu d’Affaires étrangères de Christine Ockrent (France culture). Elle disait, élégamment, que, pour nos élites, le temps de l’innocence était fini. Bootstrapping et back stabbing, bienvenue sur terre ?

Vive la science !

Ras le bol. Je reçois les nouvelles de l’université de Cambridge. Depuis quelques années, il n’y est question que de genre, de net zero, de vaccin anti covid. Mais, la science, ce n’est pas la mode ! Et ce n’est pas la parole d’autorité !

Aussi, suis-je heureux d’écouter In our time, émission de la BBC. On y entend des universitaires, les meilleurs anglophones de leur spécialité, souvent de Cambridge, souvent étrangers, parfois français. Et ils parlent d’Ovide, de Thucydide, d’existentialisme, de rayons cosmiques, de neutrinos, de poésie, de parasitisme, d’hindouisme, de fusion nucléaire… Et, l’on doute, et l’on cherche, et c’est clair, brillant et passionnant !

Pauvre Arménie ?

L’Occident a dominé le monde, ses intellectuels se sont répandus en belles paroles. Ils avaient la possibilité de faire de la planète un endroit gouverné par la raison. Mais ils sont passés à côté de leur destin. La loi du plus fort devient universelle. Et on n’entend plus parler de « care », curieusement. Voilà ce que l’on pourrait se dire lorsqu’il est question d’Arménie (Affaires étrangères de France culture, la semaine dernière).

Il ne fait pas bon être arménien. L’Arzerbaïdjan est gorgé de l’argent du pétrole, grâce à la guerre en Ukraine. Elle a de son côté, la Russie et la Turquie, et de surcroît Israël. Les Occidentaux n’osent plus rien faire.

Mais, voilà, dans ce monde curieux. Il y a tout de même un équilibre. Car les Iraniens, n’ont aucun intérêt à ce que le conflit ait une issue trop favorable à leur ennemi israélien. Et l’affaiblissement de la Russie pourrait amener l’Arménie à se rapprocher, tout de même, des Occidentaux. Monde complexe. Des dangers d’une morale à courte vue.

Cuisine

Je n’aime plus manger hors de chez moi. Pourtant, c’est moi qui fait la cuisine, et depuis longtemps.

J’ai l’impression, à tort ou à raison, que le monde de la cuisine est divisé en deux :

  • La cuisine du pauvre : tout est dans l’esthétique, ça brille, mais le contenu est une application des traités « d’analyse de la valeur » : il s’agit d’en foutre plein la vue, pour pas un rond. Quitte à utiliser, pour cela, des dérivés du pétrole.
  • La cuisine du riche. On utilise des ingrédients, crème, vieux alcools, qui donnent, par eux-mêmes, du goût. Mais il n’y a aucun talent. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas raffiné. Et le cuisinier se croit intellectuel, il se répand en propos complaisants sur l’étendue de son génie.

Le génie s’est perdu. Et il se trouvait dans une simple omelette.

Je crois qu’il tenait à l’amour. Pour prendre le cas du riche, son personnel l’aimait, et se faisait un point d’honneur à concocter des plats qu’il aimait. Quitte à se suicider, comme Vatel, si un contre-temps mettait en péril son honneur de cuisinier.

Chaos européen

Poland’s anti-EU, populist PiS is hoping its visa corruption scandal will dissipate from voters’ minds before the country holds its general election on October 15 — and any reminder of the saga is electoral poison. But after months of an ugly election campaign spent slamming and insulting its international partners and neighbors, from Kyiv to Brussels and Berlin, there’s little appetite in any of those capitals to make concessions to Warsaw. (Politico.eu du 26 septembre)

It may not be Europe’s biggest country, but Slovakia’s election this weekend could see another pro-Russian, Euroskeptic join the leaders’ table alongside Hungarian Prime Minister Viktor Orbán. (Politico.eu de vendredi dernier)

L’Europe donne un étrange spectacle. La Pologne qui, hier, était férocement favorable aux Ukrainiens, semble les voir maintenant quasiment comme des ennemis. C’est, en fait, une question d’élections. Et les pays de l’Europe de l’est paraissent ne rien avoir à faire des règles du jeu de l’Union qu’ils ont rejoint.

Est ou Ouest, la crise est permanente, et on s’y est habitué. Le plus curieux est que, dans ce type de situation, le cynisme s’installe, sans que l’individu comprenne qu’il rit de son malheur.